LA PREMIÈRE RÈGLE
en 1210, autant du moins qu'il est possible de la dégager aujourd'hui de la Rédaction de 1221, dite Régula prima 9.
Si embryonnaire qu'elle fût, cette organisation convenait à l'humble Fraternité telle qu'elle était à la première heure. Elle ne pouvait plus durer après que des éléments nouveaux eurent augmenté le nombre des compagnons du jeune fondateur.
La pauvreté extrême des premiers Frères Mineurs, leur charité, leur patience héroïque, leur joie inaltérable, tout cet ensemble inspiré par le plus pur christianisme n'avait pas impressionné seulement le peuple. C'était un appel à l'imitation de Jésus-Christ si persuasif qu'il exerça un pouvoir fascinateur sur les classes élevées et cultivées. Beaucoup de jeunes hommes, parmi l'élite aristocratique et intellectuelle, n'hésitèrent pas à sacrifier un brillant avenir pour consacrer au service de l'Eglise leur science et leurs talents en se faisant les disciples de saint François.
On vit donc entrer à l'école de l'humble évangéliste d'Assise des hommes venant de tous les milieux et de toutes les conditions (I Cel. 3i, 62).
Une multiplication si rapide des Frères et, à partir de 1217, leur dispersion en des régions lointaines entraînèrent avec elles des besoins nouveaux. Une grande multitude
9 HiLARiN DE LucERNE, L'Idéal de S. François d'As., t. I, p. 36, n. 4. — Cette première Règle ne nous est pas parvenue telle qu'elle fut présentée à Innocent III. Entre 1210 et 1221, elle reçut de nombreuses modifications qui aboutirent au texte que nous possédons, désigné sous le nom de Régula prima, ou de 122 1, et que remplaça définitivement la Règlie approuvée par Honorius III, appelée Régula bullata, ou de 1223. — Parmi les essais de reconstitution de la Règle de 1210., il faut citer : K. Mùller, Anfànge, p. 185-188 ; H. Boehmer, Analekten, p. 88 s. ; CUTHBERT, O. M. C, Life of S. Fr. of Assisi. London, 1912, p. 87-go, 393-403, trad. fr. par l'abbé Brousse, Paris 1925, p. 547-558; cf. Arch. fr. hist., t. VI (1913), p. 342; V. Kybal, Die Ordensregeln des heil. Fr. v. A., Berlin, 1915, cf. Franz. Stud., t. I (1914), p. 245-248; t. VI (1919), p. 375-377. ^''c^- /»'• ^i^t-' *• XVII (1924), p. 429-433, et Dom. Mandic, De legislatione antiqua O. F. M., Mostar, 1924, p. 122- 126, Arch. fr. hist., t. XVIII (1925), p. 272-278.
d'hommes se comptant par plusieurs centaines, puis par milliers, si différents de caractères, de tempéraments, d'éducation et d'origine, ne pouvait vivre et être gouvernée comme le petit groupe de douze pénitents constitué en 1209, sans gîte, sans ressources, et où seule l'amitié fraternelle tenait lieu d'autorité.
Saint François a vu le problème à résoudre. Comme le réaliste le plus prudent, ce grand idéaliste accepta toutes les indications fquè^lui fournissaient les circonstances, les exigences de la vie, les leçons de l'expérience. Quand il ne trouvait pas lui-même les mesures à prendre, il recourait aux conseils d'hommes éclairés pour opérer les transformations nécessaires.