DES AMIS DES FRÈRES MINEURS
manquements que commettent les prélats et le moyen le plus puissant pour arracher la société à la misère.
Grossetête avait distribué libéralement aux Frères Mineurs d'Oxford les trésors de son savoir ; il les avait pris sous sa protection. Il reçut d'eux en retour leur affection, leur reconnaissance, leur esprit évangélique d'humilité et de pauvreté. Dans un temps ou régnaient, surtout dans les hautes sphères laïques et ecclésiastiques, la cupidité, le luxe et l'avarice, <jrossetête se faisait un titre de gloire de sa pauvreté et de la bassesse de son extraction. Avant d'être élevé à l'épiscopat, il avait renoncé spontanément à son titre d'archidiacre de Leicester et à tous ses revenus ; il ne garda, pour subvenir à son «entretien qu'une simple prébende à la cathédrale. Ses familiers ne lui ménagèrent à ce propos ni les blânies sévères ni les paroles de mépris et de détraction ; il s'en consola à la pensée que les Franciscains, du moins, et surtout Adam de Marsh, ile félicitaient de ce renoncement. Les professeurs séculiers •qu'il avait désignés pour le remplacera l'étude des Mineurs, furent tous pénétrés du même esprit franciscain. Par une étroite communauté de pensées et un même idéal, ces savants et ces princes de l'Eglise devinrent les amis des Frères Mineurs ■et les disciples de la pauvreté 77.
Robert Grossetête n'était pas le seul parmi les évêques à solliciter la faveur d'avoir quelques Frères Mineurs au noinbre de «es familiers. Ces demandes étaient même si fréquentes, qu'elles devinrent, on s'en souvient, un danger pour la discipline. Non contents d'avoir des frères comme familiers, plusieurs évêques renoncèrent à la mitre, et embrassèrent la vie franciscaine 78.
Au plus fort de la lutte avec l'Université de Paris,qui se posait
7' HiLARIN DE :LUCERNE, Hist. deS EtudeS, p. 271-288 ; ECCLESTON,
j). loo, n. c. Sur Jacques de Vitry et les Frères Mineurs, cf. A. CallefiAUT, Autour de la rencontre de S. Fr. et du . cardinal Hugolin à Florence, dans Arch. fr. hist., t. XIX (1926), p. 546-557.
78 'Citons Ralph, ëv. d'Hereford, qui entra dans l'Ordre en 1239 (EccLES- TON, p. 107 ; Anal, fr., t. III, p. 220, 679) Raoul, év. d'Alborg (1252), 'et J. Erland, archev. de Lund (1269) en Danemark (Rerum Danicarum Scriptores, t. V, p. 517) ; Olivier, év. de Sirmium (Croatie) en 1262, Maurice, év. de Ross en Ecosse (1264) {Bull, fr., t. V, p. 607); Guillaume Vicedomini, archev. d'Aix, puis cardinal, qui sur son lit de mort fit .profession de la Règle de S. François (Anal, fr., t. III, p. 701 ; Bull.
pourtant en porte-parole du clergé séculier, et plus tard, quand Guillaume de Mâcon mena sa campagne opiniâtre contre les exempts, il s'en faut que tous les prélats aient été entraînés dans ce mouvement d'hostilité. Nombre d'évêques ne cessèrent detémoigner aux Frères Mineurs leur sympathie et leur protection 79. Dans leurs synodes diocésains ou provinciaux ils défendent comme au concile du Mans (1247) et de Saintes (1280) de diffamer les Frères ; ils invitent les curés à faire appel à leur concours, pour les prédications ou les confessions, n'exigeant que la liste des fidèles qu'ils ont confessés 80.
jr., t. V, p. 6o62); Benoît d'Alignan, qui d'abord abbé du monastère bénédictin de la Grasse au diocèse de Carcassonne, devint évêque de Marseille en 1230, prit part à la croisade de Thibaut de Champagne (1239), et entra dans l'Ordre franciscain en 1258, d'après Salimbene (p. 554 s.). Il mourut en 1268. (Cf. Biblioteca, t. I, p. 236-239, qui place son entrée dans l'Ordre peu après sa nomination à l'épiscopat). Alexandre' de Veruli^ chanoine de Teramo, élu évêque de cette ville, préfère la bure de saint François (1282) (Bull, fr., t. V, 607I).
'9 De la longue liste que l'on pourrait en donner, voici quelques-unsdes principaux. Frédéric Visconti, archev. de Pise (1254-1277), d'abord' mal disposé pour les Mineurs (Bull, fr., t. II, p. 406), devient un de leurs grands amis (Arch. fr. hist., t. I, igo8, p. 654), Martin, év. de Mantoue (1252-1268), estimait qu'il ne pourrait régir son diocèse sans l'aide « descappes et des capuces », c'est-à-dire des Mendiants (Salimbene, p. 435) ; Guillaume de Pazzis (1248-1289) et Ildebrandino (1289-1302), évêques /f'Arezzo (Arch. fr. hist., X, 1917, p. 458 s., 466) ; Conrad d'Hochstaden (1238-1261) et Engelbert II (1262-1274), arch. de Cologne (P. Schlager, Beitràge, p. 45, 63 s., 264 s., 276) ; Gérard (1251-1259) et Werner. (1259- 1284), arch. de Mayence (Koch, Die friihesten Niederlassungen, p. 86. C. EuBEL, Gesch. der oberd. Franz. Prov., p. 244, n. 104) ; Bonifacede Savoie, archev. de Cantorbéry (1243-1270) (Wadding, Annales, t. IV,, 240 ; EccLESTON, p. 72, n. 6) ; Humbert, arch. d'Embrun (1245-1260) (Salimbene, p. 323) ; Aymar de RousiUon, O. S. B. (1273-1283J et Pierre de Savoie (1308-1332), archev, de Lyon {Arch. fr. hist., X, 1917, p. 506. n° 30; p. 508, no 39; Guillaume de Valence, archev. de Vienne en Dauphiné (1283-1305} (U. Chevalier, Reg. Dauphinois, t. III, no 12810);. Gilles de Sorcy, év. de Toul (i2i;5-i27i) et Bernard de Languissel, év. d'Arles (1273-1282), puis cardinal, év. de Porto (1282-1291), qui se montrèrent si favorables aux F. M., qu'ils furent recommandés spécialement à leurs prières, l'un par le Chapitre général de Pise (1282), l'autre par le Chapitre général de Milan (1285) (Arch. f. Litt. u. Kirchg., t. VI, p. 41 et 55); Juan Arias, arch. de Compostelle (1238-1267), Gil, év. de Coria (1272), Bernard, arch. de Tarragone ( 1272-1287) (A. Lopez, La: Provincia de Espana, p. 129, 145, 146. 191).
8° O. Dobiache-Rodjevensky, La vie paroissiale en France, p. 127 ; F