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INDULGENCE DE LA PORTIONCULE II

Après le Chapitre de la Pentecôte (1216), François se trouvait à Pérouse, à l'heure même où mourait le grand Pape Innocent III 17. Assista-t-il à l'élection de son successeur Honorius III ? Des documents contemporains nous apprennent qu'il était auprès du Pontife quelques jours après son élection. Accompagné de Frère Massée, il venait lui démander une indulgence pour tous ceux qui visiteraient la chapelle de la Portioncule le jour de sa consécration. Honorius III acquiesça à cette demande, et le

17 Cf. EccLESTON, p. 119. — Contrairement à ce que dit Wadding (ad annum 1216), ce Chapitre ne fut pas le premier Chapitre général. Il n'est pas admissible que François ait tenté ses premiers essais de missions en Syrie et en Espagne, sans avoir réuni ses disciples en assemblées générales. Nous en avons une autre preuve dans l'intéressante lettre que Jacques de Vitry écrivait à ses amis en 12 16. Au mois de juillet de cette année, J. de V. se trouvait à Pérouse au moment où Innocent III expirait. C'est à cette époque qu'il rencontre pour la première fois les F. M. Leur vie évangélique le console des scandales de la cour pontificale, à tel point qu'il regarde l'Ordre naissant comme l'espoir de la Chrétienté. Il décrit rapidement son genre de vie et parle des Chapitres comme des réunions habituelles du nouvel Institut : « Homines autem illius religionis semel in anno cum multiplici lucro ad locum determinatum conveniunt, ut simul in Domino gaudeant et epulèntur, et consilio honorum virorum suas faciunt et promulgant institutiones sanctas et a domino papa confirmatas ». Remarquons en passant que la Portioncule ne fut pas, à l'origine, le lieu où s'assemblait nécessairement le Chapitre. Selon un document digne de foi, publié par Mgr Faloci-Pulignani (Mise. fr. t. X, 1906, p. 3-8) un Chapitre se tint à Gubbio près du monastère bénédictin de S. Verecundo, qui fournit aux trois cents frères réunis tous les vivres nécessaires.

Wadding se trompe également en disant que le Chapitre de 12 16 fut marqué par l'envoi de missionnaires dans tous les Etats de l'Europe. Le Chapitre avait déjà eu lieu à la Portioncule quand J. de V. fit la connaissance des F. M. et, dans sa lettre, il n'aurait pas manqué de noter cette organisation des Missions. Or, à la suite du passage que nous avons cité, il dit : « Post hoc vero per totum^ mundum disperguntur per Lombnrdiam, et Tusciam, et Apuliam, et Siciliam ».

Enfin Wadding fait encore erreur en écrivant que le Cardinal Hugolin, accompagnant la cour pontificale à Pérouse, vint à Assise visiter l'Ordre nouveau et s'offrit à François pour remplacer comme protecteur le cardinal Jean de Saint-Paul mort récemment. Ce récit est, comme nous le verrons, en contradiction avec le récit de la première entrevue d'Hugolin et de François, par Thomas de Celano.

2 août suivant, eut lieu la dédicace solennelle de N.-D. des Anges. Au nom du Pape, François y promulgua la faveur qui venait de lui être octroyée 'S.

18 En 1900, M. P. Sabatier a publié, en le faisant précéder d'une érudite introduction qui est une défense solide du grand privilège, le Tractatus de Indulgentia S. M. de Portiuncula composé vers 1335 par le F. M, Bartholi. Un peu plus tard, en 1906-1908, Mgr Faloci-Pulignanî a recueilli dans le t. X de la Miscellanea francescana (p, 65-94, 97-108, 129-148, 161-173), sous le titre : Gli storici délV Ind. délia Port., tous les textes relatifs à l'Indulgence et analysé tous les travaux dont elle a été l'objet jusqu'en 1908. Parmi les adversaires du Pardon d'Assise citons : 1° P. A. Kirsch (Der Portioncula-Ablass, dans Theologische Quartalschrift, t. 88®, 1906, p. 81-101 et 21-299) 2° le bollandiste Van Ortroy (Anal. Bolland., t. XXI, 1902, p. 372-380; t. XXVI, 1907, p. 140) ; 3° Mgr Paulus, spécialiste de l'histoire des indulgences au Moyen-Age (Theologische Revue, 1911, col. i6s.); 4° M. Beaufreton (Saint François d'Assise, Appendice V, p. 323-337). Leurs principaux arguments sont le silence difficilement explicable de Celano et de saint Bonaventure, pui& les difficultés et les contradictions flagrantes entre les témoii^.iagek recueillis en 1277 de Benoît et Raynier d'Arezzo, de Pietro Zalfani et de Jacques Coppoli.

Il semble toutefois que l'on puisse déduire de ces témoignages que saint François obtint réellement une indulgence pour le jour même de la consécration de Sainte-Marie-des-Anges (cf. L. Lemmens, Zur Portiunkulaalilass-Frage, dans Franzk. Sttid., t. XII, 1925, p. 364-366). Plus tard, après que Clément IV eut accordé le 11 octobre 1265 une indulgence de cent jours aux fidèles qui visiteraient les églises de l'Ordre le jour anniversaire de leur dédicace, la foule des pèlerins accourut le 2 août de chaque année vers la petite église de la Portioncule, si chère au cœur de saint François. On se souvint alors de l'indulgence que le saint fondateur avait obtenue et ainsi peu à peu aurait pris naissance l'idée d'une indulgence plénière. Les témoignages recueillis en 1277 étaient destinés à fortifier cette idée, et, comme il restait encore quelques doutes sur l'authenticité de l'Indulgence, Martin IV les dissipa en accordant et en confirmant (1282) viva voce la dite indulgence en présence de Mathieu d'Aquasparta qui était alors Lecteur du Sacré Palais (cf. Anal, fr. t. III, p. 372, Bartholi, Tractatus de Indulgentia S. M. de J' r éd. P. Sabatier, 1900, cap. 41, p. 87s.).

A, Fierens répondit à Mgr Paulus par Les origines de l'Ind. de la Port., dans Neerl. franc, t. Il (1919), p, 289-303; t. III (1920), p. 18-26. Mgr Paulus n'en maintint pas moins son opinion dans Geschichte des Ahlas-^ ses im Mittelalter, t. II (1923). Pour M. Beaufreton, l'indulgence de la Portioncule apparut vers 1268 comme une conséquence de l'idée de la conformité parfaite entre le Christ et saint François. Mgr Paulus et M. Beaufreton aboutissent à la même conclusion que le P. Van Ortroy : <( Il faut bien se résigner à ne plus rattacher au séraphique Fondateur

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