PACIFICATION DE L' ITALIE
Pacification des princes chrétiens. — La paix fut un des principaux soucis des Papes du XI 11^ siècle. Elle était nécessaire à la réalisation de leur grande pensée, la croisade. Cette œuvre de pacification correspondait, en outre, pleinement à la vocationassignée par saint François à ses fils : ils eurent de nombreuses occasions de s'y employer, notamment en Italie, en France, en Angleterre, en Flandre, en Espagne et en Hongrie.
En Italie. — Quand fut terminée la lutte entre les derniers Hohenstaufen, pendant laquelle les Frères Mineurs intervinrent si souvent pour ramener la réconciliation et la paix, l'Italie resta en proie aux querelles et aux discordes des factions qui survivaient à la guerre entre le Saint-Siège et l'Empire. Guelfes et Gibelins continuaient de se disputer le gouvernement des cités. La tâche des « paciaires » était des plus ardues, et ils ne réussissaient pas toujours. Le Cardinal Matthieu d'Acquasparla l'éprouva malgré sa douceur, son habileté et sa prudence. Chargé en i3oo d'importantes légations en Lombardie, eii Romagne et en Toscane il fut favorablement accueilli à Bologne; mais à Florence, où il arrivait en juin i3oo, le gouvernement de la ville, qui appartenait aux Blancs, amis des Gibelins, lui montra de la défiance. Dante était au nombre des prieurs. Les sages réformes que le Légat proposait (accession de tous les citoyens aux charges sans distinction de parti) ne furent pas acceptées. En butte à la défiance et à l'hostilité des Gibelins, il quitta la ville et se dirigea vers la Romagne. Boniface VIII l'engagea alors à procéder contre les rebelles intrépide, viriliter et discrète (22 juillet i3oo). Acquasparta retourna donc à Florence. Il préféra d'abord la discrétion et parvint à faire signer par les partis un compromis, qui ne tarda pas à être violé. C'est alors qu'il employa la sévérité, jeta l'interdit sur Florence et la quitta pour la seconde fois. De retour en Romagne, il en visita toutes les villes, et son activité, sa prudence obtinrent quelques résultats heureux. Le 14 février i3o2, il réunit près de Ravenne une grande assemblée (parlamentum) des capitaines et
des six commissaires nommés par Clément V pour recevoir les témoignages, Vital du Four (Bull, fr., t. V, n° 167) y figure à côté de Jacques Duèze, le futur Jean XXII.
des représentants des principales cités ; il les exhorta à la paix et à la concorde. Il n'eut pas le temps d'achever son œuvre. Charles de Valois, que Boniface VIII avait appelé pour pacifier là Toscane, et rétablir à Florence le gouvernement des Guelfes, procédait avec violence et déloyauté (novembre i3oi). Forts de son appui, les Noirs se livraient à d'odieuses représaillles. Boniface VIII recourut au sage et prudent Cardinal, afin qu'il apportât à Charles de Valois le concours de son expérience et de sa modération. Acquasparta s'efforça en vain de réconcilier par des mariages les familles ennemies. Cette fois ce furent les Noirs qui contrarièrent son action. Le Cardinal dut encore seretirer en jetant de nouveau l'interdit sur Florence '5.
Une autre mission importante pour la paix en Italie est cellequi fut confiée au célèbre Dominicain Bernard Gui et à Bertrand de la Tour, alors Provincial d'Aquitaine. Au commencement du pontificat de Jean XXII la Lombardie était le théâtre de rivalités sanglantes entre Guelfes et Gibelins. Ceux-ci. soutenaient le parti de l'empereur d'Allemagne Henri VII qui avait dû quitter l'Italie après avoir essayé d'y asseoir sa dominais Sur les légations de Mathieu d 'Acquasparta en 1300-1301, cf. Bull. fr.,. t. IV, p. 503, 534 ; A. Thomas, Les 'registres de Boniface VIII, N^^ 3899 et 3900 : La Chronique de Dino Compagni, éd. Isidore de! Lungo, dans- Rer. Ital. SS., n. éd., p. 66 ; l'argumentation de la n. 43 pour démontrer qu 'Acquasparta net jeta pas l'interdit sur Florence est peu probante ; Pet.. CantinelH, Chronicon, dans Rer. ital. SS., n. éd., t. XXVIII, P. II, p. 94 s.;. Annales Forolivienses, ihid., t. XXII, P. II, p. 58 ; Annales Caesenatenses, ibid., t. XIV, col. 1121 ; Villani, Hist. florentine, ibid., t. XIII,. C. 39, col. 377 ; Ghirardacci, Délie hist. di Bologna, Bologna, 1605, t. I,. p. 415 s., 420 s., 425, 427, 436 ; Wadding, Annales, t. V, p. 424, t. VI, P- 3) Si ''S» ^v^c erreurs de dates. Parmi les historiens modernes, R. DaviDsoHN est le meilleur guide par son ouvrage : Geschichte von Florenz, t. III, p. nos., 121-123, 185, 190-196, 904, Forschungen, P. II, p. 251, P. III, p. 277 s. ; voir aussi Perrens, Histoire de Florence (1877), t. III, p. 17-22, 59 ; J. Petit, Charles de Valois, Paris, 1900, p. 68-71 ; G. Scar- TAZziNi, La divina Commedia di Dante, t. IV, p. 60 ; R. Scholtz, Unbekannte kirchen-politische Streitschriften aus der Zeit Ludwigs von Bayern, t. II, p. 114, au sujet de l'opinion d'Acquasparta sur les Gibelins.. Le cardinal Gérard de Parme continua l'œuvre de Matthieu d'Acquasparta,. et Raynier de Samaritanis, O. M., fut chargé d'exécuter ses sentences (Bull, fr., t. IV, p. 541). Les registres de Benoît XI contiennent de fréquentes allusions aux actes de M. d'Acquasparta pendant sa légation* (Grandjean, Les Registres de Benoît XI, col. 36, 170, 643, 707-710).