La Bulle « Ordinem vestrum
et les dispenses de la règle.
La bulle Quo elongati, nous l'avons expliqué, avait rendu possible l'évolution de l'Ordre en dispensant les Frères Mineurs d'observer le Testament de leur Père. La Règle, au contraire, paraissait intangible. Elle n'avait besoin que de quelques éclaircissements. Et pourtant des dispenses, particulières d'abord, puis générales, en contrarièrent, les unes après les autres, la salutaire influence.
Nous en connaissons déjà quelques-unes : telle, la permission de recevoir des aumônes pécuniaires au Sacro Convento ; telle, l'acceptation à Venise d'une fondation qui dégageait les Frères de la rude nécessité de mendier. Dans la pratique de la pauvreté, la bulle Ordinem vestrum, déclaration nouvelle de la Règle donnée par Innocent IV le 14 novembre 1245, vint tailler une brèche plus grave encore en permettant le recours aux amis spirituels, non plus seulement pour les nécessités urgentes des Frères (soin des malades et vêtements), mais même pour des choses simplement utiles ou commodes 104. Et l'on usa de cette permission. Thomas de Gelano nous le fait entendre dans, les plaintes amères dont il accompagne ces mots de saint François : « On arrivera à adoucir l'austérité et à laisser régner la tiédeur à tel point, que les fils d'un père pauvre ne rougiront pas de porter de fins vêtements d'écarlate, pourvu seulement que la couleur en soit changée. En cela. Père, ajoute l'implacable censeur, nous ne t'avons pas fait mentir, fils bâtards que nous sommes, mais c'est plutôt notre iniquité qui se ment à elle-même. Ce relâchement apparaît plus clair que le jour, et va sans cesse croissant io5. »
104 Bull, fr., t. I, p. 401.
105 II Cel., 69; voir aussi II Cel., 130.
Il y a sans doute de l'exagération et de la rhétorique dans ces lignes ; nous pouvons cependant admettre que l'on ne dut pas toujours attendre une vraie nécessité pour recourir aux amis spirituels, comme l'exigeait la Règle.
La Règle exigeait aussi que le Ministre général examinât et approuvât les Frères avant de leur confier l'office de la prédication. Grégoire IX dans la bulle (2«o elongati avait maintenu ce principe, tout en permettant que les religieux instruits en théologie fussent dispensés de l'examen. Le désir de multiplier les ouvriers apostoliques lui fit encore, à la demande d'Aymon de Faversham, élargir cette permission. Considérant les avantages qui en résulteraient pour, les âmes et pour les Frères qui ne seraient plus, astreints désormais à des déplacements pénibles et dangereux, il confia aux Ministres provinciaux, pendant le Chapitre provincial, le soin d'examiner et d'approuver les^ prédicateurs (18 décembre 1240) 106. Innocent IV, son successeur, confirma cette dispense et la fit entrer dans la. bulle Ordinem vestrum.
Il y fit entrer également une autre décision de Gré-goire IX relative à la réception des novices 'o?. D'après le texte de la Règle (chap. II), les Provinciaux ont seuls le droit d'examiner et de recevoir les candidats à la vie franciscaine. Mais de tout temps, au dire des Quatre Maîtres et de Frère Hugues de Digne,qui fit à ce sujet une enquête spéciale, on avait cru que c'était là un pouvoir ordinaire, et que par conséquent les Provinciaux le déléguaient licitement, quand ils s'absentaient de leur propre territoire 108. Grégoire IX, dans sa déclaration de i23o, les Quatre Maîtres en font l'aveu, avait restreint cette:
106 Bref Prohibente Régula, Bull, fr., t. I, p. 287.
107 Bulle Ordinem vestrum, ihid., p. 400-402.
108 Expositio Quatuor Magistr., et Hugues de Digne, Exp, sup. Reg., cap. II.