FRÈRE ÉLIE MINISTRE GÉNÉRAL I4I
Par sa pénitence, Elie avait reconquis les sympathies. L'enthousiasme qu'avait excité son œuvre se réveilla et fit naître le regret de la voir interrompue depuis sa retraite. Aussi quand s'ouvrit le Chapitre général de Rieti, ses admirateurs le réclamèrent-ils avec véhémence à la tête de l'Ordre (1232). Grégoire IX partageait l'admiration et les regrets de tous ; il confirma l'élection 69.
Devenu Ministre général, Elie déploie toutes les ressources de son génie particulier et dévoile quel est son véritable idéal. Son Ordre il le veut nombreux et puissant 70. Les études théologiques reçurent de lui — et c'est même le seul bon côté que lui reconnaît son détracteur Salimbene — une énergique impulsion. Les couvents de Bologne, de Pa.ris et d'Oxford s'agrandirent considérablement, de même ceux de Milan, Arezzo, Messine, Pise, Padoue, Naples, Prague. Il seconde de tout son pouvoir l'action du Siège Apostolique en faveur des missions lointaines. Son prestige grandit de toutes parts. Le Pape et l'Empereur recourent à ses services. Robert Grossetête réclame son amitié et son appui. Les cités de Spolète et de Cerreto demandent- son arbitrage 71 , Bêla IV, roi de Hongrie, lui envoie une coupe d'or 72. Sa renommée est universelle. Mais son œuvre de prédilection, celle qu'il poursuit sans relâche, c'est son église d'Assise. Elle
(loc. cit. p. 213) et d'après la chronique de saint Antonin de Florence (citée par P. Sabatier dans Opusc. Crit. hist., t. II, p. 184, n. i), Jean Parenti donna sa démission après la publication de la bulle Quo elongati qui est du 28 sept. 1230.
^^ Jean Parenti se retira en Sardaigne où il mourut en odeur de sainteté vers 1240.
^0 Dans la bulle Non Soluni du 13 juillet 1236 adressée au Frère Elie pour interdire de faire faire profession aux novices avant la fin de l'année de noviciat, Grégoire IX dit : Licet igitur zelum animarum habentes, eas lucrari, sollicite cupiatis (Bull, fr., t. I, p. 198).
^1 E. Lempp, op. cit., p. 106-108.
''2 Salimbene, p. 107.
devient le but de sa vie, et il lui subordonne toutes ses autres obligations.
En 1 236, l'église supérieure est assez avancée pour que Giunta Pisano puisse en commencer la décoration et peindre le crucifix qui portait l'humble inscription suivante : « Frater Helias Jieri fecit . Jesu Christe, pie miserere precantis Heliae. » En 1289, le campanile achevé reçoit ses cloches 73. Le Sacro Gonvento lui-même est sur le point d'être terminé. Frère Elie touche au faîte de la gloire, et l'église de Saint- François en est le plus beau titre. Ce fut aussi, en cette même année 1289, la cause de sa chute.
Par orgueil, peut-être, autant que par piété filiale, il en a conçu le plan. Il en poursuit l'exécution avec une maîtrise remarquable et une persévérante énergie. Il lui consacre tout son temps et toutes ses facultés. Il lui sacrifie même un des plus importants devoirs de sa charge ; pas une seule fois, il n'entreprit personnellement la visite des Provinces. Par contre, il abuse sans scrupule de ses droits. Aux termes de la Règle de 1223, le Ministre général possède des pouvoirs presque illimités, puisqu'il n'a de compte à rendre qu'au Chapitre général, et qu'il peut le convoquer tous les trois ans, ou plus souvent ou plus rarement à son gré. Frère Elie le sait. Pas une seule fois, il ne convoqua de Chapitre général, si ce n'est des Provinces italiennes. C'est aussi au Général qu'il appartient de nommer les Provinciaux et les Custodes. L'Ordre entier est ainsi dans la main de son chef. Comme saint François et Jean Parenti, Frère Elie dispose d'une puissance presque absolue 74. Or, dans la distribution des offices, il préfère
73 Cf. Beda Kleinschmidt O. M., Die Basilika San Francesco, Berlin 19151 P- 7-16, 113-119; E. Lempp, op. cit. p. 88-90; H. Thode, 5. Fran ^ois et les origines de l'art de la Renaissance en Italie, trad. G. Lefèvre, t. I, p. 208-214.
'■^ GiANO, p. 54s.