CHEZ LES MONGOLS
qui devait partir en 1293. Il pense enfin à faire alliance avec les Tartares, ennemis des Sarrasins. Il meurt avant d'avoir vu le résultat de ses suprêmes appels, le 4 avril 1 292 28.
L'alliance avec les peuples venus du fond de l'Asie offrait une chance de succès. Elle avait déjà fait l'objet de plusieurs négociations où les Frères Mineurs jouèrent un rôle de premier plan.
Relations politiques de la Chrétienté avec les Mongols 39. — Jusque vers la moitié du XIII^ siècle, les Chrétiens et les Turcs étaient seuls à se disputer la Terre Sainte. La situation changea quand les Mongols, dont les Tartares n'étaient qu'une tribu et que l'Europe ignorait presque complètement, apparurent, en 1240, sur les frontières de la Hongrie. A partir de cette date des relations politiques s'établirent entre le Saint-Siège et les nouveaux envahisseurs, relations qui varièrent suivant les vicissitudes de leurs conquêtes ou de leurs revers, et dans lesquelles on peut distinguer, au cours du XI Ile siècle, quatre périodes.
La première (1240-1245) est une période de défense et d'hostilité. l'Europe entend un cri d'alarme venu des marches de l'Esté A l'annonce des cruautés, des dévastations et des profanations que les Tartares commettaient sur leur passage, la Chrétienté est saisie de frayeur. Le danger qu'ils lui font courir apparaît plus terrible que celui des Turcs. En quelques semaines la Russie entière a été conquise ; la Pologne, la Bohême, la- Silésie, la Hongrie sont écrasées. L'un des premiers, Jourdain de Giano adresse en 1241 de véritables encycliques pour révéler le péril jaune qui menace l'Occident. Grégoire IX et Innocent IV font aussitôt prêcher la Croisade contre les Tartares aussi bien que contre les Turcs 3o.
*8 Sur les efforts de Nicolas IV pour délivrer la Terre Sainte, cf. De- LAViLLE LE RouLX, La France en Orient au XIV^ siècle, t. I, p. 13-26 ; W. Heyd, Hist. du commerce du Levant au- Moyen Age, trad. FuRCY- Reynaud, t. II, p. 23-30 ; Biblioteca, t. I, p. 340, 355 ; t. II, p. 156,. 477-479. Il convient aussi de signaler ici Pierre Bardulio, l'artisan de la réconciliation entre les Ordres militaires à Saint-Jean d'Acre (op. cit.,. t. II, p, 466, et Wadding, Annales, t. V, p. 230 s.).
39 Cf. L. Bréhier, L'Eglise et l'Orient au M. A., Paris, 1907, p, 208- 211, 219-222, 227, 229-233, 238-240, 243-266.
30 Une lettre adressée en 1240 par un évêque hongrois à l'évêque de
La deuxième (1245-1 255) est une période d'informations. Apprenant qu'il y avait des Chrétiens parmi les Tartares, Innocent IV eut la pensée de se mettre en rapport avec leurs chefs pour connaître leurs intentions, et pour s'en faire, s'il était possible, des alliés contre les Sarrasins. La plus importante de ces missions de reconnaissance est celle de Jean de Plan Carpin (Piancarpino). Esprit ouvert, perspicace, actif, ardent propagateur de l'Ordre franciscain en Allemagne et dans toutes les régions envahies, informé de tout, Jean de Plan Carpin était l'homme le plus capable de mener à bien cette tâche difficile. Il partit de Lyon, le 16 avril 1245, âgé de 64 ans, traversa l'Allemagne et la Russie et arriva sur la Volga en présence du chef tartare Batou, qui ne voulant pas répondre lui-même à ses questions, l'envoya à Karakorum, située au centre de l'Asie et résidence du grand Khan. Jean y arriva après quatre mois d'un dur voyage, en juillet 1246. Il assista aux fêtes somptueuses données à l'occasion de l'élection de Gûyuk, petit-fils de Gengis-Khan. Il y resta cinq mois, étudiant minutieusement le pays, les mœurs des habitants, leurs religions et leurs desseins. Il quitta la cour impériale le 1 3 novembre 1246. Un an après il était de retour-auprès du Pape à Lyon. Il apportait de précieuses notions géographiques et ethnographiques qui ont été pour la plupart reconnues exactes par les voyageurs modernes. Il apportait surtout la lumière sur cette race jaune, et révélait quelles étaient ses secrètes visées : les Tartares n'aspiraient à rien de moins que la domination universelle et se préparaient à combattre de nouveau contre l'Eglise et l'Empire. Tel était le sens de la réponse altière du grand Khan Guyûk que Plan Carpin rapportait à Innocent IV. Des Tartares il n'y
Paris apprend que des Franciscains, envoyés en explorateurs au devant <ies Tartares, ont été massacrés (Biblioteca, t. I, p. 188). Avant même que le Pape les y ait invités, les Frères Mineurs lancèrent un appel aux armes. Bull, fr., t. I, p. 296 ; Monum. Germ. SS., t. XXII, p. 535 ; t. XXVIII, p. 206-212 ; BôHMER, Regesta Imperii, p. 387 s.; Giano, p. 72-75, Voir aussi une lettre d'Innocent IV au roi de Hongrie, 15 novembre 1254, dans Theiner, Vet. Mon. Hung. Hist. Illustr., t. I, N» 441, et une lettrei de l'évêque de Constance aux Frères Mineurs, 25 mai 1244, dans Arch. fr. hist., t. XI (1918), p. 5568,