LA LITURGIE FRANCISCAINE
taient. Au début, ils le disaient « comme les autres clercs » {Régula I, Cap. III) ; puis la Règle de 1228 leur imposa de le dire selon « Tordre de l'Eglise romaine », et voici que l'on y apportait de nouveaux changements dix ans après le Chapitre général de 1 280 gui avait fait distribuer aux Provinces des livres d'Office types, sur lesquels devaient être copiés tous les autres 33. Aussi les Quatre Maîtres n'hésitent pas à faire entendre leur protestation. Ils trouvent que le motif de cette réforme liturgique est insuffisant, puisqu'au moment où ils écrivent leur Exposition de la Règle, les Mineurs qui étudient sont moins nombreux que les autres. Ils craignent encore que Ton voie dans ces changements successifs du bréviaire une marque îd'inconstance et de légèreté 34. Le nouveau bréviaire n'en fut pas moins de
33 GlANQ, p. 49.
34 « Item quum levitas sit in nobis maxime reprobanda et fratresmulti proniores sint ad otium quam ad orationes, et in paucis locis. comparatione partis residue sint studentes, et fratres clerici ad faciendum divinum officium Sancte Romane Ecclesie teneantur, mutatio facta officii multum gravât. Tum quia possumus argui levitatis a tempore constitutionis regulae officio ter mutato, nec occasionetn otii fratribuspraestare est securum, nec aliquo modo expedit a breviario fratribus quistudent, quibus scientiae oceupatio est salubris, ne per privilegium itnpetratutn, ab obligatione sint securi, nisi de officio mutato quod sit secundum ordinem. Ecclesie Romane constiterit evidenter » (Expositio IV Mag. super Reg. F. M., Cap. III). Hugues de Digne commentant cemême chapitre de la Règle, sera lui aussi du même avis que les Quatre Maîtres tout en émettant l'opinion singulière que les F. M. né sont pas obligés de dire l'Office du pape, mais l'Office de l'Eglise romaine : « Débet officium fieri secundum ordinem, id est secundum ordinarium sanctae romanae Ecclesiae prout est in ejus breviariis ordinatum. Non autenv secundum variationes si quas' dominus papa, qui est supra officium prout vult facit, nisi sic ordinet Ecclesiae faciendum. Sed nec Cardinales per votum ut nos ad officium se astringunt. Fratres itaque non ad Dominf Papae vel Cardinalium officium, sed ut Régula exprimit, ad Romanae Ecclesiae ordinarium seu breviarium obligantur. » Hugues de Digneajoute ensuite qu'autrefois les Frères ne se croyaient pas dispensés deleur Office pour avoir assisté à un autre Office que celui de leur Ordre. Enfin Ange Clareno, qui écrivait au commencement du XIV^ siècle, blâme également la réforme d'Aymon de Faversham. Il nous apprend qu'elle consista surtout dans la suppression des suffrages à Matines et à- Vêpres, du Miserere aux Matines fériales; des psaumes graduels pendant
lyo CHAPITRE V
nouveau approuvé par Innocent IV {20 juin 1244)35. Maître Aymon de Faversham compléta par la rédaction 4es règles à suivre dans la célébration de la messe son •oeuvre liturgique 36. Pendant plus de dix ans elle ne fut pas modifiée. Jean de Parme recommanda même de se -conformer strictement à ses ordonnances 3?. Mais il y avait alors une si grande liberté que chacun se laissait aller à suivre les impulsions particulières de sa piété. Jean de Parme se vit dans la nécesvsité d'imposer un peu plus d'uniformité. Il écrivit de nouvelles ordonnances qui constituent un cérémonial complet de l'Office divin et de la Messe 38, Ce cérémonial fut approuvé par le Chapitre .général de Rome en 1257, celui-là même où Jean de Parme donna sa démission 39.
« Selon l'ordre de la sainte Eglise romaine », ces mots -de la Règle impliquent encore l'accomplissement de toutes les fonctions liturgiques 40.
Dès que les Frères Mineurs purent avoir des oratoires
l'A vent et dans la diminution des invocations aux litanies (A. Clareni Expositio regulae,, éd. L. Oliger, p. 87s).
35 Bull. fr. t. I, p. 344.
3« XXIV Gen., p. 247. — Ce cérémonial débute par les mots Indutus planeta qui servent à le "désigner. Cf. Montttn. Ord. Min. éd. Salamanque 1506, tract. III, ff. 276v-279r.
37 XXIV gen., p. 275-279) et la lettre circulaire que Jean de Parme écrivit pendant le Chapitre de Metz 1254. Wadding l'a placée par erreur à l'année 1249 (Annales, t. III, p. 208 s.; Salimbene, p. 301. Le P. E, Clop a publié les rubriques d'Aymon de Faversham (Arch. fr. hist,, t. XIX, 1926, p. 788-797) qu'il distingue à bon droit du Cérémonial de Jean de Parme dont il va être question.
38 Salimbene,, p. 301; Chronicon XV Min. Gen., ibid., p. 662 et Andl. .fr., t. III, p. 697, n. 9.
39 Le Cérémonial de Jean de Parme a été publié par le P. G. Golubovich (Arch. fr. hist., t. III, 1910, p. SS-8i)- H avait été attribué à isaint Bonaventure, puis à Aymon de Faversham (Anal. O. M. Cap., t. XXI, p. 91s; Etudes fr., t. V, igoi, p. 498). Le P. Golubovich a démontré qu'il est de Jean de Parme, et le P. Delorme qu'il avait été approuvé, non à Metz en 1254, mais à Rome en 1257 [Arch. fr. hist., t. III, f. 499-501).
40 Cf. HiLARiN DE LucERNE, Hist. des Etudes, p. 441-448.