‹ Histoire de la fondationChapitre 49 sur 238 · LES PRIVILÈGES · texte numérisé non relu

LES PRIVILÈGES

Leg. antiq. 14-16, 77). Pour mieux observer la pauvreté, les Frères ne devaient habiter qu'en petit nombre, par groupe de sept ou dix, rapporte un chroniqueur contemporain, étranger à l'Ordre 9. En aucune façon les Frères ne devaient se regarder comme les propriétaires des locaux où ils vivaient et dont ils n'avaient que le simple usage. <( Jamais il ne voulut accepter de lieu, si modeste qu'il fût, s'il n'était avéré que la propriété resterait au donateur » (II Cel. 57, 59). C'est ainsi que la Portioncule fut toujours la propriété des Bénédictins qui l'avaient concédée à saint François {Leg. antiq,, 8). Les quelques rares chartes qui nous renseignent 'sur les fondations du temps de saint François mentionnent que la propriété est retenue par le fondateur ; telles, celles de Valenciennes en '' 1225, de Saint Jean d'Angély en 1220, confirmée en 1225, de Cantorbéry et de Londres en 1225. Les chartes de fondation de Vich et de Beauvais en 1225 ne disent rien au sujet de la propriété, mais énoncent des conditions très sévères de dépendance et de soumission au clergé séculier 10.

De même que le refus de consentir à toute mitigation de la pauvreté, cette dépendance et cette soumission pesaient aux Clercs qui auraient bien voulu, au moins dans une certaine mesure, s'en affranchir.

Saint François et les p'-ivilèges, — Un jour quelques Frères lui dirent : « Père, ne voyez-vous pas que certains

8 Roger DE Vendover, Flores historiarum, M. G. SS., t. XXVIII, p. 41.

^" Cf. Archiv. franc, hist., t. X (1917), p. 296; A. Miraei, Notitia Ecclesiarûm Belgii, Anvers, 1630, p. 543, et, du même auteur, Opéra diplomatica et historica, Louvain, 1723, t. I, p. 199 (Valenciennes); Gallia christiana, t. II, col. 1102 (S. Jean d'Angély); Eccleston, p. 25, 156 (Cantorbéry et Londres); P. de Marca, Marca hispanica, éd. St. Baluze, Paris, 1688, col. 1410 (Vich); Louvet, Histoire des Antiquitez du Beauvaisis, t. I, p. 737 (Beauvais).

évêques nous empêchent de prêcher dans leurs égUses ? Ne vaudrait-il pas mieux, pour le salut des âmes, que vous demandiez au Seigneur Pape un privilège ? » Et François de répondre vivement : « Vous êtes Frères Mineurs et vous ne connaissez pas la volonté de Dieu. Vous voulez empêcher ma victoire sur le monde, car je veux, par la sainte humilité et par le respect, convertir d'abord les prélats. Quand ils verront notre vie sainte et notre humble révérence à leur égard, ils vous prieront de prêcher et de convertir le peuple ; eux-mêmes le convieront à vos sermons bien plus efficacement que ne feraient vos privilèges qui vous conduiraient à l'orgueil... Pour moi je ne veux pas d'autre privilège que celui d'être humblement soumis à tous et, par obéissance à notre sainte Règle, de convertir le monde plus par Vexetnple que par la parole » {Leg. antiqua, n5). Nous retrouvons ici la méthode d'action préconisée par saint François. Elle consiste uniquement dans l'influence irrésistible de l'Evangile vécu et non dans l'autorité factice qui s'impose à coups de privilèges ' i . « Les Frères Mineurs, disait-il encore, ont été appelés pour être les auxiliaires du clergé dans l'œuvre du salut des âmes. Soyez donc soumis à tous les prélats, afin que, s'il est possible, aucune jalousie ne s'élève. Si vous êtes les fils de la paix, vous gagnerez le clergé et le peuple, ce qui, aux yeux de Dieu, vaut mieux que de gagner seulement le peuple en scandalisant le clergé » (II Cel. 146). On abuse

11 Alvarez Pelage, dans le De Planctu Ecclesiae, rapporte cette parole de saint François : « Mon privilège pour moi et pour mes frères est de n'en avoir aucun sur terre, mais d'obéir à tous et de me réputer à tous inférieure. » Il ajoute que, passant un jour en Lombardie, des Frères lui apprirent qu'ils avaient obtenu pour l'un d'entre eux, grand prédicateur, le privilège de prêcher librement dans toute la Lonvbardie. Franly çois se fit apporter le privilège, le mit en pièces et le jeta au feu (cité par P. Sabatier, Spéculum -perfectionis, Paris, 1898, p. 87). Bien que le fait ne soit rapporté par aucun autre historien, il est tout à fait conforme à l'esprit de notre saint.

Page 1