MORT DE SAINT FRANÇOIS
la terre nue devant tous les Frères accourus, et tandis qu'à sa demande l'un d'eux faisait la lecture du chapitre XII I« de l'Evangile selon saint Jean : Ante diemfestum Paschœ, le fidèle amant de la Pauvreté rendit son âme à Dieu.
François avait quarante-cinq ans. Vingt ans s'étaient écoulés depuis le jour où, s'attachant parfaitement au Christ, il s'était engagé, délibérément sur les traces deS apôtres pour restaurer dans la société chrétienne la vie évangélique.
Le désir de saint François avait été de reposer dans la chapelle de la Portioncule, mais , les Assisiates, craignant qu'on leur enlevât la précieuse dépouille, prièrent Frère Elie de l'ensevelir dans l'église Saint-Georges, qui, située à l'intérieur de la ville, était moins exposée au danger d'être violée. Le corps du Saint déposé dans sa bière, un cortège le conduisit à sa nouvelle demeure, en passant devant Saint-Damien, afin de donner à Sœur Claire et à ses compagnes la consolation de le vénérer une dernière fois 29.
Par les soins de Frère Elie, il fut ensuite placé à l'intérieur de l'église dans un sarcophage de pierre ouvert, mais entouré d'une grille de fer, le tout, la grille comme le reste, enfermé dans un coffre de bois muni d'un couvercle à charnières et à serrure. Grâce à cette disposition, le précieux trésor restait visible, quand le couvercle était soulevé, et il était en même temps protégé contre les pieux attentats d'une dévotion indiscrète. Ce tombeau, d'ailleurs, ne devait être que provisoire. Déjà le Frère Elie avait conçu le projet d'élever au Saint un monument plus digne de sa mémoire. Devenu Pape sous le nom de Grégoire IX, le cardinal Hugolin s'empressa de l'encourager. Il le fit au
29 Cf. Mgr Faloci-Pulignani, Il maestro di S. Fr. {Mise. Fr. t. XXII, 1921, p. 57-64. La lettre de Fr. Elie annonçant à tous les frères la mort de leur père a été publiée par Lempp, op. cit., p. 70 s..
cours du Chapitre de 1227, qui nomma Jean Parenti Ministre général.
Frère Elie, chargé de l'exécution du plan qu'il avait luimême conçu, se mit à l'œuvre avec ardeur. Un riche habitant d'Assise, du nom de Simon Puzzarelli, lui fit don d'un terrain situé à l'est de la ville, sur la Collis inferni, pour qu'il bâtît « un oratoire, ou église, ou toute autre construction destinée à recevoir le bienheureux corps de saint François ». Ainsi s'exprime l'acte de donation du 29 mars 1228 3o. La voix populaire canonisait le fondateur des Mineurs. La canonisation officielle n'allait pas tarder.
Forcé de quitter Rome à la suite d'une sédition, le Pape était venu, accompagné du Sacré Collège, à Assise. Après l'examen des miracles attribués à François, il procéda à la canonisation de celui qui avait été son ami. La cérémonie eut lieu le 16 juillet 1228. Le jour suivant, le Pontife posa lui-même la première pierre de la nouvelle église, et la Colline de l'Enfer prit désormais le nom de Colline du Paradis. Cette glorification ne satisfaisait pas encore entièrement le cœur de Grégoire IX. Par la bulle Mira circa nos du 19 juillet, il pubUa la canonisation de saint François, et ordonna à tous les diocèses de célébrer sa fête le 4 octobre. Cet ordre fut réitéré dans la suite, tantôt à une église et tantôt à une autre, par la bulle Sicut phialae aureœ 3» .
30 Cf. Lempp, op. cit., p. 170.
31 Cf. Bull. Fr., t. I, p. 44. — Pour les fêtes de la canonisation, Grégoire IX composa l'hymne Proies de cela, l'antienne Sancte Francisée et le répons De paupertatis horreo, le cardinal Thomas de Capoue les hymnes In coelesti collegio et Decus morum, l'antienne Sancte Pater et le répons Garnis spica, le cardinal Raynier de Viterbe l'hymne Plaude turba paupercula et l'antienne Coelorum candor, qui entrèrent dans l'office liturgique composé entre 1232 et 1235 par Julien de Spire. — Sur l'office liturgique de saint François, cf. J. E. Weis, Julian von Speier, Mûnchen, 1900; idem, Die Chorale JuUan's von Speier zu den Reimoffizien des Franziskus-und Antoniusf estes, ibid., 1901; Hilarin Fel- DER, O. M. C, Die Uturgischen Reimofficien auf die heiligen Francisons