‹ Histoire de la fondationChapitre 88 sur 238 · LA LITURGIE FRANCISCAINE · texte numérisé non relu

LA LITURGIE FRANCISCAINE

ouverts aux fidèles, — et ce fut, nous le savons, de très bonne heure, en 1222 4» ~ l'Office divin fut célébré le jour et la nuit 42, et les cérémonies du culte commencèrent de se déployer avec plus ou moins de solennité. Le canht liturgique en rehaussait l'éclat 43. Nous en avons la preuve dans les mémoires de Salimbene. Entré dans l'Ordre en 1238, le chroniqueur parmesan nous raconte qu'il eut trois maîtres de chant pendant ses années d'études : Frère Henri de Pise, d'un grand talent. Frère Vita de Toscane et Frère Guillaume de Piémont 44. Ce qui se faisait dans la province de Toscane, se faisait aussi sans nul doute dans les autres Provinces.il y avait donc au, couvent franciscain, comme dans les abbayes, un Maître de chœur chargé de diriger tous les chants de l'Office, et de reprendre leis fautes de lecture au réfectoire, ce qui le faisait appeler aussi Corrector. Cet emploi établi partout était l'un des plus honorables. Julien de Spire qui, avant sa profession, avait été maître de chapelle à la cour de France, doit avoir été chargé de ce même office vers 1 280 au couvent de Paris. Les cérémonies ne revêtaient peut-être pas chez les Frères Mineurs la même pompe et la même magnificence que dans les églises abbatiales ou dans les cathédrales." Cependant l'église franciscaine s'inspirait de ces grands exemples, et de même que les fils de saint François tenaient, comme leur père, à la décence et à la propreté des linges, des vases et des ornements sacrés 4'', ils avaient le plus grand souci — le cérémonial de Jean de Parme nous en est témoin — de la dignité des cérémonies du

41 Voir plus haut, p. m.

^2 Salimbene, p. 41, 309, 316.

43 En temps d'interdit les offices étaient célébrés portes closes et à •voix basse (Bull, fr., t. I, p. 9).

^^ SALIMBENE, p. 181 s., 183, 384 s. Voir aussi Giano, ad ann. 1222, p. 29; EccLESTON, p. 28, 31.

45 Avec quelle indignation Salimbene ne signale-t-il pas (p. 425) la négligence de certains prêtres séculiers à l'égard des objets du culte !

culte et de la beauté du chant liturgique. Lés fidèles y assistaient volontiers, et ce fut l'un des griefs des prêtres séculiers qui voyaient diminuer leurs offrandes. « Cette diminution, répondait Salimbene, n'est nullement dans notre intention, ni de notre faute. D'ailleurs nous ne recevons pas d'offrandes ; et puis, que les fidèles viennent ou ne viennent pas à nos messes, nous les chantons toujours solennellement ; car notre Règle nous impose l'obligation de faire l'Office selon l'ordre de la Sainte Eglise romaine » 46,

Au point de vue liturgique l'église du couvent franciscain pouvait donc rivaliser avec celle du monastère. Il ne lui manquait que le titre de conventuelle. Par la Bulle Cum tanquam vert du 5 avril i25o47, Innocent IV accorda ce titre aux églises de toutes les résidences où il y avait un nombre suffisant de Frères Mineurs pour assurer le service divin et tenir Chapitre. Dès lors il y eut deux sortes -de résidences, les unes conventuelles et les autres non conventuelles. Le mot conventuel passa des habitations aux habitants et n'eut pendant longtemps d'autre sens que celui de distinguer les religieux vivant dans les grands couvents, de ceux qui vivaient de préférence dans les ermitages 48. Les uns et les autres pouvaient tour à tour habiter un couvent ou un ermitage^ et, par conséquent, être tantôt conventuels et tantôt ermites^ jouir ou être privés des droits d'élection et d'éligibilité au Chapitre local. Ce titre que les églises des Prêcheurs possédaient depuis 1228, conférait aux églises des Mineurs les droits des collégiales ; il plaçait, suivant l'expression d'Innocent IV, le couvent franciscain au même rang d'honte Salimbene, p. 422, 425.

47 Bull fr., t. I, p. 538.

48 Plus tard en 1260, le Chapitre général de Narbonne statua que chaque couvent devait avoir dans les limites de la Province à laquelle il

.appartenait un ermitage (S. Bonav., Opéra , omnia, t. VIII, p. 465).-

Page 1