FORMATION DES PREMIERS DISCIPLES
<( Vos paroles, ô Père, étaient comme des flambeaux ardents et brillants qui nous conduisaient par le chemin de la Croix vers la perfection évangélique, vers l'amour et l'imitation du très doux crucifié » {Spec. Sab. G. 87, p. 174). Et le compilateur des Actus fait entendre l'écho de la tradition quand il écrit : « Gomme notre bienheureux Père François fut appelé par le Seigneur ainsi que ses enfants de la Groix et à la Croix, ils paraissaient et étaient vraiment les hommes du Crucifix » (Actus, G. 4, p. 16 s. ) 4.
Saint François, on le voit, s'attachait moins à enseigner des pratiques ou à donner des recettes ascétiques, qu'à inculquer des principes et à mettre au cœur de ses disciples l'amour de Dieu, source et commencement de toute perfection.
Ainsi pénétrés de ses enseignements sur le royaume de Dieu, le mépris du monde, le renoncement à soi-même, il les dispersait deux à deux dans les campagnes environnantes : « Allez, mes bien-aimés, allez annoncer aux hommes la paix et la pénitence pour la rémission des péchés. Soyez patients dans la tribulation et confiants, car le Seigneur tiendra ses promesses. Répondez humblement à ceux qui vous interrogeront, bénissez ceux qui vous persécuteront, et remerciez ceux qui verseront sur vous l'injure et la calomnie, le royaume éternel vous est préparé. » Il les embrassait ensuite et leur disait la parole du Psalmiste : « Jetez en Dieu toutes vos pensées, et il vous nourrira » (I Gel. 29).
Il leur traçait ainsi un programme de prédication simple et populaire, qu'une vie vraiment conforme à l'Evangile leur donnait le droit de faire entendre à tous les hommes.
Vie des premiers Frères Mineurs. — Au retour de
^ Voir aussi (Actus, c. i6, p. 59) la conclusion de la prédication aux oiseaux.
Rome, saint François et ses compagnons s'étaient réinstallés dans la cabane de Rivo Torto (I Gel. 42). Leur séjour y fut de courte durée. Ils se transportèrent bientôt à la Portioncule. La Portioncule devint ainsi le centre de ralliement des Frères Mineurs, leiir Maison-Mère. Il n'y avait pas d'observance claustrale proprement dite. Tant qu'ils n'eurent pas de livres, l'Office divin consistait pour eux à réciter à des heures déterminées (I Gel. 47) un certain nombre de Pater pour chaque Heure canonique, avec la prière : Adoramus te Christe (I Gel. 46 ; Leg. maj.y G. IV, §. 3). Ils observaient les jeûnes de l'Eglise.
En entrant dans la Fraternité, ils ne se retranchaient pa& absolument de leur ancien milieu. Ils n'étaient plus du monde, mais ils allaient encore dans le monde, et ils considéraient leur ancienne profession comme le champ où devait s'exercer naturellement leur apostolat {Reg. prima, G. VII ; I Gel. 89, 40). Ils s'en allaient donc à travers lesvilles et les bourgades, pieds-nus, sans monture {Reg. prima, G. XV) 5, sans argent, sans provisions, sans protection, sans souci du lendemain, sans aucune demeure fixe. Les léproseries étaient le plus souvent leur abri.
Ils pouvaient s'engager comme domestiques. Toutefois ils ne devaient jamais accepter d'être chambellans ou celleriers, ni assumer un emploi capable de causer du scandale. Au contraire, le soin des lépreux constituait leur occupationprincipale {Reg. prima, G. VIII ; I Gel. 89). Il leur était permis d'avoir les instruments nécessaires à leur métier.. Frère Junipère gagnait sa vie en raccommodant des chaussuresTFrère Egide se faisait tour à tour porteur d'eau,, fabricant de paniers, fossoyeur, bûcheron ; il aidait les paysans à la cueillette des olives, des noix et des raisins. " Ils se mêlaient aussi aux paysans, travaillaient et peinaient
5 C'était un usage ascétique très répandu au Moyen-Age. Cf. Revue: d'ascétique et de mystique, t. III (1922), p. 56-59; t. IV, p. 140-156.