‹ Histoire de la fondationChapitre 83 sur 238 · DANS LES MURS DE LA CITÉ · texte numérisé non relu

DANS LES MURS DE LA CITÉ

toujours justifiés, Jean de Parme ne le pensait pas. Effrayé des abus qui pouvaient se produire et que saint Bonaventure, son successeur, ne manquera pas de dénoncer, il interdit toute mutation de couvent sans autorisation spéciale?.

Innocent IV, au contraire, encourageait les Mineurs à s'installer au sein des villes dans des demeures proportionnées à leur nombre. C'est ce que nous pouvons conclure des lettres nombreuses par lesquelles il invitait chaleureusement les évêques, les chapitres et les moines à faire une place auprès d'eux aux Frères Mineurs. Parfois même il n'hésitait pas, pour établir ceux-ci, à évincer des moines de leur monastère.

Alexandre IV suivit la même ligne de conduite. Avant même de monter sur la chaire de saint Pierre, quand il n'était encore que le Cardinal Raynaldi, Protecteur de l'Ordre, il fut l'artisan zélé de ces transformations. Maints contrats attestent l'ardeur qu'il déployait alors pour procurer à ses protégés des demeures plus vastes, plusconfortables, plus accessibles. De toute façon l'appui du Pape était acquis aux Frères Mineurs et triomphait des mauvaises volontés. Et c'est ainsi qu'à leur oratoire trop petit pour recevoir la foule des fidèles, se substitua presque partout une chapelle, voire une église, et qu'à la pauvre maison qui leur servit de premier asile, loin des murs de la cité, fit place dans l'enceinte même de la ville un vrai couvent 8.

"> s. BoNAV., O^. omn., t. VIII, p. 469. — Jusqu'alors l'autorisation du Ministre général n'était pas requise pour procéder à la fondation, à l'agrandissement ou au transfert des résidences. La centralisatioa du pouvoir était moins fortement établie qu'elle ne le fut dans la suite. Les Provinciaux et même les Gardiens jouissaient d'une grande initiative. Ils présentaient leurs requêtes directement soit à la Cour romaine, soit au Cardinal protecteur, du moins on peut le croire, puisque c'est à eux. que les lettres pontificales confirmant les mutations ou les fondations nouvelles étaient le plus souvent adressées.

8 Ce qui se passa à Pise est un exemple frappant des résultats obtenus-

l60 CHAPITRE V

Les monastères de Citeaux, dont l'organisation avait été proposée en exemple à tous les Ordres religieux par le Concile de Latran 9 servirent de type pour la construction •du nouveau couvent franciscain. Ses bâtiments formèrent un quadrilatère dont l'église occupait un côté. A l'intérieur du quadrilatère la cour du cloître, sur laquelle s'ouvraient au rez-de-chaussée la salle du Chapitre, le réfectoire, la cuisine, etc. était entourée d'une galerie couverte adossée aux murs des bâtiments. Au-dessus s'étendaient les dortoirs, vastes pièces où chaque religieux avait son lit séparé •des autres par une courtine >o. A l'extérieur des bâtiments

grâce à la protection du Pape. Les Frères Mineurs étaient installés à Pise .extra inuros depuis 1211 (Wadding, Annales, t. I, p. 115), lorsque lé cardinal Geoffroy de Chatillon, le futur Célestin IV, alors légat en Toscane, leur concéda, en 1228, l'église de la Trinité située à l'intérieur de la ville. Grégoire IX confirma la donation le 12 février 1229 (Bull, fr., t. I, p. 48). Mais l'archevêque Vital était hostile aux Frères Mineurs (ibid., p. 246). Ce n'est qu'après des injonctions réitérées d'Innocent IV qu'il consentit, en 1247, à les mettre en possession de leur église (ibid., P- 343. 350, 484. 486; Arch. fr. hist., t. X, 1917, p. 457, n. i). Elle parut bien vite insuffisante. Les religieux voulurent l'agrandir et ne trouvèrent pas de secours du côté du nouvel archevêque Frédéric Visconti, aussi hostile que le précédent. Alexandre IV le blâma vertement (1260) (Bull, fr., t. II, p. 406). La leçon fut profitable, cat^ l'année suivante :l 'archevêque daignait lui-même poser la première pierre de la nouvelle église. Si complète fut sa conversion qu'il stimula la générosité de ses -diocésains en se lamentant vivement de l'étroitesse de l'ancienne : « Quand les églises, dit-il, sont aussi étroites que celle-ci, on n'y vient pas volontiers aux Offices ou aux sermons. On y revient plus difficilement encore : je n'y retourne pas, se' dit-on l'un à l'autre, j'y fus tellement serré l'autre jour que j'en ai encore mal aux pieds ou à la tête. Nous avons sagement pensé qu'il fallait faire une église plus grande, puisque celle-ci ne pouvant les contenir, tous ceux qui viennent à la prédication y sont, vous le voyez, comme dans un pressoir, et c'est pourquoi nous sommes venus .poser la première pierre. » (Archiv. fr. hist., t. I, 1908, p. 653.) Il n'avait fallu rien moins que l'énergique intervention d'Alexandre IV pour que l'archevêque de Pise voulut bien se montrer favorable à l'entreprise des Frères Mineurs.

9 Can. XII, cf. Hefele-Leclercq, Histoire des Conciles, t. V, 2° partie, p. 1342.

10 Lire à ce sujet la scène du dortoir de Tarascon (1248) où Jean de Parme et ses compagnons sont acteurs avec Salimbene. (Salimbene, p. 295 s.)

DANS LES MURS DE LA CITÉ l6l

formant le quadrilatère s'étendait le jardin, et le long de l'église, le cimetière. Pourvu des différentes officines et salles nécessaires à la discipline régulière, le nouveau couvent s'adaptait mieux que l'ancien locus à la vie de prière et d'étude. Tout de même que l'antique monastère bénédictin il avait maintenant son cloître. Quel indice plus significatif des métamorphoses opérées dans la vie des Frères Mineurs dépuis le temps où leurs résidences n'avaient ni la forme ni même le nom de couvent, depuis le jour où Jourdain de Giano entrant à Erfurth disait aux bourgeois qui lui offraient de bâtir un cloître pour les Frères : « Un cloître ! nous lie savons pas ce que c'est dans notre Ordre ! » ". A cette époque. Dame Pauvreté demandant à voir celui des Frères, saint François et ses compagnons lui montraient du haut d'une colline la campagne environnante et disaient : « Madame, voilà notre cloître !» i».

Ces temps héroïques ne pouvaient pas durer toujours. Ils prirent fin, on a vu pour quelles raisons. Il y a lieu de voir maintenant par quels modes variés s'accomplit le transfert des couvents à l'intérieur des villes.

Ici les Frères acquéraient un terrain sur lequel ils construisaient à neuf. Là ils entraient en possession d'édifices déjà construits : église ou chapelle avec maisons d'habitation et jardins. Si ces bâtiments ne se prêtaient pas à leurs usages, les démolir de fond en comble et bâtir à la place leur paraissait la meilleure solution i3.

" Giano, p. 39.

12 Sacrum Commercium B. Fr. cum Domina Paupertate, éd. Edouard d'Alençon, Rome, 1900, p. 36.

13 II en fut ainsi à Rouen (1246) (cf. Math. Castain, Recueil des frincipales pièces qui concernent la fondation et les privilèges du grand couvent des F. M. Cordeliers de Rouen, Rouen, 1660 ; Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure, t. XII, 1901-1902,; p. 464- 482), et à Saint-Jean d'Angély (1247). — A moins d'indications spéciales, on trouvera, pour chacun des couvents nommés dans les lignes-

j62 chapitre V

Qu'il s'agît de terrains ou de maisons, les modes d'acquisition variaient peu. Tantôt c'était V achat m. Tantôt une donation due à la libéralité d'un roi (saint Louis, Henri III d'Angleterre, Ferdinand de Gastille furent partieulièrement généreux), d'une commune '5^ de quelques seigneurs ou bourgeois '6^ d'un évêque et de son Chapitre '7.

Tantôt des moines échangeaient de plein gré avec les Mineurs leur propre monastère ^^, à moins qu'ils né fus-

qui vont suivre, la preuve de tout ce qui est écrit ici dans les deux pre— rtiiers volumes du Bullaire franciscain. Ceci dit pour ne pas multiplier les renvois à cet ouvrage.

1* Par exemple à Césène (1250), à Offida (1252). A Reggio d'Emilie,, les Frères vendent leur vieux couvent aux Clarisses, et du prix reçu ils. achètent un palais impérial (1256). Cf. Salimbene, p. 463 s.; Bull: fr., t. II, p. 143.

12 Comme à Bologne (1236), Bruges (1247), Constance (1250) (Cf. Ad.. KocH, Die friihesten Niederlassungen der Minoriten im Rheingebiete,. Leipzig, 1881, p. 22), Ypres, 1255.

ifi Comme à Fribourg en Brisgau (1246) (Eubel, Epitome, p. 240;; Ad. KocH, op. cit., p. 21), à Romans (1252) (Chevalier, Regestesdauphinois, t. II, N» 8862), à Venise (Saint-François de la Vigne, 1254). A Shrewsbury (1246), le Roi donne le terrain, un bourgeoisprend à ses frais la construction de l'église et un autre bourgeois celle des autres parties du couvent (Eccleston, p.. 28 s.). A San Germano, les Frères, voulant quitter le lieu qui leur avait été concédé à grand peine par les moines du Mont-Cassin, avaient reçu un terrain et commençaient à construire (1247), lorsque la puissante abbaye s'opposa à tout chan-gement; elle ne céda qu'aux prières du Cardinal protecteur et, après, avoir exigé, chose rare, un cens annuel (1247 et 1252; Bull, fr., t. I,, p. 492 et 643). Les Mineurs de Spolète (1252, 1254), de Troyes (12^6,, 1259) versaient également un cens annuel.

17 Comme à Modène (1244), Wurtzbourg (1250) (Eubel, Epitome,. p. 248-250), Bâle (1250) (Ad. KocH, op. cit., p. 11), Catanzaro (1252, i256). Lodi (1253), Spello (1254), Catane (1256). A Naples, les Mineurs obtiennent l'église Saint-Laurent (1235) qui dépendait de l'évêque et du Cha-pitre d 'A versa. A Sienne, le pape, sollicité par les religieux, engage l'évêque à leur céder une église, mais comme elle est paroissiale,, lesparoissiens sont répartis entre les paroisses voisines (1236). Il en est de même à Lanciano (1252, 1257). A Pampelune (1245) et à Sant'" Angelo dei Lombardi (1255) ^^s Frères, contrairement à l'usage ordinaire, se transportent hors des murs.

18 C'est ce qui se passa à Vérone (1249 et 1257), à Todi (1254; outre-' le Bull, fr., voir aussi Archiv. fr. hist., t. XIII, 1920, p. 167-172), à Ni-

Page 1