INFLUENCE DES LETTRÉS
déplaisir, des vagabonds, des « frères-mouches » inconstants et paresseux, courir le monde, puis quitter l'Ordre au détriment de sa bonne renommée. Il leur parut alors nécessaire de se rapprocher quelque peu des anciennes Règles monastiques afin de perfectionner l'organisation intérieure du nouvel institut.
A ce désir ils en ajoutaient un autre, non moins légitime, celui d'élargir le champ de leur activité extérieure. Conformément à la volonté très arrêtée de saint François, l'activité des Frères Mineurs ne s'était exercée pendant les dix premières années que sous trois formes : le travail manuel, le service des malades et des lépreux et la prédication pénitentielle. Il était bien permis maintenant d'envisager une action plus ample pour cet Ordre qui comptait déjà des religieux distingués. Ce dessein n'avait rien que de ,très noble et de très légitime. L'EgHse, dans sa résistance aux assauts de l'ennemi, avait besoin d'hommes unissant dans un même amour la science et les vertus évangéliques. Il fallait à la fois défendre l'Evangile par l'exemple de la vie, la solidité de la doctrine et la puissance de la dialectique. Mieux que tous les autres, les savants qui se pressaient dans les Universités et qu'enflammait un ardent désir de défendre et de restaurer l'Eglise, avaient été attirés par l'idéal dont François d'Assise était l'apôtre. Ils s'étaient mis à sa suite avec enthousiasme et ferveur. Leur entrée dans "^ la famille du Poverello allait-elle leur interdire désormais d'aborder la prédication vraiment ecclésiastique et de réfuter les hétérodoxes sur le terrain doctrinal avec les armes de l'éloquence et de la science?... Les clercs demandaient donc , au Poverello la permission d'avoir des livides pour s'adonner aux études scientifiques. Ils demandaient encore, puisque certains prélats de l'Eglise s'opposaient malgré tout' à leur ministère, qu'il leur fut accordé par le Saint Siège apostolique des privilèges les protégeant contre toute hosti-
lité. Un grand nombre de monastères anciens n'étaient-ils; pas déjà exempts de la juridiction épiscopale ? Enfin ces clercs zélés désiraient, sans aucun doute, que la direction de l'Ordre fut confiée, ainsi que dans les anciennes congrégations, aux prêtres, et qu'un peu de cette stabilité, si nécessaire aux travaux de l'esprit, leur fut concédée ; que la pauvreté fut moins rigoureuse et plus adaptée à la faiblesse humaine ; que chaque résidence eût son église particulière où l'on pût célébrer dignement l'Office divin et prêcher sans avoir besoin d'aller aux églises paroissiales.
En émettant ces vœux, les savants croyaient sincèrement ne pas corrompre la pureté de l'idéal primitif et ne pasaffaiblir la portée du plan d'action, si fécond dans sa simplicité, du maître qu'ils aimaient tendrement. Ils croyaient, au contraire, l'enrichir, le fortifier, en décupler la puissance et la fécondité. Unir la noblesse de la vie studieuse aux austérités de la pénitence, auréoler l'humble vie de l'Evangile de tout le prestige du savoir, allier l'apostolat de la science à celui de l'exemple, rien n'était plus séduisant à leurs yeux que cette idée, rien n'était plus désirable que sa réalisation. Ils ne pensaient pas que la simplicité si louée par leur Père dût les contraindre à mettre leurs lumières sous le boisseau et à renoncer à ce moyen d'influence non moins nécessaire que l'exemple : la science. D'ailleurs les encouragements donnés par l'Eglise aux études et la vie des fils de saint Dominique qui s'y livraient avec ardeur, nepouvaient que les entraîner à leur tour. Et il semble bien que François, avec un esprit si ouvert, un cœur épris de tant de zèle pour le salut des âmes^ n'aurait pas dû hésiter à s'engager dans cette voie.
Les représentants de ces tendances étaient d'ailleurs des hommes qui avaient sa confiance et son estime : Mathieu de Narni et Grégoire de Naples, Pierre de Catane et: Agnello de Pise, Elie enfin, si plein d'affection pour le