DERNIÈRES ANNÉES DE SAINT FRANÇOIS I
la science était célèbre. Quatre Frères, qu'il affectionnait particulièrement, furent chargés de veiller sur lui. La tradition nous a conservé leurs noms ; ce sont les Frères Léon, Ange, Rufin et Massée, qui s'étudiaient avec la plus filiale sollicitude à adoucir ses souff"rances corporelles et ses angoisses morales.
François ne resta pas à Rieti. Nous savons par le biographe officiel qu'il demeura quelque temps à Greccio. Rien ne pouvait apaiser ses douleurs. On le conduisit alors à Sienne pour le remettre entre les mains d'un nouveau médecin. Il passa probablement l'hiver 1225-1226 dans un ermitage situé aux portes de la ville.
Au mois d'avril de cette dernière année, il fut pris de si forts vomissements de sang que l'on crut sa dernière heure arrivée.
En l'apprenant Frère Elie accourut. Une notable amélioration se produisit alors, et le Saint quitta Sienne pour l'ermitage des Celle près de Cortone. C'est là selon toute vraisemblance qu'il rédigea son testament 27 .
François passa sans doute peu de jours à Cortone. Une hydropisie se déclara et l'estomac devint incapable de supporter toute nourriture. Le Saint avait hâte de revenir dans sa ville natale. Pour éviter un coup de main des habitants de Pérouse qui n'auraient pas hésité à s'assurer par tous les moyens la relique précieuse que serait le corps du Saint d'Assise après sa mort, la pieuse caravane, sous la protection d'une escorte armée^ prit par Gubbio, Nocera, Satriano et parvint à Assise. Le malade y reçut l'hospitalité de l'évêque.
La mort maintenant approchait à grands pas. L'enflure, qui s'était produite à Cortone, avait fait place à une mai-
^^ Ce fut certainement quelques jours avant sa mort, cf. saint Bona- VENTURE, Epistola de trihus ' qiiaestioniius, dans Op. otnn., t. VIII,
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greur extraordinaire, et la cécité devint presque complète. François réunit alors tous ses Frères autour de lui ; il les bénit en commençant par le Ministre général ; puis il parla avec attendrissement et ferveur de cet humble sanctuaire de N.-D. des Anges, où il avait épousé la Pauvreté, de ce berceau de l'Ordre qui fut témoin de la vie évangélique de ses premiers disciples, et qu'il voulait aussi rendre témoin de sa mort. Ce désir fut exaucé. L'évêque n'osa pas le retenir, et, chargés de leur précieux fardeau, les fidèles compagnons se dirigèrent vers la Portioncule. Quand ils furent à moitié chemin, à l'hôpital des Crucigères, d'où l'on embrasse la cité d'un seul regard, François d'Assise par une dernière bénédiction, dit adieu à sa ville natale.
C'est donc dans ce cher sanctuaire de la Portioncule que François attendit la venue de la mort. Il consola, une fois de plus. Glaire et ses sœurs, reçut la visite de Jac-queline de Settesoli et bénit d'une façon spéciale son premier-né. Frère Bernard de Quintavalle 28 .
Fidèle jusqu'au bout à sa Dame la Pauvreté, il se fit dépouiller de ses vêtements et étendre nu sur la terre. Revêtu ensuite d'un habit confectionné avec le drap qu'avait apporté « Frère Jacqueline » il fit ses dernières recommandations. Se souvenant alors de la dernière Cène du Seigneur, il bénit un pain et le partagea entre ses disciples. Il passa quelques jours encore dans l'intimité de ses compagnons, chantant avec eux le « Cantique du soleil » auquel ilajouta une strophe en l'honneur de « notre Sœur la mort » .
Enfin au soir du samedi 3 octobre 1226, il sentit ses premières étreintes. Après avoir entonné le Psaume Voce mea ad Dominum clamavi, il se fit poser de nouveau sur
2 8 II Cel. 214; Tract, de Mir. 37-39; P. Sabatier, Examen critique des récits concernant la visite de J. de S. à'S. Fr. (Op. crit., hist,, t. II, p. 289).