DANS LES MURS DE LA CITÉ
sent mis en demeure de vendre quelques-unes de leurs propriétés, comme ce fut le cas pour Saint-Germain des Prés de Paris, ou de céder purement et simplement la place. Cette dernière sorte d'expropriation imposée par le Saint-Siège, n'avait lieu que lorsque le monastère était à peu près dépeuplé. Les moines qui l'habitaient encore, étaient alors répartis entre plusieurs autres monastères. Le cas de ce genre lé plus typique est celui de l'Ara-Coeli à Rome.
Nous sommes en 1248, les xMinéurs n'ont dans la Ville éternelle que de chétives résidences sur les bords malsains du Tibre. Ils s'y sentent mal ài l'aise et supplient le paipe de leur procurer un domicile plus confortable^ Innocent IV ne sait rien leur refuser. Immédiatement il charge trois cardinaux, dont Raynaldi, le Cardinal protecteur, de s'informer, et de trouver ce que les Frères désirent (23 juillet 1248). Les Frères ne se font pas faute de les aider dans leurs recherches, et indiquent aux enquêteurs le tnonastère de Sainte- Marie du Capitole. Or il est en la possession des Bénédictins. On prie donc les moines de se retirer. Leur syndic proteste. Le pape confie au Cardinal protecteur le soin d'examiner de nouveau la question (1 2 juillet 1249), et l'année suivante (26 juin 1260), les fils de saint François sont mis en possession du monastère des fils de Saint Benoît, qui émigrent en d'autres maisons de leur Ordre '9. Comme on le voit, ce n'était pas toujours de bon cœur que les Chapitres et les monastères consentaient
cosie de Chypre (1254) (cf. C. Enlart, L'ancien monastère des Franciscains à Nicosie de Chypre, extrait du Florilegium Melchior de Vogue, p. 217).
18 Voir plus bas, App. I; Bull, fr., t. I, p. 521, 531, 545. Les choses se passèrent d'une manière analogue à Fermo (1240-1252), et à Tivoli (1241- 1258). — D'une bulle; d'Innocent IV (26 juin 1250) il semble résulter que les F. M. avant d'être en possession de Sainte-Marie du Capitole habitèrent aussi Santa Maria del Popolo (cf. Arch. fr. hist., t. XVIII, 1925, p. 293-295).
l64 CHAPITRE V
à donner y à. échanger ou à vendre leurs propriétés au bénéfice des Frères Mineurs. Beaucoup ne cédèrent qu'après des invitations expresses et réitérées de la Cour romaine ou du pouvoir royal auxquels ils n'osaient pas résister trop longtemps 20.
Agrandissements. — Voilà nos Mineurs établis dans la ville, quelquefois au centre, le plus souvent dans un faubourg, près des remparts, dans un quartier populeux d'artisans. Leur action y est couronnée de tant de succès qu'ils s'y trouvent vite à l'étroit. Il leur faut s'agrandir. Les modes qui leur ont permis de pénétrer dans l'enceinte de la ville, leur permettent aussi de prendre de l'espace. Par dons, achats, échanges plus ou moins spontanés de la part de ceux avec qui ils traitent, ils obtiennent les propriétés voisines, le jardin, le champ, la vigne qui manquent à leurs pourpris, l'église, la chapelle, les maisons mitoyeur nés qui gênent leur dilatation. Il ne reste plus qu'à abattre ces bâtiments nouvellement acquis pour achever par d'autres constructions nouvelles le quadrilatère rêvé ou pour ajouter quelque arpent de plus à leur jardin 21. Parfois même, s'il faut englober une rue dans leur enclos, ou bien ouvrir une brèche dans les remparts pour la commodité de leur petit territoire, ils n'hésitent pas à en demander la per-
20 A Paris le roi, le) pape et l'évêque agirent tour à tour sur les Bénédictins de Saint-Germain des Prés en faveur des Cordeliers (cf. Bull, fr., t. I, p. 286; Archiv. fr. hist. t. X, 1917, p. 300, 304s, 312s). A Laon, l'évêque, le Chapitre et les magistrats municipaux refusent aux F. M. un logement dans la ville. Saint Louis leur fait don des bâtiments de l'ancienne cour carolingienne. (Cf. J. Marquiset, A travers le vieux Laon, Laon, 1909, p. 84). Les Bénédictins de San Facondo (diocèse de Léon) ne procurent un lieu aux Frères qu'après intervention du roi de Castille (1257).
21 Ainsi se fit-il à Cambridge (1238) (Eccleston, p. 167); à Messine (1236, 1240) (Palomês, Des F. M. et de leurs dénominations, p. 49, n. 3) et en 1255; à Paris (1236, 1240), Spolète (1252, 1254), Offida (1252), Pérouse (1253), Milan (1255, 1256), Foligno (1255, 1258), Rimini (1257).