INSTITUTION DU NOVICIAT 7I
celle que le Seigneur m'a miséricordieusement montrée et donnée » {Leg. antiq. 114 ; II Cel. 188).
A une déclaration si formelle les Ministres ne purent trouver d'objections. Le cardinal Hugolin lui-même, vaincu de nouveau par l'accent de ferveur et de conviction de celui qu'il admirait avec tant de sincérité, n'insista pas. Mais à son retour d'Orient les événements qui s'étaient passés pendant son absence (la nouvelle de sa mort s'était même répandue) démontrèrent au jeune fondateur que tout n'était pas à rejeter dans les idées des Ministres. Quelques-uns d'entre, eux avaient cherché à réaliser leurs desiderata pendant que d'autres Frères s'étaient permis de véritables innovations.
Institution du noviciat et affermissement de la discipline. — Voici comment les faits s'étaient passés : Mathieu de Narni et Grégoire de Naples, que François avait institués Vicaires généraux, avaient réuni un Chapitre composé des plus anciens religieux d'Italie. Ils discutèrent les règlements relatifs au jeûne et à l'abstinence et rendirent celle-ci perpétuelle. D'un autre côté, à Bologne, le Ministre provincial, Pierre ou Jean de Stachia, avait, de sa propre autorité, institué. un studium, à l'instar de celui des Frères Prêcheurs établis eux aussi dans cette ville universitaire. D'fï^tre^part, un Frère du nom de Philippe, prenant la défense des Pauvres Dames, avait demandé et obtenu des Lettres Apostoliques permettant d'excommunier leurs ennemis. Un autre, Jean de Capella, tenta de fonder un Ordre de lépreux dont il avait groupé un grand nombre autour de lui. D'autres troubles s'étaient produits dont le récit détaillé ne nous est point parvenu.
Averti en toute hâte de ces dissidences et de ces perturbations, François revint en Italie. Il se présenta aussitôt devant le Souverain Pontife, et lui demanda de désigner
le cardinal Hugolin pour s'occuper des affaires de son Ordre, et pour porter remède à cette situation. François sachant de quel ascendant il jouissait sur l'esprit du sage prélat, comptait sur son appui pour faire triompher ses propres idées. Il réussit facilement à le convaincre de l'inutilité des innovations effectuées pendant son absence, et bientôt furent annulées les décisions de Grégoire de Naples et de Mathieu de Narni, révoqués les privilèges accordés à Philippe et supprimée la liberté dont avait joui Jean de Capella. Toutefois l'aventure de ce dernier, qui s'était séparé de l'Ordre, révélait à François la grave lacune qui existait dans sa législation au sujet de l'admission et de la formation des nouveaux religieux. Hugolin n'eût pas de peine à trouver le traitement approprié à ce mal. Ce fut la Bulle Cum secundum publiée par Honorius III le 22 septembre 1220, qui ordonne, comme dans les autres instituts monastiques, de n'admettre personne à faire profession avant une année de noviciat, défend de sortir de l'Ordre après cette profession et de circuler sans obédience, sous peine de censures ecclésiastiques. Par cette institution nécessaire du noviciat, l'Ordre des Mineurs faisait un pas immense vers limitation des anciennes règles monastiques.
Saint François incorpora immédiatement ces décisions dans la Règle. Le Chapitre II de celle-ci donne désormais aux Ministres provinciaux le pouvoir de recevoir les postulants après que ces derniers auront effectué leur désappropriation totale. Pendant un an les nouveaux venus sont dès lors soumis à l'épreuve, et vêtus d'un habit spécial : deux tuniques sans capuce, une corde, des braies et un caperon. L'année du noviciat terminée, ils reçoivent Fhabit des profès : une tunique avec le capuce et, en cas de nécessité, une autre sans capuce (conséquence de l'arrivée des Frères en des régions moins clémentes que l'Italie), la corde et