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Autres innovations

Deux innovations importantes sont tout d'abord à isignaler : i° l'emploi de serviteurs séculiers, 2° l'institution du Procureur en Cour de Rome.

La transformation de l'Ordre des Frères Mineurs en un Ordre de clercs occasionna un usage nouveau, tout à fait étranger à Tesprit de saint François : celui de recourir pour les besognes matérielles du couvent à des serviteurs séculiers. Salimbene considère ce recours pour les deux grands Ordres mendiants, celui des Prêcheurs et celui des Mineurs, comme un droit qui découlerait de la sainteté de leur vie et de leur science 91. En réalité, c'était une nécessité. Elle provenait des obstacles apportés au recrutement des laïcs par les Constitutions qui, tout en permettant de faire appel à des serviteurs séculiers, recommandent aux religieux de ne pas leur confier les emplois de la cuisine, de l'infirmerie et du réfectoire, et de ne pas les admettre à coucher dans l'intérieur du couvent 92. 11 faut croire que les domestiques devinrent rapidement très nombreux, ou que le besoin d'en avoir, et donc de les attirer, s'imposa très vivement, car dès 1248, ils furent, eux aussi, exempts de l'interdit. Alexandre IV renouvela, le 27 juin i255, sans • restriction de temps, ce privilège, qu'Innocent IV n'avait octroyé que pour vingt ans, et il l'étendit non seulement aux procureurs, mais aussi aux ouvriers pendant la durée de leurs travaux 9^.

Une autre innovation se produisit vers cette époque, c'est l'institution du procureur en Cour romaine. Elle eut

91 Salimbene, p. 288.

92 Const. Narbon., loc, cit., p. 455.

93 Innocent IV avait en outre permis aux domestiques de recevoir les sacrements dansj les églises des Frères et d'être ensevelis dans leurs cimetières (27 février 1250). Cf. Bull, fr., t. I, p. 523, 536; t. II, p. 52.

IQO CHAPITRE V

pour cause le besoin de solliciter l'appui du Saint Siège, soit pour représenter l'Ordre dans les démêlés avec le clergé séculier, soit pour n^ocier les x:hangenients de couvent, obtenir des indulgences et des privilèges nécessaires à la vie et à l'expansion de l'Ordre. La fonction du procur£ur en Cour romaine apparaît dans les Statuts de Narbonnc 94 comme une institution déjà existante, indice certain que les Constitutions de 1239 en faisaient mention. L'un des premiers, sinon le premier que nous connaissions, est un Frère Gabriel, dont le nom se trouve au dos de trois des derniers privilèges octroyés par Grégoire IX à l'Ordre des Frères Mineurs 95. Adam de Marsh, dans une lettre adressée de Lyon (1245) à Guillaume de Nottingham, Provincial d'Angleterre, parle aussi d'un Frère Gabriel, piçarius mini^tri generalis in curia 96. En 1248 Salimbene rencontra à Nice Frère Simon de Monte Sarchio, q^ui erat ordinis procurator in curia domini papae 97. Frère Simon mourut la même année, et Ton voit de nouveau un Frère Gabriel Procurator Ordinis Fratrum Minorum in Curia en 1 264 98. Les expressions de Vicaire du Ministre général en Cour Romaine, de Procureur de V Ordre semblent indiquer qu'il s'agit non pas d'une mission transitoire, mais d'une fonction régulière et permanente. Le besoin en était évident. Le Ministre général, obligé de visiter les Provinces, ne pouvait suivre la cour pontificale dans ses déplacements si nombreux à cette époque, et traiter les affaires de l'Ordre d'une manière suivie. Il lui fallait un

9^ Const. Narbon., Rubr. V, loc. cit., p, 455.

95 Qui postposita, 27 avril, Gloriantibus vobis, 19 juin, et Vobis extremam, 20 juin 1241, Bull, fr., t. I, p. 298 s. Le nom de ce premier procureur nous a été révélé par P. Sabatier : Le privilège de la pauvreté, dans Rev. hist. franc, t. I, 1924, p. 45, note 2,

9« Brewer, Monumenta franciscana, t. I, p. 377; Eccleston, p. 102, note a.

97 Salimbene, p. 315.

88 Archiv. fr. hist., t. XIII (1920), p. 171.

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