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LES FRANCISCAINS ET LES ERMITES

Ordres. Ils se sont acquis et partagé l'affection des peuples. Là est le secret de leur indestructible union, là aussi le secret de leurs différends passagers » ' 27.

Et à tout prendre malgré le scandale qui en résultait pour les simples, malgré la joie qu'elle faisait éprouver à leurs adversaires 128, leur concurrence ne fut pas sans de grands avantages pour le déploiement de leur zèle apostolique et de leur activité scientifique. Jacques de Molay, Grand-Maître des Templiers, en fit la remarque dans un mémoire qu'il adressa à Clément V vers 1 3o6, au sujet de l'union projetée de son Ordre avec celui des Hospitaliers. L'un des grands motifs invoqués était leurs jalousies. Jacques de Molay répond qu'elles sont honorables, utilesaux chrétiens, funestes à leurs ennemis : si l'un d'eux accomplit un beau fait d'armes, l'autre veut le surpasser. La même chose se passe, disait-il, entre les Frères Mineurs i et les Frères Prêcheurs, leurs rivalités servent la cause du Christ 129.

Autres Ordres Mendiants. — Malgré le XI 11^ canon du quatrième. Concile de Latran (121 5), il y eut encore pendant la première moitié du XII I^ siècle, une floraison abondante de nouveaux Ordres religieux. Et si éminent devint le prestige de l'Ordre des Frères Mineurs, qu'un grand nombre de ces associations lui empruntaient, qui la corde, qui les sandales, qui la. forme ou la couleur de l'habit, après s'être placées, elles aussi, sur le fondement de la pauvreté absolue.

Salimbene se fait l'écho des plaintes suscitées par cette multiplication d'Ordres mendiants, dont l'entretien grevait lourdement la charité des fidèles et diminuait les aumônes qu'on ne distribuait autrefois qu'entre les Prêcheurs et les Mineurs i3o.

Quelques-unes de ces congrégations eurent pour pères des

127 Mortier, op. cit., t. I, p. 325.

128 Dans une satire sous forme de testament attribuée à Frédéric II, empereur d'Allemagne, on lit : « Item relinquimus et leganius -predicatoribus et minoribus discordiam quant debent habere quamdiu ipsorum carnem et ossa spiritus vegetabit. » (Fried. II satirisches Testament, dans WiNKELMANN, Acta Imp. itied. saec. XIII, p. 371.)

129 Hist. litt. fr., t. XXVII, p. 386.

13° Salimbene, p. 254. — Dans la Disputatio mundi et religionis ou

imposteurs comme les Apôtres de Gérard Segarelli, en Italie, ou l'Ordre des Martyrs en Allemagne i3i. D'autres, nées d'une intention pure et droite d'observer l'Evangile, n'eurent pourtant qu'une existence éphémère, tel l'Ordre de Pœnitentia Jesu- Christi, ou des Sachets, supprimé par le second Concile de Lyon (1274) qui leur interdit de se recruter et de recevoir de nouvelles résidences, et dont les membres purent s'incorporer à d'autres Ordres approuvés i32.

D'autres enfin subsistèrent, tels que les Carmes i33 et les Ermites de saint Augustin. Ces derniers eurent avec les Frères Mineurs quelques démêlés occasionnés par la similitude des vêtements. Au moment où les Mineurs apparurent, les Ermites formaient en Italie cinq congrégations différentes, ayant leurs usages et leurs supérieurs particuliers. Comme ils ne rencontraient pas dans le peuple la même faveur que les disciples de saint François, ils s'évertuèrent à leur ressembler extérieurement afin de participer à leur vogue et à leurs aumônes. Ils modifièrent leur manière de vivre, adoptèrent un habit dont la forme et la couleur se rapprochaient de celles de l'habit franciscain^ assez long pour cacher leurs chaussures. Quand ils se rendaient à la quête, ils abandonnaient l'insigne de leur profession : le bâton de cinq palmes de haut. Toutes ces petites habiletés créaient quelque confusion dans l'esprit des fidèles, et portaient

Defensio fratrum mendicantium, le monde se plaint ainsi':

lam venere noviter ordines diversi,

Multiformi turpiter colore respersi;

Turbant miràbiliter vultum universi.

Vtinatn totaliter fuissent submersi, (Fr, J, Pecham, Tractatus de paupertate (Brit. Soc. of francise, stud), vol. II, p. 168.)

i-''! Salimbene, p.255 s. ; Eccleston, p. 131 ; Bull, fr., t. II, p. 348 s.

132 Salimbene, p. 254 s. Hugues de Digne ne fut pas le fondateur des Sachets, mais leur inspirateur ; ils prospérèrent assez rapidement et se répandirent en Italie, en France et en Angleterre. A la fin du XIII« siècle ils n'avaient pas encore tous disparu. Plusieurs de leurs couvents servirent à agrandir ceux des autres Ordres mendiants. Cf. Et. fr., t. XXX (1913), p. 648 ss.

133 Les Mineurs accueillirent fraternellement les Carmes en Angleterre (1242), tandis qu'en Provence ils firent quelques oppositions à leur établissement (1261). Cf. Eccleston, p. 130; Bull, fr,, t. II, p. 423.

préjudice aux Mineurs, d'autant plus que souvent des hérétiques ou des vagabonds se glissaient parmi les bons Ermites. Gré- ;goire IX, le premier, leur ordonna (1240) de porter un habit noir â larges manches, de ne point dissimuler leurs chaussures, ni .quitter leur insigne. Les Ermites ne se résignèrent pas à exécuter promptement ces ordres. Alexandre IV les réitéra en les dispensant du bâton si gênant. Il fit plus. Il réunit en un seul corps les cinq groupes d'Ermites, et les plaça sous le gouvernement d'un Prieur général, en leur donnant à tous le nom d'Ermites de saint Augustin (i256). Depuis lors leurs relations iivec les Franciscains ne furent plus gravement troublées i34.

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