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CONSTRUCTIONS NOUVELLES

mission, et telle est la popularité qui les entoure, telle la sympathie qu'ils inspirent, que princes et communes se rendent à leurs vœux 22.

Ainsi reconstruits et agrandis les édifices n'étaient peutêtre pas toujours conformes aux idées de saint François. Frère Agnello de Pise, que le Saint avait lui-même désigné comme fondateur de la Province anglaise, fut un de ceux qui travaillèrent le plus à l'amplification des résidences primitives. Très zélé pour la pauvreté, il ne permettait pas que l'on dépassât les exigences de la stricte nécessité, pourtant il ne se fit pas scrupule de remplacer les murs de torchis par des murs de pierre 23. i

Il était nécessaire que desrègles fixes fussenfpromulguées pour que ni la simplicité ni la pauvreté ne se trouvassent transgressées dans les constructions. On recommanda donc de bâtir sur de petites dimensions, d'éviter jalousement le luxe des peintures, des sculptures et des colonnes. Pas de voûte, si ce n'est au-dessus du sanctuaire. Pas de clocher en fornie de tour. Pas de vitraux coloriés et historiés, sauf à la fenêtre principale derrière le maître-autel, laquelle pouvait recevoir les images du Christ, de la Vierge, de saint François et de saint Antoine. Ces règles, que nous retrouvons dans les Constitutions de Narbonne 24, devaient très probablement faire partie de celles de 1289. Elles s'inspiraient des normes en vigueur à Citeaux 25

22 EccLESTON, p. XXVI Is. Voir aussi la lettre de saint Louis pour le couvent de Falaise en 1256 (Archiv. fr. hist., t. X, 1917, p. 325). Pour les agrandissements à Londres, cf. C. L. Kingford, The grey friars of London, Aberdeen, 1905 (Brit. soc 0/ Franc, stud., t. VI), p. 146 s.

EccLESTON, p. 55; Guillaume de Nottingham fit le contraire à Shrewsbury (ibid. p. 29) et Albert de Pise détruisit le mur de pierre de Southampton (ibid. p. 99).

24 S. BoNAV. Op. Otnn. t. VIII, p. 452.

25 L'église cistercienne devait être « simple, sans aucun ornement, sans fenêtres peintes, sans fresques sur les murs, sans vases de prix, sans tours». (H. Thode, S. François d'A. et les origines de l'art de la renaissance en Italie, trad. Lefèvre, t. II, p. 6).

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depuis longtemps déjà en usage dans l'Ordre des Frères Prêcheurs 26.

Une certaine somptuosité réussit quand même à pénétrer dans les cloîtres franciscains. Les Frères n'étaient pas les maîtres absolus des travaux exécutés pour eux. L'ampleur des édifices dépendait souvent de la volonté des bienfaiteurs et des plans de l'architecte. Ce dernier tenait à se distinguer. Pierre de Montereau ou de Montreuil, qui avait travaillé à la reconstruction de l'église abbatiale de Saint- Denis, au réfectoire de Saint-Martin des Champs^ qui avait conçu la merveille qu'est la Sainte Chapelle de Paris, qui travaillait encore à Notre-Dame, n'eut point consenti à tracer pour les Gordeliers les plans d'une œuvre qui aurait été indigne à la fois de son génie et de la royale munificence de saint Louis 27. On peut en dire autant de l'illustre Nicolas de Pise qui jeta, dit-on, les plans du Santo de Padoue (i23i) et des Frari de Venise (i25o). Loin de scandaliser, la beauté recherchée par des artistes en renom excitait la générosité des bienfaiteurs dont l'honneur était engagé dans l'érection d'une petite église et d'un beau couvent, gloire de la cité. L'amour propre du fondateur qui, comme la comtesse Jeanne de Flandre pour lé couvent de Valenciennes (i225), ordonnait « de ne pas regarder à la dépense » 28 conspirait avec celui

26 H. Denifle, Constitutiones antiq. O. F. P., dans Arch. f, Litt. u. Kirch., t. I, p. 225.

27 S'il n'est pas absolument prouvé que Pierre de Montreuil fut l'architecte de l'église des Cordeliers à Paris, il est du moins certain que son fils Eudes de Montreuil y travailla, et qu'il y eut son tombeau. Cf. Hist. litt. de la France, t. XIX, p. 68-79; Mortet, Mélanges d'archéologie, 2° série 1915 : Note sur l'architecte des Cordeliers de Paris au XIII^ siècle; abbé J. de Launay, Pierre de Montreuil, Extrait de la Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise (1911); H. Stein, Pierre de Montereau, architecte de l'église abbatiale de Saint-Denis, Paris, 1902, Extrait de la Revue des Antiquaires de France (1901), et P. de Montereau et la cathédrale de Paris, même revue (1912),

28 Cf. France Franciscaine, t. III (1914), p. 80-84; Rev. hist. fr., t. II, 1925, p. 141-177.

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