Saint François et les anciennes règles monastiques
Qu'y avait-il donc dans ces modèles antiques qui put convenir à l'existence si originale des Frères Mineurs ? Dans tous les Ordres monastiques — sauf dans celui de Grandmont, où l'expérience contraire n'avait pas été très heureuse, — le gouvernement appartenait aux clercs. Les préceptes donnés « au nom de l'obéissance » y fortifiaient l'autorité. La formation des religieux y était assurée par un
certain temps de noviciat. Sous peine d'excommunication, il était interdit de quitter l'Ordre après avoir fait profession. Les sorties à l'extérieur du monastère ne pouvaient se faire sans lettre d'obédience. Le religieux était attaché à son monastère par le principe de stabilité. La pauvreté y était beaucoup moins stricte, la vie assurée par des fondations pieuses ou des exploitations agricoles^ et l'austérité sauvegardée par l'abstinence et le jeûne perpétuels.
Ministres et savants de l'Ordre franciscain pensèrent qu'il était sage d'emprunter à ces Règles vénérables tout ce qui pourrait consolider la fondation nouvelle et se concilier avec sa vocation spéciale. Les Prêcheurs n'avaient- ils pas emprunté à Saint Augustin sa Règle,et aux Prémontrés leurs Constitutions ? La justesse de ces réflexions frappa le cardinal Hugolin. Dans un Chapitre général, probablement celui de 1219, il engagea François à suivre de temps en temps l'avis de ses Frères plus instruits, qui proposaient de se conformer en certains points aux législations de saint Benoît, de Saint Augustin, de Saint Bernard 5. Mais François le prenant par la main, le conduisit en silence devant les Frères, et de toute son âme il s'écria : « Mes Frères, mes Frères, le Seigneur m'a appelé par la voie de la simplicité et de l'humilité. Il m'a montré cette voie comme étant la vraie et pour moi et pour tous ceux qui veulent me croire et m'imiter. Ne me parlez donc pas de la Règle de Saint Benoît, ni de celles de Saint Augustin et de Saint Bernard, ni d'aucune autre forme de vie que
s Dix ans plus tôt, le Cardinal Jean de S. Paul, avant de présenter le petit groupe des Pénitents d'Assise au pape Innocent III, avait déjà proposé au fondateur d'embrasser la vie monastique ou érémitique (I Cel. 33). — Saint François connaissait certainement la règle de saint Benoît. On en trouve des réminiscences dans ses écrits, notamment dans la Règle de 1223; elles ont surtout un caractère ascétique. Cf. W. Lampen O. M., Utrutn S. P. N. F. cognoverit régulant S. B., dans Archiv. fr. hist., t. XVII (1924), p. 445-448.