II
les géants, tuèrent Ymir^et de ses dépouilles ils formèrent le monde. ]\$ jetèrent son corps dans Tabime, firent la terre de sa éhair, les montagnes de ses os, et les rocs et les masses de pierres, de ses dents ; son crâne leur seml à faire le ciel; de son cerveau, ils firent les nuages sombres; après avoir formé les mers et les eaux avec son sang, ils en entourèrent la terre. Us assignèrent à ceux des géante de la glace qui survécurent à ces combats, des habitations au delà de la terre (Jôtunbeim). Les Âses prirent des étincelles sorties de la région du feu, et les lancèrent dans le ciel où elles formèrent le soleil, la lune et les étoiles; c'est alors que germa le premier végétal sur la terre. Au commencement ces astres n étaient ni ordonnés entre eux ni réglés dans leur cours ; il est dit dans la Wôluspa :
Le soleil ne connaissait pas la place où il devait siéger,
La lune ignorait sa puissance.
Les étoiles ne savaient où se axer,
Alors les conseillers se dirigèrent vers lears sièges de jages,
Les divinités sacrées j tinrent conseil ;
Elles donnèrent un nom à la nuit et à la nouveUe lune.
Elles donnèrent un nom au matin, au milieu du jour.
Et au soir, afin de régler le temps.
Les Ases élevèrent leur siège divin au centre du monde et rappelèrent Asgard ; Varc en ciel (Bifrôst) était le pont qui les y conduisait. L*art avait rendu ce pont plus solide que les autres travaux : la couleur rouge devint le feu qui devait écarter les géants, afin que ceux-ci ne prissent pas le ciel d'assaut. Toutefois ce pont devait être détruit, lorsque les fils de Muspel seraient arrivés de la terre des flammes.
Les Ases se réunirent sur le champ Ida,
Afin d'édifier leurs demeures et leurs sanctuaires.
Alors les conseiUers occupèrent leurs sièges de juges.
Les divinités bienheureuses j tenant conseil
Délibérèrent au sujet de celui qui devait créer la race des nains.
Les nains, semblables à des vers, avaient crû d'abord dans la chair, du géant primitif. Les Ases leur donnèrent alors Tintelligence et la forme humaine; cependant ils continuèrent à demeurer encore dans le corps dTfmir;
ils habitaient dans les cavernes et dans les crevasses de la terre.
Après cela, les fils de Bôr qui s'appellent plus tard Odhin, Hônir et Lodur (au lieu de Wili et de We) s'en allèrent à un endroit où ils trouvèrent deux arbres : Ask etEmbla, dont ils formèrent un hommeetune femme. Odhin leur donna une âme, Hônir la volonté et Lodur un teint vermeil (4).
Nous ne possédons aucune notion sur Torigine des géants du feu et sur celle des divinités de la lumière.
Les dieux se divisèrent de nouveau en deux classes : les Ases et lesWanes(2). Nous ne possédons non plus aucune indication concernant l'origine présumée des Wanes. Les Ases et les Waiïes se combattirent mais finalement conclurent la paix et se donnèrent de réciproques otages. En conséquence, Hônir rejoignit les Wanes et Niôrdhr, ainsi que ses enfants, Freyr et Freya, passèrent du côté des Ases.
La principale divinité parmi les Ases était Odhin que les Germains du Sud {ippelaient Wuotan. L'historien longobard, Paul Wamefried, dit que ce nom lui était donné par tous les Germains. Odhin était le dieu qui réalise les désirs ; il avait le pouvoir d'accorder aux Germains la victoire ; c'était à leurs yeux le plus précieux des biens ; c'est pourquoi ils l'appelaient aussi le Père de la victoire, le Père de l'armée, le Père de l'élection, parce qu*il choisissait sur le champ de bataille par le moyen de ses walkyries qui étaient les vierges ailées du combat, les héros destinés à partager son repas dans la Walhaila (ou paradis). Wuotan est aussi considéré comme le Père de tous les dieux et de tous les hommes ; mais comme toutes les divinités des Germains, il n'avait en partage ni la toute-puissance, ni la parfaite sagesse, ni l'immortalité. Les Germains se représentaient leurs dieux sous la figure de héros soumis, comme les hommes, aux erreurs, aux passions, à une des-
(1) D'après le Bigsmal, le diea HeimdaUr engendre, arec trois femmâs différentas, trois conditions.
(2) Gaitzmann considère les Wanes comme des divinités appartenant àla plus ancienne des périodes de dvilisation, parce qu'elles autorisaient les mariais entre frères et sœurs, que réprouvaient les Ases. De son côté, Mauer les tient pour des divinités aquatiques.
tinée supérieure et même à la mort. Pour pouvoir boire la sagesse à la source de Mimir, Odhin dut laisser un de ses yeux à titre de gage. C'est pour cela qu'on se le figurait borgne. Il est dit dans la Wôluspa :
■Je sais tout, Odhin, je sais où tu as caché ton œil;
C'est dans la source bien connue de Mimir.
Mimir boit chaque matin de Tb jdromel
Dans le gage du Tout-Puissant : savez- vous ce que cela signifie!
Simrock en oonclut ingénieusement que le soleil et la lune sont les deux yeux d'Odhin. La lune est l'œil retenu «n gage, et Mimir se sert de son croissant en guise de -coupe.
L'invention des premiers caractères runiques fut attribuée à Odhin. L'imagination des Germains, se le représentant sous son plus bel aspect, lui prêtait un casque d'or, une armure éblouissante et une lance invincible nommée Gungnir. Ils se le figuraient souvent aussi revêtant des travestissements et portant habituellement un ample manteau de pelleterie et un grand chapeau sous les larges bords duquel il parvenait à dissimuler l'absence de son •œil.
De sa résidence élevée d'Hlidskialf, dans la Walhalla, il voyait distinctement le monde entier. Sa femme, Friggou Freya partageait seule cette demeure avec lui. Elle voyageait avec un attelage de chats; ces animaux lui étaient consacrés. Deux loups se trouvaient aux côtés d'Odhin, et autour de lui voltigeaient des corbeaux chargés de rinformer de ce qui se passait dans le monde. Son cheval, appelé Sleippnir, marchait sur huit pieds ; c'était le plus réputé -d'entre tous les coursiers.
Les Anglo-Saxons donnaient le nom deWodan à l'un des jours de la spmaine, Wednesday, Wodanstag (mittwoch ^u mercredi).
La seconde divinité était Thor, nommé, dans la Germanie du sud, Donnar, le dieu du tonnerre. Si Wuotan représentait la sagesse, Donnar personnifiait la force ; c'était le plus fort des dieux. Il avait pour symboles le marteau qui, chaque fois que le dieu le lançait, lui revenait ausr sitôt entre les mains, des gants de fer et une ceinture qui
lui prêtait un double surcroît de force. Il voyageait ayec deux boucs, qui chaque fois que le dieu les avait tués pour se nourrir de leur chair, revenaient à la vie après qu'il avait réuni les os à leur peau par la vertu de son marteau.
Le marteau de Thor, appelé Miôlnir, était' généralement considéré .comme un objet sacré avec lequel on bé^ nissait les jeunes époux et les corps des défunts. C'était au moyen dun coup donné par ce marteau que Ton déter^ minait les frontières. On remplaça aisément l'usage symbolique du marteau, lors de l'introduction du christianisme^ par le signe de la ci*oix.
La mère de Thor était Jordh, la terre, la mère de la vie; sa femme, nommée Sif, était une divinité terrestre. Thor combattit et tua les géants, ou représentants de la matière et de la puissance des éléments. 11 était en quelque sorte, par la vertu de son marteau, la puissance protectrice du travail qui garantit l'homme contre les dangers de la nature. On se le figurait ayant une barbe rouge, en liarmonie, sans doute, avec la couleur de l'éclair.
Le nom de Donnar sert encore à désigner en allemand «. un des jours de la semaine (donnerstag, jeudi).
Donnar était le dieu que les Romains désignaient sous le nom d'Hercule ; c'est ainsi qu'on appelait également les colonnes d'Hercule, « Herkulessaûlen » ou « Thorsaùlen ». Peut-être aussi Donnar était-il identique au dieu Irmin ou Hirmin, qui donna probablement son nom à l'Irminsuf.
Le troisième dieu des Germains était le dieu de la guerre, Tyr ; les Alamans l'appelaient Zio, et les Bavarois, Er, Aer, Erich. Les Alamans ont conservé encore la coutume de désigner le mardi (en allemand dienstag), sous le nom de Zisdi, et les Bavarois, sous celui de Ertag, Eritag ou Erichlag. Tyr avait pour symbole l'épée; toute épée à caractères runiques était un symbole sacré. Tyr est représenté n'ayant qu'une seule main, parce qu'il avait dû en laisser une en gage dans la gueule du loup appelé Fenris, afin que celui-ci consentît à se laisser enchaîner. Le dieu de là guerre avait aussi pour nom, chez les Saxons, Saxnot.
Heimdall, qui n'apparaît que dans la mythologie de la.
Germanie du nord, était considéré comme le dieu du ciel, et Ton supposait que le corps de Heimdall n'était autre que la lune qui veillait chaque nuit et devait appeler les dieux au combat universel.
Le dieu le plus généreux et celui des fils d'Odhin qui lui fut le plus cher était Baldur. Hôdur, Taveugle, fut son frère et son meurtrier ; Baldur symbolisait le temps de la lumière croissante de la lune, en opposition avec celui de la lumière décroissante.
Le vengeur de Baldur fut Wali, le fils d'Odhin et de Rinda ; Vidar était le dieu bienfaisant du printemps, qui tua aussi le loup Fenris après que celui-ci eut dévoré le Père de tous. Il symbolisait le renouvellement de Tanoée et l'anniversaire du monde.
UUer était le dieu de la glace et Tiaventeur du patin.
Phol était le dieu qui, aux yeux des Germains du sud, s'entremit entre Freyr et Baldur.
Bragi était le dieu de la poésie.
Loki était le dieu du' feu, bienfaisant et pernicieux comme lui.
Freya était la déesse de l'amour ; Gefion était la protectrice des jeunes vierges.
Iduna était la déesse de la jeunesse ; les pommes qu'eUe cultivait pour les dieux avaient le pouvoir d'écarter la vieillesse de tous ceux qui en mangeaient.
Hel était la déesse des régions inférieures, chez laquelle allaient tous ceux qui mouraient sur leur lit de douleur. En allemand son nom signifie « enfer »(Hôlle). Hel, Holda, Dame HoUe, Perchta, Bertha, Nerthus, Freya et toutes les déesses étaient, aux yeux des Germains, de simples manifestations dont la réunioQ composait l'être de la grande déesse de la terre.
Freyer (Fro), était le fils de l'un des dieux appelés Wanes, Niôrdhri, il vint à titre d'otage chez les Ases. Il disposait de la pluie, des rayons du soleil et de la fe^ tilité de la terre. Le sanglier lui était consacré. Aussi longtemps qu'il se trouva parmi les Wanes il fut l'époui de sa sœur Freya ou Friggi. Mais lorsqu'il vint chez les Ases, qui condamnaient'les alliances entre frères et sœurs, il épousa Gerda.
Outre ces divinités principales, les Germains admettaient encore Texistence de trois Nomes ou déesses du destin, semblables aux Parques des anciens. Elles se tenaient dans le voisinage des fontaines et jugeaient les hommes. La source de la plus vieille d'entre elles, Urdh, se trouvait au pied du frêne universel.
Les Walkyries ou vierges de la bataille, habillées de plumes, étaient les parentes des Nomes ; obéissant aux ordres de Wuotan, elles choisissaient les héros tombés sur le champ de bataille et les transportaient dans la Walhalta (paradis).
Les nains Âlben, Elben, Elfen se divisaient en esprits de lumière ou de ténèbres, en esprits terrestres, aquatiques et de feu. Les Germains leur attribuaient une grande habileté artistique et un caractère très-caustique .
On accordait à la i*ace des géants Tinfluence la plus puissante sur le sort du monde , c était en qombattant avec eux que se décidaient le sort dés hommes et celui des dieux. Il y avait des géants de pierre, de glace, d'eau et de feu. De Tunion d*un méchant dieu du feu avec une géante, naquirent les cruels monstres nommés : le loup Fenris et le serpent Midgard, qui amenèrent la ruine des dieux et celle du monde.
Les Germains se représentaient allégoriquement l'univers sous l'aspect d'un frêne nommé Yggdrasil ; cet arbre était considéré comme étant l'arbre préférable à tout autre. Ses branches s'étendaient sur le monde entier et s'élevaient jusqu'au delà du ciel. L'arbre était maintenu par trois racines dont l'une se dirigeait du côté des hommes, l'autre, vers les géants de la glace où s'était trouvé jadis le Ginnungagap, enfin la troisième s'en allait vers Niflheim. Cette dernière racine était rongée par.le ver Nidhôggr. Le grand combat universel devait commencer dès que le ver aurait achevé son œuvre de destruction.
La chèvre Heidrun se nourrissait des rameaux du frêne universel ; de ses tétines découlait l'hydromel que buvaient les élus de la Walhalla. Le cerf Eikthyrnir broutait aussi au frêne; des ramures de ce cerf s'écoulaient des torrents qui se dirigeaient vers des régions inférieures appelées Hwergelmir.
Dans les rameaux du frêne se trouvait un aigle instruit de beaucoup de choses, qui supportait un vautour entre les yeux. Un petit écureuil appelé Ratatôskr montait et descendait sans cesse sur les branches et transmettait au ver rongeur les injures de laigle.
Désirant conserver le plus longtemps possible l'arbre universel, les Nornes l'arrosaient chaque jour avec l'eau de la source de l'Urd, qui possédait le pouvoir de rendre la jeunesse. Cette source est désigée par le nom de la plus vieille des trois Nornes, Urd, Werdandi et Skuld (le passée le présent et l'avenir). Les dieux s'y rendaient tous les jours à cheval et passaient par Bifrôst lorsqu'ils allaient rendre la justice sous le frêne.
La fontaine de Mimir était aussi une source de l'arbre universel. La sagesse était cachée dans celle des racines qui s'étendait dans la direction des géants de la glace. Le géant Mimir. qui en était le propriétaire, buvait journellement la sagesse dans la coupe de Giallar. Odhin était obligé de laisser en gage un de ses yeux, avant de boire Teau de la source ; on confondit souvent l'œil d'Odhin avec la lune, et la lune avec la coupe de Giallar.
Les Germains supposaient, en outre, l'existence de neuf mondes occupés par différentes races. 1 . C'était au delà de la terre : Muspelheim (la région du feu), Ljosalfheim (la région de la lumière) et l'Asenheim ou Âsgard (la patrie des Ases). 2. Sur la terre : Jôtunheim (patrie des géants), Midgard ou Mannheim (le séjour des hommes) et Wanaheim (patrie des Wanes). 3. Sous la terre : Schwarzalfenheim, Niflheim et Niflhel.
Ils se figuraient qu'Asgard, la ville des Ases, possédait douze châteaux. C'était : Thrudheim, la demeure de Thor, elle avait cinq cent quarante étages ; Ydalir, la salle de UUer; Walaskialf, Sôkkwabeek, Thrymheim. Gladsheini était le nom du sixième
Où brillait comme l'or
La grande halle de Walhalla.
C'est là que Odhin se choisissait chaque joar
Des hommes tués par Tëpée. /
Ceux qui viennent retrouver Odhin reconnaisscjt aisément
Cette salle, dès qu'ils la voient.
Le toit est garni du^ hois de lances et couvert de boucliers
Les armares recouvrent lés sièges, Un loup se trouve enchaîné devant la porte de Touest, Un aigle est à côté de lui.
Je suppose dans Walhalla Cinq cents portes et quatre fois dix portes. Huit cents Einherier (élus) sortent par une des portes, ' Lorsqu'il s'açit de se défendre contre le loup.' Tous les habitants de la salle d'Odhin Combattent chaque jour.
Ils choisissent le champ de bataille et reatrent chez eux &
cheval.
Afin de boire Tâle avec les Ases, Rassasiés de la chair de sanglier, ils s'a'Sseient amicalement
ensemble Andhrimnir (le cuisinier) fait bouillir dans rEldhrimir (le
chaudron) Sâhrirair (le sanglier)
La meilleure des chairs ; cependant peu connaissent L'immense nombre des Einherier qui assistent aux festins de
la Walhalla.
Le septième (château) est Breidalblick. C'est lu, que Baldur A élevé sa halle ; C'est de cette contrée Que j'ai le moins d'horreurs à raconter. Himinbiôr^ est le huitième château d'où Heimdall Doit surveiller le sanctuaire.
Le gardien des dieux boit dans cette belle demeure Le doux hjdromel en toute sérénité.
Volk Wang est le neuvième (château); C'est là que règne Freya.
Elle a le droit de recevoir Chaque jour la mo>tié du nombre des élus (ramassés sur le
champ de bataille).
Odhin se réserve l'autre moitié.
Glîtnir est le dixième (château); des colonnes d*or Y soutiennent le toit d'argent de la salle. C'est là que trône Forseti, tout le long du jour. Il j termine toutes les querelles.
Noatutt est le onzième (château) ; c'est là que Njôrd S'est construit la salle.
Des buissons et des hautes herbes reverdissent Dans le Landwidi de Widar.
C'est là que le fils quitte la selle de son coursier Tout prêt à venger son père.
Ces do^uze châteaux célestes figuraient probablement les douze mois de Tannée.
Il y avait encore, outre Gladsheim, Wingolf; c'était la demeure des déesseâ, bâtie sur le champ dlda. Dans la cour de Giadsheim, on voyait, à côté du siège élevé
d*Odhin, douze autres sièges de juges occupés par les dieux réunis en conseil.
Après que les dieux eurent construit leurs demeures et ' leurs sanctuaires, ils vécurent pendant quelque temps dans rinnocence, et dégagés de tout souci.
Ils jouaient gaiement aux dés dans la cour,
Et ne connaissaient pas la soif de i*or,
Jusqu'au moment où tinrent de Riesenheim trois des filles de
Thur, Douées de la pftissance.
L'innocence et la paix avaient régné jusqu'à œlle époque. Ce fut l'or qui d'abord introduisit dans le monde la discorde et le meurtre ; la guerre éclata contre les Wanés. Les Ases manquèrent les premiers à la foi promise; dès qu'ils eurent perdu leur innocence, ils éprouvèrent peu à peu les effets du châtiment mérité.
Les Nomes vinrent, et avec elles la caducité et l'inévitable pouvoir du destin ; ensuite parurent les Walkyries, initiées à l'art de la magie et du bouillonnement.
Alors les conseillers rejoignirent leurs sièges.
Les dieux bienheureux délibérèrent
(Afin de savoir) si les Ases devaient être châtiés pour leur parjure,
Ou 8*iis devaient recevoir une indemnité.
Le rempart du château des Ases était percé ;
Des Wanes instruits dans Tart des combats foulaient anx pieds les champs.
Alors Odhin jeta sa lance au milieu du neupie,
Et le premier meurtre fut commis dans le monde.
Cependant la paix fut conclue entre les Ases et les Wanes, et pour plus de sécurité ils s'échangèrent des otages; toutefois ils continuèrent à lutter contre les géants par la ruse et par la force. Les Ases se rendirent coupables alors de leur première déloyauté.
Lorsque les Ases eurent érigé Midgard et Walhalla, un géant, architecte, leur offrit de construire en dix-huit mois un château qui eût été capable de résister à toutes les attaques des géants de la glace et des géants des mon-
* tagnes; il réclamait à titre de récompense Freyaet, de plus, le soleil et la lune. Les Ases, dociles aux conseils de Loki, y consentirent, à la condition que Tarchitecte perdrait tout droit à la récompense promise, si l'édifice n'était pas achevé à l'heure convenue. Le géant, aidé par son coursier Swadilfari qoi transportait les matériaux et traînait même des rochers formidables, hâtait les travaux de telle sorte que l'on ne pouvait douter de son prompt achèvement. Déjà ce château fort et inattaquable se trouvait terminé, à l'exception de l'arcade de la porte, lorsque les Ases se repentant du marché, menacèrent Loki de la mort s'il ne trouvait pas le moyen de les dégager de la promesse faite au géant. Loki se changea en jument et courut un soir k la rencontre de l'architecte qui s'en allait chercher des pierres avec. son étalon. Swadilfari se détacha et suivit la jument pendant toute la nuit. L'architecte, voyant alors qu'il ne parviendrait pas à exécuter le contrat accepté par serment, se mit dans une si grande colère que les Ases reconnurent en lui le géant; trahissant leur serment, ils appelèrent à leur secours Thor qui voyageait dans l'Est, et le chargèrent d'assommer le géant architecte, au moyen de son marteau.
Alors les conseillers rejoignirent leurs sièges.
Les dieux bienheureux tinrent conseil
(Afin de connaître) celui qui avait eu la témérilé de donner le ciel en gage,
Et celui qui avait donné au géant la fiancée d*Odhin.
Dominé par la colère, Thor n'hésita pas.
Il ne balance pas lorsqu'il apprend des choses semblables.
Là disparurent les serments, la parole donnée, les promesses,
Tous les contrats sérieux nouvellement et avantageusement conclus.
' Les trois Ases, Odhin, Loki et Hônir, se trouvant ttn jour en voyage, voulurent faire rôtir un bœuf. Gomme la chair s'y refusait, ils entendirent sortir d'un chêne voisin la voix d'un aigle formidable. L'aigle leur promettait que la chair serait bientôt rôtie s'ils voulaient lui permettre de venir s'en rassasier. Les Ases y consentirent; mais s'apercevant que l'oîseau de proie s'adjugeait les meilleurs mor-
ceaux, Loki lui enfonça dans le corps un morceau de bois. Alors raigïe traîna Loki sur le sol jusqu'à ce que celui-ci demanda grâce. Toutefois il ne le lâcha que lorsqu'il lui eut promis de lui amener de l'Âsgard, Idun, qui,, par la vertu de ses pommes, rendait la jeunesse. Loki attira alors Idun dans une foret, où le géant Thiassi, changé en aigle, sétant approché délie, Tenleva et la transporta dans le Trymheim. Les Ases qui depuis le départ dldun vieillissaient et grisonnaieiit à vue d'oeil, tinrent Conseil et se convainquirent que Loki leur avait joué de nouveau un mauvais tour. Ils le menacèrent de la mort s'il ne leur restituait pas Idun. Empruntant alors le plumage de faucon de Freya, Loki, ainsi transformé, s'envola vers lotunheim. 11 y trouva Idun seule, la changea en noix et prit avec elle son vol vers Asgard. Lorsque le géant qui était allé pêcher dans la mer revint chez lui, il prit son enveloppe d'aigle et poursuivit Loki avec la rapidité du vent. Mais Loki atteignit heureusement Asgard où les Ases avaient allumé un grand feu ; le géant de la tempête n'étant pas parvenu à arrêter son vol, s'y brûla les ailes et périt.
Le malheur s'abattit bientôt sur les dieux parjures. Le plus doux et le meilleur d'entre tous, Baldur, est inquiété par de mauvais rêves qui le menacent de la mort. Afin de préserver sa précieuse existence, Frigg fait promettre par serment à tous les éléments de ne point lui faire de mal ; elle s'adresse au feu et à l'eau, au fer .et à tous les* métaux, aux pierres, à la terre, aux arbres, aux maladies, au poison, à tous les animaux, en un mot au règne minéral, au règne végétal, au règne animal. Voulant éprouver la puissance de la magie, les Ases entourent Baldur et se mettent à le pousser, à le frapper, à le transpercer, mais ils reconnaissent bientôt qu'il est invulnérable. Loki en éprouve du dépit. Il revêt la forme d'une vieille femme et va trouver Frigg; il l'interroge et apprend par elle que le gui seul n'a pas prêté le serment, parce qu'il avait été trouvé trop jeune encore. Loki prend alors un rameau du gui et persuade à Hôdur l'aveugle de le lancer aussi sur son frère afm de lui témoigner autant d'égards que les autres Ases. Hôdur lance le rameau et Baldur tombe sans
vie sur le sol. Les Ases restent muets de douleur; mais ils ne se hasardent pas à se saisir du meurtrier parce que celui-ci se trouve dans un asile sacré. Alors ils se mettent à pleurer si amèrement qu'aucun d'eux ne peut proférer un seul mot. Lorsqu'ils reviennent à eux, Hermodhr, le rapide, fils d'Odhin, offre, d'après le conseil de Frigg, de se rendre à cheval auprès de Hel afin de lui offrir une rançon pour qu'elle consente à rendre Baldur. Odhin lui donne Sleippnir, le prompt coursier, pour l'aider à faire cette pénible course^ Tandis qu'il galope, les Ases portent le cadavre de Baldur sur son vaisseau, Hringhorn, qui était le plus grand des vaisseaux, dans Tintention de ly livrer aux flammes. Pour le transporter sur la mer, les Ases ont encore recours à l'aide d'une géante. Lorsque Nanna, l'épouse de Baldur, voit emporter le corps de son époux, son cœur se rompt par la douleur et elle meurt. Elle est réduite en cendres sur un bûcher que Thor bénit , avec son marteau ; il y fait monter ensuite le nain Lit, qu'il brûle ainsi que le cheval de Baldur. Beaucoup d'invités assistent à cette cérémonie funèbre ; on cite parmi eux Odhin, accompagné des Walkyries et des corbeaux, Freyer dans son équipage traîné par le sanglier, Heimdall monté sur l'étalon Goldmâhne (crinière d'or), Freya accompagnée de. ses chats, et un grand nombre de Hrimthursen et de géants des montagnes. Odhin lance sur le bûcher l'anneau appelé Draupnir, qui acquiert depuis ce moment la faculté de produire à chaque neuvième nuit, huit anneaux d'or également beaux. Odhin avait préalablement murmuré à l'oreille du cadavre de Baldur quelques paroles mystérieuses qui, d'après l'interprétation qu'on leur donna, concernaient la mort et la résurrection des dieux.
Pendant* ce temps, Hermodhr chevauchait durant le cours de neuf nuits à travers les sombres gorges des montagnes, se dirigeant vers le pont de GiôU bâti en or et gardé par la vierge Modgudhr. Celle-ci lui demande son nom et ajoute : « Ton visage ne présente pas les cou- » leurs de la mort, et pourtant ton poids fait résonner le » pont avec autant de fracas qu'en firent les cinq groupes » de morts qui y passèrent hier. » Hermodhr lui donne
rexplicatioQ qu'elle demande. La vierge lui dit que BaMar avait passé le pont de GiôU, et ajoute que pour aller ekez Hel il fallait qu'il se dirigeât vers le nord. Hermodhr se remet en course, et» après avoir serré davantage la sangle de sou coursier Sleippnir, il franchit les barrières de Hel sans que les pieds du cheval le§ aient seulement effleurées. Il trouve finalement Baldur siégeant dans la halle à la place d'honneur, et il supplie Hel de le lui rendre. Elle y consent, pour autant que toutes les choses vivantes oa mortes pleurent la perte de Baldur. Celui-ci envoie i Odhin l'anneau Draupnir en guise de présent, et Nanna envoie un manteau à Frigg. Lorsque le frère fut rentré à Âsgard, les Dieux envoyèrent à tout l'univers l'ordre de pleurer Baldur ; or, toute la création pleura, les bonu&es et les animaux, le règne végétal et le règne minéral. Il y avait une caverne habitée par une géante, appelée Thôck, qu'on ne parvint pas à émouvoir jusqu'aux larmes. Il ne m'a fait ni bien ni mal, disait-^Ue ; pourquoi le pleurerais-je? ce qui fit que Baldur dut rester chez Hel jusqu'à la renaissance du monde (1).
Sur ces entrefaites, le fils nouveau-né d'Odbin se venge de Hodur et le livre au bûcher.
Je vis que Baldur le dieu prospère
Le ôls a Odhin était menacé d*un malheur.
Bien au dessus des prairies .
Le tendre et élégant rameau du gui 8*était élevé.
Il me semblait voir sortir du gui
Une grande affliction que Hodur occasionna.
Le frère de Baldur était à peine né.
Que rhéritier d'Odhin partit, de nuit, pour le combat.
Il ne voulut se laver les mains, ni se peigner les cheveux
Aussi longtemps qu'il n*eût pas porté sur le bûcher le mear*
trier de Baldur.
Toutefois Frigg déplorait, à Fensal, La perte qu'avait fûte Walhalla : save^vous ce que ceb
signifie (2) ?
(1) De là vient rexplication cosmographique de cette mythologie. Baldur est le Dieu du jour croissant, tué par son frère, Taveugle, c*est4-dirfi le jour décrolBaant'. Toutra les choses pleurent ou suinteiit lorsau^eUe» passent d'une atmosphère glaciale aune alznosphère chaude; seuleme&t I*hiver réclame ici ses droits, et il &ut que Baldur Mende leprintoops qui est la renaissance de Tannée. L'année ordinaire est représentée myinologiquement par Tannée universelle.
(2) Wôluspa, 36, 37, 38.
Alors les Âses conçureat la pensée de disculper Fauteur de tout le mal, Loki, le dieu^du feu, et.toirte sa famille dont on leur avait prédit la perte, afin de retarder ainsi laube du dernier jour des dieux (Ragnarôck).
Loki avait engendré avec une géantç, trois monstres : le loup du feu, le serpent Midgard et la Hel, qui avaient été élevés dans le Jôtunheim (patrie des géants). Lorsqu'on eut prédit aux Ases les malheurs que devaient amener ces trois monstres, le Père de tous les fit paraître devant lui ; il lança Hel dans la direction du Niflheîm où elle exerçait son pouvoir sur tous ceux qui étaient morts de vieillesse ou de maladie ; il jeta le serpent Midgard dans la mer universelle, de façon quen se mordant la queue il pût entourer toute la terre. Les Ases avaient élevé chez eux le loup qu'ils avaient fait nourrir par Tyr. Lorsqu'il eut crû en force et qu'à- son occasion les sinistres prophéties se multiplièrent, les Ases ^enchaînèrent ; Tyr avait perdu sa main dans cette circonstance, ayant dû la laisser en gage dans la gueule du loup, que les dieux avaient entre-bâillée alors à l'aide d'une épée ; après quoi ils l'avaient englouti dans le creux des rochers qui sont au fond de la terre. Mais comme le loup était parvenu à rompre toutes les chaînes de fer, ils prirent pour l'attacher, une chaîne faite, dans le Schwarsalfenheim, par les nains, au moyen du son des pas des chats, de la barbe des femmes, des racines des montagnes, des nerfs des ours, de la voix des poissons et de la salive des oiseaux. C'est pourquoi toutes ces choses firent dès lors défaut dans le monde.
Lorsque Loki se fut rendu coupable de la mort de Baldur et que transformé en saumon il se fut caché sous une cascade, on le fit prisonnier et on Tenterma au milieu de trois rochers creux; il fut retenu au moyen d'un des boyaux de son fils et on attacha au-dessus de lui. un ver qui laissait dégoutter sans cesse du poison sur son visage. Sa femme Sigyna se tenait à ses côtés, afin de recueillir 1q poison dans une coupe ; mais chaque fois qu'elle vidait à terre la coupe pleina, le poison tombait sur la figure de Loki qui, en se débattant, provoquait des tremblements de terre.
Loki et sa race restent dans cet état jusqu'à l'époque du
« crépuscule de la fin des dieux » (Gôtterdàmmerung), (Ragnarôck),'c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde.
Mais ces mesures de violence ne pourront toutefois pas empêcher la fin du monàe» car les Ases ont oublié d'enchaîner la race de Fenris, nourrie de la moelle de ceux des hommes qui tombent durant le combat livré par la vieille femme dans le buisson de fer.
Couché enchaîné dans la forét des cadavres, L'abominahle Loki méditait le moyen de faire le mal.
Savez- vous ce qae cela Bigniôel
Le sage connaît beaucoup de choses ; je vois au loin dans
Tavenir La fin du monde, la chute des Ases (1).
Le défaut général de civilisation et Timmoralité amènent enfin « le crépuscule de la. fin des dieux. »
Des frères se font la guerre et s'entretuent ;
On voit deâ frères et des sœurs trahir les liens du sang;
Des choses inouïes, d'affreux adultères ont lieu.
Il y aura l'époque de la hache, Tépoque du glaive, où les boacliers se briseront;
Il y aura une époque de vents, une époque de loups avant la destruction du monde;
Les uns ne respecteront plus les autres.
Garm (le chien des enfers) hurle d'une manière horrible devant la caverne de (ktupa ;
Les chaînes se rompent, Freki s'enfuit.
Un torrent roule vei^ l'Est, à travers des vallées d'où découlent
De la bourbe et des épées ; ce torrent est appelé Slidnr.
Près du mont de Nida se trouve du côté du Nord
Une salle construite en or, destinée à la race de Sindri.
Il s'en trouve uneliutre dans Otkolni;
C'est la taverne (salle de la bière) du géant nommé Brimir.
Elle^iaprophétesse) vit une salle éloignée du soleil;
Dans le Nastrand, les portes étaient tournées vers le Nord;
Les lambris suintent
Des gouttes de poison ;
Cette salle est tapissée de dos de serpents ;
Sur le torrent glacé on voit debout ou passant & gué.
Des meurtriers et des parjures ;
C'est là que Nidhoggr se nourrit des corps morts,
Cet égorgeur d'hommes : savez- vous ce que cela signifie?
(1) Wôluspa, 39 et 40.
Mis en liberté, les loups avalent le soleil et la lune; les montagnes s'écroulent; toutes les barrières se rompent. Le loup Fenris et Loki se débarrassent de leurs chaînes ; les géants, fils de Muspel, sortent des régions du feu accompagnés de Surtur, le monstre des flammes. Le coq rouge chante à haute voix chez les géants, le co() rouge et noir chante chez Hel, et le coq à la crête d*or chante chez les Ases. Heimdall fait résonner la trompe de Giallar. Cet appel retentissant fait trembler Yggdrasil, le frêne universel. Le serpent universel Jôrmungandr se roule sur lui-même et frappe . la falaise ; Taigle crie et déchire les cadavres ; Naglfar, le vaisseau gigantesque construit avec les ongles des morts, est détaché (les Germains avaient coutume de couper les ongles des morts, afin d'entraver ainsi l'achèvement de ce vaisseau et de retarder la fin du monde).
La quille s^avanc» sur la mer venant du côté de Test, les fils
de Muspel viennent Naviguant sur la xner, Loki dirige le vaisseau. Toute la progéniture du monstre arrive avec le loup ; Surtur arrive du sud, le géant est armé de son épée. Le soleil des dieux se reâète sur sa lame. Les rochers s*écroulent, des géantes chancellent. Des héros se dirigent vers Hel; le ciel s*entr'ouvre, Que deviennent les Ases ? Que deviennent les Ases? Tout gémit dans Jôtunheim, les Ases se rassemblent (1). Cinq cents et quatre fois dix portes, €'estle nombre de portes que je suppose dans Walhalla. Huit cents élus sortent de chacune des portes Lorsqu'il s'agit de se défendre contre le loup (2).
Les géants du feu ayant Surtur à leur tête veulent prendre Bifrôst d'assaut; le pont s'écix)ule. Ils partent, alors pour la plame de Wigrid où s'engage le combat universel .
Odhin qui préside au choix des élus se dirige vers le combat, accompagné des Ases et dBs élus. 11 rencontre le loup de feu dont la large gueule ouverte touche le ciel et la terre, et le monstre dévore alors le Père de tous. Son fils Widar le venge; chaussé dun soulier fait avec des morceaux de cuir que les hommes coupent des
1) Wôluspa.
2) Grimnismal.