LES F. M. ET LA RÉFORME DU CLERGÉ
peuple chrétien. Ils les réprouvent donc avec un franc parler absolu, même devant les princes de l'Eglise. Ils s'attaquent «ans relâche au népotisme et au cumul des bénéfices, à la cupidité des clercs et à leur inconduite sacrilège. Ils le font aussi devant les fidèles, et avec violence, pas plus cependant que les meilleurs parmi les prêcheurs séculiers comme Eudes de Châteauroux. La sainte audace d'un Antoine de Padoue reprenant publiquement dans un synode diocésain l'archevêque de Bourges, d'un Jean de Parme ou d'un Hugues de Digne qui font entendre au Pape et aux cardinaux de dures leçons, tout Frère Mineur se la croit permise envers les prêtres indignes. Il pense venger ainsi et soulager la conscience chrétienne. Les fidèles ne •se scandalisaient pas de ces censures si souvent justes, mais le clergé grondait. Saint Bonaventure (ou son cobtinuateur) s'en excusait en disant : « Hélas ! les péchés des clercs ne sont que trop publics et il faut les reprendre en public pour que les laïcs ne nous accusent pas de faire acception de personnes et de tolérer dans le clergé des vices que nous condamnons dans le peuple chrétien. Encore ne disons-nous pas tout ce que nous ■savons de peur de favoriser le jeu des hérétiques » 67.
A la véhémence de leurs blâmes,- les Frères Mineurs joignaient aussi de fraternels conseils adressés aux prêtres sur l'accomplissement de leurs devoirs et spécialement au sujet de la résidence, de l'étude des sciences sacrées, de la prédication, de l'entretien de leurs églises et des autels et du respect des choses saintes.
Parmi ceux que préoccupait le plus la réforme du clergé, le Frère Mineur Adam de Marsh est un des plus célèbres. En relation avec un grand nombre de dignitaires ecclésiastiques, il les presse chaleureusement de remplir leurs obligations,il s'effraie des périls que fait courir aux fidèles l'oubli dj la ré^idence, il les invite à promouvoir aux fonctions sacrées des hommes qui en soient dignes par la vertu et le savoir, et il écrit sur les
*^ J. RiGAUD, La vie de S. Antoine de Padoue, éd. Ferdinand-Marie d'Araules O. M., Bordeaux, 1899, p. 86 ; Salimbene, p. 226-232, 302 ; S. BoNAV.,, Determinationes quaestionum. Op. omn., t. VIII, p. 356-
devoirs de la vie pastorale et cléricale un traité qu'il' dédie à Sewal, archevêque d'Yorck(i255-i258) 68.
Plus encore que par leurs paroles et leurs écrits, les Mineurs; eurent sur les mœurs du clergé, par l'action des évêques sortisde leurs rangs, par l'exemple de leur pauvreté, de leur patience,, de leur amour de l'étude, une heureuse influence que Robert Grossetête, évêque de Lincoln, se plaisait à célébrer dans une lettre à Grégoire IX 69.
Les saints prêtres qui s'enrôlaient dans le Tiers- Ordre de la. Pénitence, vivant dans une stricte pauvreté pour mieux secourir les pauvres, fournissaient à tous les clercs d'admirables, modèles 70.
Dans les Universités, l'arrivée des Mendiants se signala parun changement notable dans les mœurs de la gent turbulente: des écoliers. Partout les frères exerçaient une très puissante attraction, à Bologne, à Oxford comme à Paris, où Eudes de Châteauroux qui fut chancelier de l'Université disait que les^ Dominicains et les Franciscains avaient complètement purifié les mœurs des écoliers y. Si grande fut l'impression que produisaient leur ardeur à l'étude, unie à. la noblesse d'une vie de: pauvreté conforme à l'Evangile, que les étudiants en grand
68 Adae de Marisco, Epistolae, dans BREWERi, Mbnumenta franciscana,. t. I, p. 143 s., 146 s., 241, 244, 262 s., 406 s., 438-489* Voir aussi la. lettre du Prieur des Dominicains de Londres, du Gardien des Mineurs, et de Thomas d'Halès à l'évêque de Londres, dans le même recueil, (p. 182 s.).
68 HiLARiN DE LucERNE, Histoire des Etudes, p. 281s.
'"' Citons en particulier le B. Davanzat (-j- 1295) Acta SS., Julii II,. 524-529), le B. Barthole, le Job de la Toscane (4- 1300) (Wadding,. Annales, t. V, p. 424-428), St Yves de Tréguier (-]- 1303) (Wadding,, op. cit., t. VI, p. 20-25), Jacques de Plèbe, le Martyr des Canonistes {4- 1304), ainsi appelé parce qu'il fut assassiné pour une cause qu'ir défendait (Wadding, op. cit., t. VI, p. 32-34)..
71 « Vere vacaverat et quieverat civitas a malo tetnpore régis Ludovici et Johannes de Vineis. Scopae, id est, duo ordines Praedicatorum et Minorum eam niundaverant, maxime quoad Scholares, quorum quantplurimi hos ordines intraverunt, alii honestatem amplexi sunt, » Cf. Sermons franciscains du Cardinal E. de Châteauroux, Et. Fr., t. XXIX,. p. 172, n. 3. Pour ce qui concerne l'influence morale des F. M. à Bologne, Paris et Oxford, cf. Hilarin de Lucerne, Histoire des Etudes,, p. 265-271, 281, 287; 175-178; 133. 138, 159-163-