‹ Histoire de la fondationChapitre 71 sur 238 · Frère Élie Ministre général · texte numérisé non relu

Frère Élie Ministre général

La conquête de l'exemption, l'essor du mouvement scientifique, l'accession au ministère pastoral proprement dit, hormis l'administration des paroisses, ne sont pas les seuls traits. qui caractérisent l'évolution accomplie dans la famille franciscaine entre 1219 et 1289. Ils se réalisèrent simultanément. Un peu plus tard, à la fin et comme achèvement de cette période, se produisirent dans le mode de gouvernement qui devint démocratique, et dans le recrutement de la hiérarchie qui se. fit exclusivement parmi les clercs, d'importantes modifications. La cause éloignée en est toujours l'influence croissante des lejttrés ; quant à là cause immédiate, il faut la Chercher dans les agissements de Frère Ehe pendant son généralat (1232-1239).

La familiarité qu'il eut avec saint François, la filiale sollicitude dont il l'avait entouré, la confiance que le Saint lui témoigna en le choisissant pour Ministre général, le désignaient, semble-t-il, comme premier successeur du fondateur. Pourquoi ne le fut-il pas ? Il est impossible de le savoir. Pellegrino de Bologne donne cette raison que les Frères ne voulaient pas de Ministres perpétuellement en charge 64. Des auteurs modernes pensent que Frère Elie n'eût pu mener de front le gouvernement de l'Ordre et les travaux de la basilique. Mais à cette époque on ne songeait pas encore à une construction si magnifique. L'acte de donation du terrain destiné à la recevoir, et qui est du 29 mars 1228, ne prévoit qu'un couvent, ou plutôt un lociis et un oratoire ou une égHseôS. Quoiqu'il en soit, les Pères du Chapitre de 1227 donnèrent leurs voix, on se le

8^ ECCLESTON, p. 142.

"5 Voir cet Acte dans E, Lempp, Elie de Cortone, p. 170s.

rappelle, au Provincial d'Espagne Jean Parenti qui gouverna pendant cinq ans (1227-1232). Frère Elle montre alors l'intelligence rare dont il est doué, la grandeur de ses vues, l'énergie de sa volonté. Ce n'est pas un modeste oratoire qui surgit de terre pour enchâsser la tombe du Poverello.. Les premières substructions annoncent la crypte spacieuse d'une véritable église 66. La hardiesse de son plan, la célérité avec laquelle les travaux s'exécutent, au point que^ trois ans à peine après qu'ils furent commencés, l'église inférieure est prête à recevoir la précieuse dépouille,, révèlent un génie organisateur d'une puissance exceptionnelle. Et Frère Elie conçoit cette merveille en un temps où les Frères Mineurs se heurtent souvent à la méfiance du clergé séculier, et n'obtiennent qu'à grand peine un pauvre oratoire avec un autel portatif. On comprend que des admirateurs enthousiastes se soient groupés autour de lui, qui, au Chapitre de 1280, tentèrent de le substituer à Jean Parenti comme Ministre général. Il est probable qu'ils auraient réussi, sans les fâcheux incidents de la translation du corps de saint François. Après ce qui venait de se passer Frère Elie ne pouvait être mis à la tête de l'Ordre. Il était même difficile qu'il restât à Assise. Il se retira dans la solitude de Cortone 67 et, de ce fait, la construction de la basilique subit un retard.

Quant à Jean Parenti, fatigué des controverses au sujet de la Règle et du Testament, il avait donné sa démission. Il conserva néanmoins le pouvoir jusqu'au Chapitre de 1282 convoqué à Rieti pour lui donner un successeur 68.*

fi 6 II est bon toutefois de remarquer que Frère Elie ne construisit pas la basilique d'Assise telle que nous la voyons aujourd'hui. Le professeur Supino (La Basilica d'Assisi, Bologne 1924) a émis une théorie fort plausible suivant laquelle Innocent IV, qui la trouvait trop simple, aurait ordonné une reprise des travaux en 1253 pour lui donner ces voûtes gothiques d'un air à la fois si svelte et si grandiose.

87 ECCLESTON, p. .Si.

68 EccLESTON, p. 82, n, c. — D'après la Chronique des XXIV Gen.

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