Constructions a l'intérieur des villes
Abandon des premières résidences. — Dans les premiers temps les Frères n'avaient accepté de demeures qu'en des lieux solitaires assez rapprochés des villes pour qu'ils pussent s'y rendre facilement et y accomplir leurs offices de prédication et de charité, assez éloignées cependant pour n'être point troublés dans l'exercice de leur vie contemplative 1.
Ces loca, pauvres maisons tombant souvent de vétusté, se prêtaient mal aux usages de la vie religieuse. Le nombre des Frères augmentant sans cesse, elles étaient rapidement devenues, nous dit Eccleston, trop petites et, ne craint pas d'ajouter le chroniqueur anglais, indignes des personnes de qualité qui se présentaient pour recevoir l'habit 2. En outre, le mouvement scientifique qui se dessinait dans l'Ordre aurait misérablement avorté, si les Frères ne s'étaient décidés à quitter ces logis primitifs — ou tout au moins à les transformer quand ils le pouvaient — pour habiter des bâtiments plus spacieux. La première chapelle des Mineurs à Cambridge élaic si petite, qu'un seul ouvrier en un seul jour put en construire toute la charpente 3. Les Frères pouvaient sans scrupule dilater des édifices si exigus dont beaucoup d'ailleurs présentaient un autre inconvénient non moins grave : leur éloignement, si faible fût-il, de la cité. Dès qu'ils avaient eu des oratoires,
^ Cf. Spec. Sab., p. 26-28, note du chap, lo. — Contrairement à ce qui s'était fait dans les autres régions, les Mineurs d'Angleterre s'établirent presque toujours à l'intérieur des villes. (Eccleston, préface, p. XXVII.)
2 Eccleston, p. 55.
3 Eccleston, p, 28.
les Frères avaient pu en ouvrir les portes aux fidèles, sauf en temps d'interdit 4, Illusoire et sans profit pour l'édification du peuple eût été ce droit d'admettre les fidèles à la participation de leurs Offices, si les Frères avaient persisté à demeurer dans la banlieue des villes, en des endroits parfois insalubres, entourés de voisins souvent dangereux ou gênants. Ils y étaient de plus à la merci des pillards qui, par ces temps de guerres fréquentes, ravageaient les campagnes. Enfin, ils n'y trouvaient qu'un ravitaillement insuffisant et pénible. Toutes ces raisons, énoncées dans les documents pontificaux sous le terme générique d'incommodités, prescrivaient impérieusement aux Frères Mineurs l'abandon de leurs premiers et vénérables domiciles. Ils commencèrent à le faire aux environs de i23o5.
Le mouvement prit toute son ampleur à partir de 1240. Le Bullaire franciscain, bien qu'il ne contienne pas tous les documents relatifs aux fondations de couvents, à leur transfert ou à leur agrandissement, en conserve encore assez pour nous renseigner sur la force de ce mouvement 6. En douze ans, de 1228 à 1240, dix lettres pontificales seulement ont trait à ce sujet. De 1240 à 1244, au temps d'Aymon de Faversham, on en compte neuf, et de 1244 a 1267, plus de cent. Que ces changements fussent
* Bulle Devotionis vestrae du 29 mars 1222. Bull, franc, t. I, p. 9.
5 Même avant 1230, il y eut déjà quelques changements. A Paris notamment (voir plus bas App. I). A Magdebourg, de 1223 à 1230, les Frères changèrent trois fois de couvent. (Cf. Hilarin, Hist. des Etudes,. p. 257.) Voir aussi Mise. Franc, t. XII, p. 99, pour Spolète en 1226.
6 Ce sont des bulles par lesquelles le pape ratifie les contrats relatifs aux achats, ventes et échanges de biens, accorde des indulgences aux bienfaiteurs et aux visiteurs des églises franciscaines, etc. — Les chroniqueurs constatent aussi ce mouvement : « Anno Domini 1244 Fratres Minores reliquerunt ecclesiam quam fere per quatuordecim annos Leodii inhabitaveran't... Mutaverunt etiam iidem fratres per omnes civitates Alemaniae et Franciae domos suas. » (Gesta Episcoporum Leodiensium ahireviata, Pertz, Script., t. 25, p. 129; cité dans P. Sabatier, Opusc. crit. hist., t. I, p. 88, n. 3 de la p. 87.)