EXTENSION DU MINISTÈRE APOSTOLIQUE I
en i23i, ils fondèrent à Magdebourg le premier Studium allemand 5»,
Il y eut ainsi, à partir de 1 23o, dans tout l'Ordre des Frères Mineurs une activité scientifique si intense que Roger Bacon pouvait écrire en 1271 : « Jamais il n'y a eu •de si belles manifestations de la science, ni un zèle aussi prononcé pour l'étude, en tant de Facultés ni en tant de pays, comme depuis quarante ans. » Les docteurs, en effet, et spécialement ceux en théologie^ se rencontrent partout, dans les villes et dans les bourgs, et c'est surtout aux deux Ordres qui étudient qu'il faut l'attribuer 52. En vingt ans, l'humble Fraternité de 1209 était devenue un Ordre où la science sacrée était en honneur.
4, — Extension du ministère apostolique.
En même temps que se développait et s'organisait le mouvement scientifique chez les Frères Mineurs, leur ministère apostolique prenait une extension inattendue. On se souvient que deux restrictions imposées par Innocent III, maintenues par son successeur Honorius III, limitaient la prédication des Frères en spécifiant : 1° qu'ils devaient prêcher la pénitence, ou, comme dit la Règle de 1223, les vices et les vertus, la peine et la gloire, et 2° que seul saint François ou le Ministre général avait le droit de choisir les prédicateurs.
Aucune de ces deux restrictions ne devait tenir longtemps devant l'afflux croissant des lettrés. Insensiblement, du fait de leurs connaissances théologiques et de la nécessité de réfuter les arguments des hérétiques, les Mineurs sortirent du
51 GlANO, p. 47, 50. Cf. HiLARIN DE LUCERNE , Op. cit. p. l86.
52 Cité par le P. Hilarin de Lucerne, op. cit., p. 126 et 252. Néanmoins, les couvents d'études étaient encore moins nombreux que les autres vers 1242. Cf. Expositio IV Magist. super Reg. Cap. III, à propos de la réforme du bréviaire. Voir plus bas, note 34 du chap. V.
cadre de V exhortation pénitentielle et abordèrent Isiprédication ecclésiastique qui expose non seulement la morale, mais le dogme et les sacrements. Thomas d'Eccleston fait remarquer qu'une floraison de prédicateurs sortit des écoles de théologie 53. Le devoir d'étudier était regardé comme une conséquence du devoir de prêcher, et les progrès de la science multipliaient le nombre des religieux idoines à l'apostolat de la parole^ Il en résulte que le choix des prédicateurs ne pouvait plus être réservé au seul Ministre général. Déjà par la bulle Quo elongati Grégoire IX avait décidé que les Frères, dont la science théologique ne faisait pas de doute, pouvaient être dispensés de l'examen. Dix ans plus tard, à la demande d'Aymon de Faversham, considérant l'avantage qui en résulterait pour les âmes et pour les Frères qui ne seraient plus astreints désormais à des déplacements pénibles et dangereux, le même pape confia le soin d'examiner et d'approuver les prédicateurs aux Ministres provinciaux pendant le Chapitre provincial (12 décembre 1240) 54. Grégoire IX ne négligeait aucune occasion de favoriser l'action évangélique des Frères Mineurs. Il désirait les voir reçus partout et libres d'exercer partout le saint ministère. Plusieurs fois, à l'exemple de son prédécesseur Honorius III, il les recommanda chaleureusement à tous les prélats de l'Eglise, non seulement comme prédicateurs 55 mais encore comme confesseurs 56^ Le ministère de la confession des fidèles était le corollaire obligé de celui de la prédication. Ils s'y livrèrent de
53 ECCLESTON, p. 33.
5* Prohihente Régula, Bull. fr. t. I, p. 287. Innocent IV confirma" cette décision dans la bulle Ordinem vestrum, 14 novembre 1245, ibid.. p. 402.
^5 Si ordinis, i®' février 1230, Cum qui recipit, 12 juin 1234; op. cit., p. s8s, 127s. Un des griefs que le Pape relève en 1233 contre l'évêque de Laon, est d'avoir interdit aux F, P. et aux F. M. de prêcher danç son diocèse (ibid. p. 91).
56 Quoniam ahundavit, 6 avril 1237, ibid, p. 214s,