CONSTRUCTIONS NOUVELLES
des architectes, entraînait celui des religieux et finissait par étouffer leurs légitimes scrupules. Malgré cette émulation à faire grand et magnifique, la somptuosité chez les Mineurs resta généralement atténuée par un sentiment persistant de simplicité et de pauvreté. Conformément aux Constitutions, les voûtes étaient rares dans leurs églises 39, couvertes le plus souvent d'une toiture en bois 3o et privées de bas côtés. Il en résultait que les arcs-boutants étaient inutiles; d'humbles contreforts suffisaient. La façade n'avait qu'un seul portail. Le dessin des fenêtres était simple ainsi que celui des colonnes et des chapiteaux. C'était une architecture sobre et d'un aspect sévère, dont la simplicité unie à la justesse des proportions, à la pureté des lignes, à l'harmonie de l'ensemble, faisait la beauté. Pour qui les compare aux oratoires et aux églises des premiers temps de l'Ordre, les constructions nouvelles peuvent bien paraître avoir été trop riches. Mais pour qui songe que l'architecture était alors en plein épanouissement, et pour qui les rapproche (même la basilique d'Assise) des grandioses églises abbatiales élevées par les moines de saint Benoît et de saint Bernard, la plupart des églises franciscaines, en cette première moitié du XÎII^ siècle, ne semblent pas en contradiction choquante avec ces paroles de saint François dans son Testament : « Que les Frères aient soin de ne recevoir en aucune niariière les églises, maisons ou autres constructions faites pour eux, si elles ne sont conformes à la sainte pauvreté, laquelle dans la Règle nous avons promis d'observer, y demeurant toujours comme pèlerins et étrangers. »
29 II y en avait à Saint-François de Bologne construit en même temps que l'église supérieure d'Assise (1236-1240), à Pérouse, à Parme, à Saint-François de Padoue (cf. Thode, op. cit., t. II, 25-28).
30 Ainsi à Saint-François de Sienne; même plus tard Santa Croce de Florence sera couverte en bois (ibid. p. 34 s.); de même l'église du « grand couvent » à Paris et celle de Provins dont on a retrouvé le devis (Cf. Victor Mortet, Mélanges d'Archéologie. 2° série, 1915, p. i- 36).
l68 CHAPITRE V
Comment l'église du couvent
reçut le nom de « Conventuelle ».
Les progrès de la liturgie dans l'Ordre des Frères Mineurs accompagnèrent la marche de son évolution.
« Que les clercs fassent l'Office divin selon l'ordre de la Sainte Eglise romaine, excepté le psautier. » Ce texte de la Règle (C. III) implique d'abord l'usage des livres liturgiques et premièrement du Bréviaire, c'est-à-dire, de cet Office abrégé propre à la Chapelle PontilScale, plus court que celui des autres églises de Rome, et qui, parce qu'il était abrégé, convenait si bien à la vie pauvre et active des fils de saint François.
Aymon de Faversham, dont on sait l'ardeur à favoriser les études, trouva sans doute cet Office encore trop long. Il lui fit subir des corrections et des suppressions qui, approuvées par Grégoire IX, le 17 juin 124131 augmentaient le temps réservé au travail intellectuel, en diminuant celui qui était consacré à la prière officielle ^2.
Là réforme d'Aymon ne fut pas accueillie par tous avec enthousiasme. C'était, depuis le commencement de l'Ordre, la troisième manière de réciter l'Office que les Frères adop-
31 Pio vestro collegio, Bull, fr., t. I, p. 2ç6. Grégoire IX déclarait en outre dans cette bulle que les Frères n'étaient pas tenus de dire l'Office . de leur Ordre quand ils avaient pris part à un autre Office.
32 Ici encore Maître Aymon de Faversham avait suivi l'exemple des Dominicains chantant l'Office «brièvement et sans traîner, afin que les- Frères ne perdent pas la dévotion et aient le temps d'étudier » (Cf. Arch. fr. hist., t. VIII, p. 456, n. 4).— Certains auteurs ont déploré l'action liturgique de Frère Aymon de Faversham et des Franciscains qui auraient, en l'écourtant, dépouillé l'Office divin de sa majesté et de sa splendeur. Peut-être; mais la liturgie du moine bénédictin pouvait-elle s'accorder avec la vie du religieux franciscain ? Et l'Office ne s'était-il pas, pour utiliser le temps, démesurément allongé sous l'influence de Cluny ? (Voir à ce sujet : Dom C. Butler, Le monachisme bénédictin^ Paris, 1924, p. 308 s.)