LA RÈGLE DE I22I
modifications nécessitées par les exigences d'une multitude croissante de disciples, par les circonstances de temps et de lieu, enfin par les ordonnances des Papes, telle que celle du 22 septembre 1220, instituant l'année du noviciat. Avant le Chapitre de 1221, saint François avait confié au Frère Gésaire de Spire le soin d'orner de paroles du Saint Evangile le texte ainsi retouché {Giano, p. i5). C'est celui que nous possédons sous le nom de Règle de 1221. Elle se compose de vingt-trois chapitres qui ressemblent plus à des exhortations douces et pressantes qu'à des articles de loi. Nous l'avons étudiée plus haut en décrivant la vie des premiers PVères Mineurs et les progrès successifs de leur organisation. Saint François y apparaît non pas comme un législateur, comme un maître qui ordonne et réglemente, mais comme un père qui se confie à ses enfants, et épanche devant ses fils, sûr d'en être écouté et compris, ses sentiments et ses désirs d'une vie plus parfaite, plus conforme à la vie crucifiée de Jésus. Le dernier chapitre est une ardente prière, une louange, un cantique d'actions de grâce, dans lequel vibre l'âme du séraphique patriarche avec son enthousiasme, sa ferveur, sa passion pour la gloire de Dieu et du ("Christ. Il appelle toutes les créatures à la louange, à la reconnaissance, à l'amour du Dieu infiniment bon, infiniment aimable. Cette page, est une dé celles qui révèlent le mieux le cœur ardent de saint François. Une âme, qui se donne à Dieu avec cet élan, n'a pas besoin de règles disciplinaires, et l'on comprend mieux après l'avoir lue comment saint François, supposant dans ses disciples les mêmes sentiments, était incapable de songer à prévenir, par un code savant et rigoureux les retours, les écarts de la faiblesse humaine, et comment il devait être porté à voir une violation de sa pensée dans toute disposition tendant à proportionner l'idéal entrevu par lui à la commune mesure.
Tout ce qui caractérise le mouvement franciscain est exprimé au plus haut degré dans cette règle de 1221. Il eut alors l'intention de la faire approuver par Honorius III. Cependant elle renfermait encore trop de lacunes et elle manquait de précision. De plus les traces de l'organisation primitive y subsistaient à côté des règlements nouveaux. Il convenait de confectionner avec les miettes de l'Evangile répandues à profusion dans ses vingt-trois chapitres une seule hostie, c'est-à-dire, de réduire la Règle à une forme plus concise et plus homogène (II Gel. 209, Leg. maj. IV, 11).
La Règle de i223. — François se mit à l'œuvre. Il se rendit à l'ermitage de Fonte-Colombo avec deux compagnons, Frère Léon et Frère Bonizo, et leur dicta la Règle selon ce que le Saint-Esprit lui suggérait dans la prière. Il en confia, nous dit saint Bonaventure, le manuscrit à son vicaire, Frère Elle, qui, peu de temps après, affirma l'avoir perdue par incurie. Le Saint la reconstitua aussitôt et la lui rendit pour qu'il pût mettre les Ministres à même d'en prendre connaissance et de la discuter. Nous possédons, en effet, une lettre qu'il écrivit à un Ministre provincial pour l'avertir de quelques changements effectués et lui faire connaître son intention de réunir en une seule toutes les prescriptions éparses dans la Régula prima au sujet des fautes mortelles. « Vous serez au Chapitre avec vos Frères, ajoute-t-il en terminant. Et ces points, et ceux qui sont moins explicites dans la Règle, avec l'aide du Seigneur DieUjVous tâcherez de les compléter » {Leg. maj. W, 1 ] ; Opusc. S. P. F., Epistola III,p. 109 s.) Pendant la discussion avec les Ministres, qu'elle ait eu lieu au cours d'un Chapitre ou en d'autres circonstances qui ne nous sont pas connues d'une manière assez précise, la volonté de saint François eut l'occasion de s'affronter avec les ten-