LA TOMBE DE SAINT FRANÇOIS
sance en Italie, trad. Lefêvre, 2 vol., Paris, 1909; A. Goffin, 5. Fr, d'Ass. dans la légende et dans l'art italiens; A. Venturi, La hasilica. d'Assisi. Roma. Casa éditrice de « l'Arte »; Arch. fr. hist., t. l (1908), 217-230; II, 351-354; Et. fr., t. XXIII, p. 134-153; Mise, fr., t. XII, p. i36> Le dernier ouvrage et le plus important est celui du P. Beda Klein- SCHMIDT, Die Basilika S. Francesco in Assisi, Berlin, 1915.
Le souvenir du tumulte qui s'était produit en 1230 pendant la translation du corps de saint François donna naissance à des légendes accréditées jusqu'au XIX^ siècle. On accusa frère Elie d'avoir enlevé le corps de saint François trois jours avant la date fixée, et de l'avoir caché dans un endroit secret, par « crainte humaine », disaient les uns, pour le soustraire aux Pérugins qui auraient certainement tenté de s'en emparer, disaient les autres (Cf. Lempp, op. cit. p. 82-88). Ces affirmations, répétées par les historiens modernes, ont été réfutées par Mgr Faloci-Pulignani, Il sepolcro pritnitivo df. S. Francesco, dans 5. Francesco d'Assisi, periodico mensile, t. I (1921), p. 24-28, et par le P. B.. Marinangeli g. m. Conv. La tomba di S. Fr. attraverso i secoli, ibid.. t. II, p. 48-54, 64-69, 93-97, 152-5, 183-7, 209-12; t. III, p. 11-14, 99-102,. 209-212, 250-2.
On né connaît pas dans tous leurs détails les cérémonies de la translation et de l'ensevelissement du corps de saint François. Toutefois, on peut tenir pour certain qu'il y eut quelque tumulte. Le lourd sarcophage fut enlevé et soustrait à l'enthousiaste vénération de la foule. La bulle Speravimus en fournit la preuve. Ce coup de main avait-il été prémédité ? Est-il imputable à F. Elie de connivence avec les consuls d'Assise ? Rien ne permet de l'affirmer. Les sanctions portées par Grégoire IX frappent également tous les Frères sans distinction et les magistrats de la cité. Le seul à dire que le corps saint fut transporté trois jours avant la date fixée, Eccleston (p. 80), adversaire d'Elie, ne l'incrimine pas sur ce point, pas plus que Salimbene, qui écrivit cependant contre J.e même Elie un réquisitoire où rien de ce qui pouvait lui être reproché n'est oublié (cf. Salimbene; p. 96-112). "^
Il est également certain que le précieux sarcophage fut placé à l'endroit déterminé et préparé d'avance d'accord avec le Pape et le Ministre général. Il eut été matériellement impossible à F. Elie de faire creuser dans la roche vive un caveau carré d'environ 3 m. 15 de côté à l'insu de tous. Salimbene (ibid. p. 157) dit de Fr. Elie qu'il aimait à demeurer au couvent d'Assise, où le corps du bienheureux Père saint François est vénéré. Aucune allusion de ce chroniqueur, ni d'aucun autre auteur du XIII® siècle à une impénétrable cachette. La sépulture du séraphique Patriarche n'était donc pas primitivement entourée de mystère. Elle n'était pas non plus inaccessible. On pouvait s'y rendre par un couloir partant du choeur des religieux, et fermé par des portes dont les clefs se transmettaient d'un supérieur à l'autre. Mais il est évident que cette entrée ne pouvait pas être ouverte à tout venant. Et c'est, sans doute, ce qui fit dire aux recteurs de la cité, en 1279, dans un document où ils affirment l'intégrité du corps de « leur Saint », qu'il est conservé avec révérence dans un lieu très sûr et très bien gardé :
frotestamur quod de corpore sancti nostri, videlicet beati Francisci, nihil est diminututn vel ahlatum, sed totum salvum et integrum corpus, in loco tutissimo et firmissimo Assisii apud F. M. in Christo nobis karissimos in ecclesia ad honorent ejus constructa et dedicata sub diligenti custodia et débita reverentia conservatur (Arch. fr. hist., t. XI, 1918,
Ce n'est qu'au XIV^ siècle que l'on commence à imputer à Elle l'intention d'avoir caché l'inestimable trésor {Chron. XXIV Gén., dans An. fr., t. III, p. 212). Le tombeau était si peu secret et si peu inaccessible, que les Pérugins, alliés du Saint-Siège, en guerre avec Assise, demandèrent (1442) à Eugène IV la permission d'emporter et de mettre plus en sûreté le corps de saint François; Eugène IV refusa. Très rares cependant devaient être ceux que l'on admettait à pénétrer dans le caveau proprement dit. Pour les autres, le pèlerinage au tombeau de saint François consistait à venir prier à l'autel érigé au-dessus de lui, et qui était le maître-autel de l'église inférieure. Aussi de nouvelles légendes prirent leur vol (cf. Acta SS., octobris, t. II, Bruxelles, 1858, p. 775-837; Van DEN Haute, O. M., Brevis historia Ordinis Minorum, Romae, s. d., p. 72-76).
On affirmait que François se tenait dans sa tombe, comme s'il était encore vivant, debout, les yeux ouverts, les plaies de ses stigmates continuant de saigner. De grands personnages, disait-on, avaient été témoins du miracle : en 1354, le grand Cardinal Albornoz, si dévot au Saint d'Assise; en 1457, le duc de Milan, François Sforza. En 1474, Jacques Oddo, évêque de Pouzzoles, dans sa Franceschina, racontait la visite qu'aurait faite le pape Nicolas V, en 1449. En 1475, une lettre attribuée au duc d'Adria, circulait, attestant le même fait. Mariano de Florence raconte que Sixte IV, en 1476, voulut se rendre compte par luî-mêrrie du prodige. Mais saint Jacques de la Marche, ajoute-t-il, lui ayant dit que ce miracle devait rester caché. Sixte IV fit obstruer par un amas de pierres et de mortier le vide laissé dans le caveau autour de l'urne sépulcrale et le couloir qui y conduisait. En réalité. Sixte IV, qui savait à quoi s'en tenir sur la tombe de saint François, puisqu'il avait été Ministre général, prit les mesures utiles pour empêcher la divulgation de ces faussetés. Il fit exécuter en outre des modifications importantes au maître-autel de l'église inférieure, et depuis lors il fut impossible de se rendre au tombeau. On perdit même la notion exacte de l'endroit où il se trouvait. Tandis qu'avant Sixte IV aucune tentative n'avait été faite pour le découvrir, et pour cause, à partir de ce pape aucune visite authentique du glorieux tombeau ne peut être signalée.
Les recherches du sépulcre mystérieux commencèrent au XVI^ siècle. Au XVIP, en 1607, Paul V défendit d'en faire de nouvelles. Enfin, en 1806, des travaux furent entrepris sous la direction du savant Nicolas Papini, Ministre général des Conventuels. Ils furent interrompus trop tôt, puis repris en 1818, sous son successeur, Joseph de Bonis. Le 12 décembre de la même année, on découvrait enfin le sarcophage, où le corps du Poverello gisait étendu (Cf. Marinangeli, loc. cit.; voir aussi Mise, fr., t. XVIII, 1917, dissertation de Bartolomasi, O. M. Conv.,