CHAPITRE V
la nécessité de remplacer, à peu près partout, le chêne par une autre essence qui n*ait pas les mêmes exigences, par le pin sylvestre puisque celui-ci a fait ses preuves.
Vente, exploitation et débit des bois, lieux de consommation. — - Les plus anciens documents que nous ayons sur le débit des bois de la forêt d'Orléans ne remontent qu'à la fin du XIII® siècle. Nous avons mentionné, au chapitre IV, toutes les petites industries forestières qui étaient, alors, établies au milieu des bois, et tiraient parti de divers produits de ceux-ci. Les plus importants ne trouvaient que peu de débouchés dans les localités riveraines, le plat pays, approvisionné au moyen des nombreux droits d'usage, et ils étaient conduits, généralement tout façonnés, à Orléans, par la Loire, qui leur servit longtemps de principale, presque d'unique voie de transport. C'étaient : comme bois de charpente, des filières, des chevrons, des soliveaux; comme bois d'industrie, des merrains, ronds, de quartier ou bâtards, des esseaunes (bardeaux), des lattes, des charniers (bottes d'échalas pour les vignes) (1) ; enfin, du bois de chaufTage, qui comprenait le bois de moule et les fagots. Le premier était débité, suivant une méthode toute spéciale à l'Orléanais, à 5 pieds et demi de long, et livré par coches : on faisait des marques, avec une serpe, sur les bûches, soit de quartier, soit rondes; de telle Drte qu'une bûche de 7 pouces et demi de tour, par le lenu bout, était saignée d'une coche ; celle de 12 pouces,
a) Mé. S., t. IL (M. de Vassal.)
de deux coches; celle de 14 pouces, de trois coches; celle de 16 pouces, de quatre coches; il ne s'en faisait pas de plus grosses. On comptait par cent ou mille coches. Le millier de coches de gros bois remplissait, à peu près, un espace de 11 pieds sur 4 ; il équivalait, par conséquent, à environ huit de nos stères. Les brins de 7 pouces de tour et au-dessous entraient dans les fagots ou bourrées, liés avec des rotes^ en général, de coudrier (1). Peut-être doit-on voir là l'étymologie du canton du Rotoy, où aucun usager n'avait le droit de pénétrer.
Au XlVe siècle, il était déjà défendu de couper le bois à plus de 6 pouces près de terre, mais la section devait être faite assez haut, cependant, pour que le rejet pût repartir du pied. On ne pouvait y revenir à deux fois et recéper le brin. On fait remonter à Philippe V l'injonction de vendre les bois aux enchères publiques (2).
Au XVe siècle, les adjudications avaient lieu aux jours de la Garde dans laquelle se trouvait la vente, ou d'une Garde voisine, sous la direction du lieutenant-général du grand-maître, qui pouvait se faire remplacer par un maître de la Garde. Le commerce des bois était, surtout, centralisé à Orléans, puis à Boiscommun et à Jargeau ; on citait aussi quelques marchands domiciliés à Châteauneuf, Ingrannes, Lorris et Vitry (3). Le prix était payé en plusieurs termes, trois, quatre, jusqu'à six, aux échéances de l'Ascension et de la Toussaint, plus tard de Noël et de la
(1) Ar. F. (Lorris.)
(3) E. C. F., pp. 416-419.