FORMATION DES PREMIERS DISCIPLES 3I
une sainteté assurée, il apercevait Thypocrisie ou prévoyait l'inconstance (II Cel. 28, 29 ; Opusc. S. P. F. y Admoni-
tio xii;.
Il essayait la force de ses disciples en les envoyant travailler et prêcher. Quand ils revenaient près de lui, il leur faisait rendre compte de leurs actes ; il leur donnait alors ses avis et ses corrections (l Cel. 3o), et ne laissait aucune faute impunie (I Gel. 5i). Thomas de Celano nous a laissé plusieurs exemples de la rigueur que François apportait dans leur formation (I Gel. 34, 35, 42, 43, 5i, 76 ; II Cel. 20, 65, i54, 182, 206). Il ne manquait pas cependant de discrétion ; il savait tempérer les rçortifications excessives des généreux novices (II Gel. 21, 22, 129) et ménager leur faiblesse dans le rude apprentissage de la mendicité (II Gel. 74).
François avait aussi, ne l'oublions pas, l'art de frapper l'imagination par des expressions pittoresques qui gravaient fortement les pensées dans les âmes. Il avait encore à un égal degré l'art d'atteindre les cœurs, de parler dans l'intimité. Il savait faire passer toute son âme dans ses paroles et ses gestes, communiquer son enthousiasme et son amour. Ses Admonitions nous montrent enfin quelle connaissance il avait du cœur humain. Bref, tous les dons naturels et surnaturels, qui faisaient de lui un entraîneur d'hommes^ faisaient aussi de lui l'éducateur parfait.
Son idéal personnel, sa spiritualité, son plan d'action, étaient, on le devine, l'objet de son enseignement (I Cel. 26).. Il voulait avant tout former des observateurs de l'Evangile zélés pour le salut des âmes ; des hommes dont la vie aurait, comme la sienne, pour programme, l'imitation du Christ dans sa vie d'amour et de souffrance, dans les aspects les plus humbles de son existence terrestre. Du premier coup il les jette dans l'amour de Dieu en exigeant,, comme condition d'admission à la Fraternité, le dépouillé-
ment total de tous leurs biens (Reg. prima, G. II ; I Gel. 24, 39, io3 ; II Gel. 80, 81, 190) et le service des lépreux [Legenda antiqua, 102). De tels actes de pauvreté, de charité et d'humilité étaient à ses yeux une preuve suffisante d'amour divin et de renoncement à soi-même, l'indice d'une vocation véritable à la vie évangélique. Le développement de cette vocation, la marche progressive dans la voie spirituelle s'accomplissaient par l'exercice même de -ces vertus, et à la manière qui lui était propre, c'est-à-dire, avec simplicité, loyauté, activité et joie.
11 ne les poussait pas vers les études scientifiques, mais il leur enseignait à puiser, comme lui, leurs forces dans la prière et la méditation de Jésus crucifié. La Croix ! Ce qu'elle avait été pour lui, la révélation . de l'amour divin, il voulait qu'elle le fût aussi pour ses fils. « Jour et nuit, dit saint Bonaventure, ils méditaient dans le livre de la Croix à l'exemple de leur père, qui sans cesse leur parlait de la Croix » (Leg. inaj., G. IV, § 3). Partout où ils se trouvaient, d'aussi loin qu'ils apercevaient un clocher, ils se prosternaient d'âme et de corps, et adoraient le Tout- Puissant en disant cette prière, que François leur avait apprise, alors qu'ils ne savaient pas encore réciter l'Office de l'Eghse : « Nous vous adorons, ô Christ, dans toutes les églises de l'univers, et nous vous bénissons, parce que vous avez racheté le monde par votre Sainte Croix. » Ils agissaient de même chaque fois qu'ils apercevaient une croix ou l'image de la Croix, sur le sol, sur un mur, dans les arbres, aux carrefours des routes (I Gel. 45). Il les conduisait si assidûment sur le Calvaire, il les avait marqués si bien de l'empreinte de la Croix, que le souvenir en resta gravé dans le cœur de ses enfants ; le compilateur du Spéculum perfectionis met, en effet, sur les lèvres des frères, réunis autour du lit de mort de saint François, ces mots :