‹ Histoire de la Forêt d'OrléansChapitre 96 sur 180 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

d'Ouzouer, des aveux in articulo mortis. Enfin, plusieurs fois, des poupées incendiaires ont été trouvées, à moitié consumées, au milieu des bruyères.

II n'y a pas de doute à avoir, le feu est, presque toujours, mis exprès. Mais pourquoi?

Est-ce par des usagers qui espèrent renouveler ainsi les pâturages dont ils jouissent? Ils iraient contre le but qu'ils se proposent, l'entrée des massifs brûlés étant inexorablement interdite aux bestiaux, jusqu'à ce que le nouveau peuplement soit devenu défensable, c'est-à-dire pendant douze ou quinze ans.

S'agit-il d'une protestation, un peu brutale, contre l'introduction des pins, qui menacent de nettoyer complètement, à bref délai, le sol de toute la forèl? Il n'y a pas vingt ans que ceux-ci ont fait leur apparition en assez grande quantité pour exciter des craintes de ce genre, et depuis deux siècles, au moins, le Chaumontois est périodiquement brûlé.

Doit-on voir là une vengeance contre la sévérité d'un garde ou d'un brigadier, contre un règlement particulièrement gênant? Les aveux du condamné de 1870 prouvent que tel a pu être, parfois, le mobile qui a fait agir certains individus ; mais, d'une manière générale, cela supposerait un atavisme qui se serait perpétué pendant une longueur de temps bien invraisemblable.

Citons, pour ne rien omettre, le bruit qui a eu cours, il y a quelques années, qu'un braconnier des Bordes se serait vanté d'avoir, douze fois, mis le feu dans des massifs où il avait rembuché des chevreuils, espérant que ces derniers, dérangés par les flammes, iraient se faire prendre à des collets tendus d'avance sur leur passage habituel.

Nous serions bien étonné que ce jeu ait pu tenter beaucoup de personnes et autant de fois la même, car il nous semble bien plus dangereux pour celui qui s'y livre et qui risque, s'il veut en profiter, d'être surpris par les premiers accourus à la fumée, que pour le gibier, qui, brusquement effrayé, doit peu se préoccuper de chercher ses refaites habituelles afin de s'échapper.

Nous avons gardé pour la fin une hypothèse qui nous parait, au premier abord, plus plausible que les autres ; on a accusé, non plus les usagers, mais les concessionnaires d'herbes et de jeunes bruyères de vouloir provoquer le retour de celles-ci à la place des vieilles tiges, trop âgées pour leur servir désormais à autre chose qu'à leur chauffage ; à différentes reprises, des agents forestiers ont même demandé que toute concession fût refusée, pendant dix ans, dans les massifs incendiés, sans pouvoir l'obtenir de l'administration supérieure, qui craignait d'indisposer les populations voisines de la forêt. La disparition, à peu près complète, des vieilles bruyères, par suite des autorisations presque gratuites données pour leur extraction, depuis le commencement de 1889, va bientôt faire voir ce qu'il faut penser de cette dernière supposition ; toutefois, nous devons dire qu'on peut lui faire ta même objection qu'à toutes les autres ; pourquoi les habitants de l'une ou de plusieurs des cinq ou six communes qui entourent la région du feu se rendraient-ils coupables de ces crimes plutôt que ceux des quarante autres, situées à proximité du reste de la forêt?

Un seul fait nous parait différencier les premières, c'est l'installation, dans le pays de Lorris et ses environs immédiats, depuis une époque qui semble fort reculée, d'une

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