JEAN XXII ET LES SPIRITUELS
■Clareno et deux autres représentants des Spirituels de Narbonne, A la façon dont il reçut leurs explications 21 et par les actes qui suivirent, on se rend compte que le Pape qui avait occupé le siège épiscopal d'Avignon de i3io à i3i2, pendant les controverses précédentes, s'était depuis longtemps formé une opinion. Il avait pris parti pour la Communauté et il s'était résolu à maintenir l'unité de l'Ordre.
En effet, après cette audience qui eut lieu à la fin de i3i6, ou au commencement de i3i7, Ange Clareno fut retenu prisonnier 22.
Jean XXI I tenta ensuite de supprimer les Spirituels de Toscane réfugiés en Sicile. Le i5 mars i3i7, il écrivit au Toi Frédéric pour le convaincre de leur retirer la faveur imméritée qu'il leur accordait et de les expulser de ses •états 23.
Quant aux Spirituels de Provence, les cardinaux Vital du Four, Jacques de Via et Napoléon Orsini, agissant en son nom, exécutèrent le mandat qu'il avait d'abord confié aux cardinaux Bérenger Fredol et Arnaud de Pelagrue. Ils ordonnèrent aux rebelles de Narbonne de suivre la vie commune, de déposer leur habits et de se rendre dans les crouvents qui leur étaient assignés par l'obéissance (22 avril 1317) 24
A ce momentj Jean XXII semble avoir été hésitant. Il posa en consistoire cette double question : Faut-il favori-
21 Historia tribulationum , loc. cit., p. 143 s. Les Spirituels rédigèrent •en outre l'apologie déjà citée plus haut et publiée dans VArch. f. Litt. u. Kirch., t. IV, p. 51-61 ; un fragment de réponse de la Communauté, ibid., p. 61 s., et de courtes notices sur le procès, ibid., p. 62 s.
22 Hist. trib., loc. cit., p. 142-144.
23 Bull, fr., t. V, n° 256. — Sept cardinaux, parmi lesquels il est remarquable de noter les cardinaux J. Colonna et M. Orsini, écrivirent •dans le même sens au roi de Sicile (ibid., p. m, n. i).
-4 Bull, fr., t. V, p. 119, n. 4 de la p. u8 ; Répertoire de Fronsac, ■loc. cit., p. 28, 9° et 10° ; Arch. fr. hist., t. XIV {1921), p. 432 s.
ser un schisme dans l'Ordre de Saint François ? Faut-i£ considérer comme schismatiques les Spirituels de Toscane établis en Sicile ? ^s. Quelques discussions eurent lieu à ce sujet, suivies de nouvelles tentatives de réconciliation et de nouveaux appels des Narbonnais. Enfin le Souverain- Pontife convoqua (27 avril i3 17) en sa présence, soixantedeux des plus turbulents et fit disperser les autres en différents couvents de la Province 26.
Ubertin de Casale ne fut pas convoqué. Par contre le fameux adversaire de l'Inquisition, Frère Bernard Délicieux, et un autre Frère se joignirent spontanément aux accusés. Successivement, Bernard Délicieux, Guillaume de Saint-Amand, Geofiî-oy de Cornone et François Sanche prirent la parole pour se défendre et réclamer, avec l'appui de Philippe, frère du roi de Majorque, le droit de se séparer de l'Ordre des Frères Mineurs et de fonder un nouvel Ordre. Jean XKll les fit mettre en prison 27. Les autres furent gardés au couvent d'Avignon jusqu'à ce que le Souverain Pontife eût pris une décision.
Elle parut le 7 octobre i3i7 dans la Bulle Quorumdam exigit 28. C'est le rejet absolu des demandes formulées par les Spirituels. Une fois de plus il leur est enjoint de s'en remettre au jugement de leurs supérieurs pour l'appréciation des nécessités qui obligent à faire des provisions et pour la fixation de la forme, de la couleur, des dimensions et de la qualité des habits. Sans tarder, ils
23 Répertoire, loc. cit., p. 28, 11° ; Noël Valois, loc. cit., pense que Jean XXII posa ces deux questions dès le début de sa procédurf^ contre les Spirituels et pour la forme. C'est possible. Il est possibleaussi qu'après le peu d'empressement des cardinaux Fredol, ami des . Spirituels, et Arnaud de Pelagrue, cardinal Protecteur de l'Ordre, àremplir contre les Narbonnais la mission qu'il leur avait confiée, il sesoit pris à réfléchir et à hésiter,
2« Bull, fr., t. V, nos 266 et 267.
27 Historia tribulationum , loc. cit., p. 144-147 ; Répertoire, loc. cit.,. p. 28 s.
28 Bull. fr.. t. V, n° 289.