AU SERVICE DU PAPE
les hommes les plus aptes à les seconder dans des tâches souvent périlleuses '8.
Trois ans après leur établissement en Portugal, Honorius III fait appel aux Frères Prêcheurs et aux Frères Mineurs de Lisbonne pour corriger les graves abus dont le clergé de ce diocèse se rendait coupable dans l'administration des Sacrements (1222). Ce fut la première des missions de ce genre qui leur fut confiée. Le Bullaire franciscain ou les Registres des Papes publiés par l'Ecole française de Rome nous montrent que ces commissions furent très nombreuses. Fréquemment les papes chargeaient les frères du soin d'enquêter sur la conduite de certains évêques, d'examiner, de confirmer ou d'annuler des élections épiscopales ou abbatiales, de réformer les abus ecclésiastiques dans les royaumes, les diocèses, les églises et les monastères, d'être les arbitres dans les conflits entre les évêques ou entre les autorités civiles et ecclésiastiques, d'absoudre des particuliers, des princes ou des villes des censures encourues, d'accorder des dispenses de mariage 19.
Toutefois il y avait dans ces occupations un danger pour l'Ordre. Les Constitutions firent un devoir aux religieux de ne solliciter aucune mission des princes, des prélats ou des communautés. Les Papes eux-mêmes, à la demande des Ministres généraux, prirent certaines mesures pour que les appels au dévouement des Mineurs ne se multipliassent pas au préjudice de la discipline. Grégoire IX autorisa d'abord les frères à refuser de comparaître devant les juges ordinaires ou délégués et d'exécuter leurs sentences {Cum non deceat, a6 juillet i22j) ; puis,
1* Légations du cardinal Ottoboni en Angleterre, 1265 Bull, fr., t. III, p. 9, du cardinal Guy, Cistercien, en Danemark, 1265, ibid., p. 11 ; de ■Geoffroy de Beaumont en Lombardîe, 1265, ibid., p. 45; de Raoul de Chevrières en Sicile, 1266, ibid., p. 72 ; de Simon de Brion en France, 1274 ibid., p. 220; de Gérard de Parme en Sicile, 1282 et 1283, ibid., p. 491 et 506 ; de Nicolas de Prato, O. P., en Toscane, en Romagne et ■dans la Marche de Trévise, 1304, Bull, fr., t. V, N» 16 ; etc.
" Bull, fr., t. I, p. 9, 598,. 682; t, II, p. 7; t. III, p. 287, 499-501, 505; 566 ; t. IV, p. 125, 267. Wadding, Annales, t. II, p. 362 ; t. III, p. 131 s., 147 s. ; t. IV, p. 46, 118, 198, 265 s., 383 s. ; t. V, p. 56, 117. U. Chevalier, Regestes dauphinois, n»» 7628, 8456, 9082, 9123; 10855, 11869, 12518. Theiner, Vetera Monutnenta Hungariae, t. I, p. 521 s.
allant plus loin : il déclara même qu'ils n'étaient pas tenus d'accepter les commissions qui leur venaient du Siège Apos-' tdlique ou de. ses légats à moins que l'abrogation de cette liberté n'y soit expressément mentionnée (Quieti vestrae, 25 février i236). Innocent IV et Alexandre IV renouvelèrent ce^ lettres de Grégoire IX. De plus Innocent IV accorda au Ministre Général Crescence de Jesi et aux Provinciaux le droit de nommer les frères députés par le Saint Siège pour prêcher la Croisade ou procéder contre l'hérésie etc. (i3 janvier 1246) et de les destituer comme ils le jugeraient expédient.
Il décida pour les Provinces allemandes — c'était au moment delà lutte contre les Hohenstaufen — que ceux-là seuls pou-r valent s'occuper des affaires de l'Eglise qui étaient désignés par le Ministres à la requête du Légat. {Sub religionis habitti, 23 septembre 1246). Plus tard il écrivait aux évêques d'Allemagne que les Frères Mineurs, fils de l'obéissance, sont toujours prêts à affronter la prison pour défendre la justice ; néammoins il ne faut les em-^ ployer dans de pareils cas qu'avec discrétion et ne pas les exposer, contre leur volonté, à des dangers certains sans utilité bu sans espoir de profit pour les âmes {Etsi dilecti, i3 juin 124g). Alexandre IV dans une lettre à Jean de Parme dispense les frères de porter les messages des prélats, d'exécuter ou de publier leur sentences contre les princes séculiers, les communes, les peuples ou quelqu'un de leurs bienfaiteurs sans mandat du Saint Siège {Convenit,i6 octobre i255). Enfin saint Bonaventure obtint du même pape que seuls les Légats a latere pouvaient prendre leurs compagnons parmi les Frères ou leur confier quelque tâche et à la condition que ces Frères soient jugés aptes, désignés par leurs Ministres et toujours soumis à la discipline de l'Ordre {Pètitionibus vestris, iç mars i258) 20.
De toutes les missions imposées aux Frères Mineurs par les Souverains Pontifes la plus difficile fut celle de l'Inquisition.
30 B-ull fr., t. I, p. 31, 184, 277, 408, 424, 538; EuBEL, Epitonie, p. 247;, BiUl. Fr., t. II, p. 79, 282; Const. Narb., dans S. Bonav. Op. omn.., t. VIII, p. 456. :
LES FRÈRES MINEURS ET l'INQUISITION 54I
.Institution de l'Inquisition pontificale ou monastique. — L'hérésie au XII I«= siècle était devenue un danger à la fois religieux et social et, pour en préserver la Chrétienté, l'EgliseiSt les pouvoirs civils durent procéder contre elle.
Au moment où les Dominicains et les Franciscains apparaissent, l'Inquisition, c'est-à-dire, au sens large, la répression dœ hérétiques, a déjà reçu une organisation élaborée dans les Conciles de Vérone (1184), du Latran (i2i5), de Narbonne (1227), de Toulouse (1229). Elle est réservée aux Evêques qui par eux-mêmes ou par des délégués doivent juger, punir ou réconcilier avec l'Eglise ceux qui s'écartent de la Foi catholique. Les papes, pour stimuler le zèle des évêques, envoient des légats qui les aident. Mais la recherche des hérétjiques s'accomplit parfois avec lenteur, parfois avec violence et de façon arbitraire, suivant les passions de la foule ou des souverains. Le Comte de Flandres, Pierre II d'Aragon, Louis VIII et saint Louis, Frédéric II enfin invitent leurs barons et leurs sénéchaux à dépister les hérétiques et à les déférer au jugement des tribunaux ecclésiastiques ^j. L'Empsreur d'Allemagne, en particulier, espé rait bien se faire de la législation contre les hérétiques uo instrument de représailles contre ses ennemis politiques ; Grégoire IX a vu le danger que présente cette Inquisition opérée par des officiers publics, et cette immixtion des pouvoirs civils dans le domaine doctrinal. Grégoire IX a vu aussi que l'action des évêques môme unie à celle des légats est décidément insuffisante à enrayer la pullulation hétérodoxe. Il comprit alors que pour activer et régulariser la répression de l'hérésie il fallait instituer des juges et des tribunaux permanents relevant directement du Saint Siège.
L'idée de juges délégués et permanents une fois conçue,, Grégoire IX n'eut pas de peine à la réaliser. Il avait sous la main deux Ordres religieux lui fournissant, sans avoir besoin de la créer de toutes pièces , une police pontificale active et dévouée qui pouvait fonctionner simultanément dans tous les pays.
21 HEFELE-LECLERCg, Cancïles, t. V, 28 partie, p. 1534-37; Vacandae», " L'Inquisition, Paris, 1912, p. 61-66, 124-144 et 225.
Elle ne fut pas cependant établie tout d'un coup, en vertu d'un décret général, mais à l'occasion de manifestations particulières ou d'une recrudescence de l'hérésie en différentes régions. Le pape délégua des juges, créa un à un des tribunaux permanents dans le Midi de la France, en Aragon, dans la Haute Italie, en Sicile et en Sardaigne. Ainsi** naquit vers i23i et se développa insensiblement ce que l'on appelle au sens strict, l'Inquisition. Inquisition pontificale parce que les Inquisiteurs, sont des délégués du Souverain Pontife et qu'elle est distincte de l'Inquisition exercée par les évêques ; Inquisition monàsti<Jue aussi parce que les délégués pontificaux à l'Inquisition furent choisis parmi les religieux.
Ce fut d'abord aux Frères Prêcheurs que Grégoire IX s'adressa. Des missions leur sont confiées en i232 pour l'Allemagne, r Aragon, l'Autriche et la Lombardie, en i233 pour le midi de la France 22, Non pas exclusivement cependant, car nous voyons un prêtre séculier, Conrad de Marbourg^ chargé d'un mandat analogue pendant qu'à Milan (i233) et en Aragon (1237) Frères Prêcheurs et Frères Mineurs travaillaient ensemble 23.
Les Frères Mineurs néanmoins n'étaient pas jusqu'alors officiellement délégués. Comment furent-ils donc amenés à faire partie des tribunaux de l'Inquisition ?
Participation des Frères Mineurs à l'Inquisition. — Dès qu'ils eurent mission de pourchasser les hérétiques, les Prêcheurs le firent avec un zèle, un entrain et une sévérité qui accumulèrent sur leurs têtes des colères et des haines irréductibles. Dans le royaume de France, Robert le Bougre se signala par sa dureté 24. Dans le Languedoc où les Albigeois étaient
22 Mortier, Hist. Maîtres Gén., t. I, p. 194-204; Vacandard, op. cit., p. 146 s.
23 Mortier et Vacandard, loc. cit. ; Hefele-Leclercq, op. cit., p. 1537, ÏS45-5S; Bull, fr., t. I, p. 119; Vaissette, Hist. gén. du Languedoc. Paris, 1737, t. III, p. 412, Preuves, p. 383.
24 E. Chénon, L'hérésie à La Charité-sur-Loire et les débuts de l'Inquisition monastique dans la France du Nord, dans Nouvelle Revue
encore nombreux et puissants les Inquisiteurs dominicains répandirent une véritable terreur. Lesy^laintes adressées au Pape par Raymond VII, Comte de Toulouse («234) ne les arrêtèrent pas. A la Toussaint de i235, ils furent expulsés de Tou-, louse, ainsi que les Frères Mineurs-qui avaient promulgué l'excommunication làiicée par les Inquisiteurs.
Grégoire IX à la prière de saint Louis suspendit leurs pouvoirs pour trois mois. Ils rentrèrent dans la ville l'année suivante avec un nouveau mandat pontifical. Raymond ayant demandé la destitution des Inquisiteurs dominicains, le légat J. de Bernin institua comme Inquisiteur le Frère Mineur Etienne de Saint-Thibéry qui fut adjoint à l'Inquisiteur dominicain Guillaume Arnaud afin que la douceur jde l'un tempérât la sévérité de l'autre (1237) 25.
Telle fut la première nomination d'un Inquisiteur parmi les fils du saint d'Assise qui, dans la lutte contre les hérétiques, aux mesures coercitives préféra sans aucun doute l'action persuasive de l'exemple évangélique.
Depuis lors on les voit associés aux Prêcheurs en Navarre (i238) et en Lombardie (1240). 26
En 1254 Innocent IV inaugura une nouvelle organisation des territoires de l'Inquisition. Il attribua aux Prêcheurs seulsla Haute-Italie et le royaume des Deux-Siciles ; aux Mineurs,. Rome et le Patrimoine de Saint Pierre, la Toscane, la Romagne, la Marche d'Ancône, la Marche de Trévise, Venise et la Campanie.
historique du Droit français et étranger, Paris, 1917, p. 299-345 ; TvIortier, op. cit., -p. 200 ; L. AuvRAY, Registres de Grégoire IX, t. I, N»» 2735-2737.
25 L, AuvRAY, op. cit., N» 2218 ; Vaissette, op. cit., p. 410-412. Mortier (op. cit., p. 357) place cet événement par erreur en 1242* car les deux inquisiteurs dominicain et franciscain travaillent déjà ensemble en 1238 ; cf. Bull, fr., t. I, p. 192-194 et 239 où le Frère Mineur est appelé inexactement Séraphin ; Douais, Documents pour servir à l'Histoire de l' Inquisitiondans le LaguedQC, t. I, p. 129-134. D'après cet auteur, Etienne de Saint- Thibéry aurait été nommé Inquisiteur dès 1235. Et. de Saint-Thibéry est aussi appelé Etienne de Narbonne, Avant d'être Frère Mineur, il avait été moine bénédictin (Bernard de Besse, Liber de Laudibus, Anal. Fr.,. t. lu, p. 669).
a» Bull, fr., t. I, p. 238, 282.
A partir de laSS les Prêcheurs fonctionnèrent seuls dans le Languedoc où les Albigeois dominaient, et les Mineurs à parstir de 1203 en Provence et dans le Dauphiné infestés de Vaudoi». JLes inquisiteurs dominicains de Bourgogne ayant demandera être déchargés du fardeau, Clément IV le confia aux FranciS'^ cains. Plus tard Honorius IV étendit la juridiction des laqûi-^ siteurs de Toscane jusqu'à la Sardaigne (i 285) et Nicolas IV, <jui donna une si vigoureuse impulsion à l'Inquisition, remit aux Franciscains celle de Bosnie (1291). Dans le royaume dé France proprement dit les deux Ordres continuèrent de colla-* "borer dans les mêmes tribunaux et il en fut également ainsi -en Bohême et en Pologne (i 3 18) 27.
Les Frères Mineurs furent donc appelés à l'office redoutafel« ■de l'Inquisition d'abord comme adjoints aux Frères Prêcheurs-. Puis à partir de 1254 on les voit tantôt à la tête de juridictions inquisitoriàles distinctes et indépendantes, tantôt continuant de collaborer avec eux dans les mêmes tribunaux.
Dans les autres régions de l'Europe : Angleterre, Gastilie, Portugal, Scandmavie, l'Inquisition pontificale ne fut jamais établie et jamais elle n'empêcha l'Inquisition épiscopale de fonctionner 28. Bien plus les Inquisiteurs dominicains ou franciscains ne furent jamais, sauf sous le pontificat d'Alexandre IV, totalement indépendants des évoques dont le consentement était
27 Bull. fr.. t. I, p. 740-743 ; t. II, p. 96, 527 ; t. Ill, p. 549 ; t. IV, p. 236-241. Supplementum ad., Bull, fr., p. 190-192 ; Waddinq, Annal.e.5, t. V, p. 177-181, 232-23S, 260 ; Mortier, op. cit., p. 499 s. ; J, Marx, L'Inquisition en Dauphiné, Paris, 1914 ; Fréd. Callaey, Un épisode de .l'Inquisition franciscaine en Toscane (Extrait des Mélanges Ch. Moeller), Louvain, 1914. — En Bohême et en Pologne, deux Franciscains avaient été ^envoyés en 1257 pour prêcher la croisade contre les païens et établir -l'Inquisition contre les hérétiques ; à leur mort ils n'eurent pas de suc- -cesseurs. Ce n^est <ïu'en 1318 que Jean XXII renouvela le mandat d'Inquisiteurs aux Dominicains et aux Franciscains. Bull, fr., t. II, p. 217, t. V, No 321.
8* Prescriptions des Conciles de Tarragone (1233), d'Arles (1234), Tours (1239), etc.. C. Hefelè-Leclercq, Conciles, t. V, 2^ partie, P- 1559 s., 1608 ; à Sienne, 1244, l'évêque poursuit les hérétiques en se -.servant des Prêcheurs et des Mineurs, cf. Ughelli, Italia Sacra, t. IH, col. 552; Wadding, Annales, t. VII, p. 233.
LES FRÈRES MINEURS ET l'iNQUISITION 545
nécessaire pour infliger des peines graves tel que l'emprisonnement perpétuel, et qu'il devait toujours consulter dans l'interprétation des statuts inquisitoriaux, les mêmes pour tous les tribunaux ag.
Chaque Inquisiteur avait son sceau et ses archives, un ou deux serviteurs, un notaire pour dresser et authentiquer ses actes, un ou deux socii pour l'assister, pour l'absoudre aussi des censures qu'il pouvait encourir, un ou plusieurs vice-inquisiteurs pour le suppléer au besoin. Souvent il établissait son tribunal au couvent. Dans ses tournées il était accompagné d'hommes d'armes prêtés par les seigneurs qui lui allouaient aussi un subside fixe.
Le choix des Inquisiteurs, de même que lé choix de tous les autres frères appelés à remplir une mission au nom du Saint- Siège, avait été réservé par Innocent IV (1246) au Ministre général pour l'Ordre tout entier et au Ministre provincial pour sa province ; ils avaient même le droit de les révoquer et de leur en substituer d'autres.
Les Inquisiteurs ainsi choisis par l'intermédiaire des Supérieurs n'en étaient pas moins les délégués immédiats du Saint- Siège ; les Ministres n'avaient sur eux aucune juridiction et ne pouvaient en aucune façon les influencer ni retarder leur action 3o,
Toutes ces prérogatives et l'effrayante puissance attachée à leur charge faisaient des Inquisiteurs des personnages trop importants pour qu'ils ne fussent pas tentés souvent de se croire indépendants.
Les Chapitres généraux s'efforcèrent de les prémunir contre ces dangers. Celui de Strasbourg (1282) décida qu'ils résigneraient leur office chaque fois que se tiendrait le Chapitre provincial et cette décision fut renouvelée à Assise en i3i6 3i,
Les confiscations et les amendes pécuniaires décrétées par les règlements inquisitoriaux dans certains cas exposaient les frères
28 Bull, fr., t. I, p. 741,. 745; t. II, Ph 98. Vacandard, op. cit., p. 163. 2° J. Marx, op. cit., p. 58-62; Bull, fr./t. I,«^r40^^. II, p, 361, 411,
31 Arch. f. Litt. u. Kirch., t. VI, p. 51 et 290.
à de graves violations de la Règle et même de la simple honnêteté.
Four y obvier et pour éviter le reproche de cupidité, !& Chapitre général de Lyon (1274) leur ordonna, de la part du Cardinal protecteur qui était en même temps directeur général de l'Inquisition, de ne pas infliger d'amendes pécuniaires et de rendre compte de leurs recettes et de leurs dépenses au Chapitre provincial 32.
Malgré ces mesures si sages la conduite des Inquisiteurs ne fut pas toujours irréprochable et uniforme,
Actes d'Inquisiteurs. — Il faut avouer que leur tâche était des plus redoutables et des plus difficiles.. Les hérétiques étaient nombreux. Rusés, audacieux et bien organisés ils n'hésitaient pas à recourir à la violence. Souvent les autorités civiles étaient mal disposées ; elles n'acceptaient les règlements de l'Inquisition qu'après de longues résistances et ne fournissaient pas toujours l'aide matérielle nécessaire à la poursuite des ennemis de la Foi, De là les nombreuses lettres des Papes, en particulier d'Innocent IV, d'Alexandre IV et de Nicolas IV pour stimuler le zèle des Inquisiteurs, relever leur courage, éclaircir leurs doutes,, renforcer leurs pouvoirs, admonester les villes et les seigneurs récalcitrants 33.
Et puis les Inquisiteurs, dominicains ou franciscains, étaient des hommes, sujets comme tels à l'entraînement des passions ; il leur arrivait donc de se jalouser. Clément IV,à propos d'un litige de cette sorte survenu à Marseille,interdit (i266)aux Inquisiteurs des deux Ordres de se citer réciproquement à leurs tribunaux. Plus tard Jean de Verceil et Jérôme d'Ascoli dans un pacte
32 s. BoNAV., Op. omn., t. VIII, p. 467 ; Bull, fr., t. II, p. 452 ; Arch.. f. Lin. u. Kirch., t. VI, p. 44.
33 J. d'Oliva chargé de faire insérer dans les statuts des cités toscanes les constitutions d'Innocent IV est honteusement] expulsé de Florence avec défense de prêcher dans les terres dé la seigneurie (1258). Cf. R. DavidsoiiN, Geschichte von Florenz, t. II, ir« partie, p. 475. A Venise résistance du doge et de son conseil en. 1288-1292 : Bull, fr., t. IV, p. 42, 100-102^ 323 s. — Sur la hardiesse des hérétiques et l'inertie des pouvoirs publics à Florence, cf. Perrens, Histoire de Florence, t. I,. p; 364.
LES FRÈRES MINEURS ET l'iNQUISITION 547
d'aecord engagèrent (1274) les Frères à se prêter un mutuel appui pour cette œuvre de salut public que leurs rivalités ne pouvaient que compromettre ^4.
Pour accomplir un ministère si terrible il eût toujours fallu des saints d'un renoncement absolu, inaccessibles aux sollicitations de l'avarice et aux délations intéressées des factions ennemies. Or les choix d'Inquisiteurs ne furent pas tous heureux et tombèrent parfois sur des hommes qui n'avaient ni la prudence ni la discrétion recommandées par les décisions capitulaires. On en trouve qui consentirent à être les instruments des passions politiques.
En Toscane et particulièrement à Florence l'Inquisition vigoureusement menée par saint Pierre de Vérone avait donné lieu à des scènes de massacre et de guerres civiles 35, H y eut une heure d'accalmie lorsqu'en 1254 Innocent IV substitua les Franciscains aux Dominicains et que le tribunal passa de Santa Maria Novella à Santa Croce. Mais la vigilance était toujours nécessaire et, quand Alexandre IV raviva la lutte contre les hérésies, les mêmes excès se renouvelèrent de la part de quelques Inquisiteurs incapables de se soustraire à la domination des partis. En tout gibelin, l'Inquisiteur croyait toujours découvrir un hérétique.
Salomon de Lucques et Barthélémy de Sienne (1284-1287) entachèrent leur mémoire par les procès posthumes qu'ils intentèrent, les odieuses confiscations qu'ils firent exécuter 36.
34 A Marseille (1266) des Frères Prêcheurs accusent F. Màurin de' soulever les populations contre Charles d'Anjou ; Guillaume Bertrand eoinquisiteur les excommunie; les Dominicains en appellent au Pape qui, après enquête, blâme le F. Bertrand de sa trop prompte excommunication, mais condamne les trois Frères Prêcheurs coupables à demander pardon à l'Inquisiteur et à être transférés en d'autres provinces (Bull, fr., t. III, p. 82-86, 87. Mortier, op. cit., p. 104-111). — Conflit de juridiction entre Bonajuncta l'Inquisiteur franciscain de la Marche de Trévise et les Inquisiteurs dominicains de la Lombardie, Pagano et Vivien (1291) ; ces deux derniers sont destitués à perpétuité de leur office et de la prédication pendant trois et sept ans (Bull, fr., t. IV, p. 246, 289, 301-303) ; en Vénétie (1304), o-p. cit., t. V, No 15).
35 Mortier, op. cit., t. I, p, 360; Perrens, op. cit., t. I, p. 380.
36 Perrens, op. cit., t. I, p. 385-390; R. Davidsohn, Gesch. von Florenz, t. II, 2^ partie, p. 272 s. ; N. Ottokar, La condanna postuma
D'autres se rendirent coupables de malversations et d'extorsion d'argent comme Ange d'Arezzo, également Inquisiteur en Toscane, dont les agissements indignes nécessitèrent des enquêtes ordonnées par Boniface VIII en 1297 et Benoît XI en i3o4 37.
Bonensegna de Trente et Pierre Bono de Padoue, Inquisiteurs de la Marche de Trévise, commirent à Padoue et à Vicence les mêmes scandales. Après une plainte de l'évêque de Padoue ils furent frappés de destitution et remplacés par des Dominicains (i3o2-i3o3) 38.
Le Saint Siège veillait donc avec soin sur l'intégrité de ses agents ; souvent aussi il réforma leurs sentences empreintes de trop de sévérité Sg.
La sévérité était inhérente à l'institution. Plaintes et murmures se transformèrent parfois en des mouvements séditieux dont le plus célèbre est celui qui eut lieu à Carcassonne (i3oi-i3o4) et dont Bernard Délicieux fut l'âme. Bernard Délicieux et les habitants d'Albi et de Carcassonne ne protestaient pas contre l'Inquisition elle-même, mais contre la conduite des Inquisiteurs dominicains qui arrêtaient arbitrairement et détenaient les suspects dans des prisons inhumaines, pratiquaient un art d'obtenir des aveux tel que saint Pierre et saint Paul eux-mêmes, disait-il, incapables de se défendre, auraient été condamnés pour crime d'hérésie.
En i3oi la réprobation était générale dans le Languedoc. Arnaud de Villeneuve s'en faisait l'ardent porte voix 40, Philippe le Bel qui cherchait alors à diminuer le pouvoir des Inquisiteurs et qui craignait une scission dans son royaume accueillit ces plaintes et fit déplacer l'Inquisiteur de Toulouse, Foulques de Saint Georges. Comme son successeur se montrait tout aussi implacable, le fougueux Bernard Délicieux demanda la condamnation de tous les Inquisiteurs.
di Farinata degli Ubèrti (Archivio Storico italiano, a. LXXVII, vol. II, 1919. P- 155-163), cf. Arch.,fr. Mst., t. XVI (1923), p. 436.
37 Bull, fr., t. IV, p. 437; t. V, Ne 19..
38 Annales patavini, continuation de la Chronique de Rolandino, dans Rer. ital. SS. éd. nova, t. VIII, i" p. p. 232 ; Bull. fr.. t. IV, p. 538, 551, 553-555, 572 ; Arch. fr. hist., t. VIII (1915), p. 312-314, 662-667.
3» Bull, fr., t. IV, p. 441; t. V, No 26.
*" Cf. Arch. Ib. Amer., Anno XI, 1919, p. rgo.
LES FRÈRES MINEURS ET l'iNQUISITION 549
Agitateur populaire, Bernard ne sut pas garder de mesure devant Philippe le Bel qui vint en personne visiter le Midi pour calmer les esprits (i3o4). Au contraire la révolte grondait plus forte ; plusieurs fois l'amour-propre royal fut blessé par le sansgêne méridional et plus que jamais la scission du Languedoc était menaçante. C'est alors que, désespérant du roi de France, le Consul de Carcassonne Elie Patrice eut l'idée d'offrir le Languedoc à l'infant de Majorque, Fernand, dont le père Jacques II était déjà seigneur de Montpellier. Bernard Délicieux commit la faute capitale d'accepter ce projet et de travailler à sa réalisation. La trahison était évidente.
Mais déjà Philippe le Bel avait rendu toute sa faveur à l'Inquisition. Il voulut qu'elle restât entre les jinains des Frères Prêcheurs dont la docilité devait le servir si efficacement dans le procès des Templiers. Quand le complot fut connu à la cour royale il était déjà abandonné. Bernard résolut cependant de se rendre devant le roi pour se justifier. Le roi refusa de l'entendre et Clément V le fit emprisonner au Grand Couvent 4'. Les autres conjurés au nombre de cinquante-cinq à Carcassonne et à Limoux furent incarcérés, rapidement jugés et pendus (i3o5) 42.
Bernard avait perdu sa cause auprès du roi. Auprès du pape il n'en fut pas tout à fait de même. Clément V nomma une commission cardinalice (i3o6) devant qui les Inquisiteurs eurent à comparaître. Elle suspendit les procès en cours, visita les prisonniers qu'elle trouva dans un état pitoyable et donna les ordres nécessaires pour les loger et les nourrir plus humainement. La
41 Cf. Et. fr.. t. XXVII, p. 420.
•*2 Cf. M. Dmitrewski, Frère Bernard Délicieux, dans Archiv. fr. hist.. t. XVIII, 1925, p. 3-32; B. Hauréau, Bernard Délicieux et l'Inquisition albigeoise, Paris 1877, p. 1-114. Cet ouvrage intéressant comme un, roman est bâti sur une documentation très sûre, mais étranger et hostile à l'esprit de l'Eglise. Voir aussi C. Douais, L' Alhigéisme et les Frères Prêcheurs à Narbonne au XI/J« siècle, Paris, 1894, P- 132-140.
Les F. M. n'eurent qu'un rôle secondaire dans le procès des Templiers dont la poursuite fut rigoureuse surtout en France. Les enquêtes furent coniîées aux Franciscains dans le Patrimoine de Saint-Pierre, en Toscane, dans la Marche d'Ancône et en Romagne (1307), en Sicile (1308), en Grèce et en Chypre (1311). Cf. Bull, fr., t. V, N»» 96, 122, 185, 189.
conclusion de cette enquête pontificale eut lieu au Concile de Vienne (i3ii). Clément V y publia le décret Multorum querela qui restreignit les pouvoirs des Inquisiteurs en les obligeant à se mettre d'accord avec les évêques, non seulement pour prononcer les sentences, mais encore pour citer des suspects à leurs tribunaux, les arrêter, les mettre aux fers et procéder contre eux. Le régime des prisons,.la destination des amendes pécuniaires, la conduite des Inquisiteurs reçurent aussi des règlements appropriés 43.
Même alors qu'ils procédaient contre les hérétiques avec la plus impartiale justice, la vigilance et la fermeté des Inquisiteurs déchaînaient contre eux des haines, des colères et des représailles terribles tant les pénalités qu'ils devaient appliquer étaient, elles aussi, terribles. Pour sauvegarder la foi, les Mineurs comme leurs frères de saiiit Dominique faisaient alors bon marché de \tyxv vie.
En Allemagne, Conrad de Marbourg que l'on doit blâmer pour ses procédés sommaires et durs, qui conduisirent des innocents au bûcher, riieurt assassiné avec son compagnon le frère Gérard (3o juillet 1233) 44.
A Plaisance eri i236 leç Frères Mineurs sont associés aux Prêcheurs dans les attaques sanglantes des hérétiques contre Roland de Crémone 45.
Etienne de Saint J'^ièér;/- Inquisiteur avec le Dominicain Guillaume Arnaud dans les terres du Comte Raymond VII de Toulouse mourut sous les coups de hache des sectaires rassemblés par le bailli Raymond d'Alfaro à Avignonnet en 1242. Etienne de Saint-Thibéry, le premier Frère Mineur chargé"* officiellement du ministère de l'Inquisition, en fut aussi le premier martyr 46.
43 B. Hauréau, op. cit., p. 133-5; C. Douais, Documents, t. II, p.
322, 33i;,HEFELE-LECLREtÇQ, O/». cit., t. VJ, 2» P,, p. 690-694.
^* Mortier, op. cit., t. I, p. 500; Hefelp-Leclercq, op. cit., t. V, P. II, p. 1551 ; Bull, fr., t. I, p, 117.
*5 Bull, fr., t. I, p. 132-134, 190. En 1284 deux autres F. M. furent assassinés en Lombardie pour n'avoir pas voulu effacer des registres de l'Inquisition le nom de certains hérétiques. (Wadding, Annules, t. V,
46 Anal, fr., t. III, p. 248 s. ; Vaissette, op. cit., t. III, p. 431 ; Mortier, op. cit., t. I, p. 366 s.
Ces morts glorieuses d'Inquisiteurs consolent des prévarications de quelques autres. Le plus grand nombre d'ailleurs avaient de leur douloureux ministère une haute idée. Us avaient conscience de collaborer à une œuvre de salut public. . Ils le firent avec zèle, n'appliquant les peines les plus graves du code inquisitorial que contraints par la violence ou l'opiniâtreté de ceux qu'ils auraient voulu d'abord convertir. Ces actes de clémence ne furent pas rares surtout envers les fils d'hérétiques avérés qui devaient être régulièrement privés de leur héritage 47.
Beaucoup d'Inquisiteurs laissèrent une mémoire sans reproche «t un grand nombre d'entre eux méritèrent d'être promus à. l'épiscopat 48.
.4. — Les Frères Mineurs dans la hiérarchie ecclésiastique 49i
On sait combien saint François était éloigné de désirer pour ses fils les dignités ecclésiastiques. Son amour de l'humilité non moins que ses principes d'action lui dictaient cette attitude
*^ Bull, fr., t. III, p. 316; t. IV, p. 82, 227, 274.
*8 Tels Barthélémy d'Amelia promu à l'évêché de Grosseto (1278), Bienvenu d'Osimo à celui de Gubbio (1278), Gentile de Bettona à' l'Archevêché de Reggio en Calabre (1279) et qui accomplirent en outre, d'importantes négociations diplomatiques (Bull, fr., t. III, p, 298, 309,, 424 ; t. IV, p. 274 s., 299, 314, 352, 355 ; vide infra, p. 625). Philippe Bor inacoisi de Mantoue, après avoir refusé l'archevêché de Raguse en 1279 fut contraint par Nicolas IV d'accepter l'évêché de Trente (1289) (Bull. fr., t. IV, p. 91 ; Salimbene, p. 437). Frère Alamanno fut de même nommé archevêque d'Oristano en Sardaigne et constitué Vicaire spirituel de Rome par Boniface VIII (1299) (Bull, fr., t. IV, p. 485 s.). Guillaume ■de Saint-Marcel, Inquisiteur dès 1290 dans le comtat Venaissîn, en Dau< jphiné et en Sicile, pénitencier de Clément V qui l'envoya à Rome, pacifier les Orsini et les Colonna (1309), devint évêque de Nice en 1317 (Bull, fr., t. IV, p. 139 574, t. V, nos 122, 149, 264 ; N. Charrieii, Histoire générale de Dauphitié, Lyon, 1672, réimpression à Valence, 1869, t. II, p. 392).
*9 Le P. C. Eubél, O. M. 'Conv., continuateur du Bullarium francis- •canum, a publié à la fin du t. V, p. 605-620, la nomenclature des deux cent soixante-quinze Frères Mineurs promus aux dignités épiscopales jusqu'à la fin du pontificat de Jean XXII (1334). Il a fait précéder, cette nomenclature de la liste des évêques faussement attribués à l'Ordre franciscain et de là liste des F. M. qui, élus ou nommés, n'ont pas exercé ces fonctions pour des causes diverses.
Le cardinal Hugolin pensait au contraire qu'il serait bon de faire entrer dans les cadres de la hiérarchie les fils de Saint Dominique et de saint François, car il comptait sur eux pour régir saintement les diocèses et pour promouvoir efficacement la réforme du clergé.
Or, au temps du premier Concile oecuménique de Lyon 1245, l'Ordre était déjà répandu dans tout le monde chrétien et il n'y avait que deux Frères Mineurs promus à l'épiscopat. Trente ans plus tard, à l'époque du second Concile de Lyon (1274) on en comptait trente-deux et à celle du Concile deVienne(i3ii-i3i2), cinquante-six. Si l'on songe qu'à la fin du XIII^ siècle les Frères Mineurs étaient au nombre d'environ trente à trente-cinq mille et que pendant toute la période 1209-1312 ils n'eurent que cent quatre-vingt-quatorze d'entre eux élevés aux dignités ecclésiastiques dont vingt Evêques pour les Missions au Maroc et en Orient et huit Cardinaux 5o, on conviendra que cette proportion est assez faible pour qu'on ne puisse pas dire que sur ce point l'idéal de saint François fut abandonné, et qu'elle est toutefois suffisante pour affirmer que la pensée si opportune, si sage et si noble du cardinal Hugolin fut suivie. Ce n'est pas lui cependant qui la réalisa. Monté sur le trône de Saint Pierre, il respecta les intentions du Poverello ; durant les quatorze années de son pontificat il ne nomma qu'un seul évêque et ce fut pour la Mission du Maroc 5i. Boniface VIII est le pape qui se montra le plus prodigue de ces titres envers les Frères Mineurs : en neuf ans,. (i294-i3o3) il leur en conféra quarante-deux ; Clément V, dans le même temps (i3o5-i3i4), trente-deux ; Innocent IV, en onze ans (1243-1254), vingt-quatre; Nicolas III,(i277-i28o),dix-sept; Nicolas IV pape franciscain (1288-1292), quinze; et Alexandre IV si favorable aux Frères Mineurs (i255-i26i), quatorze.
Les sièges occupés par les Frères Mineurs étaient souvent ceux qui avaient le plus besoin de pasteurs vigilants ; en règle
50 Le P. Eubel, loc. cit., n'en compte que 193, mais il faut y ajouter Bernard Peregri, évêque de Barcelone, dont le savant auteur ignorait la qualité de Franciscain. Cf. Estudios francescanos, t. IV, p. 345-349 ; t. V (supplément), p. 17-20.
51 II éleva au contraire trente et un' Frères Prêcheurs à l'épiscopat (Mortier, op. cit., t. I, p. 390)..
générale ce n'étaient pas les plus importants de la chrétienté ; il y eut pourtant d'assez nombreuses exceptions. C'est ainsi qu'en' Italie, Milan, Bari, Reggio de Calabre, et Vérone ; en France,. Rouen, Toulouse, Poitiers, Rennes, Viviers, Lisieux ; dans la péninsule hispanique Burgos, Barcelone, Braga ; en Allemagne, Mayence ; en Suisse, Bâle ; en Autriche, Trente et Zara ; en; Angleterre, Cantorbéry et Worcester ; dans les pays Scandinaves^ Upsal et Riga ; dans la péninsule balkanique Raguse et Antivari eurent à leur tête des fils de saint François. Quatre d'entreeux furent de 1288 à i3i2, vicaires spirituels du Pape dans la. Ville éternelle 52.
Comment se firent ces nominations ? « De mon temps, dit Salimbene, beaucoup de Frères Mineurs et j de Frères Prêcheurs furent élevés aux prélatures épiscopales en considération de leur parenté plus qu'en faveur de leur Ordre. Les chanoines des églises cathédrales ne se soucient pas beaucoup, en effet, da se donner pour prélats des religieux, si éminents qu'ils soient en sainteté et en doctrine, parce qu'ils craignent d'être réprimandéspar eux de leur mauvaise vie » 53.
En fait, il y eut peu de Frères Mineurs élus par les Chapitres ;. une quarantaine environ, dont la moitié seulement furent confirmés par le Saint Père. Mais il serait inexact de dire que le plus grand nombre durent à leur parenté d'être élevés à l'épiscopat ; ce fut au contraire le petit nombre. Pour plusieurs la nomination fut faite à la demande de princes à qui ils avaient rendu de grands services. Tels Jean de Diest devenu évêque de Samland (1252), puis de Lûbeck (1254), après avoir été chapelain et conseiller de Guillaume de Hollande, candidat à l'Empire ; tels encore Henri Knoderer d'Isny, évêque de Bâle (1275) puis archevêque de Mayence (1286), et Conrad Probus évêque de Toul (1279) qui tous deux avaient secondé l'empereur Rodolphe de Habsbourg 54.
52 Barthélémy d'Amelia (1288-1291), Bull, fr., t. V, n» 612 ; Lambert (1296-99), ibidem, 613; Alamanno (1299), Bull, fr., t. IV, p. 486; Ranucci (1300-2), ib. 533.
53 Salimhene, p. 640; H. Knoderer, archevêque de Mayence fut ainsi en butte à l'aversion des chanoines de sa cathédrale. Cf. Glassberger, p. 105; Wadding, Annales, t. IV, p. 412.
54 Vide infra, App. III, p. 625 s.
Quand il arrivait qu'un frère avait été élu ou postulé par un Chapitre cathédral, il lui fallait, pour recevoir la consécration, la permission de ses supérieurs généraux ou provinciaux. A la demande de Jean de Parme, Innocent IV avait posé cette r^ie (2?, Avril 1252) qui fut appliquée la même année aux Prêcheurs, renouvelée par Alexandre IV à la demande de Saint Bonaventure (28 Mai 1 257) et étendue à tous les Mendiants par Boniface VIII (29 mars 1297) ^5.
Et cette règle ne fut pas un vain mot. Souvent les Ministres refusèrent cette permission ; quelquefois aussi, par exception, en raison des mérites des frères élus ou sur les instances de personnages influents, le Pape accordait une dispense et permettait de consacrer les frères qui n'avaient pas été autorisés par leurs supérieurs 56.
D'autres enfin refusèrent d'eux-mêmes l'honneur qui leur était offert Sy.
L'Ordre de son côté ferma la porte à l'ambition des dignités ecclésiastiques par un article des Constitutions qui retranche de son sein, prive de leurs livres et de toute participation aux mérites et aux prières de l'Ordre les frères qui accepteraient l'épiscopat sans permission du Ministre Général ou du Provincial. La
5s Bull, fr., t. I, p. 605; t. II, p. 219; t. IV, p. 430.
58 Bull, fr., t. III, p. 137, 156, 418, 460, 539 ; Biblioteca, t. II, p. 452, n° 153; Bull, fr., t. V, n° 102, et surtout le cas curieux d'un Frère Venuto élu évêque de Catanzaro (1309), ibid., n»» 136, 163.
57 Saint Bonaventure avant de recevoir la pourpre cardinalice en 1273 refusa l'archevêché d'York en 1265. Saint Louis de Toulouse refusa de même celui de Lyon ; le bienheureux André de Segni refusa également le chapeau de cardinal que lui offrait son neveu, le pape Boniface VIII ; Raymond Godefroid renonça tour à tour aux sièges de Padoue et de Milan, etc.. (Bull, fr., t. V, p. 607 s.). Voir aussi dans Salimbene, p. 322, 324-329, l'histoire de Raynald d'Arezzo, évêque de Rieti (1249-1251) qui prouve qu'il y avait alors dans l'Ordre un courant d'idées peu favorable à l'acceptation des dignités ecclésiastiques. Sentiment de ^aint Bonaventure dans son Exp. Sup. régulant. Cap. II, n° 16, Op. omn.. t. VIII, p. 401, et vœu des F. M. d'Irlande. (Materials for the History of the Franciscan province of Ireland, British Soc. of fr. st. vol. IX, Manchester 1920, p. 8.)
Cette aversion pour la prélature ecclésiastique fut très vive naturellement chez les Spirituels. Cf. Ubertin de Cabale, Arbor vitae, Liv. V, c. III, fol. 211V).
même peine fut infligée à ceux qui, promus à ces dignités, attireraient par leur vie le déshonneur sur l'Ordre 58.
Tout ce qu'ils avaient â leur usage au moment de leur promotion les Frères avaient coutume de le garder ; mais à partir de 1255 Jean de Parme exigea qu'ils le rendissent à l'Ordre à qui revenait aussi tout ce qu'ils acquéraient personnellement ; les papes cependant leur permirent d'en disposer à leur gré par testament afin de subvenir aux frais de leurs funérailles, récompenser leurs serviteurs ou faire largesse aux pauvres 5g,
S'il y eut peu de Frères Mineurs élus par les Chapitres des églises cathédrales, en revanche furent très nombreuses les nominations faites directement par le Souverain Pontife qui se réservait la provision de certains sièges avant tdute élection, ou en cas de discorde entre les électeurs.
Il choisissait alors parmi les Prêcheurs et les Mineurs, et plaçait sur les sièges vacants des hommes de confiance dont ii avait fait précédemment ses familiers, qui avaient prouvé leur fidélité, leur dévouement et leur habileté dans des fonctions subalternes, où dont le renom de science et de vertu était parvenu jusqu'à lui. « Il estimait que des hommes rompus à l'observance d'une discipline sévère, habitués aux exercices de la vie intérieure, possédaient les qualités maîtresses qui sont seules capables de créer et de diriger des prêtres » 6o.
Il ne se trompait pas et les choix qu'il fit ou qu'il confirma tombèrent le plus souvent sur des hommes éminents qui furent la gloire de l'Ordre par la sainteté de leur vie, leur habileté, leur vigilance, leur zèle dans la correction des mœurs chrétiennes ou ecclésiastiques, leur courage dans la lutte contre les empiétements des pouvoirs civils.
Henri Knoderer, évêque de Baie en 1275, puis archevêque de Mayence (1286-88), Conrad Probus évêque de Toul (1279-96), Laurent archevêque d'Upsal (1257-67), appelé le « Ximénès de la Suède », Eudes Rigaud archevêque de Rouen (1248-75), conseiller de Saint Louis roi de France, furent des adminis-
58 cions deNarbonne 1260, C. VI, S. Bonav,, Op. pmn., t. VIII, p. 456. 58 Bull, fr., t. II, p. 56, 91; t. III, p. 158, 360, 470, 481, etc.. "P Mortier, op. cit., t. I, p. 391.
trateurs et des négociateurs habiles qui se vouèrent à la fois au bien de l'Eglise et à celui de l'Etat. Eudes Rigaud déploya une activité infatigable, multipliant les synodes et les visites pastorales dans les sept diocèses de sa province ecclésiastique, donnant une égale sollicitude aux basiliques et aux grandes abbayes comme aux simples prieurés et aux humbles paroisses de campagne. Jean Pecham, archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre (1279-1292) déploya le même zèle ainsi que le Bienheureux Gautier de Bruges évèque de Poitiers (1279-1304) qui donna l'exemple des plus hautes vertus de charité et de simplicité. Les statuts que ces évêques promulguèrent avaient surtout pour but le rétablissement de la discipline, la pureté des mœurs parmi les fidèles et le clergé. Ils inculquent à leurs prêtres le devoir de la résidence, la renonciation à la pluralité des bénéfices et leur rappellent le devoir d'enseigner le peuple par des instructions catéchistiques en langue vulgaire. Gautier de Bruges n'eut point la brillante carrière d'Eudes Rigaud ; il, dut lutter pour la défense des droits et des immunités de l'Eglise; spolié, envoyé en exil, il se montra d'une indomptable ténacité contre le roi Philippe le Bel et ses officiers. Il ne fut pas déposé par Clément V qui au temps où il était archevêque de Bordeaux l'avait eu pour adversaire de ses prétentions au titre de primat d'Aquitaine, il résigna lui-même sa charge: sous le pontificat de Benoit XI vers 1804 et mourut trois ans après chez les Frères Mineurs de Poitiers, honoré depuis d'un culte immémorial. En Portugal, Tellon, archevêque de Braga (1278-92), fut son émule en courage contre le roi Denys et les grands du royaume ; de même Léon Vavasseur de Perego, archevêque de Milan (1244-67) dans le duel entre le Saint- Siège et Frédéric II ; il mourut en exil après un soulèvement du peuple contre les nobles. Saint Louis, fils de Charles II, roi de Sicile, connut dans son enfance les amertumes de la captivité, mais il n'eut point à subir sur le siège de Toulouse (1296-7) de si grandes épreuves ; il n'y resta que quelques mois, étonnant ses contemporains par son humilité et sa charité ardente pour les pauvres 61.
«1 Sur Henri Knoderer et Conrad Probus, vide infra, App. III, p. 625 s.
Plus élevé en dignité Saint Bonaventure, après avoir refusé la riche métropole d'York, fut contraint d'accepter de Grégoire X le chapeau de Cardinal en 1273. Il fut l'âme du Concile oecuménique de Lyon (1274) et sa mort causa un deuil universel.
Sous la pourpre cardinalice Jérôme d'Ascolt, Matthieu d'Acquasparta, Gentile de Montefiore et Jean Minio de Morrovalle dans d'importantes missions diplomatiques rendirent les plus grands services à l'Eglise. Jérôme d'Ascoli est le premier Frère Mineur élevé sur la chaire de Saint Pierre. Une fièvre pernicieuse s'était déclarée à l'époque où les cardinaux s'assemblaient au palais pontifical de Sainte-Sabine sur l' Aventin pour donner un successeur à Honorius IV ; presque tous tombèrent malades, quelques-uns d'entre eux succombèrent. Les autres, pris de panique, se dispersèrent; seul le cardinal franciscain resta à son poste. Il y attendit le retour de ses collègues. Cette preuve de courage, ses mérites joints à l'appui des Colonna contribuèrent à son élection (i5 Février 1288). Il s'efforça, comme ses prédécesseurs, de pacifier les princes chrétiens. Les missions chez les infidèles reçurent de lui une vive impulsion. Il soutint courageusement les évêquesqui défendirent les droits de l'Eglise; poursuivit active-
— Sur Laurent, archevêque d'Upsal, cf. Bull, fr., t. V, p. 610 ; Wadding, Annales, t. III, p. 107. — Sur Eudes Rigaud, vide infra, App. III, p. 638; Th. BoNNiN, Journal des Visites pastorales d'E. R,, Rouen, 1852, Gallia Christiana, t. XI, Paris, 1759, p. 70 s. — Sur J. Pecham, cf. P. H. Spett- MANN, Quellenkritisches zur biographie des J. P., dans Fr. S., t. II (1915), p. 170-207, 266-285, Panfilo da Magliano, O. m., Storia Compendiosa di S. F. e de' Francescani t. II, p. 126-132, Wetzer u. Welter, Kirchenlexicon, t. IX, 745-748.
Gautier de Bruges, E. Langlois, Reg. de Nie. IV, n°s 709-711, 752, 2592, 4284-4297 ; Archiv. franc, hist., t. V, p. 494-519 ; t. VI, p. 491-514 ; t. VIII, p. 667-672 ; t. IX, p. 91-98 ; t. XVI, p. 34-56 ; t. XVIII, p. 295-298 ; Franc, francise, t. II, p. 164-194 ; t. VIII, p. 189-204 ; Rev. hist. fr., t. III, 1926, p. 373-386. — Tellon, Bull, fr., t. V, p. 612 ; Wadding, Annales, t. V, p. 208 ; Est. fr., t. III, p. 256-260. — Léon, archevêque de Milan, vide infra, App, III, p. 620, et Studi francescani,
Saint Louis de Toulouse, sa vie, par l'Abbé Verlaque, Paris 1885; Anal. Boll., t. IX, p. 278-359; An. Ord. Min. Cap., t. XIII-XIV passim; Arch. fr. hist., t. I, p. 278-290, 569-576 ; t. II, 197-215 (St L. de T., dans l'art), 378-383.
ment la lutte contre les hérésies ; fonda les Universités de Montpellier, de Lisbonne et de Gratz. Il mourut le 4 avril 1292 dans la douleur que lui causa la prise de Saint-Jean d'Acre par les Turcs, et après avoir tenté vainement pendant tout son pontificat de rallumer l'enthousiasme des croisades, II fut enseveli dans la Basilique de Sainte-Marie Majeure qu'il avait fait orner, ainsi que celle de Saint-Jean de Latran, de mosaïques que l'on admire encore 63,
L'humble fraternité fondée par saint François jouait donc, par le nombre et l'importance des services rendus, un rôle éclatant dans l'Eglise.
5 . — Quelques services rendus à l'Eglise par les Frères Mineurs.
Au commencement du XI 11^ siècle, personne ne doutait en
principe que le pouvoir pontifical ne s'étendît sur l'Eglise entière et sur toutes les personnes de l'Eglise ; mais en fait cette autorité était souvent combattue par les velléités d'indépendance de certains évêques, Chapitres ou monastères, sans compter les attaques violentes dirigées par les réformateurs hérétiques contre toute la hiérarchie.
Saint François d'Assise, en se soumettant finalement et immédiatement avec tout son Ordre au Saint-Siège et à l'Eglise romaine, opérait contre ces tendances anarchiques une heureuse réaction. Grâce à cette soumission directe, les Frères Mineurs apportaient au Pape une force toute neuve, force d'autant plus puissante qu'elle se répandit rapidement et constitua, au service du Saint-Siège, une armée toujours prête à marcher et à exécuter ses ordres et ses sentences, en quelque coin du monde que ce fût. Les Frères Mineurs allaient partout, vers les fidèles et les infidèles, partout ils apparaissaient comme des envoyés du Souverain Pontife. L'autorité de celui-ci se trouva singulièrement fortifiée du fait que dans tous les pays il trouvait en eux des serviteurs dévoués, des témoins, des porte-paroles,
•^2 Sur saint Bonaventure et les autres personnages cités ici, vide infra,
App. m.
LES F. M. ET LE POUVOIR CENTRAL DE l'ÉGLISE 559
des messagers dont la fidélité et le courage savaient affronter les dangers, les persécutions et parfois la mort pour défendre ses. droits 63. /
: Chaque couvent, si loin de Rome qu'il fût, était un poste de' soldats fidèles à l'Eglise, réfractaires aux schismes et aux dissensions. Leur présence maintenait la catholicité de l'Eglise et rendait plus tangible l'autorité immédiate et universelle du chef suprême, le Pape. Même les querelles regrettables avec le clergé séculier, loin de favoriser le désordre dans la chrétienté 64, servirent à l'affermissement, nécessaire à cette époque, du pouvoir central dans l'Eglise. Sa primauté se manifestait partout par la concession et la défense des privilèges. En même temps les controverses avec les Docteurs de l'Université de Paris fournissaient aux Maîtres franciscains, à Saint! iBonaventure, à Thomas d'York, à Jean Pecham, l'occasion d'affirmer avec plus de clarté et plus de force que jamais la doctrine de la plénitude de la juridiction immédiate du Pape sur toute l'Eglise 65. Plus tard, les évêques ne s'intituleront plus seulement : « Dej gratia episcopi » , mais « Dei et Sanctae Sedis apostolicae gratia episcopi ».
L'action des Frères Mineurs sur le monde ecclésiastique ne fut pas moins profonde.
A l'aurore du XII^ siècle, le christianisme, malgré les apparences, est en péril. L'Eglise n'apparaît plus comme l'arche du salut, l'école de la perfection. Les hérétiques brandissent contre
63 II en fut ainsi notamment dans la longue lutte du Saint-Siège contre les Hohenstaufen ; vide infra, App. III, p. 619-622.
^* A. DuFOURCQ, Avenir du Christianisme, t. VI, p. 424-426, distingue deux sortes de maux dans l'Eglise du XIII^ siècle, le temporalisme et l'anarchie; les conflits des religieux avec le clergé séculier sont à 'ses yeux une manifestation de cette anarchie.
''^ Cf. le traité De -perfectione evangelica, Q. IV de Ohedientia, Art I.II, de Obedientia summo Pontifici débita : Utruni christianae religionis sit,, quod omnes obediant uni ? (S. Bonav., O-p. omn., t. V, p. 189-198) ; Thomas d'York, Tractatus « Manus quae contra omnipotentem tenditur », cap. XIV-XVIII, dans M. Bierbaum, Bettelorden und Weltgeistlichkeit an der Universitàt Paris, Munster in W., 1920, p. 137-167, plus spécialement p. 153-156; J. Pecham, Tractatus Pauperis, dans Brit. soc. of franc. Studies, vol. II, p. 45-47, 61.
■elle l'Evangile. Prêcheurs et Mineurs la sauvent en adaptant la vie religieuse aux exigences nouvelles du progrès économique et social et en la ramenant à une observance plus rigoureuse de l'Evangile. Ils l'installent dans les cités, dans les faubourgs, au cœur même des transformations et des agitations sociales. Ils sauvent 'Eglise en lui fournissant une élite intellectuelle ardente dont la science, la voix, l'exemple et la vie anéantissent à la fois les griefs de l'hérésie envahissante et les infiltrations d'une philosophie païenne qui menaçaient le dogme et la morale de l'Evangile. Partisans et promoteurs de la réforme ecclésiastique, ils sauvent l'Eglise en rendant au clergé la conscience de sa dignité et de ses obligations sacerdotales.
Saint François d'Assise, et c'est là un des traits qui le distinguent nettement des novateurs hérétiques, professait pour le prêtre, même indigne, le plus profond respect à cause du caractère sacré dont il est revêtu. Ce sentiment de foi et de compassion aidait au relèvement du prêtre déchu. Ses fils ne l'oublièrent pas.
Thomas de Celano et Hugues de Digne blâment l'avarice des clercs, mais ils rappellent avec non moins de netteté à leurs frères les enseignements du saint fondateur sur les sentiments d'humihté, de dévouement et de concorde qui doivent inspirer leur conduite à l'égard du clergé. Saint Bonaventure recommande avec force aux Mineurs de témoigner une grande révérence aux prélats de l'Eglise, non seulement aux bons, mais aussi aux mauvais, car le mystère de l'onction du Christ l'exige. Jean Pecham estimait répréhensible le Frère qui voudrait prêcher dans la paroisse d'un prêtre sans aucun égard pour lui, quelque pécheur qu'il fût. Le Chapitre général de Strasbourg (1282) rappelle le même devoir de respect à l'égard des prélats et ordonne de punir sévèrement les délinquants 66. Mais enfin ils sont bien obligés de voir l'état lamentable des mœurs cléricales et les conséquences fatales qui en résultent pour le
66 s. BoNAV. Epist. off. IL, Op. otn. t. VIII, p. 471; J. Pecham, Tract, paup., loc. cit., p. 6i; II Cel, 84, 146; Hugues de Digne, BxpO' sitio regulœ, dans le Spec. Min., éd. Rouen 1509, Tract. III, fol. 6iv; Arch. f. Litt. u. Kirch., t. VI, p. 51.