LES CARDINAUX PROTECTEURS
nomination devait en être faite par lé Pape à la demande des Ministres.
Dans la pratique les choses ne se passèrent pas toujours ainsi, mais ce ne fut jamais au détriment de l'Ordre, ni pour lui une marque de défaveur à la Coiir romaine. C'est ainsi que le cardinal Hugolin devenu Grégoire IX désigne à la prière des Ffères, (1227) pour lui succéder comme cardinal protecteur, le cardinal Raynald son neveu. Celui-ci leur témoigne autant de dévouement que Grégoire IX et quand à son tour il monte sur le Siège de saint Pierre (Alexandre. IV, i255) il déclare au Ministre général Jean de Parme qu'il entend conserver tant qu'il vivra le titre et la charge de Protecteur 6.
Il mourut en 1261 et peu après l'élection d'Urbain IV (29 août 1261) saint Bonaventure obtint la nomination du cardinal J. Gaëtani Orsini dont le père avait connu saint François 7.
J. Gaëtani fut à son tour promu au Souverain Pontificat (Nicolas III 1277) et garda son titre de Protecteur jusqu'au Chapitre Général suivant (1279). Il choisit alors son neveu le cardinal Matteo Rosso Orsini au lieu du cardinal Jérôme d'Ascoli que les Ministres avaient postulé 8.
La mort de ce cardinal (i3o5) fut suivie d'une interruption de deux ans. Après le Chapitre de Toulouse (i3o7), Gonzalve
• Cf. Sàlimbene, p. 453; Philip. Perus. Efistola de Cardin. Protect. O. F. M., ihid., p. 68i ; Anal, fr., t. III, p. 709 s., et Arch. fr. hist., t. XII (1919), p. S9S.
f Philip. Per., loc. cit.; Bull. fr.. t. II, p. 467 ; XXIV Gêner., p. 329. — Sur la nomination éphémère d'un Protecteur distinct pour les Clarîsses, vide infra, App. II, 8.
8 Saumbene, p. 169 et 498. Philippe de Pérouse (loc. cit., p. 682) qui fut présent à cette élection ne parle pas de ce fait. Il raconte que le Ministre général Bonagrazia et les Provinciaux exprimèrent leur choix dans un scrutin secret et que Nicolas III après le dépouillement des votes confia la protection de l'Ordre au cardinal Matteo Orsini. Plus tard, Jérôme d'Ascoli devenu Nicolas IV confirma Matteo Orsini (7 mai 1288). Dans la lettre qu'il lui adressa à cette occasion, il dit que ce fut à la prière du Ministre Général et des Provinciaux que Nicolas III choisit Orsini comme. Cardinal protecteur. (Bull, fr., t. IV, p. 17, 18). — Sur ce Cardinal, chef du parti national italien, adversaire de Charles d'Anjou, voir une étude intéressante dans VArchivio délia Soc. rôm. di Storia fatria, t. 46 (1923), p. 571-37».
de Valbonne, Ministre Général, sollicita de Clément V lin nouveau Protecteur. Avant de l'accorder le pape voulut savoir si aux termes de la Règle les frères devaient nommer leur candidat ou simplement demander un cardinal protecteur 9.
Après une courte discussion Clément V conclut que les deux modes de pétition étaient licites : la première semblait sûre pour obtenir le Cardinal le plus apte à procurer le bien de l'Ordre, la seconde plus conforme à l'esprit d'humilité et de soumission à l'Eglise que professait saint François. Il accorda cependant le candidat proposé, le Cardinal J. Minio de Morrovalle qui mourut en i3i2.
Salimbene note avec satisfaction que les trois premiers Pro^ tecteurs de l'Ordre montèrent sur la chaire de Saint Pierre.
Ce titre n'apportait aucun avantage temporel à celui qui le recevait ; il le revêtait cependant d'un prestige particulier et l'on vient de voir que les papes avaient une tendance à le conférer à des membies de leur parenté. En confiant la protection de l'Ordre à son neveu lecardinal Matteo Orsini, Nicolas III lui dit en présence du Ministre général et des Provinciaux : « Si nous voulions énumérer les bénéfices que nous t'avons donnés, nous en trouverions de grands, d'utiles et de nombreux, mais en aucun nous ne t'avons donné un pareil gage de la vie éternelle comme en celui-ci. Nous te donnons en effet ce qui t'ouvrira les portes du paradis : les suffrages et les mérites de tous les saints frères de cet Ordre. Nous te donnons ce que nous avons de meilleur. Nous te donnons l'objet de notre tendresse et ce que nous avons de plus cher. » Puis, lui offrant son anneau il ajouta : « Nous te confions l'Ordre des Frères Mineurs poiir que tu en sois le gouverneur, le protecteur et le correcteur. Il n'est pas besoin que tu te mêles de son gouvernement tant il abonde en hommes sages et prudents qui y pourvoient. Il n'est pas besoin que tu te mettes en peine de le corriger, car parmi les frères l'autorité est si forte qu'aucun défaut ne peut se produire de ce côté. Il y a pourtant une chose en laquelle ils ont besoin de ton appui : ils sont faibles et pauvres; des ennemis les
5 C'est peut-être à cette occasion que Philippe de Pérouse rédigea VEpistola de Card. Protect. O. F. M, Cf. le frologue, loc. cit..