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L'Ordre de Sainte Claire i

Fondation et dij^usion. — Il y avait déjà plus de trois ans que saint François avait posé les fondements de l'Ordre des Frères Mineurs, quand une pieuse et vertueuse jeune fille, appartenant à l'une des plus nobles et plus riches familles de la

134 Bull, fr.., t. I, p. 275, 283, 284, 289 ; S. Bonav., Determinationes ■quaestionutn, P. II, q. 8, Op. omn., t. VIII, p. 363; Bull, fr., t. II, p. 117 s., 138 ; Mariano de Florence, Cotnpendium chronicarum, dans Archiv. fr, hist,., t. II (1909), p. 316; Wadding, Annales, De praetenso monachatu S, Fr.., t. IV, N° 21.

135 Les origines de l'Ordre des Clarisses ont donné lieu à un très grand nombre d'études. La plus remarquable est celle du P. L. Oliger, O. M., De Origine règularum Ordinis S. Clarae (Arch. fr. hist., t. V, 1912, p. 181-209, 413-447) ; on y trouvera la bibliographie des travaux qui l'ont précédée. De même dans l'étude, beaucoup moins sûre cependant, du P. René de Nantes, O. M. C, Les Origines de l'Ordre de Sainte Claire (Et. fr., t. XXVIII, 1912, p. 105-185). Depuis, de nouvelles contributions ont été apportées : P. M. Bihl, O. F. M., Documenta inedita archivi protomonasterii S. Clarae Assisii (Arch. fr. hist., t. V, 1912, p. 291-298, 663-697 ; t. VI, 1913, p. 144-155) ; P. F. M. Delorme, O. M., Supplément au Bullaire franciscain. A propos du monastère de Sainte Claire de Toulouse (Fr. fr., t. III, 1914, p. 11-45, 129-167) ; P. L. Oliger, Documenta oviginis Clarissarum Civitatis Castelli, Eugubii, etc.. (Arch. fr. hist., t. XV, 1922, p. 71-102) ; P. Z. Lazzeri, O. F. M., Bulla Innocenta papae IV, an. 1253 « Prïvilegium paupertatis » Monasterio florentino jam concessum comprobans (Arch. fr. hist., t. VIII, 1915, p. 310-312) ; Il « Privilegium paupertatis » concesso da Innocenzo III, e che cosa fosse in origine (Arch. fr, hist., t. XI, p. 270-276) ; P. Sabatier, a quelle époque Sainte Claire d'Assise obtint-elle du Saint-

cité d'Assise, se mit sous sa direction. Souvent ils conversaient ensemble du service de Dieu, de la perfection chrétienne et de la beauté de la pauvreté. Après avoir éprouvé la constance de Claire, François favorisa son projet d'entrer en religion. C'était ep 1212, Claire avait 18 ans. Dans la nuit du lundi saint (19ipars) elle se revêtit de l'habit de la pénitence, et se rendit à la chapelle de la Portioncule. François la reçut à l'obéissance,, lui coupa les cheveux et la conduisit au monastère bénédictin de Saint-Paul, puis peu de jours après à celui de Saint-Ange de: Panso. Elle y resta peu de temps, car elle n'y trouvait pas lerepos de son âme, c'est-à-dire la réalisation de ses désirs de vieplus parfaite. Il y avait sous les murs d'Assise, un lieu qui devait être bien cher au cœur de François : la petite église de: Saint-Damien qu'il avait réparée au début de sa conversion, et où il avait entendu la voix du crucifix. Elle appartenait à. l'évêque d'Assise. François la lui demanda, et aussitôt Claire s'y fixa avec sa sœur Agnès qui était venue la rejoindre à Saint- Ange de Panso, D'autres jeunes filles accoururent. Saint-Damien= fut dès lors le berceau d'un nouvel Ordre religieux de moniales,. l'Ordre de sainte Claire, le 11^ Ordre de saint François. (I Cel. 18)

La prédication du Saint et celle de ses fils éveillaient dans les. âmes généreuses le désir de servir le Seigneur comme ils le faisaient. Aux femmes qui leur confiaient leur volonté de fuir lemonde ils proposaient l'exemple de Claire et de ses compagnes ; ainsi se fondèrent dans les régions voisines d'Assise des maisons

Père le ii Privilège de la Pauvreté »? Perugia, 192 1, et Revue hist. fr.,. t. I, 1924, p. 1-S4 ; P. Z Lazzeri, Il processo di canonizzazione di S.. Cl. d'A. (Arch. fr. hist., t. XIII, 1920, p. 403-507; cette publication complète les renseignements que fournit la « Legenda Sanctae Clarae- Virginis » éditée à Assise (1910) par F. Pennachi. Le P. Lazzeri propose, sans apporter de raisons convaincantes, de modifier la chronologie de sainte Claire en plaçant sa naissance en 1193 au lieu de 1194, et son entrée au monastère en 12 11 au lieu de 12 12. Il fait de même honneur à saint Bonaventure de la Legenda S. Clarae, communément attribuée à Thomas de Celano. (Cf. Le Leggende di S. Chiara e il loro autore, dans St. Fr., 1916-1920, p. 209-224). Voir aussi les comptes rendus critiquesdu P. Oliger sur les ouvrages de Gilliath-Smith, Seton, Wauer, Lazzeri,. Beaufreton, etc., dans Arch. fr. hist., t. V, (1912), p. 754-756 ; t. VUE (1915), p. 274-280; t. XIV (1921), p. 294-304;

DIFFUSION DE l'ORDRE DE SAINTE CLAIRE 595

établies sur le type de St-Damien. lien existait déjà plusieurs en 1216, car Jacques de Vitry, après le séjour qu'il fit à Pérouse près de la cour pontificale, raconte dans une lettre à ses amis, qu'il a trouvé, au milieu de beaucoup d'afflictions, un vrai sujet dé consolation à la vue d'un grand nombre de personnes des deux sexes qui ont, pour l'amour du Christ, renoncé à tout. Après avoir décrit l'activité des Frères Mineurs, il parle des « femmes qui demeurent ensemble près des villes dans les hospices, n'acceptant rien et vivant du travail de leurs mains ». Ces communautés de femmes reçurent, peu de temps après, .une organisation particulière. Le mouvement ne s'arrêta plus^ bien qu'il n'eut pas la rapidité de celui du 1er Ordre. A la mort de sainte Claire (i253) il y avait, d'après une statistique, quarante-sept monastères en Italie, neuf en Espagne, quatre en France et cinq en Allemagne i36.

Dès la première moitié du XI II^ siècle les Clarisses sont établies dans les principales villes d'Italie : Padoue (avant i23i). Gênes (i23i), Bologne (1232), Rome, Milan, Crémone, Trévise (i233), Orvieto, Pise, Vérone (i235), Venise (i238). Quelques monastères de Bénédictines s'agrégèrent à l'Ordre de sainte Claire, en particulier celui de Saint-Ange de Panso (i238). En dehors de l'Italie, l'Espagne semble avoir été la première à recevoir les filles de sainte Claire. Elles sont à Zamora en 1229, d'après une tradition, mais sûrement avant 1243, à Pampelune (i23i), Burgos et Sarragosse (1234), Barcelone (avant 1239), Salamanque (1244). En France, Reims possède un monastère avant 1237, Bordeaux en 1239, Narbonne (1246), Toulouse (1247), Provins (avant 1248), Avignon (i25o), Montpellier (i25i), Marseille (1254), Bayonne (i256), Metz (1257), Béziers (1260), Longchamp (1260), Arles (1262), Paris : Cordelières de saint Marcel fondées par le roi Philippe le Hardi (i285), Besançon (1290), Le Moncel (diocèse de Beauvais) fondé par Philippe le Bel (i3i2).

136 Cf. p. René de Nantes, op. cit., p. 173, n. 2. — Cette statistique

n'est pas très exacte; le P. Delorme, op. cit., p. 13, n. 3, a fait remarquer

que dans les seules régions situées à l'ouest du Rhône, on trouve, fondés avant 1253, au moins quatre monastères.

Les premiers monastères fondés en Belgique sont ceux de Bruges (i255), de Langemark (i 258). En Allemagne ceux de Prague (1237) et de Breslau (1241) fondés par la bienheureuse Agnès de Bohême et Ulm (1239); en Autriche, Judenburg (1234) ; en Suisse, Constance (i25o). Les Clarisses ne s'établirent à Londres qu'en 1281, à Roskilde (Danemark) et à Stockolm en 1291. Elles étaient à Nicosie (Chypre) la même année ; en Syrie, à Saint-Jean d'Acre et à Antioche avant 1 267, à -Tripoli en 1289.

Une statistique du Chapitre général d'Assise (i3i6) donne un total de trois cent soixante-douze monastères dont cent-quatrevingt-dix-huit en Italie, trente-sept dans la péninsule ibérique, quarante-sept en France et en Belgique, soixante-sept dans l'Europe centrale, dix-huit dans les îles britanniques, cinq dans la péninsule des Balkans et en Grèce i37.

Règles de l'Ordre de sainte Claire. — A l'origine, saint François lui-même par ses exemples et ses instructions était la règle vivante des moniales de Saint-Damien. Il leur donna en outre par écrit une formula vitae qui devait être, comme celle qu'il donna à ses premiers disciples, composée de quelques conseils tirés de l'Evangile, joints aux usages et aux observances qui constituent le fonds commun de la vie monastique. La pratique de la très haute pauvreté était à la base de cette forme de vie, et c'est ce qui fit donner à ces religieuses le nom de Pauvres Dames. L'Office divin, la méditation, le travail des mains étaient leurs principales occupations (I C. 19. 20). De

137 Cf. Biblioteca, t. II, p. 249, — Sur la diffusion de l'Ordre de sainte Claire, voir E. Wauer, Entstekung und Ausbreitung des Klarissenordens besonders in deutschen Minoritenprovinzen, Leipzig, 1906 ; P. Sevesi, O. F. M., Il monastero délie Clarisse in S. Apollinare di Milano, dans Arch. fr. hist., t. XVIII (1924), p. 338-364 ; David de Kok, O. F. M., De origine O. S. Cl. in Flandria (Arch. fr. hist. t. VII, 1914, p. 234- 246) ; H. LiPPENS, O. M., L'Abbaye de Sainte Claire à Ypres (Fr. fr., ■ 1913, p. 258-276 ; P. HiLDEBRAND, O. M. C, Ermentrude et les origines des Clarisses en Belgique (Neerl. Franciscana, t. II, 1919, p. 67-84) ; G. DucHESNE, Histoire de l'abbaye de Longchamp, Paris, 1906 ; P. Théo- BALD, O. M. C, Les Cordelières de Saint-Marcel-lez-Paris (Et. fr., t. XX, p. 561-621). Les fondateurs de la plupart de ces monastères appartenaient aux familles royales ou seigneuriales, cf. Wauer, op. cit., p. 67-69.

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