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VIE DES PREMIERS FRÈRES MINEURS

avec eux. Ils partageaient leur repas, c'était leur salaire {Leg. antiqua g). Jamais ils ne recevaient d'argent, si ce n'est pour les nécessités des malades {Reg. prima, C.VII et VIII). Ils demandaient l'aumône pour les lépreux, et aussi lorsqu'ils n'avaient pas reçu, comme prix de leur labeur, de quoi se nourrir et se vêtir {Ibid., G. VIII et IX). Aux heures de repos, ils parlaient de l'abondance du cœur, et communiquaient à tous leurs sentiments de foi, de pénitence, d'espérance, de paix et de joie évangéliques (Opusc. S. P. F., Reg. prima, G. XXI, XXIII, p. Sg s.). Souvent il arrivait qu'ils étaient mal reçus, accueillis par des railleries ou repoussés brutalement ; alors leur patience, leur sérénité prêchaient avec plus d'éloquence encore que leurs paroles (I Gel. 40).

Le soir venu^ ils se retiraient dans un ermitage ou une léproserie, domicile toujours instable et provisoire, pour s'y livrer à la prière. A l'occasion, ils demandaient aussi l'hospitalité aux monastères qu'ils trouvaient sur leur route, aux prêtres et aux fidèles 6. D'autres fois ils se réfugiaient sous le porche des églises ou des maisons, dans des cabanes abandonnées, dans des grottes où ils couchaient sur un peu de paille étendue à terre (I Gel. Sg ; II Gel. 63 ; Lib. de Laud., G. II). Dès l'aurore, ils se rendaient à Féglise paroissiale ou à la chapelle la plus proche. Puis leur journée apostolique et laborieuse commençait. On saisit facilement quelle bienfaisante influence et quel apostolat fructueux devaient exercer dans tous les rangs de la société, dans tqutes les corporations, ces premiers fils de saint François d'Assise, presque tous jeunes, si pauvres et si heureux, si austères et si bons, si doux et si patients, si dévoués et sans haine pour personne. Leur tendre charité mutuelle, leur sérénité, leur joyeux dédain du bien-être, dont Thomas de Gelano nous a laissé une peinture si

•^ Cf. Hugues de Digne, Expositio super régulant F. M., cap. X.

fraîche (I Cel. 38-40), étaient une prédication persuasive qui reprochait aux riches, sans les maudire, leur cupidité insatiable et cruelle, et permettait aux Mineurs de se mêler à la foule des pauvres, des méprisés, des délaissés pour leur parler avec autorité et tendresse des réalités de la vie future, de la paix à conserver en ce monde et du bonheur qu'on ne trouve que dans l'observation des lois divines.

On peut se demander si le monde avait vu depuis les Apôtres une reproduction aussi fidèle de la vie évangélique. Ce spectacle nouveau excitait Fétonnement et l'admiration d'observateurs contemporains, comme Jacques de Vitry 7. Il n'en faut pas conclure que l'organisation de la jeune Fraternité était déjà parfaite.

L'organisation primitive de l'Ordre et ses premiers progrès. — L'organisation d'une société consiste daris la fixation des moyens d'existence et des occupations. Nous venons de voir ce qu'étaient les uns (travail, mendicité et offrandes spontanées des fidèles) et les autres (prière, travail manuel, soin des lépreux, prédication). L'organisation consiste encore et surtout dans le choix d'une forme de gouvernement, dans l'institution d'une hiérarchie, dans le mode d'élection aux charges, dans les conditions d'admission à la société.

Or, ce qui frappe tout d'abord, c'est l'absence de hiérarchie. Le jeune fondateur avait bien, tout naturellement, la direction de ce nouvel Ordre qui ne comptait encore que douze membres au jour de son approbation, et la Règle de 1221 débute, il est vrai, ainsi : « Frère François, et tous ceux qui seront à la tête de cette religion, promettent obéissance et révérence au Seigneur Pape Innocent et à ses successeurs, et que les autres Frères soient tenus d'obéir au

7 Cf. la lettre que J. de Vitry écrivit de Gênes à ses amis de France (octobre 12 16), dans Biblioteca, t. I, p. 5 s.

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