‹ Histoire de la forêt de SoigneChapitre 10 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La faune

Jadis et aujourd'hui. — La chasse des ducs de Brabant. — Les garennes domaniales. — Les ordonnances sur la chasse.

— Les gruyers ou warantmeeaters. — Les grands veneurs ou opperjagers. — La maison de Boitsfort. — Les grands fauconniers — Les prisons pour braconniers : Trois-Fontaines et la porto de Laeken. — Les haras : Groenendael et Tervueren — Le pélturage : Privilèges et réglementations; Veterboeck ou registre du bétail — Le Tribunal du Cor ou Consistoire de la Trompe. — Destruction du gibier sous Joseph II. — Repeuplement du domaine. - Les Patriotes et la conservation de la chasse. — Les loups et les renards. — Le dernier grand veneur : Alexandre Berthier, prince de Wagram. — Léopold 1*^. — La société des chasses à courre.

— La situation présente.

La forêt de Soigne réunit sons ses ombrages tous les éléments de la faune brabançonne. Les insectes d'ordres divers y pullulent, depuis les coléoptères aux carapaces brillantes jusqu'aux aptères furtifs et peureux. La classe des mammifères y est représentée surtout par le lièvre, le lapin et le chevreuil. Les oiseaux y sont rares. La haute futaie très étendue ne retient pas les chanteurs ailés ; ils nichent dans les taillis, le long des routes et des avenues, où leurs ramages, à la belle saison, est d'une discrétion délicieuse. Au fond des bois, on ne les entend guère, car ils ne font qu'y passer, d*un vol rapide. Les migrateurs y sont inconnus aujourd'hui. Cependant, autrefois, les hérons venaient en bandes s'installer aux bords des paisibles lacs monacaux. Ilô hantaient de préférence certaines parties de la forât moins sillonnée par les promeneurs et, partant, plus désertes. Des endroits nous rappellent par leurs noms que ces grands oiseaux hiératiques se plaisaient à l'ombre de leurs arbreSy Reygerenboêch par exemple, ou bois des Hérons. Le gros gibier, à l'exception du chevreuil, a complètement abandonné la futaie depuis environ un siècle. Les appellations de plusieurs places démontrent clairement que les bêtes féroces

Iniectet.

Mammifères.

Les oiseaux.

Les hérons.

Gros gibier.

Bétes féroces.

L'auroch

Le dernier cerf tué :

A.U xvi^ siècle.

Chiens de chasse.

étaient également nombreuses jadis sons les frondaisons. Les Nerviens ont dû poursuivre dans le domaine, alors attenant à la forêt Charbonnière, le loup et l'auroch ; et Tolifant antique, bien ayant le cor moyenâgeux, aura secoué de sa fanfare mélancolique et stridente les calmes profondeurs des feuillages mystérieux.

Dans les temps reculés, cela n'est point douteux, la forêt servait donc d'asile à une grande variété d'animaux sauvages, dont certaines espèces ont complètement disparu non seulement de nos régions mais, pour ainsi dire, de la surface terrestre, tel Yurus ou auroch que nous citions tantôt, espèce de taureau sauvage à cornes recourbées que nos ancêtres, bien avant l'invasion des Romains, chassaient à l'aide d'épieux et de chiens. On y rencontrait aussi Tours, l'élan, le loup, le l^mx, le chat-tigre, le renard, le cerf, le chevreuil, le sanglier, et, parmi les oiseaux, notamment l'aigle et l'épervier. Lé daim a habité le massif jusqu'à la veille de la Renaissance seulement, alors que le cerf y a vécu jusqu'à la Révolution frauçaise. Les bois qui, selon une tradition assez motivée, proviendraient du dernier cerf tué dans Sonienboschj par Charles de Lorraine, quelques jours avant sa mort, c'est-à-dire en juin 1780, ornent encore la salle de la Maison Hautes à Boitsfort, ancien lieu de réunion des hommes de la vénerie ducale (i). C'est pendant la période révolutionnaire suivante que le chevreuil disparut à son tour; mais le prince d'Orange, en i8i5, repeupla Soigne de chevreuils et de faisans. On sait qu'aujourd'hui ces premiers y abondent de nouveaux, grâce aux soins du comte de Flandre qui, lorsque la chasse retourna à la Couronne, lâcha quelques-uns de ces animaux dans les frondaisons devenues désertes et silencieuses.

Le témoignage de Louys Guicciardin nous permet d'évoquer Sonie au temps de Charles-Quint. Elle était encore singulièrement peuplée. Non seulement l'auteur de la Description des Pays-Bas nous parle des forêts de notre pays, mais encore de la façon dont on s'y prenait pour attraper le gibier : « Et abondent ces bois et forests en toute sorte de venaison : les cerfs, dains, chevreaux, sangliers, lièvres, connils, tessons de toute espèce, et jusqu'aux lirons et hérissons, n'y manquans point : ainsy sont en abondance, ayans la chair fort bonne; mais non si aggréable et savoureuse qu'en Italie : et mesmement les lièvres. Il n'y a point faute de loups, de renards, ny de faines : mais pour obvier à cecy, le pays est fertil en bons chiens, prompts à poursuivre ces bestes ; comme ils en ont de toute autre

(i) Georges Vsbhaeoen : La Forêt de Soigne. Reoue de Belgique, 1873, p. 41.

sorte pour la chasse, de quelque espèce que ce soit; bien que les meilleurs viennent d'Angleterre. Il est vrai que pardeça, y aune espèce de chiens et bracques (que nous appelons à cause de leur sagacité et force de l'odorat Seyngi). Il y a deux sortes de ces chiens, à sçavoir de moyens et de fort petits : les uns et les autres sont beaux, ayants les oreilles qui leur pendent presque jusqu'à terre; et sont tous les deux de ce naturel, que dez qu'ils voyent ou sentent la proye blecée, ou non, ils on poursuyveut si courageusement et obstinément la trace, soit par bois, bayes, vallons ou coustaux, et montaignes, ou autre part quelle que ce soit; que jamais ils ne l'abandonnent jusqu'à ce qu'ils l'atteignent, et la descouvrent au Veneur : et c'est pdurquoy par deçà

les forestiers et Vanaseeurs cerchent à quelque prix que ce soit, de ces chiens pour en envoyer ez pays estranges : néanmoins il ne semble point qu'ils puissent prou[fiter et faire engeance et race ailleurs qu'en cette contrée (i). «

Plus loin, le gentil liomme florentin revient sur ce même sujet : u Voyez encore cette autre race de chiens allans à l'eau : jadis pour ceet effect on e'aydoit des barbets, qui servoyent très -commodément : mais ores on a trouvé une autre sorte de chiens en Hollande, qui fait perdre le crédit et le renom aux barbets : car ils sont plus grands et plus renforcez, gaillards au possible, bien fenduz de gueule, et ayons le poil court; si bien que anyvants le canard en l'eau, ou autre gibier, ils y vont si

(i) Edition (le Calais, p. 3<j.

Chasse ducale.

Bois réservés

Surintendance de la vénerie.

gayement et agilement, que soudain ils l'emportent, ou à tout le moins, avec le temps, ils le lassent de telle sorte, qu'en fin il est contrainct de se rendre (i). »

Les ducs de Brabant, comme tous les princes de l'ancien régime, partageaient leur vie entre la guerre, l'amour et la chasse. Mais la chasse prenait la majeure partie de leur temps. Ils s'étaient réservés exclusivement la jouissance de la forêt de Soigne, et ils y avaient édifié, pour la facilité de leurs plaisirs, des pavillons coquets, pittoresquement enfouis sous les verdures ou dressées au bord de l'eau. Et pour assurer la conservation du domaine et empêcher la destruction des animaux qu'il abritait, ils avaient chargé des seigneurs de leur Cour de l'organisation de la police sur toute son étendue : ce Quant aux droits de chasse, soit de vénerie au fauconnerie, et de la pêcherie ez rivières, las, estangs, et autres eaux vives (n'ayant que la mer qui soit franche) cela appartient ordinairement au prince, aux villes franches et aux seigneurs, et gentils^hommes, selon l'estendue de leurs fiuoges, jurisdictions et seigneuries; sauf toutesfois le pays de Brabant, où il n'y a réservé que les cinq bois, de Sonie, Zaventerloo, Groetenhout, OroetenHeist et Meerdael (où personne ne peut chasser), chacun pouvant au reste et courir la proie et voler l^iseau. Mais que ce ne soit avec rets et cordes; y ayant sur cela (comme diluons ci-après) un privilège tout exprès. Sur tous ces gruries, droits de chasse et de pêcherie le prince tient en chacune province ses officiers, gruyers et gardes de forests, qui en font le profit pour le prince ; et la pluspnrt de ses officiers sont gens de qualité : ainsi qu'en Brabant le marquis de Berghe, qui a la surintendance sur la vénerie, et choses principales icelle concernans : Et pour ce porte il entre ses titres celuy de Grand veneur de Brabant. Les forests plus belles et principales du pays appartiennent aussi au Prince; qui s'en sert non seulement pour le plaisir et déduit de la chasse; ains pour en faire de bons deniers par la coupe du bois, qu'on vent au peuple pour son chauffage (a). »

Un autre écrivain du xvi® siècle, l'auteur du petit in-folio : Itinerarium Belgicum, rapporte, lui aussi, qu'il existe en Brabant des forêts et des bois abondants en bêtes sauvages de nombreuses espèces. Les plus remarquables d'entre ces forêts portent les noms suivants : Grootenhout^ Grooten heyst^ Meerdal, Zeventerloo. Mais la plus célèbre de toutes est la foré b de Soigne. Elle renferme en son enceinte, dont l'étendue est de sept lieues militaires, des villages et des monastères. A l'excep-

(i) Edition de Calais, p. 3o.

(a) LOUYS GUIGCIABDIN : p. 54-

tion de ces cinq bois (réservés au déduit particulier du prince), le droit de chasse est accordé à tout le monde (i). Cependant, s'il faut en croire Oramaye, Jean I^, le valeureux vainqueur de Woeringen, aurait permis aux Bruxellois de chasser dans la forêt de Soigne. Mais avant Charlemag^e, les Brabançons, jouissant des privilèges inséparables de leur vieille tradition de liberté, eurent, comme on dit, le droit de chasser poil par poil et plume par plume, contrairement, ainsi que le rappelle A.-L. Galesloot (2), à Tusage des autres provinces, où la chasse n'était autorisée qu'aux nobles exclusivement, et dans quelquesunes à de rares bourgeois.

Un édit des archiducs Albert et Isabelle, du 3i août i6i3, vint réglementer définitivement la chasse, tout en résumant de façon presque complète les ordonnances promulguées par les souverains antérieurs. L'édit ne comprenait pas moins de 116 articles. Gomme cette législation rigoureuse et sévère était particulièrement protectrice du gibier, celui-ci pullulait dans des proportions inconcevables. Pourtant, Charles de Lorraine, lui aussi jaloux de la conservation du gibier, et cela par égoïsme de chasseur fervent, voulut à son tour, par des mesures nouvelles, réglementer la chasse. Il nourrissait l'espoir de mettre fin aux procès et aux délits innombrables engendrés par les anciennes coutumes. Mais les Etats de Brabant s'étonnèrent, à juste titre, des moyens que le gouverneur général des Pays- Bas voulait adopter pour conserver le gibier, alors que les habitants des villages encerclant la forêt de Soigne se plaignaient constamment de voir chaque année leurs champs ravagés par la surabondance des cerfs, des sangliers et autres grands animaux sauvages.

Cela se passait en 1753. Une quarantaine d'années plus tard, les griefs des cultivateurs tombèrent soudain. Les représentants provisoires de la ville de Bruxelles, élus en novembre 1792. après l'invasion des armées françaises, en déclarant que la chasse était entièrement libre, permirent à chacun de faire disparaître la cause des dégâts incessants. Le gibier fut massacré avec un bel ensemble ; d'un excès on tomba dans un autre. La forêt de Soigne fut bientôt déserte, tant les chasseurs y tra-

I41 chasse est libre.

Edit de 161S.

Abondance de gibier.

Massacre du gibier.

(i) Sant in ea nemora et êaltuê, qaae maltiiagia ferarum generibus abundant : qaorù maxime insignia oocantur oernaculé, Grootenhoat, Grootén heyst, Meerdael, Zavenitrloo^ et omnium maximù Soenien, iteptem miliarfnm ambitu Pagoê et Monatteria in ee compraehendens. Venatio et aueapiumj ai haee quinque dicta nemora exeipias (quae Principiê prioati» voluptatibuê inaeminnt) omnibua libernm est. — j68^,

(a) Recherches hiêtoriquea sur la maison de chasse des Ducs de Brabant,

Ordonnance de Charles Quint : 1545.

Le premier gruyer :

Police de la pèche et de la chasse.

Consistoire de la Trompe.

quaient aussi bien les classiques €( rouges et noires bêtes » que celles de petite taille. Il est vrai que les gruyers n'étaient plus là pour empêcher les ravages et mener en prison les délinquants.

S'il faut en croire l'ordonnance bien connue de Charles-Quint réglementant la chasse, ordonnance datée de la fin de février 1545, la charge de gruyer aurait existé de tout temps. La commission de gruyer la plus ancienne, conservée aux Archives du Royaume, en date du lo avril i36i, fut délivrée à Amould de Gand. La charge de gruyer, ou warant^meester, c'est-à-dire « maître des garennes », était vénale : Elle s'achetait du prince à deniers comptants. Cet officier avait la garde des établistiCments religieux et connaissait aussi exclusivement des délits de chasse commis sur leurs terres, dans leurs franches garennes et aussi dans celles du prince Autrefois la police de la pêche était exercée par un officier spécial : le watergreeffe; la police de la chasse aux oiseaux appartenait au pluymgreeff. Or, par un acte du 2a décembre i456, Philippe le Bon décrète que les triples offices de Warantmeesterschap ou de gruerie, de Watergreeffschap et de Pluymgreeffschap seront désormais réunis et remplis par un seul personnage appelé Waranimeester ou gruyer. Le premier titulaire, nommé le même jour par le duc de Bourgogne, fut Peeter vander Eycken, qui, déjà waranimeester depuis plusieurs années, succéda en qualité de ce comte d'eau et de comte de plume » au messager à cheval du prince, Segher vander Rimen (i). Celui-ci avait démissionné et remis ses pouvoirs et les bénéfices y attachés entre les mains du chancelier du Brabant, Goessen vander Rijt.

Le Consistoire de la Trompe, établi à Boitsfort, servait de siège commun au Gruyer et au Grand Veneur de Brabant. Ce dernier avait également juridiction en matière de chasse. La création du Consistoire de la Trompe bouleversait quelque peu l'ancien ordre de choses; aussi les Etats de Brabant s'y opposèrent-ils ouvertement. Ce qui fait que vers i53o Charles-Quint se vit obligé d'abolir ce tribunal forestier. Quelques années après, les Etats de Brabant limitèrent notablement les pouvoirs du gruyer, tandis que se reconstituait, sur des bases nouvelles, le Consistoire do la Trompe. Durant deux siècles et demi cette institution subsista sans se modifier sensiblement. Elle fonctionnait encore à la Révolution française, quoique les Etats de Brabant n'eussent cessé de protester, de se plaindre et

(i) Placcaerten van Brabandt, t. III, pp. 494 et 495 : D'Offlcien oan Watergrae fende Playmgraef van Brabandt, ghevuecht tothet Officie van Warantmeeêter»

de réclamer contre les privilèges accordés au tribunal et aux deux puissants seigneurs, le Grand Veneur et le Gruyer, à qui il appartenait d'en nommer les juges.

A la suite de difficultés avec Charles de Lorraine, en 1756, le Conseil et les Etats de Brabant, ouvrant une enquête sur les abus extrêmement fréquents du droit de chasse, découvrirent que les juges du Consistoire de la Trompe suivaient toujours redit de i6i3, émanant des archiducs Albert et Isabelle, et ne se souciaient point de Tordonnance de i545, celle de Charles- Quint. Ce double pouvoir se plaignit et obtint gain de cause. Le Gruyer fut prié de se conformer dorénavant, pour l'instruction des procès, à l'ordonnance en question, qui avait conservé presque intactes les franchises- accordées aux Brabançons par la Joyeuse Entrée de Jeanne et Wenceslas, le 3 janvier i355. Chose plus singulière, l'édit de i6i3 n'avait jamais été publié dans le Brabant, et n'avait donc eu en vérité aucune force de loi.

Anciennement, disent De Cantillon et Butkens, le Grand Gruyer avait non seulement en garde les terres et les immunités des ecclésiastiques, il avait encore l'inspection sur les franches garennes du pays. Les instructions lui donnaient l'autorité de choisir dans chacun des quatre quartiers de la province quelques hommes de fief avec un clerc, auxquels il remettait le jugement, tant de ceux qui violaient les ordonnances eu matière de chasse, que d'autres qui poussaient leurs terres et leurs bois au delà des anciennes limites. Les officiers et les gens qu'il prenait à son service dans l'exercice de sa charge, devaient être agréés par le Grand Veneur. Leurs prérogatives be touchaient de trop près pour qu'il n'en résultât pas des difficultés et des inconvénients. Les premières instructicms du Gruyer furent plusieurs fois changées, surtout l'an i5i8, par l'empereur Charles-Quint. Eu i633 et 1675, la méoiiitelligence recommença et régna jusqu'en 1688, année où elle fut entièrement assoupie par un règlement dressé dans le Conseil Privé et approuvé par Charles II, roi d'Espagne et duc de Brabant (i).

Voici ce que nous lisons, sur le même bujet,dans Antoine Sanderus : a II est que hs Gruyer Maistre des Garennes dois six à sept ans en ça, at esté, et est seul officier, et garde ordinaire de par le Ducq, de toutes les Franches Garennes, du pays et Duché de Brabant, et d'Oultre-Meuse, des noires et rouges bestes, comme Sogny, Meerdael, Grootheyst, Saventherloo, Grootenhaut, et des Conins de Turnhout, Mel, Saventherloo, les

Abus du Consistoire.

Âuturltb du Gruyer de Brabant.

Devoirs du (jlruyer.

[i) Les Délices du Brabant^ vol. I, p. 75 Le$ Trophées dn Brabant. Suppl émeut, vol. II, p. 2^4

fosses de Bruselles, la Heecbde, Neuibois, de Morsloo et autres plusieurs tant au marquisat d* Anvers en la mayerie de Bolducq, au Roman pays de Brabant, et ailleurs à Tenviron. Et aussi des perdrix, faysans, et autre sauvage. Lesquelles Garennes, ensemble celles des Vassaux tenus en fiefs dudit Ducq icelluy Seigneur et ses prédécesseurs, ont voulu Seigneurieusement estre gardés par ledict Gruyer, les Lieutenants, gens et Officiers. Et entre autre par extraict du troisième article comprins on certaine déclaration et déposition, à l'ordonnance de feu très-noble Monsieur le Ducque Philippe de Bourgoigne, en Tan mil quatre cents soixante trois, faites par Messeigneurs le Chancelier, et gens du Conseil et des Comptes en Brabant, sur les haulteurs, droict, seigneuries et préminences du Duc de Brabant, et de l'office de Gruyer en icelluy pays, laquelle déposition est attaiché au commencement du quayer des Comptes, des exploicts d'icelle Gruerie, reposant en la Chambre des Comtes à Bruxelles (i). »

Il ressort aussi des instructions anciennes, qu'au Gruyer appartenait la connaissance de toutes amendes « et fourfaictures perpétrez esdiltes franches Garennes, et Forest de sa Majesté », et sur les autres terres brabançonnes, à l'exclusion de celles qui possédaient le droit de haute justice. Il poursuivait d'autorité ceux qui transgressaient les placards et les ordonnances de la Vénerie et de la Gruerie, «tant pour la conservation de la grande chasse, et tout gibier courrant et voilant, que pour le regard des eaus, et rivières, à cause des Estats de Water-grave et Plum-grave, qui sont anexez à celluy dudit Gruyer l'an i453, le 22 de Mars (2}, ayant auparavant este Estats séparez, estant en cette qualité Souverain Officier en Brabant, en matière criminelle pardevant le Conseil Souverain, quand il y a confiscation de corps et biens, et en cas civil, pardevant les sièges de la Trompe, tant de la grande que menue chasse ».

Protection aux prélat». Le Gruyer devait en outre la protection « au nom du Roy » à

tous les Prélats et « Prélatesses, maisons de Dieu, hospitaux, leurs serviteurs et familiers, et de leurs censés et biens, ensemble luy compete la cognoissance dbs amendes que sur iceux se comectent, tant criminels que civils, selon aussi les instructions à luy donné au préalable, les Estats du pays ouy en procès contradictoire ».

(i) Regiae Domus Belgicae, (En français dans le texte.)

(2) Ici Sanderus doit faire erreur. Xous avons vu par les Placcaerten

van Brabandt que ces trois fonctions furent réunies sur la tète d'une seule

personne, par une ordonnance du sa décembre i45ô.

Le Grayer était responsable des amendes infligées aux coupables et devait en rendre compte devant la Chambre des Comptes. Le duc pour la répression des délits avait « establiz quatre sièges, à la réquisition des dites Estats, en chefs villes de Brabant, le Consistoire du Corne, ou de la Trompe, où les délinquants sont convenibles en premier instance, entier en leurs appels à la Court Souveraine ». Mais comme le Gruyer exerçait sa justice en matière de chasse, et conservait en même temps les biens des églises, dans le Brabant entier, « et que de temps à autres, les excès sont acreuz, on lui a donné cy devant des gardes gaigez, ainsi que se veoit que Tan i565, on a donné acte à Jan vander Noot, pour lever un lieutenant, et six à pied, le 24 d'octobre ». De façon à pourvoir et à obvier avec plus de certitude aux ce excez, foulles et desgats qui se font et commettent journellement, tant au bois de Soigne que es bois particuliers et aillieurs sur le Pays et Duché de Brabandt, sur les sauvaigines et voUiles que plusieurs s'avancent de tirer et prendre tant de jour que de nuict (i) », la duchesse de Parme ordonne au même gruyer Jehan Van der Noot, le 18 décembre i565, de lever, choisir et retenir au service de Sa Majesté «quatre hommes à cheval, et six de piedt, les plus dispostz, qualifiez et cognoissans les contrées dudict bois de Soigne, quil sçaura trouver... » Cette compagnie devait être licenciée le I®'' avril. Cependant le 2 mai suivant, la gouvernante maintient les dix gardes du Gruyer en fonctions pour un nouveau terme de trois mois, car la forêt n'avait pas été complètement purgée des malfaiteurs qui y sévissaient. Après ce délai, il est vraisemblable qu'on rendit permanente la compagnie. Au bout de quelques années, les « dégasts et destructions » se multiplient de manière tout à fait inquiétante. Le duc d'Albe, devenu sur ces entrefaites gouverneur général des Pays-Bas, s'en alarme, et, pour remédier à la situation, charge, le 23 juin 1673, messire Charles Baron de Berlemont, grand veneur de Brabant et de Flandre, de lever un lieutenant, douze hommes à cheval et vingt-quatre hommes à pied. Cette nouvelle compagnie devra se trouver « tant de jour que de nuict audict bois de Soigne et ailleurs oùbesoingsera... (2) » Sous le gouvernement de l'Infante, la compagnie fut quelque peu réduite. En effet, nous voyons que Tarchiduchesse Isabelle confie, le 24 novembre i636, à « messire Louys le Comte, de Dorville, Chevalier Lieutenant grand Veneur, Gruyer et Maistre des Garennes de Brabant », la formation d'une garde forestière de six hommes

Responsabilité du Gruver.

Gardes gagés : 1565

Compagnie du Gruyer.

(i) Placcaerten van Brabandt, t. III, pp. 5i5 et 5iG. (2) Ibidem, pp. 5i7 et 5i8.

Pouvoirs étendus du Gruver : 1572.

Les vUribuilons.

à cheval et de quatorze à pied (i). Les premiers étaient autorisés aussi à dresser procès- verbal à charge de ceux qui coupaient ou emportaient du bois dans la forêt de Soigne. Le premier lieutenant de lacompagniefutCharles-Philippe- Alexandre le Comte, de Dorville, capitaine réformé et frère du Gruyer de Brabant.

(( Par où se voit, constate Antoine Sanderus, qu'à mesure des desordres, on a d'ancienneté commis des giirdes, sous le commandement du Gruyer, muistre des Garennes comme Souverain Officier cause dessudits charges )>. Non seulement le Gruyer assumait a la garde des cerfs, biches, sangliers, chevreux, et toute sauvagine courrante et voilante, comme la garde des ayres des nobles oyseaux, qu'il at aussi à Texclusiou du grand fauconnier », mais il obtenait encore, en vertu d'une sentence rendue le 3 juin 1572 par le Conseil privé, a la cognoissauce des excès commis sur les eaux, et rivières, estant d'autre nature, que la Vénerie, comme est la garde des biens des Ecclésiastiques, et le gibier voilant, avec la menue chasse ».

Nous savons de manière précise que, à l'origine, le Gruyer ou warantmeester ne connaissait que des délits commis sur les franches garennes et sur le territoire de la forêt. Plus tard, le 28 août i5i5, Charles -Quint, à la veille de monter sur le trône d'Espagne, chargea également ces officiers de la visite et de la surveillance des monastères et de leurs biens, avec droit de juridiction et administration de la justice sur ces propriétés. A cet effet, le prince fait reviser et compléter le règlement ancien. Ainsi refondus, les statuyten comprennent trente-trois articles (2). Dorénavant tous les méfaits commis sur les terres, bois ei prés des maisons pieuses en territoire ducal, ressortiroiit au Gruyer. Celui-ci avait le droit de loger en ces abbayes, une fois pai' an, — à moins que des homicides y eussent été perpétrés — durant deux nuits, avec trois chevaux, cinq valets à pied, et un messager de la Chancellerie, tous servant par commission et après prestation de serment devant la Chambre des Comptes. Les chevaux devaient être traités « comme à l'auberge ». Le Gruyer avait aussi à s'assurer si là où existaient des chapelles appartenant aux monastères, le service divin était régulièrement célébré. Un malfaiteur arrêté dans un couvent ou sur ses dépendances, appartenait au Gruyer; si un bâtard mourait dans une ferme d'un des monastères ou dans la maison même, le ivaranttneester était contraint de faire entrer le souverain en

(i) Placeaerten uan Brabandt, t. III, pp. 5^4 et 5a5 ; Ordonnance et commission pour la conservation de la Sauvagine et des Bois, (22) Ibidem, pp. 495 à 5oo.

possession de l'héritée, tiorsqae des couvents ne parvenaient pas à récupérer une créance, ils priaient le Glrayer de faire vendre les biens du débitenr, et cette formalité judiciaire s'accomplissait avec le concours des hommes du fief. Le serviteur quittant son service sans autorisation dn chef de la communauté, payait une amende de trois réaux. C'était le Grnyer encore qui frappait d'amendes ceux qui menaient paître leurs animaux sur les terres des religieux, ceux qui en reculaient les fossés où y abattaient du bois.

Les autres articles ont trait aux délits de chasse que le ivarantmeester avait dans ses attributions de réprimer. Pour prendre des perdreaux, on payait soixante réaux; pour un lièvre dix réaux ; pour un lapin pris avec des filets, avec des pièges ou tirés au moyen de l'arc, on payait soixante réaux. Le délit commis la nuit mettait le coupable à la merci du duc, qui en disposait.Les cultivateurs pouvaient faire surveiller leur blé par des chiens «non nobles»; si ces chiens massacraient quelque gibier, le propriétaire ne serait pas emprisonné, si toutefois, au préalable, il en avait informé la Vénerie de Boutsfoort, ou le ivarantmeester. Il n'était point permis de traverser les chasses âncales avec un arc bandé on non bandé, à moine de ne jamais quitter les grands chemins. On payait soixante réaux pour tuer un cerf, une biche, un sanglier, un cygne sauvage, un héron, ou un uelt haen, c'est-à-dire un coq de bruyère. Des peines sévères frnppaient les individus qui maltraitaient ou tuaient un edelen hondl, ou chien de chasse. La mort volontaire d'un u oiseau noble » était taxée dix réaux. Le duc dispo-

Compagnie du Grand Veneur.

Les garennes.

sait de la vie de celui qui défrichait des bruyères, des bois, mettait en exploitation des terres incultes ou reculait des fossés, « au delà des limites que la charrue pouvait atteindre : voorder dan den ploeg gaen mach ». L'avant-dernier article exige que le Gruyer ne choisisse comme officiers que des hommes capables et dignes, et cela avec Tassentiment du Grand Veneur. Cependant, il avait le droit de remplacer d'autorité ceux qu'il jugeait inaptes à remplir les devoirs de leur charge. Chaque année le Warantmeester devait remettre ses comptes à la Chambre on détaillant les amendes perçues par lui pendant l'exercice écoulé.

Pour permettre au Gruyer de remplir ses fonctions avec tout le zèle désirable, nous avons vu qu'on lui avait donné, au commencement du XVII® siècle, vingt gardes avec un lieutenant, compagnie qu'il avait sollicitée, « afin de garder les bestes sauvages du bois de Soigne ». Par la même occasion on déclarait : (c Quant à la nature de l'Estat du Grand Veneur, duquel le S'' Dorville est Lieutenant Général, il a la faculté de faire les chasses par tout le Brabant, avec les chiens de la Vénerie, suivant sa commission, et instruction. Si at pardessus ce, la cognoissance des amendes, qui se commettent au regard des chasses dans les franches forests, seulement par prévention dudit Gruyer, et non autrement ».

La jouissance de cette prévention fut octroyée au Grand Veneur en 1671, « avec 16 gardes, qui sont esté augmentez jusques à vingt», pai* les archiducs Albert et Isabelle, gardes qu'il ce at encore pour conserver la chasse de la forest de Soigne, sans préjudice toutefois des autorités du Gruyer, selon qui at esté déclairé l'an 1606, entre le Grand Veneur, et ledit Gruyer par sentence rendue entre parties ».

En résumé, le Maître des Garennes, « dont en Thiois il porte le nom, à sçavoir Warant-meester, doibt avoir cognoissance, jurisdiction, et correction de tous ceux, qui chassent, ou autrement font contre les ordonnances du Duc de Brabant, en ses Garennes, et les doubberies appartenantes et appendences d'icelles, soit que lesdits délinquans soient mauans et habitans soubs les vassaux, villes, et soubs le Duc de Brabant. Semblablement doit ledict Gruyer avoir la cognoissance, jurisdiction, et correction, de ceux, qui s'advanchent affranchir leurs terres, bois, ou Seigneuries, comme franches Garennes, lesquels à la vérité ne sont franches, et n'ont droict de franche Garenne, et contre ceux, qui s'avanchent extendre et amplier leurs Garennes, hors leurs anciennes limites ».

Il devait défendre, « sur grosses peines, que nul s'advance de faire, ou laisser faire nouvelles Garennes autres, que celles

que sont prinses par la Joyease Entrée. Mais quant au cas, ou délicts advenues sur les franches Garennes de Nobles et Vassaux, à lesquels ont esté franches du temps comprins en ladite joyeuse entrée, et qui ont jurisdiction en leur Seigneurie,... ledit Gruyer, ne doibt d'iceux cas avoir cognoissanee ou correction, n'estoit qu'à la requeste desdits Nobles, saulf que lesdits Seigneurs et Nobles se doivent régler selon les amendes, que Sa Majesté ordonnera sur les violateurs de ses propres Garennes, sans charger leurs subjects d'autres amendes, auquel cas lesdits manans et subjects des Nobles, se pourront retirer envers le duc de Brabant, ou son Gruyer, comme Souverain Officier desdits Garennes de Brabant ».

Quant aux nobles a aiant franche Garenne, et toute justice, * le Gruyer en aura la cognoissanee, punition et composition des délinquants en icelles garennes. Mais si avant que touche d'en saison deue prendre couins, par furons hors franches Garennes et leur dent vieres appertenaces, et dépendances, sa Majesté ferat bien de permettre à un chascun ce faict sans mesprendre vers Sa Majesté ou autre Vassal. Et quant aux subjects demeurans auprès et en les franches Garennes tenans soubs eux filets et harnas pour prendre conins, ou autre sauvagine, ledit Gruyer se réglera en cela selon l'instruction, que lay en «erat délivré de par Sa Majesté ».

L'état de Gruyer a toujours été desservi par des personnes distinguées en noblesse et eu mérite. Le droit de protection qu'ils possédaient sur le clergé brabançon et particulièrement sur celui de la forêt de Soigne, leur venait de très anciens privilèges, octroyés par des papes et des empereurs, et accordés notamment à la requête de certains prélats. Ils devaient punir tous les délinquants, fussent-ils ce manaus et habitans sous le Duc ou ses vassaux ».

Nous avons constaté que, après des difficultés diverses, les premières instructions du Gruyer de Brabant furent plusieurs fois redressées, particulièrement en i5i8, par l'empereur Charles-Quint. Celui-ci, voulant remédier à la situation embrouillée, pour la (c plus grande sûreté et conservation de ses prééminences, seigneuries et jurisdictions, et qu'audit Gruyer et tous ses autres sujets fut faite bonne justice, ordonna que le Gruyer comparoitroit, et feroit comparoitre les parties à Boetsfort, devant le Grand Veneur ou son Lieutenant, et y constitua un Tribunal de sept hommes de fief et un clerc ou greffier, savoir, Thierry van Veldenraet, garde des joyaux, Jean Van Nieuwenhuyse, Conseiller et receveur de Brabant au quartier de Bruxelles, Roel Absolons, licencié es loix, Bartholomé de Bruheren, Anthoine Van Wemmele,

Qualité du Gruyer.

Instructions du Gruyer : 1518.

Tribunal dé Boitsrort t

Comparution des parties.

Composition do tribunal.

Henri Foyte, Victor Offhuys; et pour clerc, Simon van de Bauwette » (i).

Ces hommes de fief et leur clerc étaient obligés de s'assembler à Boitsfort toutes les fois qu'ils en seraient requis par le Grand Veneur et son lieutenant, par le Gruyer et son lieutenant, ou par le surintendant chevalier Jean de Schoonvorst, Maïeur de Louvain. Si, à la suite d'une vacance, on nommait un homme de fief ou le clerc, ils devaient tout d'abord, raconte l'auteur des Trophées du Brabant^ prêter entre les mains du Grand Veneur ou de son lieutenant, le serment de faire bonne et prompte justice entre parties. Lorsqu'une des parties comparaissant devant eux, « se voudroit plaindre, soit par appellation ou autrement, elle se pourroit adresser an Chancelier et gens du Conseil ordonné en Brabant, lesquels seroient obligés et tenus de définir et décider la cause en deux mois après qu'elle seroit portée devant eux, à faute de quoy, l'appointement ou sentence du Grand Veneur et hommes de fief tiendroit lieu et pourroit être mise à exécution, nonobstant ladite appellation ».

C'est donc en i5i8 que Charles-Quint créa ce tribunal de Boltsfort, plus connu sous le nom de Consistoire de la Trompe. En effet, cette année-là, le 3 juillet, l'Empereur publie un nouveau règlement sur la gruerie du Brabant; car il était devenu indispensable de renouveler les ordonnances anciennes, puisque les fonctions du warantmeenter étaient devenues plus que malaisées : Les homme» de fief que le Gruyer devait choisir dans les quatre quartiers du duché pour collaborer avec lui à l'œuvre de justice, refusaient de siéger et s'excusaient constamment. Les plaignants ne parvenaient pas à se faire entendre et les particuliers comme le prince étaient grièvement lésés dans leurs intérêts. Pour remédier à cet état de chose, l'Empereur arrête que désormais le Gruyer fera comparaître les parties devant le Grand Veneur « à Boitsfort dans le village de Watermaele » et devant les hommes de fief du Tribunal du Cor, tribunal qui, nous l'avons dit, se composa de la façon suivante : Dirycken, gardien

(i) Le clerc du Tribunal de la Foresterie et du Tribunal du Cor était tenu, après avoir été nommé par arrêté royal ou impérial, de prêter serment entre les mains du Chancelier de Brabant. Nous avons retrouvé trace d*une de ces cérémonies dans un manuscrit du xvi« siècle. Ce documenta trait à des contestations qui surgirent au sujet de Voffieie oander clerkscape omnder collégien oanden warantmeeêteracape ende leenmànen oanden Hooren in Brabant, accordé à Wautier Van Duffel par Charles-Quint, le titulaire Symon vander Bauwetten étant tombé malade et ayant dû renoncer à « la clergie dos homes de fief do la Corne ». Archives de la Ville de Bruxelles. Farde intitulée : Office de clerc de la Foresterie, iHaS.

des joyaux, lan van Nieuwenhuyse, renUmeestere du Brabant, Boel ou Alsoloens, licencié en droit, Bartholomeese van Bruhezem, ÂntonÎRsen van Wemele, Henderick de Foyte et Victorien Offhuys; le premier clerc fat Simeon Vande Bauwetten. C'est cette cour spéciale qui connaîtra à partir de ce moment de toutes les affaires portées devant elle et ressortissant à la grnerie, et qui les tranchera selon les instructions en usage. L'appel des causes devait être introduit endéans les deux mois suivant le jugement, près du chancelier du duché, car le Conseil de Brabant prononçait en dernier ressort (i).

Jusqu'à la fin de l'année iSig, le Consistoire de la Trompe n'eut point de sceau spécial. Le tribunal se servait d'habitude du cachet personnel du Grand Veneur, de celui du Gruj'^er, ou d'un des sept hommes du fief, lorsque ces deux officiers étaient absents. Certains actes n'étaient même pas scellés du tout, parce qu'il arrivait que les leenmannen ne possédaient pas de cachet propre. Ils se contentaient donc d'apposer sur les documents, selon leur fantaisie, leurs signatures ou d'autres marques : heure signetten^ mercken^ oft andere figuren, naer hiin goedt duncken Pour mettre fin à cette situation, pour donner aussi à tous les actes un caractère d'indiscutable authenticité, Charles-Quint, à la demande expresse des intéressés, après avoir consulté à ce propos le chancelier leronimus vander Noot, le Conseil et la Chambre des Comptes, octroie et accorde sceau du consistoire le 19 décembre de cette même année iSig, au Tribunal du Cor, ^® ^* Trompe,

un sceau commun (2), dont ils scelleraient toutes les sentences et actes par eux dépêchés, étant ledit sceau une trompe avec ses accoutrements, surmontée des armes du duché de Brabant (3). Dans la circonférence était écrit : Sigillum Hominum feudalium de Cornu Ducatus Brabantiae.

Les guerres et les troubles qui, dans la suite, bouleversèrent le pays, engendrèrent des désordres de tous côtés. Boitsfort, situé dans la forêt de Soigne, était devenu trop périlleux pour être commodément fréquenté. L'Empereur établit par conséquent un tribunal similaire dans chacune des chef-villes de Brabant : Louvain, Bruxelles et Anvers. Comme le Gruyer et

(i) Placcaerten oan Brabandt, t. III, pp. 5o4 à 507. Règlement op het Waraadtmeesierschap.

(2) Placcaerten van Brabandt, t. III, pp. 507 et 5o8. Acte by de Welcke geaccordeert wordt aen den meester-Iaeghere, Warantmeestere ende Mannen van Leene, vanden Horen eenen gemeynen segele.

(3) ... Eenen gemeynen zeghele, in den weleken in 7 middel sal staen eenen horen oft trompe gheaceonttreert met riemen ende coppelen^ alsoo dat behoorty hebbende booen den horen die wapene oan Brabandt metten Hertochdomme.

Bea offlcierB ne suffiBaient paB pour aBBurer le bon ordre et faire observer les règlements, et que, d'un autre côté, les gardes à cbeval et à pied qu'on avait donnéB an Grayer, par ordonnance du i8 décembre i565, « pour avec iceuz être faits les explois et NâgiigeoM dm gardM. devoirs, appai'teonnB à son état », s'acquittaient trop négligemment de leurs devoirs, il fut décrété par le placard du 3o avril 1571, que le Grand Veueur, sou lieutenant et ses autres officiers entreprendraient aufisi « les poursuites, exécutions et puuitioQS, contre leB délinquants et trausgresseurs des susdits

Dènanclitaun

règlements (par prévention sur le Gruyer, ses officiers et commis} et les adjourneraient devant lesdits tribunaux et sièges établis pour être fait bonne et prompte justice ».

Eu juin et en août i573, on ordonna au Grand Veneur de Brabant, de lever, au service de Sa Majesté, douze bommes à cheval et vingt-quatre à pied, pour voilier jour et nuit sur les u transgresscnrs et déliuquans, les caleuger, appréhender si besoin étoit, et faire tous les devoirs et exploits à ce servans, tant au Bois de Soigne, qu'aux Bois particuliers, et au plat pays, par tout le Brabant, où ils les piiurront attraper. Et pour ce que les tueurs des Gibiers et destructeurs de la Chasse pourroient être mieux et plutôt punis, on décerna des Amendes et des peines ».

Les autorités accordèrent de bonnes récompenses à ceux qui dénonceraient les coupables. Il était permis à quiconque de les appréhender et de les amener pris^onniers au Grand Veneur, ou à son lieutenant. On stipula que le Grand Veneur et le

Gruyer, leurs lieutenants, leurs commis et leurs officiers étaient en la protection particulière du Prince. Ceux qui leur feraient résistance alors qu'ils étaient dans l'exercice de leurs fonctions (c seroient punis par les juges commis au fait de la chasse, comme infracteurs des ordonnances et àatrement, selon l'exigence du cas : ce qui fut réitéré par l'Edit des Sérénissiines Archiducs Albert et Isabelle, du dernier août de l'année i6i3 ^).

Nous savons que la plus ancienne charge de Gruyer portait la date du lo avril i36i. Le titulaire, Arnould de Gand ou Arnold van Gent, fut confirmé dans ses fonctions, s'il faut en croire Butkens, par lettres patentes en 1406. Le sixième de ces warandmeesters, watergraven ou pluymgraven, comme ils se nommaient, fut Hubert vander Noot, célèbre par ses trois femmes, les belles Marguerite de Schoonhove, Catherine Pipenpoy et Ninon de Borneval. Il avait été nommé le 12 janvier 1479 ; son frère Pierre vander Noot lui succéda en 1487. Celui-ci maria son fils à dame Philippote de Watermaele, la châtelaine d'un des principaux châteaux encadrant la forêt de Soigne. Parmi les autres gruyer s célèbres, on cite souvent le chevalier Thiery ou Dierickx de Bourgogne, seigneur d'Herlaer, prévôt général de l'hôtel de l'empereur Charles- Quint, maïeur de Vilvorde et du « pays de Vueren et alentour », gentilhomme de la reine douarière Marie de Hongrie. La gouvernante des Pays-Bas, dont il fut le grand favori, le nommale 28 octobre i546. Lui et sa femme, Jacqueline Van Royen, issue des comtes de Ressengien, ont été enterrés à Vilvorde en i562 et en i565, au milieu du chœur principal de l'église, dans le magnifique tombeau de leurs parents, Charles de Bourgogne, grand fauconnier du Roy d'Espagne et Prévôt général des Pays-Bas, et Catherine de Alest. Il eut pour successeur, le 25 avril i565, un autre membre de la famille de Carloo : Jan vander Noot; à la mort de celui-ci, survenue en i582, la charge est confiée à Philips van Donghelberghe, décédé en 1619.

Puis le titre, pendant près de trois quarts.de siècle, devient l'apanage de la famille le Comte, seigneurs d'Orville (i). Le chevalier Louis le Comte, premier châtelain de Trois-Fontaines, dans la forêt de Soigne, Lieutenant Grand Veneur du Brabant, devient watergrave le 16 mars 161 5. Il mourut le 22 mai i65r. On voit son tombeau et celui de sa femme, Anne Hellinckx, décédée le i3 août 1647, en l'église de la Chapelle, à Bruxelles. Leur fils Charles-Philippe-Alexandre, vingtième gruyer et

Premier Gruyer :

Arnold van Gent. 1361.

Hubert vander Noot

Thierry de Bourgogne:

Les seigneurs d'Orville.

(i) La liste des gruyers de Brabant, de 1467 à 1664, liste comprenant quinze titulaires, figure dans le troisième volume des Placcaerten oan Brabandt, p. 53o.

I^es van Soust.

(iruyer fantasque Van Santen.

second châtelain de Troie-Fontaines, lai saccède le i6 janvier i644- Mais il ne prête serment qu*à la mort de son père. Cependant, après lai, pendant dix- sept années, Baltbazar* Joseph-Moreaa de Bayonville, Lieutenant Orand Veneur, s'installe au château de Trois-Fontaines. Il y demeure de i663 à 1680. Le 6 août on nomme en effet pluymgrave Jacques-Louis- Madoets, seigneur de Boitsfort, ancien capitaine d'infanterie, échevin, surintendant et trésorier de la Ville de Bruxelles. Il était, par sa mère, le neveu de Louis le Comte, chef de la dynastie, et par conséquent cousin de Charles-Philippe-Alexandre le Comte. Les deux derniers gruyers, figurant sur la liste de Christophre Butkens, sont l'Anversois Simon van Soust de Berckenfeld, élu le a3 mai 1708, et son fils Frédéric-Auguste, en faveur duquel il démissionna le 6 mars I7i4- Après celui-ci devient warantmeester certain Van Santen, qui ne se distinguait précisément pas dans Taccomplissement de ses devoirs. Il négligea son office et cessa d'habiter le castel de Trois-Fontaines, comme ses devanciers en avaient eu l'habitude. Il est question de ce fantasque officier dans le document que voici : « Les Trésorier général et conseillers, commis des Domaines et finances de l'Empereur et Roy, Très cher Seigneur et Espeal amy, nous vous faisons cette pour vous advertir, qu'ensuite de la résolution de son Altesse Sér"*® nous avons ordonné au gruyer de Brabant Van Santen, de remettre incessament les clefs de la prison de Trois Fontaines, de la forest de Soigne, entre les mains du geôlier, afin qu'il puisse y recevoir les prisonniers; comme aussy d'entrenir ledit prison à ses frais ainsy que ses prédécesseurs ont été obligez de faire (1). »

Cette lettre est adressée par le Conseil des Finances à la Chambre des Comptes le 4 t^oà 1731. Mais le Gruyer ne s'exécute pas tout de suite. Et le Conseil, six semaines après, le 18 juin, écrit à la Chambre une nouvelle lettre où il est dit notamment qu'il a étécc ordonné au gruyer Van Santen de satisfaire endeans trois jours » au sujet des recommandations qui lui ont été données c< à l'égard de la clef et entretien de la prison de Trois Fontaines, faute de quoy il sera ordonné aux fiscaux d'agir à sa charge (2) ». Le chevalier de Wynants était à cette époque W^oufmaître.

S'il était des gruyers qui remplissaient leur emploi avec une dignité contestable, par contre d'autres traitaient ceux sur lesquels s'étendait leur surveillance avec une sévérité excessive. On

(i) Archives générales du Royaume. Chambre des Comptes, n« 5io, folio S190.

(u) Ibidem, folio agi.

cite pàrticalièrement le zèle presque terrible du Gruyer de Brabant Simon van Soust, un des prédécesseurs immédiats du gruyer Van Santen, dont nous avons parléplushaut. «Plusieurs bourgeois et inhabitants de la dite Ville et de sa Banlieue » s'étaient plaints à son sujet avec tant d'insistance auprès de ceux du magistrat que ces derniers s'étaient adressés au roi pour lui faire part de leur requête (i). Cet officier « ayant nouvellement obtenu la charge de Gruyer de Brabant, les traite avec la dernière rigueur, les uns au fait de la chasse, et les autres au sujet des columbiers qu'ils ont dans leurs maisons, ou demeures, moulins à eau ou autres bâtimens, les faisant adjourner à tout bout de champ devant le Consistoire de la Trompe et payer de grosses amendes pour le moindre 03'seau qu'ils tirent dans le détroit de la Banlieue entre la Rivière la Senne, sans faire distinction si c'est un oyseau passager, ou point, qu'on a tiré, ou cru de tirer, calengeant aussy tous ceux qui tiennent des pigeons dans la Banlieue, sans réfléchir s'ils sont des pigeons privez ou fuyards. » Les édiles communaux protestent contre cette manière d'agir et prennent la défense des nombreuses victimes du Gruyer intraitable en invoquant l'artiitle 87 de l'ordonnance de Philippe IV, datée du 22 mars i63i, qui se rapporte aux droits (c de ceux du plat pays ». Puis ils s'appuyent aussi sur un acte particulier du 12 octobre 1680, signé par Oharles II, déclarant que les bourgeois et habitants de Bruxelles peuvent ce tirer toutes sortes des oyseaux passagers, et de rivière dans le détroit de la Banlieue, entre la Senne, sans pouvoir être calengez ». De plus, les plaignants remarquent que les habitants de la banlieue n'ont jamais dépendu d'aucune autre juridiction que de celle de Bruxelles et que les bourgeois qui ont forfait de manière quelconque ont toujours été actionnés par l'amman de la ville ou par son lieutenant. Le magistrat termine en demandant au roi d'interdire désormais à Simon van Soust de molester les bourgeois et habitants de la cité etde labanlieue, forts d un droit dont depuis plusieurs siècles ils jouissaient en pleine liberté, conformément aux textes des Joyeuses Entrées.

La fonction de gruyer subsista durant presque tout le xvui® siècle. Le gouvernement autrichien la jugea utile et la conserva. Elle ne fut abolie qu'après 1790, sous le gouvernement de la première République.

En l'espace de trois siècles, depuis 1404 jusqu'en I7i4« De Cantillon, qui a démarque Butkens, signale vinjçt-quatrc seigneurs ayant occupé ce poste. Tous portaient indifféremment

Gruyer draconien :

Simon van Soust.

Protestation des magistrats de Bruxelles.

Suppresiion de la gruerle.

(i) Archives de la Ville de Bruxelles. Farde intitulée : Qaelques pièce» touchant la chasêe.

1^8 vander Noot.

Les Grands Veneurs.

le titre de Grand Gruyer du Brabant. On y rencontre trois vander Noot : Hubert en i479» Pierre en 1487, et le chevalier Jean, le 25 avril i565. Cette famille a toujours fait Tobjet des faveurs de nos ducs : un vander Noot, Quintin, avait été nommé Maître des Forêts en 1622, le 16 juillet.

Comme les fonctions de Gruyer du Brabant, celles de Grand Veneur étaient confiées à des seigneurs, mais d'une noblesse plus haute. Les plus puissants personnages du duché s*en disputaient le titre, que le prince accordait toujours à un de ses familiers, pour lui témoigner sa bienveillance et son affection. « En Brabant, dit Louys Guicciardin, y a un Grand Veneur qui est estât d'authorité et fort honorable, et plus en un lieu qu'en un autre : iceluy est commis sur la Chasse Royale (i). » Un autre écrivain. De Cantillon, écrit ceci : « Le Grand Veneur à la surintendance de la Vennerie, avec pouvoir de se nommer un lieutenant général et autres officiers, de créer les gardes, de connaître de leurs abus et malversations aux sièges de Vénerie établis dans les Chef Villes du Duché, et de punir les délinquants, soit par suspension ou destitution de leurs offices, selon la teneur des Ordonnances du Souverain sur la chasse, à Tobservation desquelles il doit tenir la main (2). »

C'est encore dans Chris tophre Butkens que nous trouverons des renseignements détaillés sur les droits, sur les devoirs, sur Texistence même des grands veneurs, et sur ce qui donna lieu à la fondation de la vénerie ducale brabançanne (3). Les souverains s'étaient souvent alarmés de l'énorme quantité de gibier que détruisaient, dans la forêt de Soigne surtout, des personnes de qualités diverses. Il survenait à ce sujet des mésintelligences nombreuses, des querelles violentes. Plusieurs s'épuisaient en frais au delà de leur portée. Les artisans et les cultivateurs, abandonnant leurs métiers et leurs champs, devenaient vagabonds, voleurs et meurtriers Cette situation occasionnant des inconvénients et des désordres incessants dans l'Etat, les princes, pour y mettre fin, firent les premières ordonnances sur la chasse, tant pour s'en réserver le plaisir, « que pour prévenir toutes les fâcheuses suites que cause l'abus de ce plaisir immodéré». Pour que ces ordonnances fussent dûment observées, ils en confièrent l'exécution aux gentilshommes les plus distingués de leurs Cours, et constituèrent des tribunaux particuliers, où les abus et forfaits seraient examinés, jugé», et punis selon l'exigence du cas.

(i) Edition de Calais, p. 159.

(2) Les Délices du Brabant, vol. i, p. 6f.

(3) Les Trophées du Brabant. II« vol. du supplément.

Il ressort des anciennes chartes, d'anciens doonmeQts, et notamment des recherches entreprises en i463 et en i533 par les Chanceliers, leu membres du Conseil des Finances et de la Chambre des Comptes du Brabant, en vertu de l'ordre exprès de Philippe le Bon et de Charles Quint.asurleiu-fl hauteurs, droits, prééminences, et Heigneuries : qu'aux Souverains de ce pays appartient, d'ancienneté dans tout le Brabant, la {p'ande chasse, qui est celle des bêtes fauves et noires, de même que le droit de chasser en personne, et faire chasser par leurs Grands Veneurs et commis, perdrix, phaisans, et autres sauvagines, dans les terres et seigneuries des Vassaux tenues en fief».

Four y organiser des chasses, les ducs avaient ainsi retenu certaines forêts, bois et garennes, et une baode de terre large d'nne demi-lieue, encadrant ces terres réservées, district « où les sauvagines vont faire leur viandis : sçavoir, Soigne, Grootheyst, Baventerloo, Grootenhout et spécialement une étendue de pays dans le voisinage de la Ville de Bruxelles, résidence ordinaire des dits Princes, leur Cour et de leurs Gouverneurs et Capitaines généraux, laquelle étendue se sépare par la rivière la Zeune, d'entre les portes de Laecken et de Schaerbecke,

le Bralne-i' Alleu.

JDsques à la ville de Vilvorde, et depuis ladilte ville passant au-dessus de Saventerloo; jusques au bois de Moorsloo, et dudit bois revenant par Tervneren au long du bois de Soigne, à l'abbaye de Forest et ladite rivière la Zeune, jusques à la porte d'Obbrussel, autrement d'Halle ».

Ce vaste territoire constituait les franches forêts, garennes, et plaines, réservées exclusivement au plaisir du souverain et à ses sncceBsenrs. Il n'était permis à aucun vassal ou particu-

— aSa

Mécontentement des propriétaires riverains.

Gentilshommes condamnés: 1617-1618.

Prêtre condamné.

lier de quelque condition qu'il pût être, d'y chaBser, ou faire chasser, sous prétexte par exemple qu'ils eussent acheté une terre ou une seigneurie avec haute justice, ou en se fondant sur certains privilèges spéciaux

Les propriétaires riverains de la forêt de Soigne ne pouvaient par conséquent pas chasser sur leurs terres situées à la proximité immédiate des bois. Cette particularité donna souvent lieu à de longs différends. Un placard du Chancelier et du Conseil de Brabant, approuvé par la Chambre des Comptes, le 9 mai i53i, et confirmé par un autre placard du 10 octobre 1670, disait clairement : « Spécialement tout le district qui est séparé par la Rivière de la Senne d'entre la porte de Schaerebeecke et de Laecken, jusques à la Ville de Vilvorde, de depuis la dite ville passant à dessus de la franche gareuiie de Saventerloo jusques au bois de Moirseloo et ainsy que généralement toute la ditte forest de Soigne, et les environs d'icelle à une demie lieue en rondeur. » Le comte d'Ërps, dont les terres se trouvaient à l'est du domaine, au sud du chemin de Louvain à Nosseghem, ne pouvant chasser en plaine, avait protesté à mainte reprise contre la défense qui lui était faite, et qui était contraire, assurait-il, à la Joyeuse Entrée. Cependant plusieurs gentilshommes, ceux de Orimberghem, par exemple, en 1617, et le commandant de Pitzenbourg, en 1618, avaient été condamnés par le Consistoire de la Trompe pour n'avoir point tenu compte de cette défense, et cela en vertu de la Joyeuse Entrée de Charles Quint, renouvelée par Philippe II. Les réclamations des nobles s'étaut reproduites, les Etats de Brabant avaient nommé une commission chargée d'examiner la question et d'en faire rapport, de concert avec le Grand Veneur, ou opperjaeger, et le warantmeester. Après mûre considération, les magistrats, le 17 mars 1621, décidèrent que les placards anciens étaient formels et nullement en désaccord avec la teneur des Joyeuses Entrées. Pour leur rendre toute leur force, ils ordonnèrent de les republier. Ce qui fait que le curé Van der Peeren, comparaissant en 1755 devant le Consistoire de la Trompe, fut condamné, sui* la proposition du lieutenant veneur T' Kint, à 60 ceurialen d'amende. Mais s'étant pourvu en appel devant le Conseil Souverain, il fut acquitté (.,. is het selve vonnis geretracteertj. Pourtant, le Grand Veneur ayant adressé une requête à Charles de Lorraine, où il lui démontrait le préjudice que lui causerait la généralisation de pareille juridiction, le prince maintint l'amende par un décret du 18 mars de la même année (i).

(1) Bibliothèque Ko y a le : Section des manuscrits^ registre n»* iaG44- 12645.

A la suite des innombrables plaintes introduites par écrit ou verbalement par les Brabançons au sujet des difficultés qu'ils rencontraient au sujet du droit de chasse, les archiducs Albert et Isabelle avaient ordonné le 17 mars 1621, dans l'espoir de trancher une bonne fois les différends, de publier l'édit donné à Bruxelles le 3i août i6i3, édit qui n'avait pas été publié au duché de Brabant, parce qu'il contenait d'autres articles incompatibles avec les privilèges stipulés dans les Joyeuses Entrées. L'ordonnance constate que, en vertu de cet édit, « les habitants du Brabant peuvent chasser toutes sortes de sauvagines et gibier dans les seigneuries des seigneurs particuliers, et qu'ils en peuvent librement jouir en la saison ; qu'ils peuvent aussi prendre lièvres ou lapins avec filets et furons, quand ils les trouveront sur leurs propres terres, hors les franches forêts, bois, garennes et leurs lisières qui appartiennent à Sa Majesté; et qu'ils peuvent tenir chiess servans à la chasse et s'en servir pour chasser sans fourfaire pour cela peine on amende (i) ».

Il était toutefois défendu expressément à ceux qui demeuraient autour de la forêt de Soigne, ou aux lisières des garennes, de tenir des chiens do chasse; il leur était permis seulement d'avoir des chiens mâtins, pour la garde de leurs maisons, du bétail, et du grain. Mais ils devaient leur faire « accourcir le jarret, et en tout tems porter le billon d'un pied et demi en longueur i). Il leur était également interdit d'avoir chez eux ce aucuns filets, tonnelles, lacs, cordes, ou semblables instruments pour prendre aucunes bêtes fauves ou noires, et autre même gibier, voilant ou courrant, ou de porter ou avoir des armes à feux, ne fut par ordre à cause de quelque danger, et en ce cas ils doivent mettre leurs armes en mains de l'Officier du lieu, pour y être gardé, et de ne s'en servir que quand il leur sera commandé ».

Cependant les gentilshomiùes et ce autres honnêtes gens privilégiez des villes et pays de Brabant », ne possédant ni terres ni juridictions, pouvaient aussi chasser en due saison, et hors des lieux défendus « le même gibier, et bêtes mordantes, avec lévriers, chiens courrants, et la grande trompe, ce qu'on appelle noble chasse, autrement poil à poil, et plume avec plume ». A ceux-là revenait la liberté de garder chez eux ou de mener à leur suite des chiens de chasse, de circuler avec des armes, par les campagnes, hors des grands chemins. Pour prévenir les dégâts que commettaient des particuliers, sous prétexte que la noble chasse par privilège leur était permise, on ordonna qu'en

Les chiens de chasse.

Privilèges d*s gentilshommes.

(i) BiBLlOTiiÈQUR Royale : Section des manuscrits : Mélanges pour servir A l'histoire administratioe et financière des Pays-Bas ^ p. m.

Trompe commune.

Saison de la chasse.

Vénerie Rovale de Boitsfort : '1543.

chaque village ou communauté il n'y aurait qu'une trompe, laquelle, dans les seigneuries et communes appartenant au prince, serait gardée par les commis du Grand Veneur, ou par ses substituts. Dans les villages de vassaux ayant droit de chasser, la trompe serait confiée aux soins des vassaux euxmêmes, ou à leurs commis. Les privilégiés voulant goûter le plaisir de la chasse devaient aller « sous la conduite de telle trompe et pas autrement ».

Toutefois, comme la chasse permise aux vassaux et privilégiés leur devait seulement servir de passe-temps pendant la saison, et pour prévenir les dégâts que certains d'entre eux faisaient « dans les grains et fruits de la terre, au grand détriment des pauvres sujets, et que par un exercice de la chasse trop continuel, et immodéré, on dépeuple et détruit le gibier », il fut ordonné que personne ne pourrait chasser, ou mener des chiens a hors lesse, soit pour chasser ou autrement », et cela depuis le i^^ mars jusqu'à la mi-août, inclusivement.

Nous avons constaté que le Grand Veneur et le Grand Gruyer prenaient également soin de la chasse et veillaient à ce que les ordonnances fussent ponctuellement observées. Le plus distingué des deux était le Grand Veneur, qui, appartenant à une illustre noblesse, était d'ordinaire revêtu des plus importantes charges du duché. Non seulement il assumait le gouvernement de toute la vénerie» mais il avait le droit de (c faire chasser les venaisons, chacun eu leur saison, et le départir où il est besoin et trouvera convenir : de prendre bon et soigneux regard à l'entretennement et observation des ordonnances et placcarts publiés et à publier sur le fait de laditte Vennerie, sans les laisser eufraindre par qui que ce soit, et de procéder contre les transgresseurs et désobéissants, selon le contenu d'icelles ordonnances, sans aucune faveur, port, ou dissimulation, et à cette fin faire adjourner les délinquants par de vaut lui, ou son lieutenant-général, aux sièges de la Vennerie à ce établis dans les chef-villes de Brabant, et d'y commettre les hommes de fief et greffiers, et à la mort d'aucun d'iceux, mettre des autres en leur place ».

Bien qu'il résidât à Bruxelles, le Grand Veneur avait la jouissance de la maison de Boitsfort, là où habitaient de toute ancienneté les compagnons de la vénerie. C'est en i543 qu'elle prit le nom de Vénerie de la Cour. Ou la substitua cette année-là à celle que l'empereur Charles-Quint avait érigée en i52o. Elle se composait de vingt-huit veneurs. Le duc établit aussi à Boitsfort, pour la commodité des gens de la vénerie, une chapellenie, desservie longtemps par un chanoine régulier de Saint-Augustin de l'abbaye de Caudenbergh, à Bruxelles.

On ne s'ennuyait pas au château de Boitsfort. On y mangeait surtout beaucoup. Ainsi, dans le Carême seulement, on consommait douze cents harengs. Cette statistique est de 1407. Ne croyez pas, cependant, que les veneurs faisaient maigre d'ordinaire. Loin de là : car ils se réservaient tant de bons morceaux de la venaison prise à la chasse, que le duc Antoine se vit obligé de les rappeler à une plus exacte et plus respectueuse conception du partage... Mais on ne tint aucun compte des recommandations du prince. Et plus tard, les lieutenants veneurs continuèrent non seulement à jouir du privilège de ces droicliires, comme ils disaient, mais gardaient aussi pour eux tout le gibier pris hors de la saison de chasse, à l'absolu détriment de la Cour.

Les gens de la vénerie, sous prétexte qu'ils vivaient loin de la ville, dans la solitaire profondeur des forêts, ne négligeaient rien, d'ailleurs, pour rendre leur existence agréable. Ils utilisaient une partie considérable de bois. La quantité ayant été réduite sous Maximilien d'Autriche, les officiers et valets de la vénerie, pour se chauffer, se livraient dans la forêt de Soigne à des déprédations regrettables. Ils abattaient des arbres en plein été pour allumer, par pure désœuvrement, des feux, énormes, alors qu'ils chassaient L'hiver, au retour d'une expédition, à la lueur, des va^^tes âtres flamboyants, ou faisait bonne chère; la compagnie buvait à larges rasades la délectable bière de Bruxelles. Les veneurs de Boitsfort avaient encore le droit de pâture dans la forêt; le lieutenant pouvait y envoyer e^ix vaches et ses subordonnés deux chacun. La fête de saint Hubert était célébrée avec éclat dans la maison de Boistfort. La journée, pieusement commencée, s'achevait par un repas copieux. Le matin, le duc, le grand veneur et ses officiers, d'autres chasseurs de distinction, assistaient, tout équipés, à un service divin dit en la chapelle. Puis ils partaient en chasse, en un cortège somptueux, mouvementé, merveilleux de couleur ; au bruit des fanfares mélancoliques et troublantes, ils traquaient le sanglier, dont la saison coïncide avec la fête du patron des chasseurs.

Le château de Boitsfort, habitation du grand veneur et de son lieutenant, était situé au milieu d'un grand étang, desséché il y a une quarantaine d'années, et à l'emplacement duquel conduit VHertogs' Dreef, dans ce qu'on appelle aujourd'hui le vieux Boitsfort. Dans les derniers temps, ce lac dépendait de la campagne connue sous le nom de la Villa^ devenue la maison communale (i). L'entrée du château ou de Vhostel de Boitsfort

Les « droictures ».

La Saint-Hubeit A Boitsfort.

Ch&teau de Boitsfort.

(i) Georges Verhaeoem : La Forêt de Soignes. Maison de chasse des dacs de Brahant à Boitsfort, C. Muquardt, 187G, p. la.

ee trouvait probablement du côté de la drève du Duc, dane la façade orientale. La demeure contenait des appartements destinés à recevoir les princes les jours de chasse. Les caves recevaient ta venaison et servaient de lardier. La porte de la chapelle de la vénerie, petit bâtiment bas d'étage, regardait le manoir. C'est sur ses fondations qu'on édifia plus tard la Villa. Présduchîttean,au sommetducoteau.longeant ladrcvedu Duc, à l'endroit dit Jagersueld, se dressait la remise aux instruments de chasse : rets, filets, pièges, pieux. Le prince Charles de Lorraine utilisa une partie des coastructions comme écurie, l'autre

comme magasin pour les toiles utilisées au cours de ses exploits Ls<gctngeiuiwiiea>. Cynégétiques. De là son uom de Laekena Schtter, ou grange aux Toiles. Elle subsiste actuellement. Une route en peute vive, autrefois de /fou(fen!>er^ (Vieille Montagne], maintenant de Gutdenberg (Montagne dorée), unissait la remise au cbâteau. C'est en contre-bas de ce chemin qu'on avait creusé l'abreuvoir des meutes, bassin encore visible au pied de la Hertogs Dreef, au milieu d'un enclos. Le chenil et l'écurie du opperjaeger, chargé d'entretenir les chevaux du due, se trouvaient à proximité du cbâteau. Il est vraisemblable, dit G. Verhaegen, auquel nous empruntons ces renseignements curieux, que l'auberge de la Maison Haute, naguère la « Maison des Veneurs », occupe la place des anciens chenils, u • Maison iituL« ■ Cette Maison Haute, si connue des excursionnistes, a une his-

toire intéressante. Elle fut construite par le veneur Cafmeyer, à son retour de Madrid, où il était allé offrir à Charles II, de la part de son prince, une meute de chiens courants. « On raconte

que, pour venir en aide à la construction de ce bâtiment, les veneurs de Boitsfort et même le grand veneur prince de Rubempré et d'Everberghe, contribuèrent chacun pour une fenêtre de la façade; probablement, c'étaient les fenêtres de l'étage, qui sont ornées des écussons aux armes de Rubembré et d'autres, de chaque côté de Técusson de don Juan d'Autriche qui orne la fenêtre du milieu. Les girouettes qui surmontent le toit sont découpées en forme de têtes de sanglier. Ce bâtiment, assez joli d'extérieur, est le seul qui nous rappelle aujourd'hui la vénerie de Boitsfort La héronnière, « het Rygel huijs », qui fut bâtie en 1648 par l'archiduc Léopold, n'est actuellement qu'une simple maison de paysan. Son nom est le seul souvenir qu'elle ait con* serve. Cette maison se trouve dans les prairies qui longent la Woluwe, le long et sous la grande route d'Auderghem (i). » L'auteur que nous citons signale que le créateur de la Maison des Veneurs ou Hoog huîjs est enterré dans l'église de Watermael, où il a admiré son tombeau : a Une grande dalle, dans le pavement, le recouvre. On y lit cette inscription surmontée de l'ccu et de la trempe de la vénerie : Hier legt begraeven — den compeer van Carolus den — tweeden, coninck van Spanien, Dom Michel de — Cafmeyer, in zyii leven — Jaeger te peert, sterf den — gaugust 1718, endezyn — huys vrouwe,Caecilia — Rouys, sterf den 26 ang. — 1708. Bidt voor de Zielen. »

Vers la fin du gouvernement de Charles de Lorraine, dit un document de la Chambre des Comptes, aux Archives du Royaume, document consulté par G. Verhaegen, le château de Boitsfort, laissé aux soins d'un concierge, se ressentait des injures du vemps et de l'abandon où il était laissé. Le duc chassant de préférence à Miuiemont et à Tervueren, ne se servait que rarement de la maison de Boitsfort. Le Grand Veneur n'y venait jamais, sou lieutenant non plus. On laissait aux veneurs Depage, Charles et Jacques Roeries ou Rowis — famille dont des membres occupent des emplois à la vénerie pendant près de deux siècles — le soin de conduire les chasses. Jacques Récries occupait les appartements délabrés où logeaient jadis nos souverains. « Le 22 juin 1776, l'inspecteur des bâtiments royaux déclara que le château était en très mauvais état et qu'il devait crouler sous peu. L'ordre de démolition et de vente des matériaux suivit cet avis à quelques jours de distance. »

La création de la vénerie de Boitsfort remonte à Jean P''. C'est le vainqueur de Woeringen qui, deux siècles et demi avant Charles-Quint, fonda, à la fin du xiii® siècle, la première chapellenie en ce lieu sylvestre.

La lloronniôre.

Le chAteau de Boitsfort délaissé.

Sa démolition : 1776.

(i) Gboroes Verhaegen : La Forêt de Soignes. Maison de chasse des ducs de Brahantà Boitsfort^ C. Muquardt, 1876, p. i5.

Guillaume de Zejrn,

premier grand veneur

Le Nestor des grands veneurs.

Le prince de Rubemprét

Messire Gaillaume, comte de Zeyn, conseiller et sénéchal de Brabant, est le premier Grand Veneur qui se trouve nommé. A lui et à son épouse Catherine de Schoonvorst, la duchesse Jeanne donna en propriété, n leur vie durante, les offices de la Vennerie, et les petits chiens du Pays de Brabant, la maison de Boetsfort, les viviers (i), rentes, et revenus en bled et en argent, et autres droits sur les abbayes n, et cela par lettres patentes dépêchées le samedi après la Saînt-Jean-Baptiste, en l'année iSgg. Guillaume de Zeyn resta en fonction jusqu'en 1406.

Voici quelques autres gentilshommes qui portèrent avec éclat le titre de Grand Veneur :1e chevalier Jean Hinckaert, seigneur d*Ohain, du i3 juillet 1418 au g novembre i43o,etde i43i 41467. Il avait, par conséquent, dirigé la maison de Boitsfort pendant près d*un demi-siècle. Bon fils, Philippe Hinckaert, chevalier et vicomte de Tervueren, conseiller et chambellan de Charles le Téméraire, lui succéda, mais se retira en 1472. Charles-Quint mit à la tête de la vénerie Jean de Berghes, dont Guicciardin a fait réloge : « Les seigneurs de Berghes sont de race ancienne et sang noble et illustre : d*ou sont sortiz plusieurs excellents personnages, tel qu*est le marquis lean qui vit ores; leqel pour ses vertuz estoit chery par l'Empereur Charles le Quint, et maintenant est aymé Grandement par le Roy catholique Philippe, et est chevalier de la Toison d'Or, et Gouverneur du Hainaut, grand Veneur de Brabant : et riche en rentes et revenuz (a). » A sa mort, survenue en i53x,lui succède le comte Henry de Nassau (3), généralissime de Charles-Quint, chevalier de l'ordre de la Toison d'Or.

Puis viennent Jean de Witthem, baron de Bautersem, seigneur de Beersel, Rhode, Alsemberghe, Braine, nommé le 14 décembre 1577; Antoine de Rubempré, le 22 juillet i58i; le prince Philippe-Antoine de Rubempré, comte de Vertain,barond'Ever-

(i) <c Les viviers ducaux de Boitsfort étaient très importants C'étaient tous les étangs que nous y voyons aujourd'hui (Molenvyver, Damvyver, Renken, etc ) Une particularité assez remarquable est celle-ci : Deux rangs de pieux en chêne surmontés de la couronne ducale en fer bordaient ces étangs ; les uns, sous Teau, déterminaient le niveau de la vase; les autres, à fleur d'eau, indiquaient la jauge réglementaire ; une couronne semblable surmontait la porte de l'ancien moulin de Boitsfort, démoli en 1867. L'ancien étang de la maison de chasse (desséché aujourd'hui) avait ses digues garnies d'épaisses planches de chêne. » Georges Verhaeoen. op. cité, p. 32, en note.

(3) La liste des Grands Veneurs du Brabant, de i53o à i664, publiée dans le troisième volume des Placcaerten van Brabandt (pp. 529 et 53o) est incomplète. Klle ne comprend, en effet, que dix titulaires.

berghe, chevalier de la Toison d'Or, le plus illustre peat-être des Orands Veneurs du Brabanf. Elu le lo octobre 1645, il ne prêta serment que le 4 avril i656, entre les mains de S. A. S. Léopold, archiduc d'Autriche, gouverneur et capitaine général des Pays-Bas. Son fils et son petit-fils remplirent également les mêmes hautes fonctions dans le duché, ce qui fait que durant quatre générations la famille de Bubempré conserva la direction de la vénerie brabançonne et de la maison de Boitsfort.

Dans un mémoire adressé au roi, par le comte de Yertain, ce Grand Veneur célèbre prie le monarque de rétablir dans son ancienne splendeur la vénerie de la Cour, qui avait considérablement déchu. Le gentilhomme propose d*y introduire de nouveaux officiers ; il demande que la vénerie ce soit remise et entretenu aupied qu'elle estoit du Temps desdits 8er°*^ Archiducqz et Cardinal, Infante ». Ce document, conservé dans la section des manuscrits de la Bibliothèque royale (i), nous fournit des renseignements curieux sur la maison de Boitsfort sous le règne des anciens souverains. En i524» elle comptait vingt-huit personnes choisies par Charles- Quint, ce pour estre la Vénerie de sa chambre, et par après annexée à celle de Brabant et renouvellée par la Beyne de Hongrie... Laquelle at esté confirmée par les Ser™®* Archiducqz de glorieuse mémoire l'an 1600, dont les gages desdits veneurs en nombre de viogt-cincq ont depuis esté augmenté en consb^*^ de leurs travaulx et cherté du temps». A cette époque, il y avait cinq piqueurs, aux appointements de 54 florins. Voici le nombre des autres gens, avec leurs gages : quatre valets de limiers, 36 florins; six valets de lévriers, ao florins; deux valets de meute, 36 et 28 florins. Ces derniers avaient à leur charge quarante chieus courants, ce lesquelz doivent estre journellement nettoyez et peignez ». Il y avait encore ce cinq garçons aprenants aux gages de 36 florins, lesquels doivent penser les chevaux de picqueurs et les mener », plus un a valet de chien lequel pour nourrir à ses frais et péril 20 chiens courants pour la chasse du sanglier dans les toiles et pour le renard, avoit pour gages 120 florins ». On comptait enfin le « M"^ des toiles »,3oo florins, et son assistant, 25o florins. Sous la direction du comte de Vertain, les Etats voulurent encore réduire le personnel de la vénerie ducale. Une partie de celui-ci avait été détachée à la cour de Bruxelles. Le peu de surveillance du domaine encourageait les riverains à commettre des délits.

Et l'on se plaint alors de ce la liberté qui se prend par les habitants et voisins de Vostre forest de Sogne, environnée de plus de 3o villages et hameaux ». Cette liberté est excessive, car le

Composition de II Vénerie.

Veneurs maltraites.

( 1 ) Registre n^ 1 2644- 1 2G45.

Conflit entre le Grand

Veneur et le Gruver :

Cumul.

Procès.

prince de Yertain parle de veneurs qui, « dans la fonction de leurs offices ont esté maltraittez acoups d'espée et de Bastons». £t le chef de la maison de Boitsfort, en présence des « personnes qui s'avancent de venir à main forte tirer et chasser », craint fort que le inbier ne disparaisse complètement si on n'apporte aucun remède à la situation. Le Grand Veneur remarque, en terminant, que l'économie faite par le nouveau sj^stème n'est que de « deux cents escus par an qui se peuvent perdre en un jour, parles abus ». Le Grand Veneur, le prince de Rubempré, gagnait 1,200 florins par an, et son lieutenant 669 florins. Le budget total de la maison de Boitsfort étaitalors de 7, 670 florins. Etaient compris dans cette somme, outre les gages de tout le personnel, les dépenses faites pour l'achat de peaux de veaux destinées à la confection des ceinturons; des cordes servant à mener en laisse les meutes ; des voitures transportant le gibier; des rations de fourrage quotidiennes accordées aux chevaux du lieutenant de la vénerie et des piqueurs (i).

Nous avons constaté que les fonctions de Grand Veneur et de Gruyer se touchaient souvent de très près. Il devait fatalement en résulter des inconvénients. En i633, des mésintelligences s'étaient glissées entre eux au sujet de l'exercice et des prérogatives de leurs charges. Elles finirent par troubler complètement l'harmonie qui avait toujours régné parmi les officiers du duc.

Le Lieutenant de la vénerie, messire Charles-Philippe- Alexandre le Comte, chevalier de l'ordre militaire de Saint- Jacques, seigneur d'Orvillo et Saint-Remy Gest, nommé par le Grand Veneur le i3 octobre i633, avait obtenu la survivance de la charge de sou père, gruyer et lieutenant-général de la vénerie. A ce su j et étaient survenues dos di ff icul tés . Un procès éclata en tre le Grand Veneur et les le Comte. Le père et le fils s'adressèrent en Espagne. Le second obtint confirmation de la survivance de Gruyer, par patentes du la janvier 1644 ; par d'autres lettres patentes, datée s du 17 août de la même année, il i^eçut aussi l'agréation du roi pour la survivance de la lieutenance générale de la vénerie, que lui avait donnée le comte de Vertain, Charles-Philippe de Rubempré, Grand Veneur depuis le II avril 1622.

Louis le Comte père étant décédé le 28 octobre i65i, Charles- Philippe le Comte commença à occuper le double emploi de lieutenant-général Grand Veneur et de Gruyer de Brabant. Il eut à soutenir un procès contre le seigneur de Bayonville,

(i) Bibliothèque royale. Section des manuscrits : Mélanges pour seroir à V histoire administrative et financière des Pays-Bas, pp. 109 et iio.

qui croyait avoir droit à la lieuteuance générale, en vertu de promesses que lui avait faites le gouveruetir des Pays-Bas. Vae autre action fut introduite en 1675, à la mort de Charles- Philippe-Alexandre le Comte, par son neveu Jacques-Louis Madoets. Il y eut de longs débats, tant au Conseil privé de Sa Majesté qu'au Conseil de Brabant, toujours à propos de la lieutenance de la maison et vénerie royale de Boitsfort, dont le duc de Villa-Hermosa, gouverneur et capitaine général des Pays-Bas, avait disposé par provision eu faveur des deux plaignants. Il avait agi do cetle manière au préjudice des droits du Grand Veneur, lequel avait lui, de son côté, disposé de la charge sujette à litige, par adjonction à Charles- Philippe- Alexandre le Comte, en faveur de son frère messire Antoine- Ignace de Rubemprc, comte d'Aubigny, par commission du a6 mai t665. Le neveu du lieutenant-général obtint gain de cause. Eu effet, Jacques-Louis Madoets, Grand Gruyer de Brabant, prit enfin des mains du Grand Veneur la lieutenance de la maison royale de Boitsfort, eu vertu de l'accord intervenu entre eux devant le Conseil privé, le 9 juin 1688. Par cet accord,

la collation du titre avec les ga^es et les appointements y attachés fut confirmée au Grand Veneur.

Les mésintelligences entre le Grand Veneur et le Gruyer ne Higiement da isss. furent donc tranchées qu'en 1688, par un règlement élaboré au Conseil privé, à la requête du gouverneur et capitaine général des Pays-Bas, alors le marquis de Grana. Celui-ci avait pris fort à cœur la réconciliation des parties. Le règlement en question fut agréé et confirmé par Sa Majesté catholique, sur la

présentation faite par le prince de Bubempré et d'Everberghe, Grand Venenr, par un acte que reproduisent les Trophées du Brabant (i).

Prétentions du L'officc de lieutenant de la vénerie ducale ne libérait pas

lieutenant de la Vénerie . . , ... ,. , , - -» * a y i-^^j

toujours le titulaire des charges inhérentes a sa qualité de bourgeois de Bruxelles. Ainsi, en 1708, le lieutenant Jacques Liagre avait demandé au roi de déclarer qu'il n'était pas « sujet au guet et garde bourgeoise». Le Conseil de Brabant ne croit pas que le suppliant puisse se prévaloir de pareil privilège et que d'ailleurs il est tout à fait impossible de l'exempter de ses devoirs de citoyen, puisqu'il « tient boutique ouverte en cette ville, et que de ce chef il est aussy bien sujet aux charges communes que tous les autres Bourgeois et inhabitants de la ville,

(I) Voici le texte de cet acte, qui figure dans le II* volume du Supplément : « Ayant été remontré à Sa Majesté de la part de son Grand Veneur, le prince de Rubempré et d*Eyerberghe, qu'ensuite de TActe que Sa Majesté auroit été servie d'accorder (à sa très humble remonstrance) le iG décembre 1686, pour que justice luy fut faite es différents qu'il auroit dû soutenir pour le maintien de sa charge de Grand Veneur, aussi bien que pour le soutient des Droits et authoritoz de Sa Majesté, il seroit convenu avec Jacques Louis Madoets, Gruyer de Brabant, des poincts et articles repris en l'accord et transaction passé le 9 juin de l'an 1688, et approuvé de par Sa Majesté en son conseil privé le 22 du même mois et an; mais comme ce nonobstant ledit Grand Veneur apprehenderoit d'être remis à l'ad venir dans des nouvelles difficultez et procédures, si ledit Gruyer moderne venoit à mourir, à délaisser sa charge, ou quelque autre à l'obtenir par adjonction ou survie avec clauses préjudiciables au susdit accord, il a très humblement supplié saditte Majesté de vouloir corroborer en personne, pour autant que de besoin, par son royal adveu ledit accord et transaction selon sa forme et teneur, de la manière qu'il se trouve aggréé, approuvé, et ratifié par son dit Conseil privé à la délibération de son Lieutenant Gouverneur et capitaine général de ses Pays- Bas, afin que le tout ait lieu et demeure à l'avenir, par forme de règlement et instruction d'office, pour arrêté, ferme et stable, sans pouvoir être changé ni altéré en préjudice dudit Grand Venenr, ni au détriment de sa charge, et des droits, authoritez, prééminences, et prérogatives y appartenantes. Sa Majesté le tout considéré a bien voulu aggréer, approuver, ratifier et confirmer, comme elle agrée, approuve, ratifie et confirme par le présent acte, ledit accord et transaction passé entre le suppliant et ledit Gruyer de Brabant, comme il se trouve approuvé par son Conseil privé le 22 de juin de Tan 1688, sauf son droit en tout, voulant cependant sa Majesté que tant pour le préseut que pour l'avenir, cecy serve pour règlement d'office et instruction en ce regard, et que tout y demeure stable, afin qu'il y ait bonne observance et intelligence entre ledit Grand Veneur et le Gruyer de Brabant, comme le requiert le plus grand service de Sa Majesté : £n chargeant à son Lieutenant Gouverneur et capitaine général de ses Pays-Bas, et ordonnant à ses Consaux et à tous autres qu'il pourra toucher ou appartenir de se régler et conformer selon ce. Fait à Madrid sous le nom et cachet de Sa Majesté le 23 du mois de février de Tan 1695. »

qui exercent quelque stil, art ou métier publicq, nonobstant mêmes qu'ils soient reteneuz en service de la Cour ». Et dans leur missive au monarque, datée du i^^ août, les conseillers assurent qu'il n'y aurait pas assez de monde « pour faire le guet et garde » si on écoutait tous ceux qui, étant dans une situation analogue au lieutenant de la vénerie, réclamaient une dispense inadmissible. Pour sa défense, le lieutenant Jacques Liagre rappelait que ses prédécesseurs avaient toujours été placés « sous la protection et sauvegarde de Sa Majesté » et par conséquent jouissaient de la franchise et de l'exemption de la garde et du guet. Lui-même, d'ailleurs, avait auparavant obtenu cette exemption pendant douze années (i).

Ce n'est pas seulement entre le Grand Veneur et le Gruyer que devaient surgir des différends au sujet de leurs attributions respectives, mais aussi entre ce dernier officier et le magistrat bruxellois : Les ducs, dans leurs édits, avaient bien stipulé que la correction et la punition des transgresseurs des ordonnances sur la chasse et la pêche appartenaient au opperjaeger ou au warantmeestery selon la nature des délits qu'ils avaient à examiner. Partant il n*était pas permis aux gens de loi u ou aultres officiers de Villes, ne à aultres de quelque vocation, estât, ou authorité qu'ilz fussent », de « prendre court ou cognoissanccs des transgresseurs d'icelles ordonnances et moins de postposer, retarder ou empescher leurs corrections par ceulx qui en ont la charge ». Toutefois, par l'organe de ses bourgmestre et . Le« bourgeois de échevins, Bruxelles avait cru pouvoir s'ingérer en iSig dans B'^"»e»e«jej>agr"«rie:

la juridiction du Gruyer de Brabant Guillaume le Tourneur, pour réclamer « ung nommé Jehan de Pape, et ce soubs couleur de ce ci, que elle entendit que ledit Jehan de Pape fust Bourgeois de ladite ville ». Ayant été informée de cet incident, Marguerite de Savoie, gouvernante des Pays-Bas, ordonna le 20 octobre de cette année, aux édiles, au nom du roi, dea doresenavant ne riens faire ou attempter pour qui que ce fust, en faveur de la Bourgeoisie dudict Bruxelles, ne soubz couleur de libertez, franchises, exemptions, ou autres quelconques prééminences au préjudice d'icelles ordonnances, et des instructions baillées audict Gruyer, à peine de l'indignation du Roy, et d'estre tenus et reputez pour désobeissans et pour telz puniz (2). » Humblement les magistrats, au reçu de cette lettre.

(i) Archives de la Ville de Bruxelles. Farde intitulée : Quelques pièces touchant la chasse.

(2) Placeaerten van Brabandt^ t. III, p. 5o3 : Deffense en faveur du Gruyer de Brabant contre le Bourgmaistre et Escheoinsde Bruxelles, Il est question de rincident du gruyer Guillaume Le Tourneur et de Jehan de Pape, bourgeois de Bruxelles, dans un document des Archives de ia Ville de Bruxelles, farde intitulée : Consistorie van den Horen.

Les édiles bruxellois

rappelés à l'ordre :

Abus commis par le Gruyer : lti23.

s'empressent de présenter leurs excases à la duchesse douairière : Bi la chose est advenue c'est « plus par simplesse et non pensant mesprendre, que de propos délibéré, et pour la plus part à leur desçeu... ». Le bourgmestre et les échevins supplient la gouvernante de leur pardonner « ce qu'ils pourroient avoir meffaict » et promettent « en l'advenir obéir, et eulx régler selon les dictes ordonnances ».

Cependant la question n'était pas résolue. D'autres conflits surgirent bientôt, tellement que Marie de Hongrie se vit contrainte, le i6 juin i536, non plus de rappeler à l'ordre les édiles bruxellois, mais de faire a veoir et visiter en Conseil, l'instruction de Warant-maistre de Brabandt, et les aultres pièces, tiltres et enseignemens concernans le différent estant entre les estats dudit pays de Brabant, d'une part et le dict Warant-maistre, d'autre part, pour raison de l'exercice dudit office ». Par conséquent, la reine douairière ordonne, pour apaiser le désaccord qui semblait ne jamais devoir être aplani, de corriger et de réformer « ladicte instruction selon que conviendra ». En vertu du nouveau règlement (i), le Gruyer ne pourra plus attraire ou faire attraire devant ses juges aucun sujet des quatre chef-villes du duché. Lorsqu'il voudra (c faire callenge » dans une de ces localités, il choisira trois hommes de fief au quartier où le délit aura été commis, lesquels entendront les parties ce sans coguoissance judicielle » Sur les terres des vassaux, a tant spirituels que temporels », ayant haute justice, le Gruyer ne pourra plus prétendre non plus connaître des délits, car ces vassaux devaient continuer à «paisiblement jouir de leur droict et possession immémoriale ». En terminant la rédaction de cet acte provisionele, la gouvernante générale des Pays-Bas remarque que en tous autres lieux le waranUmeester exercera ses pouvoirs comme ses prédécesseurs ont été accoutumés de le faire, tout en déclarant que pour ce qui concerne d'autres prérogatives, celles-ci ne « porteront préjudice auxdits Vassaulx n'y aux villes ».

On pourrait croire que pour jamais la question est réglée. Il n'en est rien, car près d'un siècle plus tard, sous le règne de l'infante Isabelle, le i8 juin 1628, de nouveau les ce trois Estats de Brabant sont contraints en acquit de leur debvoir de remonstrer à vostre Alteze les plaintes qu'ils reçoivent, de ce que le Gruyer de Brabant, et son Commis s'advancent de donner trouble aux Seigneurs particuliers d'aulcuns Villages y ayants haulte, moyenne, et basse jurisdiction, au libre exercice et

(i) Placcuerten van Brabandt ^t. III, pp. 5i4-5i5 : Acte provisionele contre le Warantmaistre de Brabant touchant la Jurisdiction.

dedaict de leur droit de chasse endeans les limites d'iceux lear villages, dont eulx, et lears encestres ont tousjour esté en paisible possession... » Cet officier et ses hommes prétendaient derechef qae ces gentilshommes ne pouvaient tirer aucun gibier dans leurs communes et les actionnaient sans cesse devant le Consistoire de la Trompe. C'est là porter un préjudice à leurs vieilles franchises. Aussi les Etats s'empressent-ils de supplier l'infante Isabelle, en leur qualité de gardiens de ces privilèges, de maintenir ce lesdicts Seigneurs particuliers en leur dicte paisible possession de chasser endeans les limites de leur jurisdiction... (i) ». Deux semaines après la réception de cette requête, soit le 20 juin, la gouvernante, ayant demandé l'avis du Grand Veneur, arrête que les gentilshommes qui prétendent « avoir privilège contraire aux intentions du Gruyer de Brabant, les pourront alléguer devant ceulx du Consistoire de la Trompe (2) ».

Ajoutons, pour terminer cette étude sur les prééminences du Gruyer, que l'archiduc Albert, par un placard de l'année i6i3, avait décidé que les officiers du Gruyer de Brabant se trouvaient sous la sauvegarde et la protection spéciale du roi et ne seraient actionnables ce au faict et exploict de leurs offices » que par devant le Consistoire de la Corne, ou bien par devant le Conseil de Brabant. Le 5 mars 1626, l'infante Isabelle renouvelle l'édit de feu son époux, à la suite de difficultés que les officiers en question ont eues avec certains magistrats, certains seigneurs, certains bourgeois (3).

Le Grand Veneur et ses lieutenants n'étaient pas tenus de rendre compte des amendes perçues par eux du fait de la chasse. Cela avait mécontenté le Gruyer de Brabant qui intenta en 1606, devant le Conseil de Brabant, un procès au lieutenant de la Vénerie, Anthoine de Zoete, à l'effet de lui faire enlever ce bénéfice. Mais par sentence rendue le ig décembre de cette même année, le défendeur fut autorisé à toucher comme d'ordinaire le montant de ces amendes, à condition d'en rendre compte et d'en fournir le reliquat. Le opperjaeg^er, seigneur de Vertain, n'avait même pas été informé de cette action judiciaire; il ne connut le jugement que longtemps après son prononcé* Il en appelle par conséquent au Conseil de Brabant et remarque que la mesure est de nature à porter préjudice à son état et atteinte à ses prééminences. Il ajoute que de tout temps il a ce laissé les compositions et amendes au prouffit de

Sous les archiducs Albert et 1»:tt>elle.

Procès du Gruyer

contre le lieutenant

de la Vénerie : 1606.

(i) Placcaerlen uan Brabandt, t. III, p. 522.

(2) Ibidem, p. 523.

(3) Ibidem, p. 5a3.

BCB HeutenanB pour les rendre plaa actifs et affectionnez an service de leur Alteze... » Le Grand Venear demande que si on ne lui donne raison, on s'abstienue du moins de le « molester » et qu'on se contente de réclamer à ses lieutenants le compte des amendes qu'il leur abandonne pour rezécution de leurs exploits, par prévention du Gruyer. C'est dans ce sens que le différend est tranché, le i3 janvier i6i3 : Le « lieutenant sera tenu dorénavant de prester serment pertinent, et bailler caution à l'appaisement des dite des Comptes (i) «.

La constante prédilection qu'ont eue pour la giboyeuse forêt de Soigne, à travers les siècles, les comtes de Louvain et les

duce de Brabant qui en sont issus, démontre de façon péremptoirc leur passion pour la cliassc. Au moyen âge, an chevalier accompli devait également, pour être tout à fait digne de son titre, pratiquer les exercices du corps et s'adonner à la vénerie et à la fauconnerie. Nos ducs excellèrent dans ces vertus gymuiques. Four eux, la chasse fut de tout temps le délassement favori. De bonne heure ils s'entourèrent de veneurs expérimentés, qui les accompaguaient dans leurs opérations cynégétiques, les dirigeaient ou en ordonnaient les mouvements. Pourtant, ce n'est que sous le règne de la duchesse Jeanne que la vénerie ducale fut organisée sur des bases définitives. La vénerie, nous l'avons vu, avait son siège au village de

(i) Plaecaertea oaa Brabandl, t. III, pp. 5ai et 5aa.

Boitsforty dans an château de sobre aspect, dressé au milieu d'un vaste étang qui, il y a un demi-siècle, subsistait encore. Cette maison, et celle de Trois-Fontaines, tout comme le château de Tervueren, abritaient fréquemment nos souverains à l'époque de la chasse au gros gibier, « ceste doulcc saison que toute nature se resiouist, et que les oisillons chantent mélodieusement en la verte forêt, et la rosée gette ses doulces larmes qui reluisent sur les feuilles, pour la clarté du soleil », comme dit le Livre du Roy Modus et de la Royne Racio.

Sans distinction aucune, les établissements religieux de la forêt et de ses environs devaient donner, une fois Tan, l'hospitalité aux veneurs et à leurs meutes, alors que ces officiers parcouraient le pays en chassant ou en excursionnant. Les couvents de femmes n'étaient pas dispensés de ces visites singulières et désagréables autant que bruyantes. Certaines abbayes même étaient astreintes à garder pendant plusieurs mois les chiens du prince. C'est ainsi que l'abbaye de Liliendael soignait et entretenait les limiers pour les cerfs ; ceux destinés à la traque des sangliers étaient nourris dans les fermes abbatiales du roman pays, limitant la forêt de Soigne. Cette coutume curieuse, à laquelle les moines et les religieuses étaient également soumis, indisposait beaucoup ceux-ci (i). Le spectacle splendide, mais tapageur et véhément, des chasseurs et de leur meute, faisant irruption dans l'enceinte des prieurés et des couvents, n'était pas pour réjouir les saints hommes, que requerraient des tableaux d'un caractère plus intime. On les arrachait brutalement à leurs méditations et à leurs occupations pieuses. Les fortes dépenses forcées, qu'entraînait l'hospitalité obligatoire à tout ce monde élégant et tumultueux, étaient une cause de mécontentement plus grande encore. Aussi les plaintes s'élevèrent-elles bientôt avec acrimonie. Et sous le règne de Charles- Quint, les religieux refusèrent de recevoir les veneurs du monarque. Toutefois ils finirent par devoir céder et continuèrent, comme par le passé, à payer cette sorte de tribut irrégulier et, selon eux, arbitraire. Le droit de gîte possédé par les veneurs officiels fut aboli au milieu du xvii^ siècle, sous l'archiduc Léopold d'Autriche, gouverneur général des Pays-Bas.

Meutes hébergées par les couvents.

Relus des moines.

(i) L*abbaye de la Cambre et de Forest s'acquittaient envers la vénerie d'une redevance bizarre, et qui mérite d'être signalée. La première devait lui fournir, le jour de l'an, douze petits gÀteaux aux herbes, — craytkoecken, — et la seconde six grands g&te^ux de même espèce, plus six paires de chaussons de laine blanche» dont trois devait monter jusqu'aux genoux.

Rûglement sur la chusse : 1407.

Livrées des veneurs.

Jean W .

Philippe le Bon.

Ce fat, comme on sait, la dachesse Jeanne qui s'attacha le premier grand veneur dont les archives nous aient conservé le nom. Il s'agit ici du comte Guillaume Van Zeyn, seigneur de Bhode Sainte-Agathe. Ce gentilhomme était apparenté à la souveraine, puisque sa mère était petite-fille de Henri II, duc de Brabant. C'est à ce titre que la dachesse Jeanne l'appelle son cousin, dans l'acte de la donation de la vénerie. Le comte Van Zeyn était tenu, en vertu de sa charge, d'organiser et de diriger les chasses de la Cour et d'en fournir de venaison les cuisines. Le duc Antoine de Bourgogne, fils de Philippe le Hardi, rédigea, en 1407, le règlement qui a conservé le détail du fonctiounement de la maison de chasse ducale. A sa tête était un maître veneur; il ordonnait et conduisait les chasses à courre du souverain. Il avait sous ses ordres deux veneurs achevai et huit valets. A partir de Charles-Quint, les veneurs obtinrent des livrées fixes ; une de drap vert pour la chasse du cerf, une autre de drap gris pour la chasse du sanglier. Antoine de Bourgogne allait souvent occuper une modeste chambre à la maison de Boitsfort; il courait le cerf jusqu'à la fin de juillet. Il en tua cinquante-huit pendant les seules saisons de 1406 et 1407, ce qui donne une idée de la nature giboyeuse de la forêt de Soigne au xv* siècle. Au fond des bois, le même duc Antoine avait créé un haras, d'où il tirait d'excellents chevaux de chasse. A la mort du prince, tué à la bataille d'Azincourt, ils furent tous vendus et le haras supprimé par son successeur.

Jean IV fut un Nemrod plus passionné que son père; lui aussi avait choisi la forêt de Soigne pour principal théâtre de ses exploits, auxquels une mort prématurée devait mettre brusquement fin. Il chassait le cerf avec une meute de vingt et un couples de chiens courants et de quatre limiers. Un jour, cette meute poursuivit, et le mit à mort, un magnifique cerf jusque dans les étangs du prieuré de Groenendael. En cinq années, ce prince et ses veneurs avaient tué dans la forêt de Soigne quatre-vingtquatre cerfs. Plus de la moitié de ces animaux trouvèrent le trépas dans les différents étangs de la forêt, notamment dans un des Flos vyverSj qui se trouvaient à l'est de l'ancien couvent de Rouge-Cloitre. Pourtant, à l'effet de repeupler la forêt, Jean IV, effrayé sans doute par ses propres carnages, interdit formellement la chasse des biches.

Philippe le Bon cultiva peu l'art de la vénerie. Il connaissait moins bien la forêt que son jeune et fol prédécesseur, Jean IV. Charles le Téméraire, son fils, ne semble pas avoir davantage parcouru la forêt de Soigne en s'adonnant au sport de la chasse. Et cependant n'est-il pas l'auteur d'une ordonnance spéciale pour la vénerie du Brabant? Mais le sympathique héros de

Nancy aimait mieux la fauconnerie. Comme l'a écrit Olivier de la Marche : a Son passe-temps estoit de voler à esmeril- Ions. »

La chasse du sanglier durait d'octobre à décembre. Celle au loap avait lieu au cœur de l'hiver, lorsque la neige avait revêtu les bois de son manteau blanc diamanté et que, sous le pas des montures et des valets, les chemins gelés oriaient dans le silence des frondaisons désolées, dont l'aboiement des meutes brisait le calme mélancolique. Les loups hantèrent la forêt de Soigne jusqu'au début de la domination française. Sous Charles-Quint, en dix-huit ans, on en avait tué quarante-deux. On sait la passion quelachasse inspiraità Marie de Bourgogne, qui mourut victime de cette passion. Son auguste époux, Maximilieu d'Autriche, chaque fois qu'il venait à Bruxelles, ne manquait pas de chasser dans la forêt de Soigne, en compagnie de son grand veneur, l'illustre Jean de Bergh«s, chevalier de la Toison d'Or. Dans la correspondance de ce prince, qu'elle soit datée de a nostre chasteau de la Vueren », de Fribourg ou de Vienne, il est constamment question des chasses auxquelles il prenait part; il y dit l'orgueil que lui procurent les exploits extraordinaires.

Il recommandait aussi instamment que la chasse fût bien gardée. Ainsi, Maximilien, ayant appris que des abus multiples avaient été commis dans le Sonienbosch et dans les autres bois domaniaux par des particuliers audacieux, ordonne, le lo novembre i5i2, à son grand veneur et à son gruyer, de faire publier sans retard, dans toutes les communes du Brabant, qu'il est dorénavant expressément interdit à quiconque do chasser ou de prendre n'importe quel gibier de poil ou de plume (i). Le délinquant paj'cra une amende de soixante rijders d'or pour un cerf et pour un sanglier, de cinquante pour une biche. Quand le délinquant était noble, il payait, si on le surprenait chassant le cerf, une amende de cinquante rijders; le manant, lui, ne devait verser que trente rijders^ mais on le menait à la prison, pardessus le marché, où il restait aussi longtemps que l'empereur eu exprimerait le désir. Les gentilshommes entretenant des meutes pour courir le lièvre ou le renard, ne pouvaient se livrer à leur sport à proximité do la forêt de Soigne ou des autres bois contenant du gros gibier. Les forestiers et les hommes de la vénerie, tout comme les simples particuliers, ne pouvaient porter des arbalètes ou des armes à feu, ou mener des chiens aux abords de Sonien ou en d'autres « warandes ». Le Gruyer et le Grand Veneur, chacun dans sa sphère, l'un pour la forêt, lautre

Chasses aux sangliers et aux loups.

Maximilien d'Autriche.

Ordounance de 1512.

(i) Plaecaerlen oan lirabandt, t. III, pp. 5oo à 5o3 : Placcaeri verbicdendc tejaghen ofte oangen eenigherhand wilt, Rijgheren te sporeiit etc.

Philippe le Beau.

Marte de Hongrie.

Cliarles-Quint.

pour les garennes, devaient enfermer les délinqaants dans les prisons des seigneuries les plus proches du théâtre des méfaits, en attendant qu'il fût statué sur leur sort. Les accusés pouvaient être entendus en débat contradictoire devant le chevalier chancelier Van Eskanbeke et de Bierbeke et les autres membres du Conseil de Brabant.

Philippe le Beau fut le digne héritier de son père. Jadis on admirait, fixée au fond d'une chapelle du prieuré de Groenendael, la ramure d'un cerf que ce prince élégant avait tué de sa propre main. Tout à côté on avait accroché, vingt ans auparavant, les bois d'un autre cerf tombé sous les coups de Maximilien d'Autriche. Charles-Quint conserva à son service, jusqu'au 20 janvier i53i, messire Jean de Berghes, qu'on pourrait à juste titre, comme le dit judicieusement A.-L. Gralesloot, appeler le Nestor des Grands Veneurs de Brabant. Il avait, en effet, rempli ses fonctions pendant le règne de quatre souverains, période embrassant un total de plus de cinquante années.

La sœur de Charles- Quint, la reine Marie de Hongrie, gouvernante générale des Pays-Bas, aimait la chasse avec frénésie. Tout en a3'ant son grand veneur, Philippe de Lannoy, autre chevalier de la Toison d Or, cette musicienne exquise prit ellemême la direction de la vénerie du duché de Brabant, qui fut sous sa régence plutôt la vénerie de la Cour de Bruxelles. Elle rédigea personnellement un long règlement qui devait la régir. Quant à Charles-Quint, nul plus que lui n'est célèbre dans l'art seigneurial et royal de la vénerie. II aimait la forêt de Soigne d'un amour jaloux; dès son enfance il adorait le séjour de Tervueren; la proximité des bois gibo^^eux satisfaisaient ses penchants impétueux et hardis. Cette adoration pour la forêt allait tellement loin qu'il voulait en avoir l'aspect multiple continuellement devant les yeux, alors même que les :iffaires du gouvernement le retenaient à la Cour.

N*a-t-il pas fait peindre par Bernard Van Orley les plus beaux sites sylvestres du Sonien-bosch? C'était une série imposante et prestigieuse de toiles ornant le vieux palais; elles ont été détruites dans l'incendie du 4 février lySi. L'empereur y était représenté parmi les nobles de sa maison, au milieu de scènes cynégétiques pleines de mouvement et de pittoresque. Le souvenir des principales chasses de Charles-Quint laisse d'ailleurs dans la pensée la vision de tableaux presque surnaturels et féeriques. Le fond des hautes futains sur lesquelles ces tableaux se dessinaient et vivaient, éblouit et inspire la nostalgie de ces scènes somptueuses. Toute la Cour, sans en excepter les danies, venait admirer la chasse. Elle s'abritait sous une longue galerie précédant la Ileerenhvys, et à proximité de laquelle

passaient, dans un tumulte séduisant, lus équipages lancés à vive allure à la poursuite du cerf. Â la fin de la journée, le monarque sur les Etats duquel jamaïB ne se couchait le soleil se retirait au prieuré de Groeneadael. Eu chrétien fervent, il y faisait ses dévotions.

Une de ses chasses les plus fameuses fut donnée, le aS octo- chnss mmeu» : bie 1544. à l'occasion de la venue d'Eléouore. reine de France, "^

épouse de François I" et sœur de Charles-Quint. La chasse finie, un splendide tournoi eut lieu à l'ombre même de» viens arbres du monastère. Celui-ci recevait fréquemment la visite du monarque. Il y restait pendant des jours, confondu avec les religieux, partageant leurs occupations* piouseH. On raconte qu'au cours d'une de ces retraites, il abattit d'un coup d'arquebuse un héron qui, les pieds dans l'eau, se rafraîchi SBait au bord d'nn des étaugs. Longtemps on admira en cet endroit une petite colonne surmontée d'un échnssier en bronze, que les reli- Honumeni ^

gieux y avaient dressée pour commémorer l'événement. Ce petit

monument a disparu ; mais on montre toujours au promeni3ur la place où, frappé par le projectile royal, mourut le bel oiseau migrateur. En i556. pendant l'été, le Grand Empereur, qui avait abdiqué de sa couronne mais non pas de ses plnisirs favoris, offrit une chasse qui réunit sept têtes couronnées. Au retour, l'auguste compagnie s'uBtiit sous un chêne, à l'intérieur de l'enceinte du prieuré de Groenendael. Nous avons purlé de cet arbre, visible sur une vieille gravure exécutée par Lucas Vorstermans, au commencement du xvii" siècle, et qui orne la

La chasse aux toiles et aux Olets.

Les meutes de Bollsfort.

monographie consacrée par Antoine Sanderus an célèbre monastère de Jean Ruysbroeck.

Mais ces chasses avaient toujours quelque chose de cruel; souvent elles prenaient le caractère d'une boucherie. Marie de Hongrie, elle, sut concilier ses instincts de Diane moderne avec les principes d'humanité. Elle instaura le système de chasse au moyen de toiles et de filets. Cette princesse aimait tellement ces exercices que le jour lui paraissait trop court pour la satisfaire; ainsi une nuit elle organisa une chasse aux environs de VEstackette, à Boendael, en l'honneur du duc de Lorraine. Elle se fit aux flambeaux. Jusqu'au matin les hauts arbres et les feuillages s'illuminèrent de lueurs bougeantes et fantastiques.

La reine douairière de Hongrie avait renouvelé, le 3 mars i543, l'ordonnance ancienne qui régissait la vénerie de Brabant et la maison de Boitsfort. Le 28 juin 1600, les archiducs Albert et Isabelle, au début de leur gouvernement, confirment à leur tour cette ordonnance, grâce à laquelle nous connaissons par le détail l'organisation de la vénerie depuis le milieu du xvi^ jusqu'au commencement du xvii^ siècle (i). Le lieutenant était obligé d'of'.cuper la maison de Boitsfort avec deux valets et trois chevaux; la vénerie comprenait encore : quatre veneurs à cheval, cinq valets de limiers à pied, deux valets de la meute, huit meneurs de lévriers et trois jeunes valletons. Ils avaient des gages allant de cent livres de quarante gros jusqu'à vingt livres, « sans aultre prouffict quelconque, soit qu'ils servent dedans la Forest de Soigne ou dehors... » La reine entendait que dorénavant la vénerie tout entière la suivrait dans quelque pays ou province où elle se rendrait, a que ce soit dehors ladicte Forest de Soigne, et des orrières d'icelle ». Les officiers et gens de la vénerie recevaient le bois et le charbon nécessaires à leur chauffage, avec défense formelle de les revendre « afin qu'ils n'ayent occasion de faire aucune desgast audict bois de Soigne ». Ils pouvaient aussi faire paître en forêt un certain nombre de vaches, à condition de les faire inscrire au Veterboeck.

On entreteaait à la maison de Boitsfort douze couples de chiens pour les cerfs, huit limiers, vingt-huit lévriers, et huit couples de chiens ce tant pour le noir que pour les toilles». Toute la venaison que les veneurs à cheval prenaient sur le territoire

(i) Placcaerten van Brabant^ t. III, pp. 5o8 à 5 14 : Ordonnance de la

Vénerie de lirabant et de la Maison de Bouisfort, faicte et renoaoellée par

la Roy ne Douagière de Hongrie, de Bohème, etc.. Régente et gouoernante

pour r Empereur es pays de pardeça. 3 martij i5^3. Item Vaggréation et

confirmation des Archiducqs Albert et Isabel y ensuioie, aSJuniJ 1600.

sylvestre devait être portée par eux à la maison de Boitsfort, où le lieutenant leur remettrait leurs « droicts ». Il est dit aussi que les « veneurs auront et lèveront les peaulx de Cerf et Biche chascun à son tour, à charge toutesfois qu'ils seront tenuz de faire à leur despens chascun an un coller ». Quels étaient ces « droicts » des veneurs dont il est fait mention plus haut? Les autres paragraphes de l'ordonnance vont nous rapprendre. La reine décide <c que decy en avant Ton ne découpera ou défera aucunes bestes rouges que en la manière que s'ensuit, à sçavoir que leschine du cerf ne soit plus large que cincq pouls au plus large que l'on le vouldra prendre, et des autres bestes comme des cerffs de quatre poincts, brocquars et biches quatre pouls et que ils (les valets) ne pourront prendre aucune chose des cuysses, espaulles, fillets ny d'autres pièces, mais auront seulement les cols et aussi le sieu, comme ils ont eu jusques ores... ». Les hommes de la vénerie recevaient aussi une partie de toutes les espèces de gibier qu'ils aidaient à prendre, à forcer. Les ramures des cerfs devaient être portées hors des bois par les valets des limiers, au lieu appelé Ter jaegheren^ à Boitsfort, où se dresciaient les chenils; là on les délivrait à In meute.

En hiver, lorsque en Soigne on chassait le loup, les hommes de la vénerie recevaient une gratification de un patar. Les étrangers, c'est-à-dire les paysans, qui participaient à ces expéditions, avaient chacun un gros de Brabant. La chasse au cerf commençait la veille de l'Ascension et finissait le jour de la Saint-Lambert; la chasse au sanglier débutait la nuit de la Toussaint et se fermait la veille de la Saint-André. La saison de la chasse aux biches allait du lendemain de la Saint- André au mardi avant le Carême. Pendant celui-ci on ne chassait pas : les veneurs étaient alors tenus d'aller a une fois ou deux fois la sepmaine au bois, pour dresser eulx et leurs chiens ». Chose curieuse, sept ou huit couples de chiens courants étaient nourris à Vilvoorden par un valet qui recevait pour sa charge dix-huit livres par an ce uvecq le drap d'une robbe ». Cette ordonnance de Marie de Hongrie, datée de Gand, est confirmée en entier par les Infants; ils n'y apportent que quelques modifications, visant surtout les gages du Grand Veneur, de son lieutenant et des valets de Boitsfort. Les archiducs suppriment cependant trois postes de valets. Désormais aussi un receveur spécial sera attaché à la vénerie, qui sera responsable de sa gestion devant la Chambre des Comptes. Ce receveur touchera les revenus de la vénerie dans les quartiers du ressort de Bruxelles, alors que les receveurs de Louvain, de Thilemont, de Jodoigne et de Nivelles bcront chargés, de leur côté, de recevoir les revenus

Les < droits » des veneurs.

Gratifications en hiver.

Les époques des chasses.

Meute entretenue à Vllvorde.

concernant leurs districts respectifs et de les faire parvenir immédiatement à leur collègue de Boitsfort.

Mesures prise» Le XVI® sièclc fut désastrcux pour la vénerie brabançonne.

par le duc d'Aibe. g^^^ j^ ^^^ d'Albe on ne chassa plus du tout. Le personnel de la vénerie est presque complètement licencié. Les chemins, les bois étaient devenus si peu sûrs, que le receveur, de crainte d'être assassiné par les soldats qui hantaient la forêt, devait se faire accompagner par une très nombreuse escorte. La maison de Boitsfort est lobjet constant des attentats des

Les vrijbuijters. maraudcurs sylvestres appelés vrijbuijters (i). Si le duc d'Albe

ne pratique pas personnellement l'art de la vénerie, il se préoccupe cependant de défendre les avantages de ceux qui s'y adonnent et pnrticulièrement des gentilshommes dont les biens sont situés aux environs de Bruxelles. Aussi, le 23 août 1571, Alvarez de Tolède, au nom de Phillippe II, publie une « déclaration » au sujet de la chasse dans les bois périphériques de la forêt de Soigne, sur les terres rayonnant à une demi-lieue autour de celle-ci et sur les garennes domaniales. Cet acte vise surtout le braconnage des bêtes rouges et noires et édicté des punitions graves contre ceux qui pour les prendre utiliseront des armes à feu, des lacets, des filets. Ces individus seront arrêtés et remis sur-le-champ entre les mains du seigneur de Berlaj^mont, gouverneur de Namur et Grand Veneur du Brabant. Celui-ci tou cherait pour chaque délit dont il aurait eu à connaître une somme de deux cents carolus d'or; le dénonciateur recevrait de quinze à cinquante carolus, selon l'importance du cas.

(i) Le château de Boitsfort avait été reconstruit quelques années auparavant, en 1570 et 1571. Le compte des dépenses qu'il avait occasionnées fut clôturé le 10 janvier 157a. Les frais s'élevaient à 9,408 livres et la stayvers. Le 3 juin iGoo, à peine arrivé à Bruxelles, l'arcliiduc Albert décide c( que la Maison de Boitsfort, où souloit résider le lieutenant de la vénerie de Brabant soit rebastye pour le service de la chasse ». La mauvaise qualité des pierres, des briques et du bois de charpente, utilisés dans l'édification de l'immeuble primitif, avait sans doute facilité sa destruction rapide parles malfaiteurs ; car le prince, en nommant le receveur spécial chargé des payements, lui recommande a d'avoir bon et soigneux regard sur l'employ des materiaulx, que pour ledit bastiment seront achaptez et livrez ». Les travaux de « rediffication » durèrent jusqu'à la fin de septembre iGoi ; ils furent dirigés par maitre Mathieu Bollin, « ingéniaire », comme nous l'apprend }e registre n^ 27385 de la Chambre des Comptes.

Cette seconde reconstruction coûta i4)7i6 livres et 19 sols. Les comptes furent ratifiés par la Chambre le 6 mars 1602. Un siècle après, en 1698, 1G99, 1700 et 1701, des travaux d'agrandissement et des réparations importantes sont effectués au château de Boitsfort; les comptes du receveur Jean-Nicolas Rubens, seigneur de Rameye, clôturés le i3 août 1703 par la Chambre, signalent une nouvelle dépense totale de 3o,ii3 livres, i sol, I gros (registre n® 2738G).

payables parle receveur général des finances (i). Cette ordonnance a pour résultat de rejeter tous les malfaiteurs dans la forêt de Soigne elle-même, qui devient durant des années le quartier général d'une horde de brigands. Nous apprenons qu'en i584 ces coquins s'enhardissent; ils pillent le château de Boitsfort et y mettent le feu. Non contents d'avoir livré aux flammes l'antique demeure, ils s'attsiquent bientôt à ceux qui y résident d'ordinaire. Ai^isi, trois années après l'incendie, une bande de ces individus profite de la fin de la guerre de religion pour accomplir de suprêmes rapines ; ils attaquent les veneurs faisant une ronde pour surveiller les braconniers. Tous les officiers et leurs gens, au nombre de six, succombèrent sous les coups impitoyables de leurs agresseurs. Le lieutenant de la vénerie, Corneille Back, n'échappa point au massacre (2).

Albert et Isabelle rendirent à la vénerie ducale son lustre de jadis ; ils relevèrent de ses cendres la maison de Boitsfort, où ils se réservèrent des appartements luxueusement garnis. La chasse revint en honneur ; les princes s'y adonnèrent avec une belle ardeur, servis par une meute imposante qui comprenait entre autres vingt-quatre couples de chiens courants, dix grands lévriers, quatre limiers pour les cerfs. Mais le plus grand chasseur de l'antique duché de Brabant restera sans conteste l'infant d'Espagne don Ferdinand, cardinal archevêque de Tolède, gouverneur des Pays-Bas de i634 à 1641. Il augmenta le nombre des veneurs, multiplia les chiens de ses meutes différentes. Il porta la maison de Boitsfort à un tel degré de célébrité, que des souverains étrangers y envoyaient certains de leurs sujets pour être initiés aux secrets de l'art de la vénerie. Mais pendant son court règne de sept années il avait dépensé, pour l'entretien de sa maison de chasse, des sommes tellement considérables, que son successeur refusa de supporter plus longtemps les frais d'une si incomparable vénerie.

Depuis cette époque la maison de Boitsfort ne connut plus que de rares jours prospères; dans les vastes massifs de la forêt de Soigne ne retentirent pour ainsi dire plus les appels

Massacre de six veneurs ■ 1587.

Les meutes dos Inrants.

Don Ferdinand.

Ecole de Vénerie.

(i) Placcaerten oan Brabandt^ t. III, pp. 5i6et5i7 : Declaratie op't Placcaet, ghtmaeckt op *t siak oander lacht binnen den Lande ende Hertochdomme oan Bradant.

(s) Voici ce qae dit l'auteur du supplément des Trophées de Brabant, de Butkens : « Le sr Corneille Back, écuyer, commis en vertu des susdites lettres patentes du grand veneur pour lieutenant général de ladite vénerie et maison de Boetsfort, lequel faisant sa fonction fut misérablement tué par les Vreybuters dans le bois de Soigne, le 24 octobre 58;, et fut depuis ledit état exercé par le fils du seigneur grand veneur, jusques en l'an 1599 », p. a.

des cor» et l'annonce fiévreuse des hallalis vainqueurs. Cela dura dix anuéeB. L'archiduc Léopold d'Autriche, fils de l'euapereur Ferdinand II, réveilla de ses fanfares joyeuses la forêt de Soigne endormie ; servi par son grand veneur, le comte Charles-Philippe de Buhempré, dont le premier tome des Trophées du Brabani nous a couservé les traits, il réunit une meute capable de rivaliser avec celles des plus illustrcB princes du duché. Les dépenses s'élevèrent à des sommes ei fantastiques qu'il fallut renoncer à l'espoir d'y faire face. La situation des

'■mr

Château d'Everherg.

gens de la vénerie, de brillante était devenue médiocre ; bientôt elle fnt tout à fait précaire. En 1688, les gages de ces modestes forestiers n'avaient plus été payés depuis treize années. Cela u'empêcliait pourtant pas les seigneurs de la Cour de réclamer à tout instant leurs services.

La maison de Boitsfort périclita tout à fait ; elle ne possédait plus de chevaux; les meutes furent vendues par ordre du duc de Villa-Hermosa, gouverneur général des Pays-Bas, malgré la protestation motivée du prince de Rubempré, qui plaidait la « réputation de nostre bon roi et maîstre ». Vinrent les guerres désastreuses de Louis XIV; la forêt fut ravagée, le gibier traqué, massacré avec un cruel et stupide plaisir par la soldatesque, la maison de Boitsfort de nouveau renversée. Mais en i6g8, l'électeur de Bavière, Mazimilien- Emmanuel, la fit rebâtir. Il donna des chasses aux loups, son sport favori. Ces carnassiers étaient devenus tellement nombreux que durant l'hiver de i6g6 à 1697, ou fut obligé d'organiser contre ces bêtes féroces onze battues. En même temps, l'électeur lâchait dans la

forêt, pour la repeupler, une bande de cerfs vivants que lui avait envoyés Télecteur de Mayence. Ils avaient eu à peine le temps de faire souche, que les vainqueurs de Ramillie?, sous les ordres de Marlborough, pénétrant sous bois, s'amusèrent à les traquer sans merci, causant la ruine de la chasse princière.

L'arrivée de Charles de Lorraine rendit à celle-ci un suprême et long éclat, dont la splendeur légendaire a été conservée et sera transmise encore à bien des générations du Brabant par le souvenir vivant qu'ont laissé les exploits du gouverneur général dans les villages sylvestres. Un auteur consciencieux et érudit (i) soupçonne qu'il a détruit à lui seul, pendant les trente années de son règne, autant de gibier que tous ses prédécesseurs réunis. Il se livrait à la chasse à courre jusqu'à la fin de juillet, de préférence aux environs des lieux pittoresquement appelés de Ketelheyde, den Neppelaer, den Tervenberg. Mais elle n'avait plus l'allure vive et le mouvement haletant des anciennes chasses fameuses. Le cerf n'avait presque plus sa liberté d'allure, puisqu'on le prenait dans des toiles et qu'il ne lui était possible que de franchir une distance limitée, qui s'étendait de la chaussée de Tervueren et Âuderghem, à la route de Notre- Da:ue-au-Bois et jusqu'aux premières fermes d'Overyssche. Ces chasses avaient un véritable caractère de carnage, surtout lorsqu'on appliquait le système dit à traques dans les principales clairières de la forêt, celles des Bunders, du Coiidael, de Magelin, de la Wansdelle, par exemple, où l'on amenait les cerfs, les biches, les chevreuils et les sangliers par toutes sortes de ruses, de moyens qui ne laissaient à la chasse aucun imprévu et au chasseur aucune expression de bravoure ou de hardiesse.

En un seul jour, le 23 décembre 1762, le prince et ses courtisans tuèrent 4^ sangliers, ig cerfs, 63 biches, i chevreuil, I lièvre et i renard. C'était la moyenne des hécatombes auxquelles, quatre fois par mois, se livrait Charles de Lorraine. Mais si le prince organisait ces chasses destructives, c'était notamment pour donner droit aux griefs des paysans qui se plaignaient de l'abondance du gibier. Celui-ci ravageait, en effet, leurs récoltes; il s'était multiplié durant près d'un demisiècle de paix. A telles enseignes que des bandes de quarante à cinquante cerfs et biches venaient paître sur les champs et y dévorer la végétation tendre. Plus de quatre mille lièvres vivaient sur le territoire de la cbasse royale.

Charles de Lorraine sacrifia à son plaisir favori jusqu'à la fin de sa vie. Deux semaines avant sa mort, rapporte la chronique, le 18 juin 1780, il abattait encore un cerf d'un coup de

Charles de Lorraine.

Les traques.

Hécatombes de gibier.

Griefs des cultivateurs.

(i) A.-L. GALEbLouT : Ouvrage cité.

Fin de la Vénerie ducale.

Le prince d'Orange.

Grands Fauconniers du Brabant.

fusil près de Boitsfort. Lorsqu'il tomba malade, pour ne plus se relever, il venait de prendre les dernières dispositions en vue d'une chasse au sanglier dans le parc de Tervueren. Avec ce prince regretté disparaît de notre province l'art delà vénerie; on ne peut plus donner ce nom, en effet, aux exploits abominables de ses neveux et successeurs, les archiducs Albert de SaxeTesschen et Marie-Christine, qui s'amusèrent, par exemple, en deux mois d'hiver, à tuer 588 pièces de gros gibier, dont i8i biches et âii sangliers. « Ces princes, a dit Georges Verhaegen, en parlant d'Albert de Saxe et de Marie-Christine, chassèrent aussi quelquefois « à force, à cor et à cris ». Les vieux habitants de Boitsfort racontent encore comment la meute, de groete honden van Boetafort, chassant le cerf vers les confins du bois et de là dans le grand étang du moulin, commeut madame Royale (nom qu'ils donnaient à la sœur du prince Charles) et Marie-Christine, montant en barque, se dirigeaient verb le noble animal et lui donnaient la mort d'un coup de carabine, romme l'eût fait un tireur passé maître (i). » La Révolution française mit un terme à ces exploits en abolissant pour jamais la vénerie royale du Brabant. Mais elle n*interrompit point les carnages : en décrétant la chasse absolument libre, les envahisseurs décrétaient aussi la dépopulation totale, à brève échéance, des merveilleux bois rendus aujourd'hui à la gloire de l'arboriculture nationale. Sous la domination hollandaise, reprenant une tradition antique, le prince d'Orange avait à son tour lâché des chevreuils dans la forêt. Mais les journées de septembre i83o permirent aux braconniers et aux malfaiteurs de tuer et de capturer jusqu'au dernier de ces animaux en deux ou trois semaines seulement.

La charge de grand fauconnier du Brabant — charge sur laquelle nous ne possédons guère de détails — était remplie, elle aussi, par des seigneurs de haute lignée. Ils avaient sous leurs ordres les maîtres fauconniers. L'art de la fauconnerie atteignit dans l'ancien duché une perfection qui a frappé beaucoup d'historiens et de voyageurs. Voici en quels termes en parle Louys Guicciardin : « Mais pour autant que l'apprivoisement et la manière de dresser ces oiseaux (aigles, autours, faucons, alans, et pèlerins, espreviers, et esmorillons), pour le service de la Fauconnerie à diverses sortes de chasse, est une chose excellé te et Royale, et que ceux de ce pays en ont été les inventeurs... Ce qui faict estimer l'invention et l'ai^t excellent et noble, et de si grand plaisir, et grandeur, que l'usage de cest exercice est demeuré en ce temps pour les seuls Princes, grans

(i) Opuscule cité, pp. ui et 22.

seigneurs et gentils-hommes : d'autant que outre les frais y sont trop grans pour les roturiers et paysants, cette si rare et noble et gentille vacation ne doit point estre communiquée, ny permise aux païsans, ny a pas un qui soit de basse et plebée condition. Pour revenir donc à propos, les Belges furent les premiers qui apprivoisèrent et dressèrent ces oiseaux ravissants à nous donner et plaisir et prouffit : si bien qu'on voit l'aigle, orgueilleuse, et hautaine, estre apprivoisée, quoy que impatiente du joug elle astraigne trop la main du Fauconnier, de ses serres, et batte la face d'iceluy de ses esles, et laquelle se rue sur les biches, sur les daims, et chevreux; comme l'autour fait la guerre aux lièvres, aux perdrix, et aux oyes sauvages; l'esprevier aux perdrix, aux moulins et aux cailles. Mais sur toute chasse du gibier, la plus belle et Royale est celle des gerfauts, et faucons contre les hérons et les grues; laquelle bataille se donne en l'air, avec telle défence, et offence des parties; ores en l'air, et tantost en terre; que le combat durera un long traict au grand plaisir et des Fauconniers et de ceux qui y assistent (i). »

Parmi les fauconniers fameux, on cite surtout ceux de la famille Bobbrechts, attachés à la personne des archiducs Albert et Isabelle. Ils étaient particulièrement experts au dressage de ces élégants et vifs oiseaux de proie. En 1637, pour leur facilité professionnelle, le cardinal-infant avait établi une superbe héronnière dans le parc de Tervueren; onze années plus tard, l'archiduc Léopold en créa une à Boitsfort, à proximité du château de la vénerie. Dès i683, avec Ernest Robbrechts, les maîtres fauconniers s'installent au château de Tervueren, alors qu'ils avaient toujours eu leur habitation près de la porte de Louvain. La fauconnerie royale, qui existait déjà du temps de la maison de Bourgogne, disparut dans les dernières années du règne de Charles de Lorraine. 8a grande célébrité date des xvi® et xvii« siècles. L'usage des armes à feu, en se généralisant, abolit cette mode exquise et attachante, quoique cruelle, de chasser au faucon.

La Cour de Bruxelles s'y livrait avec entrain en un grand nombre de localités situées aux environs de la forêt de Soigne. Ce fut l'archiduchesse Marie-Elisabeth qui, au xviii® siècle, s'obstina une des dernières, avec une élégante volonté, à pratiquer cet art presque féminin. Avec les gens de sa maison elle allait attendre, vers l'heure du crépuscule, les hérons qui, délaissant les prairies entourant Bruxelles, gagnaient à tire d'ailes les massifs de la forêt, pour s'y reposer pendant la nuit. La prin-

La famille Robberechls.

Héronnières.

L'archiduchesse Marie-Elisabeth.

(i) Description de» Paya-Ba», pp. 3o et3i.

Pavillons de Woluwe.

Ch&teau de Truis-Pontatnes

cesse et ceux de sa suite, le faucon sur le poing, les guettaient au passage, sur la terrasse d'un joli bâtiment qui exista longtemps après elle parmi les hauteurs méridionales de la vallée de la Senne, à quelque distance de la porte de Louvain, sur le territoire de Woluwe-Saint-E tienne : « C'est dans les environs de cette seigneurie que feue la Sérénissime Archiduchesse Marie Elisabeth, assistée de la Cour, prenait souvent les plaisirs de la chasse au héron, à quel effet on y bâtit les deux pavillons, qui existent encore dans la plaine appelée VHaren Hey-de- Velt (i). »

Toutes les constructions qui touchaient de près ou de loin à la chasse ducale out disparu. Comme pour les pavillons de Woluwe-Saint Etienne, plus rien ne subsiste pour ainsi dire du haras de Groenendael, qui fournissait do chevnux les équipages de chasse des archiducs Albert et Isabelle; du château de Boitsfort, résidence du lieutenant et des gens de la véuerie (2); et de la prison des Trois Fontaines, demeure des lieutenants forestiers et où l'on incarcéra plus tard les braconniers de la forêt de Soigne. Ce dernier château remontait au xiv® siècle, car en i355 le duc Jean III y fonda une chapelleuie en l'honneur de Notre-Dame et de sainte Catherine. Dès l'origine on y enferma les individus qui commettaient des délits contre les ordonnances sur la chasse et contre les Keurboekeny c'est-à-dire les malfaiteurs justiciables des tribunaux de la foresterie siégeant à Woluwe et à Bruxelles, et, particulièrement, du Consistoire de la

(i) Le Guide Fidèle j 1761, chap. II, p. 5o.

(2) Sous la domination autrichienne on ne retrouvait plus trace de ces bâtiments historiques. Voici, en effet, ce que nous lisons dans Touvrago de Tabbé Mann, paru en 1786, premier volume, page 204 : « Année iGtjQ. L'électeur de Bavière fit rebâtir et embellir le château de Boitsfort dans la forêt de Soigne ; et eu fit sa maison ordinaire de campagne, à cause do la beauté de sa situation. Ce château ne subsiste plus. » Selon J. Gautier, écrivain du Conducteur dans Bruxelles et ses Environs y Charles de Lorraine aurait fait construire à Boitsfort une nouvelle maison de chasse en 1740. Cela n'est pas exact, i^e prince, lui aussi, se contenta de restaurer les vieux bâtiments. Mais cette restauration dut être tellement générale que l'immeuble paraissait complètement nouveau. Deux années auparavant, l'antique maison de la vénerie était prête à tomber en ruines, comuie en fait foi le texte d'une affiche imprimée à cette époque et dont voici la teneur : « Son Altesse Sérénissime étant informée des excès et désordres qui se commettent tant à la maison Royale de Boisfort, que dans ses dépendances, et voulant réprimer tels abus, a pour et au nom de Sa Majesté Impériale et catholique, par avis du Conseil de ses Domaines et Finances défendu bien expressément, comme Elle défend par la présente ordonnance à qui que ce puisse être, à moins qu'il ne soit Domestique de la Cour de Sadite Altesse Sérénissime, ou compté par les Ecroux, de passer ou de traverser en aucun tems la plaine de ladite Maison Royale à

— aSi —

Trompe, de Boitsfort. Le château fut maintes fois endommagé; sous Philippe le Bon la chapelle tombait en ruine. On ne la restaura point; le prince ordonna mémo que les messes seraient dites dorénavant dans la chappelle de la maison de Boitsfort. Au temps de Philippe II, la prison fut brûlée. On lu rebâtit à incendie.

la fin du xvi® siècle.

Le château de Trois-Fontaines était complètement entouré d'eau. Un pont-levis était jeté sur le fossé très large. Quand on l'avait franchi, on apercevait à droite un petit bâtiment sans étage, à la façade percée de deux portes basses et d'une étroite fenêtre. Les deux pignons pointus se terminaient par des girouettes; deux lucarnes, partant de la corniche, s'ouvraient sur le toit à pente vive. Contre uu des côtés s'appuyait un réduit éclairé, dans le haut, par trois fenêtres. Tout proche, naissant derrière le bâtiment, était une sorte de lazaret à porte cintrée, à deux fenêtres, et dont l'angle du faite supportait une croix en fer forgé.

Le château — Castriim Trium Fontium — s'élevait au milieu de rîle. L'aile principale, la prison à proprement parler, était u prison,

un donjon massif et rébarbatif, véritable cube do pierre, dont Tangle extérieur se terminait par une tourelle à six pans, surmontée d'une flèche finissant eu girouette. Sa légèreté contrastait avec l'aspect pesant de la bâtisse. Au centre de celle-ci, on voyait une lourde porte de bois, toute bardée de fer, dans le retrait d'un arc ogival qui permettait de distinguer

cheval ou en voiture sans une permission spéciale de SacUte Altesse Sérénissime ou dndit Conseil, à peine de dix florins d'amende, à quel effet la porte de fer du bas de la plaine sera tenue fermée.

n Veut aussi Son Altesse Sérénissime que ceux qui seront accusés et convaincus d* avoir arraché des planchons dans les allées ou des piquets dans les hayes, d'avoir cassé des vitres dans la Maison ou dans ses dépendances, encourent cour la première fois une amende de vingt cinq florins, et seront outre ces obligés de réparer le dommage, à peine aussi en cas de récidive d'être punis arbitrairement suivant Texigence du cas, toutes lesdites amendes applicables la moitié au Dénonciateur, et l'autre moitié à l'Exploiteur.

» Ordonne Sadite Altesse Sérénissime au Mayeur du lieu, de tenir la main à l'exécution de la présente Ordonnance, qui devra être affichée à rentrée de la Maison, afin que personne n'en puisse prétexter cause d'ignorance, et de prêter en cas de besoin toute aide et assiëtance au Jardinier et Garde de Boisfort contre les Contrevenans à la présente Ordonnance. Fait à Bruxelles le quatorzième juillet mille sept cens trente-huit. Ëstoit paraphé, P". V^ Signé, Marie Elisabeth, contresignés, Pape/ans, d< de Morchooen, le baron Deffonseca, P, Bellanger, » Bibliothèque Royale: Section des manuscrits. Registre iiP i2G44-4^» intitulé : Recueil concernant la chasse en Bradant. In fine. L'original de l'ordonnance se trouve dans un antre recueil de la Section, Tk9 iS3oq.

répaiasear extraordinaire de la paroi. Au-dessas de cette porte, mais hoTH de son axe, se superposaient deux croisées à lint«au horizontal, quadrillées de t^arreaux solides. A ganche, près de l'arête du mur, une poterne basse, à plein cintre. Le toit, fort oblique, était d'ardoises; les crêtes en étaient décorées de deux épîB. Le corps de logis du châtelain, qui, dès le début da xvii" siècle, fut d'ordinaire le Gruyer de Brabaut, ressemblait à une ferme cossue : une habitation blanche, divisée en deux parties de hauteur inégale. La première, appuyée à la prison, avait HD étage ramassé, éclairé par deux petites et une grande fenêtres; les combles prenaient jour par trois lucarnes Au rezde-chaussée n'existait qu'une porte cintrée et nn couloir qui menait perpendiculairement à l'intérieur.

La secoude partie de la demeure, sans étage, ne montrait qu'une lucarne et, dans le bas, une fenêtre carrée. L'ensemble du bâtiment, bien que fort sobre, avait un aspect pittoresque très agréable. Le pont-levis, auquel on parvenait en franchissant une arche jetée sur l'eau paisible, avait, avec son toit de

planches et la charpente originale de ses chevalets solides, un caractère romantique. Vu mur, d'un appareil lourd et régulier, couronnait partout la berge élevée du fossé. Autour de cette muraille on ne voyait que verdures : les arbres de la forêt s'arrêtaient devant elle. La prison tout entière était enfermée dans l'écrin émeraude de Soigne. Tel Drij Borren nous est représenté par Lucas Vorstermans junior, sur une planche qui illustre Regiae Domus Belgicae, d'Antoine Sanderus. L'artiste a animé les eaux circulaires d'un groupe de canards, et d'une

barqae à bord de laquelle un homme deboat manie une gaffe. Intra miiros^ le graveur a représenté aussi une scène de chasse : Un cerf, aux bois vénérables, que force un chien, est poursuivi par quatre chasseurs : un à cheval et trois à pied. Le cavalier fait feu de son pistolet ; un des veneurs épaule son fusil, un autre, qui porte une lance, s'apprête à sonner dans son cor le hallali qui brisera du bruit de sa musique le silence du vallon.

Un arrêté du 20 mai 1786 désaffecta à l'usage des braconniers l'antique castel de Trois -Fontaines (i). Leurs Altesses Royales les archiducs Albert et Marie-Christine avaient résolu de supprimer la conciergerie des prisons de la forêt de Soigne, connue sous ce nom, et de faire transférer dans les prisons de la porte de Laeken, à Bruxelles, les prisonniers destinés à y être détenus jusqu'alors, soit pour les délits de chasse, soit pour dégâts ou «mésus commis au préjudice de la forêt». Le trésorier général, conseiller Weiss, en informant le Wautmaitre de cette disposition nouvelle, le X}révenait que « les prisonniers de la forêt seront logés dans les prisons de la porte de Laecken sans devoir payer pour cela un geôlier exprès, mais au même prix que les prisonniers actuels pour leur nourriture, à charge cependant d'entretenir les cachots et sous une reconnaissance annuelle de f. 10 à la ville ». Les prisonniers de la forêt furent désormais examinés par les officiers de la gruerie ou de la foresterie, « sans vacations extra locum ». Ils devaient être visités tous les ans par le Chancelier et tous les mois par le Commissaire du Conseil de Justice, et recevoir les soins du médecin ou chirurgiea ordinaires des prisons de la Ville de Bruxelles en cas de maladie.

Les vénérables Drije Borren ne furent plus qu'une prison de passage. On y incarcérait provisoirement les transgresseurs, qui n'y passaient jamais qu'une seule nuit : « Il a été résolu de convertir cette prison en une simple détention provisionnelle pour les délinquans, soit au fait de la chasse ou pour mesus dans la forêt, lesquels prisonniers seront toujours transportés le lendemain dans les prisons de la porte de Laecken en cette ville. » La maison du concierge, lequel avait dû déloger, fut

I^ prison supprimée

La porte de Laeken

(i) ABCHivi!;s GÉNÉRALES DU ROYAUME: Protocole da Comité pour V Administration des bois tt forêts. Chambre des Comptes j n^ 5i4, PP- 19» 20 et 21. Uq an avant, le castel était déjà en partie écroulé. L'abbé Mann, dont l'ouvrage parut en 1785, dit, en effet, t. Il, p. 234 : « Trois Fontaines .. les ruines qui se voient aujourd'hui. Il y avait autrefois un châtelain. Maintenant elle sert pour enfermer les prisonniers qui ont enfreint le droit de la chasse. » La prison ne devait plus servir que pendant quelques mois.

Prison provisoire.

Braconnier Incorrigible

Double rupture de ban.

assignée à un garde forestier, avec les jardins y attenant. Les deux bonniers de terre qui entouraient le manoir furent convertis en pépinière. Le garde en avait la surveillance ; il recevait aussi, « en simple détention provisionnelle, et pour le moment, les arrêtés qui y seront conduits, soit pour la chasse, soit pour la forêt ».

Bien avant cette époque, cependant, la prison de la porte de Laeken avait hébergé des individus arrêtés dans la forêt de Soigne. Un de ces prisonniers exceptionnels est un singulier repris de justice, dont un document inédit nous évoque Texistence mouvementée et l'incorrigible instinct de détruire : <c Son Altesse Sérénissime ayant eu Rapport de la représentation du Prince de Rubempré et d'Everberg, chevalier de Tordre de la Toison d'or, et Grand Veneur du Pays et Duché de Brabant, coutenantque feu le sieur Deschamps son lieutenant grand veneur a esté nommé officy acteur contre Guillaume van Doorne prisonnier sur la porte de Laeken en cette ville de Bruxelles, qui icelluy van Doorne par sentence des hommes de fief du Consistoire de la Trompe de Sa Ma^ Impériale et Catholique en date du i8 mars 1728 a esté condamné et banni pour toute sa vie hors de la Forest de Soigne et de tout le Pays de Brabant à peine de punition et châtiment corporel, pour avoir esté convaincu d'avoir contrevenu et enfreint les Placcards de Sa Maieste en chassant induoment et tirant continuellement du gros gibier; et de suitte ledit van Doorne ayant violé et rompu ledit banissemcnt et par ainsy encouru la peine de punition et châtiment corporel comminée par icelle sentence, Saditte Altesse Sérénissime a eu la clémence et bénignité d'accorder audit prisonnier par lettres de décret en date du 5 décembre 1726 grâce et pardon dudit châtiment corporel avec cette clause, restriction et ordonnance expresse que le banissement auquel il estoit condamné sortiroit son plein et entier effet et exécution ; cependant comme ledit Prisonnier, au lieu de rcverender et d'avoir les attentions convenables pour une grâce et pardon si singulier, a non seulement encore eu la hardiesse de violer et rompre son banissement pour la seconde fois, s'étant rendu dans cette province de Brabant aux environs de Bruxelles, mais a même eu la témérité, de se trouver encore avec un fusil dans la Forest de Soigne de Sa Ma^^*, où il a été appréhendé, de tout quoy il conste manifestement tant par ses propres confessions qu'autrement contre ledit Prisonnier; icelluy doit présentement être condamné par lesdits Hommes de Fief en conséquence de laditte sentence du 18 mars 1728 à tel châtiment corporel ou autrement comme ils trouveront en Justice appartenir, mais d'autant qu'il est fort à craindre, que ledit van Doorne qui a desia rompu iusques à deux

fois le bauissement au quel il a esté condamné, ne soit encore

assez téméraire de ne le pus observer mais de le Tioler et rompre Mairnieur nosiaigiqua.

encore dans la suite ; ce qui causeroît encore des nouveaux et

des plus grands fraîx à Sa Ma**, ledit prisonnier ayant racine

déclaré qu'il lui estoit irapossible de rester hors de la Province

de Brabant, sans avoir aucuns moyens pour vivre et subsister,

ni aucun secours à espérer; et comme il y a moyen d'empcsclier

ce misérable de ne plus commettre des pareils dclîef s et contia-

veutîons et d'encourir des peines et des châtiments plus griefs,

on le pourrait condamner à êtromis'âousla maison de correction

de cette Ville do Biiixelles p'iiir y rester et y iravailleipctidaut certain terme d'années ; mais comme lesdits hommes de fief ne peuvent porter pareille sentence et condamnntiou t^ans préalable au tli< irisation de Saditte Altesse Séréuis-simc, sujet que lo Remontrant prend Son très humble recours à Elle, en la suppliant très humblement de vouloir aiithoriser lesdits hommes de Fief du Consistoire de la Trompe de Sa Ma'* Imp. et Catli. à Bruxelles à l'effet de pouvoir condamner (au cas qu'ils trouvent la cause à ce disposée) ledit Guillaume van Doorne à estre mis et constitué dans laditte maison de correction et y demeurer et rester pour y travailler pendant tel terme que lesdits Hommes de Fief trouveront en jusUce appartenir, avec réquisition et ordonnance à ceux du Magistrat de cette ville de l'admettre, le faire garder et retenir dans laditte maison pour le temps et terme que la sentence portera. Ce que considéré, et eu égard aux récidives et déclarations dudit van Doorne, Saditte Altesse Sérénissime a authorisé et authorise par cette les pre-

de Trols-Fonlalnes.

dits Hommes de Fief de porter, prononcer et faire exécuter à sa charge telle sentence qu'en Justice ils trouveront appartenir, ordonne en conséquence à ceux du magistrat de cette Ville de le recevoir, faire garder et retenir dans la maison de correction au cas qu'il y soit condamné pour y travailler pendant tout le temps que la sentence portera ; si ordonne à tous autres qu'il appartiendra de se régler et conformer selon ce. Fait à Bruxelles le 16 janvier 1780, estant signé Marie Elisabeth et plus bas : Par ordonnance de son Altesse Sérénissime. Signé, F. Gaston Cuvelier. — Accordé à son original et quod attestor comme Greffier du Consistoire de la Trompe de Sa Ma^ Imp. et Cath. à Bruxelles. J. A De Fraye (i). »

Ruines du chftteau Le châtcau de Trois-Fontaines tomba rapidement en ruine.

Un dessin de Paul Yitzthumb, exécuté à l'encre de Chine et conservé au Cabinet des Estampes (2), nous le montre fort délabré. L'eau a disparu, le pont-levis également; une grossière palissade entoure le Petit Castel d'un cercle étriqué. Au bâtiment isolé, on a substitué deux vilaines granges couvertes de chaume, lia moitié de l'ancienne habitatiou du gruyer a été jetée bas et le doujon, encore intact cependant, est fort lamentable. Complètement abandonné il s'écroulera bientôt. Aujourd'hui, à l'endroit où il se dressait, on ne voit plus qu'une jolie ferme, construite en partie sur les fondations primitives de l'antique prison.

Les ducs de Brabant utilisaient souvent le château comme maison de chasse. Voici, en effet, ce que rapporte Butkens : « Le prince a aussi une maison de chasse à Groenendael, qu'on appelle la maison de Ravesteyn (3). Il en avoit aussi une aux Trois fontaines, vulgairement nommée Dryenborren, mais les guerres, les incendies et les injures du temps n'y ont laissé que les ruines; il y avoit autrefois un Châtelain, mais aujourd'hui elle sert au grand veneur pour y mettre les prisonniers qui ont péché contre le droit de chasse ».

(1) ARCHIVES DE LA ViLL£ DE BRUXELLES. Farde Intitulée : Consiatorie oan deii Horen.

(2) Registre n^ 23617. Ce dessin a servi de modèle à une planche de A. Boens, reproduite quelques années plus tard par le lithographe Burggraaff.

(3) L'auteur des Trophées fait sans nul doute erreur sur la situation de cette maison, construite sur le territoire de Tervueren. Aujourd'hui la demeure dont il s'agit est devenue la métairie de Ravesteyn ; elle se dresse a l'entrée de la forêt de Soigne, et sert de pavillon de chasse à Léopold II, depuis un quart de siècle. Nous esquisserons l'histoire du aastel de Ravesteyn dans le cinquième chapitre de ce livre.

Le haras de Groenendael avait été construit en i6i3 par Albert et Isabelle, à Touest du prieuré, non loin de l'endroit où le duc Antoine avait établi naguère un haras d'où il tirait d'excellents chevaux de chasse. Les juments y couraient en liberté; de là leur nom de Wilde peerden et celui de Peerdenberg donné au coteau où ils paissaient d'habitude. C'est à Mariemont que le gendre de Philippe II se décida tout d'abord à construire un haras : a En l'an i6o5, le Sérénissime avchiducq Albert, et la Sérénissime Infante Isabella Clara Eiigenia, commencèrent la disposition du Haras ou jumenterie au lieu de Mariemont, enserrant au parcq illecq le nombre de seize juments, les plus belles qui se sçurent trouver, lesquelles y furent quelques années, par après se passèrent au bois de Soigne, à raison qu'audict Mariemont la plus grande partie de nourrissons y perdoit la veue; et la résolution prinse de les mettre au lieu nommé encore pour le présent Peerdenbergh au bois de Soigne, auquel du paravanten temps des Ducques anciens de Brabant, y avoit encore un haras, et ayant esté trouvé plus à propos de le mettre à l'opposite du Prioré de Groenendale en un lieu, dict vulgaii-ement les Bonniers, où il est encore à présent, maintenu avec le seing et curiosité désirez. En sorte que du dict Haras au temps des Archiducques on a envoyé chevaux, tant à Sa Majesté impériale, comme aussi à plusieurs Potentats, qui les ont fort estimé, tant pour la bonté, que beauté, les esgallaut aux chevaux d'Espagne et Italie, jusques à tant que Sa Majesté le Roy notre Sire en a décidé, et on en a envoyé plusieurs chevaux, que juments au Roy don Philippe le troisièsme, et quatrièsme. Par après du vivant de la Sérénissime Infante Dona Isabel, on a donné au Ducque d'Orléans, qui les a menés en France à son départ du Pays-Bas, fraignant d'aller à la chasse du Renard, et aussi du paravant lors qu'il alla en France avec quelques trouppes nostres. Iceux chevaux sont de longue vie, et entre eux y en a eu un nommé Argentin, qui a l'âge de 19 ou 20 ans a servi d'estallon, et pour le présent y a de sa rasse audict Haras, et tellement envie pour sa beauté, bonté, etc., noblesse, qu'à l'âge de 21 ans on la menné en Hollande à l'effect que dessus (i). »

Le haras eut successivement comme « seigneurs Commandantz » : Le comte de Solre, Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or, grand Ecuyer des Archiducs ; le comte de Bruay, premier Cai7a//er/ce ; le comte Danjo ver, grand Maître d'hôtel et grand Ecuyer des Archiducs; Don Diego Messia, premier Cavallerice ; le comte de Camelerio, Chevalier de l'Ordre de la

Haras de Groenendael

Peerdenbergh,

L'étalon « Argentin >.

Directeurs du haras.

(i) Antoine Sanderus : Regiae Domus Belgicae. En français dans le texte.

Le^ Installations.

Pontalne monumentale.

Les écuries.

Toison d*Or, grand Ecayer des Archiducs ; le duc de Havre, grand d'Espagne, grand Ecuyer ; et le marquis d'Esté, Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or, gprand Ecuyer de son Altesse don Fernando, Cardinal Infant. Les seigneurs commandants eurent sous leurs ordres les officiers que voici : Jean Paul del Campo, Cavallerice; le seigneur d'Arley, avec instruction; Jean Léonardo Tregallo, Picqiieur; Caspar Collart et Gabriel Berg, « Fourrier-major de l'Escurie et Directeur ».

Les installations du haras étaient fort spacieuses, fort heureusement comprises. Au milieu d'une plaine, qui couvrait au début i5o bonniers complètement défrichés, plaine encadrée par les hauts arbres de la forêt, se dressait la demeure des seigneurs commandants et des officiers. C'était un bâtiment à un étage; la façade avait environ le double de la profondeur. A angle droit s'y amorçait un pavillon qui la coupait en deux tronçons inégaux : Celui de gauche avait quatre croisées à petites vitres en losanges à l'étage et au rez-de-chaussée; celui de droite, deux fenêtres identiques. Deux colonnes à chapiteaux flanquaient l'arcade de la porte; au-dessus de ceile-ci se découpait un vaste cartouche. Entre les deux fenêtres de l'appartement, de proportions imposantes, ou avait sculpté dans la pierre le blason de la maison d'Espagne, encadré de l'aigle de la maison de Habsbourg. Une lucarne, richement ornée de volutes, surmontait la corniche. Les pignons du castel étaient à redans : des motifs en chêne soutenaient la corniche du toit d'ardoises, construit en avancée.

Bâtie contre le pignon de gauche, une tour carrée dominait les alentours; elle ne comptait que deux fenêtres, tout à hou sommet. Le capuchon charmant de son faîte, percé d'une minuscule lucarne de chaque côté, élevait vers le ciel un orgueilleux et imposant épi décoratif. Derrière ce château courait une palissade. Devant le pavillon une fontaine monumentale, au couronnement pointu, emplissait d'eau une vasque sexagonale Deux rangées d'arbres coupaient longitudinalement la plaine où gambadaient les jeunes chevaux et où les palefreniers les faisaient courir le matin.

C'est de chaque côté de ces cordons de verdure que s'étendaient, fort pittoresques dans leur asymétrie voulue, les huit bâtiments, sans étage, de la a jumenterie ». Il y en avait quatre à gauche et quatre à droite. Ecuries et magasins formaient deux pâtés de constructions extrêmement simples, où les chevaux devaient être fort à l'aise, car l'espace n'y manquait point. Au fond du paysage, à une demi-lieue de distance, surgissant au-dessus de la futaie, le clocher de l'église abbatiale de Groenendael pointait son aiguille légère et élégante dans le ciel

clair. SanderuB, qui publie une gravure sur cuivre non signée du haras, mais due probablement à Lucas Vorstermans le Jeune, lui donne une appellation plutôt barbare : Hippotrophejon Ducis Brabantiaie; on disait aussi parfois de Binders, à cause du grand nombre de bonniers de bois qu'il avait fallu sacrifier pour son installation. C'est encore le nom de « Les Bonniers » que porte l'endroit de la forêt où se dress lient les établissements.

L'existence du haras de Groenendael fut éphémère. Nous avons vu, dans le chapitre précédent, les incidents que souleva, au sein de la Chambre des Comptes, sa conservation coûteuse. Après la mort des archiducs, elle demanda avec instance au Conseil des Finances la suppression de la jumenterie, qui engloutissait chaque année, et sans aucune utilité, des sommes considérables. Ce n'est néanmoins que sous le règne de Charles II Suppression du haras d'Espagne qu'elle fut abolie. La Chambre avait cependant, on *°"' hariesi . ne l'ignore pas, tout fait pour amcucr plus tôt cette suppression. C'est en tenant compte de ses observations que Don Juan d'Autriche, capitaine général des Pays-Bas, insère un article spécial dans son Placard touchant la livraison des bois, daté du mois de mars 1657. Eu lisant cet article, le cinquième et dernier, ou comprend combien étaient justifiées les incessantes alarmes des magistrats : a Et attendu que l'on remarque qu'un grandissime desgast des dicts bois se cause aussi par les juments, poullains et bestes à corne de nostre-dict haras, lesquelles fil à fi 1 qu'une taille est despuée du bois qu'elle a produict, la despouillent aussi tost des rejectons qu'elle furnist jusques à la que cela n'arrive point seulement es tailles voisines à nostre dict Haras, mais aussi aux plus esloignées : Nous ordonnons au garde de nostre-dict Haras de restraindre le nombre des bestes à corne, autant que faire se pourra, et les envoyer paistre avec les jumens et poullains aux tailles le plus voisines seulement et lesquelles luy seront désignées par lesdicts de notre Chambre des Comptes en Brabant. E>tant au sur-plus notre intention et volonté que lesdits de notre Chambre des Comptes en Brabant auront à faire rendre bon et léal compte aux administrateurs, ou directeurs de notre-dict Haras, des grains, foing, paille et avoine de vingt- trois bonniers déterres labourables, et de vingtquatre bonniers de prairies, et des fruicts procédez des vergers, jardins et viviers qu'il y a en nostre-dict Haras, et ce d'an en an et depuis qu'il en ont eu Tadministratiou respectivement (i). »

(i) Placcaerten oan Brabandt, t. III, p. ao3.

— ago —

D'autres haras s'élevèrent plus tard Bur le territoire domanial. ■ En 1784, dit DoulcetPontécoalant, M. le duc d'Arenberg et l'abbé d'Affllghem établii-ent deux haras, dont les premiers succès en permettaient de plus cousidérables, lorsque les révolutions et la guerre les forcèrent à abandonner ces établissements, dont il n'esiste plus aucune trace. Profitant de cet exemple, je formai le projet d'un haras départemental, que j'adressai au ministre de l'intérieur, au mois de Pluviôse de l'an IX. Je proposais de l'établir dans le parc de Tervueren, domaine national non vendu, à quntre lieues de Bruxelles, et qui me paraissait propre à cette destination. Le ministre accueillit d'à bord ce plan avec beaucoup de faveur, et me pi cssa par sa lettre du 2 Vent('ise de la même année, d'en faire l'objet d'une entreprise à long terme. Mais soit que le ministre crut devoir différer de s'occuper de ce projet, soit que le gouverne-

ment ait jugé plus utile d'encourager les entreprises particulières par des primes et autres moyens d'émulation, il n'a pas ét« donné suite à ce travail (i). »

Un an après la rédaction de ces lignes, c'est-à-dire le 4 juillet 1806, un décret ordonna de réunir à Tervueren une soixantaine d'étalons, dans les écuries construitCH par Cliarles de Lorraine et occupées aujourd'hui par les montures d'une brigade de gendarmerie. Ce haras n'eut pas le temps de donner beaucoup de produits. La chute de l'Empire causa la ruine des

(i) Mémoire cité, p. 12.

établissements créés sur la proposition de l'intelligent préfet du département de la Dyle

Charles-Quint prit, le 27 août i547, la mesure initiale en faveur d'une réglementation générale du pâturage dans la forêt de Soigne. Les communautés religieuses aussi bien que les particuliers furent obligés, en vertu d'un édit, de déposer à la Chambre des Comptes les titres établissant leurs droits respectifs de parcours sur le domaine. Les titres en question ont été consignés dans un volume de deux cent trente-quatre pages (i). Le volume s'ouvre par les lettres patentes de l'Empereur ordonnant à tous les intéressés de faire enregistrer leurs privilèges, et cela à cause des abu8 quotidiens qui se commettaient dans les bois. Le souverain rappelle que des couvents et des citoyens avaient obtenu, de lui et des ducs et duchesses de Brabant, ses prédécesseurs {van onz oft onsen voervaderen hertogen en de hertoginnen van Brabant), la permission de conduire dans les prairies et places vagues de Sonien certain nombre de bêtes. Mais bientôt les animaux allaient paître dans les jeunes tailles, broutant et dévorant les pousses et causant ainsi aux finances ducales un dommage considérable. Ces dégâts iraient grandissant si on ne s'occui)ait <iésormais de les prévenir. (Ende noch meer zyn sonde indien hier op by onze nyet en wordde verzien.)

Voulant conserver le domaine intact et le transmettre à ses successeurs, Charles-Quint charge la Chambre des Comptes de faire annoncer à Bruxelles et dans les franchises et villages entourant Soigne, que tous religieux et laïcs, appartenant à n'importe quelle condition, sans exception aucune (nijemande vuytgescheyden), et prétendant jouir delà faveur du pâturage, doivent communiquer endéans le mois, dans les six semaines au plus tard, aux membres de la Chambre des Comptes, les lettres et privilèges établissant leurs droits. Ceux qui ne se conformeraient pas à cette ordonnance, perdraient tous leurs avantages. Ces documents seraient transcrits dans un registre du Conseil des Finances par les soins du Chancelier. L'Empereur exigeait aussi que la même ordonnance s'appliquât aux propriétaires dôs maisons ou huttes édifiées sur le territoire de la forêt. Les défaillants se verraient définitivement dépouillés de leurs biens : demeures et masures seraient démolies et rasées à bref délai... (hutten ende woeningen gedemoleert ende affgeworpen te worden.)

Le messager à cheval du Conseil des Finances, Jan Bode publia, selon le cérémonial habituel, le placard de l'Empereur,

Réglementation du pâturage en Soigne

Enregistrement des privilèges.

Publication du placard.

(i) Archives OÉNÉRAI.E8 du Royaume, n» 5o2.

à la bretèqne de l'hôtel de ville de Bruxelles, le 23 neptembre. Il procéda de même : le 29 septembre à Uecle, Rode et Halfienbcrge; le 9 octobre à Overyssche ; le 16 octobre à Watermale et Holair; le 18 octobre à Linkeboke; le 25 octobre à Duysborch, Viiereii et Wesembeke; le 26 octobre à Maleusen ; le 3o octobre à Oudregliem, Sint-Laureyz-Woluwe, et Siiit-Peeters-Wolnwe; le i3 novembre à Vossem; et le 20 novembre à Droogenbossche et Dorrepe. La proclamation se fit à Theure de la première messe, de la grand*messe et les jours de marché. Et pour que nul n'en ignorât, avant de partir le messager avait collé sur les portes des maisons communales et des églises paroissiales, une copie de Tordonnance de l'Empereur. Le même « messagier» publia l'ordonnance à la bretèque de l'hôtel de ville de Nyvelle le i'-*" octobre; le 2 octobre il fut à Brayne la Leux et Ohain; le 9 octobre à la Hulpe; et le 28 octobre à Gueneval et Rozuren.

Les ayants droit. Multiples furent ceux qui firent valoir leuis droits. Nous

constatons que, à Waierlooset Cluyzen, avaient la permission (le faire pâturer des quantités plus ou moins grandes de bétail et de chevaux : la ferme de Waterloos, appartenant à l'abbaye de Vorst; la ferme de Cluyzen, appartenant au couvent de Jérico; le couvent de Bethléem, près de Louvain ; la « maison » de Mont S* Jehan; le couvent de Boys S*" Ysaack; le mimlin de Metsipont ou Marchipont. A Ransbeke et Hulpen, la censé de Gulmaerdc, appartenant à Adrien Douvrin ; à Roode, l'abbaye dk5 Zeuenborre posoédait également des privilèges. Puis nous trouvons, à Alsenberge : le moulin ten Broecke, le couvent de Xyzelle, la métairie de Boerdale. A Watermale, l'abbaye de Roode ncloosler, la ferme de Wesembeke, la ferme ter Linden. A Boitsfort, les lieutenants, receveur et compagnons de la vénerie; la ferme appartenant aux héritiers de Aerts van Peede. A Ondregem, le couvent de Val-Duchesse. A ten Bossche, l'abbaye de la Cambre, les fermes de Lansroode et de ten Bosche. A Uccle, Droogenbosche et Carloo : les fermes de Hoirne, de Overhem, de Carloo et de Schaleys. A Linckenbeke, la métairie de Hombosch. A Ter Vueren : les fermes de Melyn, de Jaune van Herdewyck, de Vossem, des héritiers de Philipus van Meerbeecke; le borgh grève de Vueren. A. Duysborch : la ferme ter Srhueren. A Overyssche, les fermes d'Yssche et d' Overyssche, de Droogenberge et de Vroonenberge. A Hoolaer : l'abbaye de Gruenendale, les fermes ou hoff de Doenberge, de Ferrendeys, de Loqueyden ou Laguewe, de Roelant Abseloens, de Arnoul Disque, de ten Hoiit; la paroisse de Hoolaer, et les chapelains de Dryenborren et de Hoolaer.

Certains de ces privilèges remontaient au xiii^ siècle. En effet, le duc Jean accorda, en 1281, au chevalier Arnoul Dishe, le droit exclusif de pêcherie sur la rivière Hellepe, et de pâturage sur (c la sente qui vient Dishe » vers la Hulpe. On peut concevoir l'animation de la forêt au xvi® siècle, lorsqu'on songe que plusieurs établissements religieux avaient le droit de mener en Soigne des troupeaux comprenant cent moutons, soixante vaches, trente cochons, des chevaux et des bœufs. Des milliers d'animaux sillonnaient les chemins, occupaient les ])rairies, y mettaient tout l'été l'harmonie bigarrée et chaude de leurs pelages. Et l'on conçoit aussi combien il était difficile aux bergers et aux vachers de tenir leurs troupeaux dans les limites obligatoires et d'empêcher leurs bêtes de gagner les sous-bois et d'y commettre des ravages. Il est vrai que les punitions prévues par les Keurboeken étaient sévères. Nous les avons examinées dans le chapitre précédent. Cela n'empêchait pas les privilégiés ou leurs gardiens d'outrepasser les droits qu'ils détenaien*:, déjouant la surveillance des rares gardes chargés de faire observer les ordonnances ducales.

Par une lettre du 14 jnin i54g, la reine douairière Marie de Hongrie chargea une commission d'examiner les actes et titres communiqués à la Chambre des Comptes par les religieux et les laïcs qui se prévalaient de leur droit de pâture. Cette commission était composée de Janne Scheyf, membre du Conseil privé de l'Empereur, Nicolas Oddart, Jeromme van Hamme et Gielis Cleerhage, conseillers et maîtres de la Chambre des Comptes du Brabant. Elle se réunit le 21 de ce mois, prit connaissance des documents et rédigea un rapport circonstancié. La commission estima que les abus et les fautes étaient imputables moins aux libertés des privilégiés qu'à la négligence et à la faiblesse des officiers de la forêt; et elle croyait que la sévérité des gardes, les « calenges » immédiates infligées aux délinquants, suffiraient pour abolir tous les abus anciens et prévenir les autres. Elle recommandait aussi d'obliger les forestiers de tenir la main à la stricte observance du Keurboeck; elle proposait, après avoir entendu le lieutenant woutnieester^ de reviser la partie du Keurboeck concernant l'entretien de la forêt de Soigne et d'y introduire quelques articles supplémentaires. C'est probablement à la suite de ces remarques que Philippe II modifia, en i564 (vieux style), par son ordonnance du 10 février, le Keurboeck de 1460, promulgué par le duc de Bourgogne

Au lieu de s'efforcer non pas de ne plus accorder des faveurs nouvelles, mais de tâcher de diminuer le nombre des privilèges existants, les successeurs de Charles- Quint augmentent la liste de ceux qui pourront envoyer en forêt les animaux de leurs

Privilège de 1281.

Lettre

de Marte de Hongrie :

Avis de la commission spéciale.

Révision Au Keurboeck.

Privilège nouveau.

Règlement sur le charriage : 1660.

Vettrboeck.

Mal 1733.

Nouveaux pâturages.

fermes. C'est ainsi que le 22 octobre 161 7, Albert et Isabelle concèdent à Jacques Woislanski a ayde de Chambre de nous archiducs et nostre lieutenant faulconnier », qui possède (c certaine censé proche de Halle dite Cruitseudael, » de « mectre et chasser, pasturer, ez nostre bois et forest de Soigne, iusques au nombre de trente trois bestes, à sçavoir six bestes chevalines, douze bestes à corne, et quinze porcqs, et ce pardessus une brebiaille... (i) ».

Les cont>estations ne sont pas aplanies. Les différends surgissent même à tout instant. Le 3o avril 1660, Philippe IV renouvelle le règlement sur le charriage et sur la circulation du bétail dans la forêt, règlement qui modifie ceux de 1411 et i452. Le monarque reprend les articles du Keurboeck ayant trait au droit de pâture dans les bois et aux formalités d'inscriptions des bêtes sur le Veterboeck, ou registre conservé à la maison du Roi. Nous apprenons que les vaches, les veaux, les chevaux devaient porter une clochette retentissante au cou. Les porcs, à la saison propice, seront autorisés à aller à la glandée et à la faince, moyennant le payement des taxes ordinaires. Celles-ci devaient être acquittées, en argo.nt comptant, lors de Tinscription des animaux. Les propriétaires qui violaient le règlement étaient passibles d'amendes. Et la confiscation du bétail ou des chevaux se faisait comme deux siècles auparavant (2).

De manière à reviser efficacement le Velerboeck, le maître des Comptes Schokaert, le receveur général Hannosset, le woutmeester, et le greffier Gaspar C. Caffmeyer, se rendent les 6, 7 et II mai 1733 dans la forêt pour dresser une liste supplémentaire des endroits où la circulation des bestiaux peut être tolérée, sans danger pour Tarboriculture. Voici les parties que les commissaii'cs déterminent et affectent désormais au pâturage : la parcelle située entre la Chapelle Sainte-Anne et le vieux bois de Langhe Laey; à Revelinghe, le long du petit chemin de Lange Heyde au fort de Tercluysen ; un tronçon de la coupe de het Heuperken, depuis la barrière du bois de Seveiiborre appelé Franche heyde, en longeant jusqu'à la Cappelleken le chemin parallèle à Sonien Broeck, ou Ruisseau de Soigne; dans la coupe de Reselinghe, entre le Haeghbosch du cloître de Forest, à côté du chemin de charriage, et la chaussée de Waterloo, en face de la maison Jaques Cuyper; sur le territoire de Cxallemaerde, de Lange Délie et la Grande Drève, parallèlement au chemin appelé la Grande Hurée; une bande

(1) Archives générales du Royaume : Chambre des Comptes, registre n» 5io, folio 189 et verso.

(2) Ibidem t folios i()5 et suivants.

— agS —

da Vieux Trou des Cochons {het oudt Verkens Gat), commençant à la Drève oan Sperreheyde et finissant au grand bois de Wansdelle, tout près du chemin de Brancken ; du massif des Bunders îiGersdeUe, à proximité d'une route; dans le voisinage des vieilles coupes de Ketelheyde, un espace limité par Engelen Vyver (Etang des Anges) et les jeunes coupes vers Tervneren. La publication du droit do pâturage sur ces places fut

Châlonu c[c Touri

faite imbliqncment le 18 luai à la ferme do Woteiloo, le lendemain à la ferme de Lniitioode (i).

Pour préveuir les excès grandissants commis dans la forêt de Soigne par les riverains qui y mènent leurs bestinux et y tuent du gibier, Marie-Thérèse, sur la proposition de son beau-frère Charles de Lorraine, publie, le i3 février i^SS, une ordonnance dont les vingt-deux articles indiquent les amendes dont les contrevenants seront désormais passibles et quels sont les

(t) Lorsque, en vertu de la loi du 3 février i843, la Société Générale rétrocéda au gouvernement belge la forêt de Soigne, on constata que beaucoup de proprié tairoe riverains jouissaient encore du droit <lo pâturage et de parcours sur le territoire sylvestre. Seul le privilège de la m&lsou d'Arenberg tut racheté plus tard. Lee autres privilèges lombërent eu désuétude; anéantie pour non-usage, ils sont atteints maintenant par la prescription. Cependant, certains de ces droits étaient considérables; ainsi ie censier de la ferme de Havestoyn, à présent castel royal, était autorisé à faire paitre en Soigne : '2. ctievaux, 4S vaches ou s génisses au lieu de chaque vache et 80 porcs. Aujourd'hui le domaine se trouve par conséquent libéré de toute charge. Archives des Eaux et Forêts

— agô —

La coupe des herbes

Règlement.

Taxes.

Emeute à Boltsfort

devoirs à remplir par les officiers et gardes de la forêt pour éviter les dégâts ultérieurs. Cette ordonuance fut publiée à la grande bretèque de l'hôtel de ville de Bruxelles, le 24 février suivant, en présence de l'amman, des bourgmestre, échevins, trésoriers, maîtres de rentes et membres du Conseil (i).

Le Conseil des Finances, par une lettre du ai juin 1786, réglementa la coupe des herbes « dans les quinconces et dans les endroits phmtés en ligne le long des chaussées ou grands chemins ». Le premit^r article maintient les articles 35 et ii5 du Keurboeck, défendant de couper la végétation. « Mais, dit l'article second, comme il s'agit de combiner autant que possible la conservation et l'alimentation du bétail et l'avantage du peuple dans la forêt avec les règles que la conservation de la forêt exige. Nous avons résolu d'étendre par provision les permissions de coupper des herbes dans tous les endroits qui sont plantés en quinconces, ou en ligne le long des chaussées ou grands chemins dans la forêt, à la distauce de quelques verges, ainsi que dans toutes les routtes de chasse, de vuidanges et autres ». Les permissions furent accordées moyennant un payement de vingt-huit sols. Elles ne pouvaient être délivrées par les officiers de Soigne qu'aux pauvres gens qui avaient besoin d'herbe pour nourrir leur bétail, et « à ceux qui paroitront les plus honnêtes ou dont vous aurez le moins à craindre pour les dégâts ». Les forestiers sont pi-iés aussi de distribuer les permissions en tenant compte de l'importance de chaque canton, de façon que tvmt indigent ait sa part suffisante et qu'il n' « y en ait trop qui puissent couper dans le même endroit ».

C'était là une recommandation sage ; il arriva plus tard, parce qu'on ne l'observait pas assez, des différends entre les pauvres jouissant dn privilège, sous prétexte qu'ils étaient plus ou moins avantagés que leurs camarades de misère. Les abus du pâturage engendraient, eux aussi, des incidents, parfois très violents. Le plus extraordinaire est celui dont la forêt fut le théâtre pendant l'été de 1786. Une missive envoyée le 29 juillet, parle Conseil des Finances, au WautmsLitre, nous le décrit de manière laconique, mais évocative : « Très cher S'" et Spêal ami. En réponse à votre lettre du 28 de ce mois, par laquelle vous nous informez d'une émeute de deux à trois cent personnes qui se seroit passé dans la forêt de Soigne du côté de Boitsfort occasionnée par un exploit que le garde de lagruerie Royale, Minet, avait fait en arrêtant un troupeau de cochons qui paturoit induement, nous vous faisons la présente pour vous dire que

(i) Archives de t.a Vn.i.B de Bruxelt.es. Farde intitulée : Police des Bois,

à la suite d*éineutes.

pareils excès ne pouvant rester impunis, vous aurez à faire les devoirs de votre office pour connoitre les coupables de cette émeute et leur faire subir les peines les plus sévères dont un cas aussi grave est susceptible. » Nous ignorons les suites de cette émeute extraordinaire, les documents des Archives n*en faisant point mention.

C'est vraisemblablement à la suite d'incidents pareils qu'on Mesures prises

adresse vers cette époque un rapport au roi au sujet de l'interprétation de l'article 12 de l'Instruction du Gruyer de l'année i545 et de celle de l'Edit du 20 août 1767 ayant trait aux poursuites à intenter devant les ce Consistoires Roiaux établis dans les chef- villes à l'égard des foules de chasse commises par attroupement avec résistance aux gardes, violence ou autre circonstance aggravante quelconque, soit que ces poursuites se fassent en vertu du droit exclusif des officiers de la Vénerie de Sa Majesté quant aux franches garennes qui lui appartiennent, soit qu'elles se fassent par prévention ou à la réquisition des officiers ordinaires d'autres jurisdictions ». Le souverain fait rédiger une ordonnance spécifiant « que dans tous les cas où le Graud Veneur et le Gruyer de Brabant seront soit privativemeut à titre de leur office, soit par prévention ou par réquisition des officiers ordinaires autorisés à faire la poursuite de quelque contravention au fait de la chasse en conformité des ordonnances émanées en cette province et nommément de l'instruction de l'année i545 ; ils pourront et devront envelopper dans cette poursuite toutes les circonstances d'attroupement, de résistance aux sergens ou d'autres violences qui auront accompagné la même contravention (i) ». L'ordonnance, en deux articles, ajoute « que les informations préparatoires relatives à ce sujet, devront être prises par l'autorité du Consistoire établi dans la chef-ville au quartier de laquelle le fait aura été commis, et auquel seul il appartiendra de prendre connaissance du procès criminel qui en résultera quand même les délinquans seroient tous ou en partie domiciliés dans un autre quartier, sauf qu'en conformité de l'Instruction de la grurie de l'année i545 l'affaire devra être portée à la décision du Conseil de Brabant lors qu'il y écherra peine de mort ou de mutilation... (2) ».

Cette question des herbages avait pris, à la fin du régime autrichien, une importance qu'on ne soupçonne guère. Nous l'apprenons grâce à une requête adressée, le 3o novembre 1787,

(i) A&cmvES DE LA Ville de Bruxelles. Farde intitulée : Conaistorie van den Horen (a) Ibidem.

- agS —

Coupe des herbages Interdite : 1787.

Conséquences désastreuses.

Faux prétexte.

aux Etats de Brabant,par les syndics des Nations de Bruxelles, avec l'appui des « commissaires du Troisième membre de la Ville d'Anvers et des Troisième et Quatrième membres de la Ville de Louvain ». La coupe des herbages dans la forêt de Soigne venait d'être formellement interdite. Cette interdiction en quelques mois avait eu une influence énorme sur l'économie rurale de tout le duché. Les mandataires des métiers parlent tout d'abord de la défense qui frappe l'entrée de différents produits étrangers, pour s'occuper finalement de la sortie du bétail gras de la West-Flandre, du Franc de Bruges et de la Chatellenie de Courtrai, autorisée par le gouvernement, à partir du i8 octobre, et qui devait se prolonger jusqu'au i®*" janvier 1788. Les syndics examinent longuement cet objet « corrélatif à la cherté excessive des vivres et des denrées de premier besoin ». Ils exposent que « les plaintes les plus amères, mais aussi les plus vives, que nous recevons sans nombre de toutes les classes du Peuple, nous engagent, même nous forcent d'entrer en discussion sur cet objet ». La défense de la sortie du bétail des autres provinces de Belgique, et notamment du (c département » de Bruxelles, avait été faite par une déclaration du 24 septembre, à la suite des observations des syndics. Les raisons qu'ils faisaient valoir alors s'appliquent également aux localités d'où le bétail peut être expédié encore de l'autre côté des frontières : ce Le prix exorbitant de toute espèce de Viande, des chandelles, du Beurre et d'autres vivres est au-de-là de la portée, non pas seulement de l'ordre commun du Peuple, mais de l'ordre supérieur. » La disette règne partout. A côté de la cause générale, il existe des causes particulières : « Dans les cantons de la foret de Soigne, on en rencontre une, qui ne se trouve pas ailleurs, mais qui ne concoure pas moins avec la cause générale, et elle n'occasionne pas moins de torts à plusieurs égards qui influent sur la généralité. »

Laissons ici la parole aux suppliants : « Mais, Messeigneurs, puisque vous avez eu la direction ou régie de cette Forêt, du tems que vous avez eu une partie des Domaines de Sa Majesté en admodiation, l'administration vous en est parfaitement connue, nous ne dirons pas, que de ce tems la régie était beaucoup meilleure, ou qu'à présent elle ne vaut pas, on nous accuseroit d'adulation; nous observerons, que depuis certain tems il est rigoureusement défendu aux manans de couper l'herbe qui y croit. Cette défense a eu pour vue de mieux conserver les fans, ou pour prétexte qu'on détruisoitle gibier, par conséquent les plaisirs de feu Son Altesse Royale.

» Ce prétexte, quoique faux, n'a pas moins été goûté : on trouve toujours des personnes, qui pour faire valoir leur zèle

inventent des causes simulées, et pour peu qu'elles semblent tendre au bien-être du Prince et aux plaisirs des Gouverneurs généraux, elles trouvent de l'appui, même elles s'exécutent sans qu'on prenne la peine de les approfondir, et sans balancer le prétendu bien, qui en peut revenir contre le préjudice, et le tort, qui en doit résulter ; c'est précisément ce qui s'est fait par rapport à la susdite défense de couper l'herbe dans la Forêt, le bien qu'on a proposé étoit donc la conservation du gibier, et par conséquent les plaisirs de 8. A. R.; le mal qui en résulte, et qu'on a déguisé ou négligé d'exposer est 1^ le dépérissement de la Forêt, 2^ la ruine de plusieurs familles, qui entraîne plusieurs conséquences nuisibles à la généralité. )>

Ces conséquences, les intéressés les énumèrent plus loin dans leur requête, qui forme une brochure imprimée de seize pages (i) : a Cette défense de couper l'herbe dans la Forêt fait, que nécessairement elle reste croître, qui ne préjudicie rien la première année, mais qui la seconde et les années successives fait, que les glands et autre graine, qui tombent, ne peuvent parvenir à terre pour y germer et prendre racine ; si par hasard l'une ou l'autre y parvienne elle est rongée par les souris, car il est sensible, que cette masse d'herbe sèche attire les souris champêtres, qui les rongent, d'où il résulte un défaut universel de jeunes plançons, qui ci devant repeuploient la Forêt sans fraix, et sans peine : cette herbe sèche fait aussi, que ces cantons de la Forêt sont exposés à être incendiés très facilement, comme l'expérience a déjà constaté plusieurs fois. Elle opère un dépérissement de la Forêt, qui ne se garantira, qu'a gros fraix, aux quels cette partie des Domaines sera infailliblement assujettie, à moins qu'on ne préfera la dérodation, de laquelle suivra, qu'on devra tirer le bois, si non de l'Etranger du moins d'à plusieurs lieues de distance, qui augmentera encore infailliblement le prix, qui depuis quelques années est déjà fort excessif.

» Cette défense de couper l'herbe dans la Forêt de Soigne, produit encore un effet plus directement relatif à la cherté des Vivres. Il est sensible, Messeigneurs, et vous connoissez mieux que la plus part du Peuple, que cette défense met plusieurs milliers de manans dans la cruelle nécessité de se passer des Bêtes à cornes, on ne croiroit jamais qu'il en résulte un déficit de plusieurs milliers de Bêtes à cornes, qui d'après un calcul fait monte salvo justo à 18 ou 20 mille... »

Les syndics des Nations énumèrent ensuite la quantité énorme de veaux, de peaux de tannerie, de lait, de beurre, de fromage

Cherté des vivres.

Manque de bétail.

(i) Archives de la Ville de Bruxelles, u<> I258i6.

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que produirait autrefois ce puissant troupeau éparpillé dans les communes sylvestres; le nombre de porcs engraisHés par les rébuts, les engrais provenant de tout ce bétail et les dépréciations qui résultent maintenant de cette pénurie d'engrais pour l'agriculture. Les signataires de la pétition déclarent avec une admirable franchise — après avoir constaté que la coupe d'herbe, loin d'être préjudiciable à la forêt et aux intérêts du

souverain, a donné un incontestable bien-être à tous les habitants du pays — que l'interdiction n'a été demandée et obtenue que par un personnage puissant voulant servir ses intérêts particuliers. Et, avant d'examiner en détail la source générale de cette inquiétante disette, les représentants des corporations souhaitent que les Etats de Brabant délivrent le duché « d'une régie aussi désastreuse à la Forêt, que préjudiciable tant au souverain qu'au peuple ».

Nous avons remarqué que les lois sur la chasse étaient peu rigoureuses en Brabant, où tout le monde avait le droit de chasser.en se conformantàcertaines conditions. Tous les délits

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se prescrivaient au bout d'un an. Il y avait des pénalités assurément singulières. L'homme qui tuait, par exemple, un cygne domestique, payait d'abord une amende de soixante réaux. Puis on suspendait le cadavre de l'oiseau par la tète à une poutre, les pattes touchant le sol ; il fallait verser sur le cygne du froment jusqu'à ce que le corps disparût complètement sous les grains amoncelés (i).

La juridiction delà Chasse et de la Pêche n'était pas aussi compliquée que celle de la Foresterie. <c Ce qu'on nomme à Bruxelles le Consistoire de la Trompe, dit l'abbé Mann, est un Tribunal dont le siège est dans la Maison du Roi sur la Grand'place. Son chef est le Grand Veneur de Brabant; il a sous lui le Gru3^er de Brabant, sept juges ou hommes de fief, un greffier, un avocat et un procureur d'office, avec un huissier. Ce tribunal tient ses séances les mardis et samedis, à lo heures du matin; il connoit de toutes les contraventions aux ordonnances et règlemens relatif à la chasse et à la pèche de quelques qualités et condition que soient les contrevenans; mais on appelle de ses sentences au Conseil de Brabant. La place de Grand Veneur est toujours occupée par une personne titrée de naissance illustre. La place de Gruycr est aussi très-importante : cet officier doit veiller à la conservation des droits de pèche et de chasse de tous les Ecclésiastiques, et même à celle des Privilèges de quelques monastères. Il peut, s'il n'est pas prévenu par le Procureur Général du Conseil de Brabant, poursuivre au Tribunal de la Trompe, tous ceux qni commettent des crimes contre les ecclésiastiques (2). »

Jusqu'au xviii^ siècle, les ducs utilisèrent d'habitude toute la superficie des garennes domaniales. Charles de Lorraine se réserva de préférence un massif de la forêt de Soigne. Sur la carte originale de Ferraris, conservée aux Archives générales du Royaume, la chasse au cerf est indiquée dans la forêt par une palissade, formée de piquets réunis par un triple fil de fer. La limite va de Stockel, où elle crée presque une parallèle avec la route de l'Abbé, à l'ouest en regardant vers le sud, suit la droite de la route de la Plaine de Stockel et se prolonge jus-

Pelne curieuse.

Le Consistoire de la Trompe en 1785.

Chasse de Charles de Lorraine.

(i) TVuer^ dat iemandt een tamme Swaene schoet, verdoroen, oft doot brochte, die Swaene sal men hanghen aen een balck binnen eene saele oft hayse daer dat ghebeurt, met de beck opioaerts, ende metten voeten nederwaerts ouerende ter eerden, ende »o »al men van booen aen den beck soo uele terme neder gieten, tôt dat den beck van de Swaen al bedeckt ia métier terwen : ende dat al lot onsen behoeff, ende de Warantmeester voor syn recht fseatich Royalen. Placcaerten van BsABANDT,t. III : Inaiructie voor den Warant-meeêter van Brabandt, p. 499'

(2) Oavrsge cité, vol. II, pp. 99 et 100.

Multiplication du gibier : 1781,

Plaintes des cultivateurs.

Ordre de parquer ou de détruire les sangliers.

qu'aux champs de la Censé Ter Rest, devenue par corruption la Censé Thérèse, à gauche de la chaussée de Wavre à Bruxelles. C'est toute cette partie boisée, jusqu'au domaine de Tervueren, qui servait à Charles de Lorraine à s'adonnera ses chers déduits cynégétiques.

On constate que nos ducs faisaient généralement fi des reproches adressés par Thomas de Cantimpré aux princes qui s'adonnaient au sport de la vénerie. L'évêque de Cambrai blâme les quatre passe-temps des grands de la terre : les exercices militaires, la danse, le jeu et la chasse. Mais c'est surtout contre cette dernière qu'il tonne de préférence : « Le quatrième passetemps est en la chasse, qui est vitupérable en ceux, qui sont engagez par leur profession de cléricature au service de Dieu, à cause qu'ils obmettent les devoirs de leurs offices, et y perdent la piété et la dévotion, et encourent d'autres périls : mesme ceux de la noblesse, qui négligent la messe et les prières journalières, qu'ont accoustumé de faire, ceux qui ont la crainte de Dieu, pour s'employer à cette exercice, le rendent vitupérable (i). » Mais il est douteux que nos souverains aient lu le Bien Universel

Après la mort de Charles de Lorraine, le gibier s'était multiplié dans la forêt de Soigne de manière prodigieuse. Tellement qu'en 1781, Joseph II, pendant son séjour à Bruxelles, dut prendre des mesures rigoureuses pour enrayer cette progression j)réjudicinble à la culture. Les habitants de la Hulpe et de Groenendael se plaignaient burtout amèrement. « La police urbaine et rurale, dit M. le professeur Eugène Hubert, fait aussi l'objet de requêtes non dénuées d'intérêt. De tous les arrondissements forestiers émanent des doléances sur les dégâts considérables caubés par les sangliers. Les plaignants articulent des faits précis dont l'Empereur se montre ému ; il prescrit la préparation immédiate d'un règlement pour obliger les seigneurs, qui ont le droit de chasse au gros gibier, de le parquer, et autoriser tout citoyen àtuerle sanglierqui viendra sur ses terres, « à l'exemple de ce que l'on ferait pour détruire les loups ». Le Conseil privé se défie des allégations des paysans, « toujours prêts à se plaindre, tandis qu'ils sont eux-mêmes les plus grands braconniers M, et qui exagèrent singulièrement le nombre de sangliers. Le monarque ne s'arrête ]>as à ces observations de ses conseillers; son édit du ii octobre 1781 ordonne de parquer ou de détruire les sangliers dans toute l'étendue de sa domination aux Pays-Bas, et il tiendra énergiquement la main à l'observation

(i) Le Bien Universel ou les Abeilles mystiques^ p. 839

scrapalease de sea ordres, tout d'abord dans les forêts de son propre domaine (i) ».

Le distingué historien cité par nous rappelle que le 39 décembre 1781 le prince de Stnrbemberg avait écrit au Chancelier In lettre suivante conservée aux Archives de la Chancellerie des Pays-Bas à Vienne : « Le goovernement a donné les ordres le« plus positifs pour l'exécution de la loy qui ordonne ou de détruire les sangliers ou de les enfermer dans les parcs; el, tandis que leurs Altesses Royalis out déjà pourvu à la destruction dessnugliers dans la forêt de Soignes, commeàMarimoul, au point même que le reste de la chasse s'en ressentira, et qu'elles ont donné aussi des ordres positifs pour la destruction des saugliers dans foutes les autres forêts domaniales, l'ordon-

nance générale n'excepte personne de l'ob'igation de s'y conformer, et étend sur tous les propriétaires de chasse la surveillance imposée aux officiers de justice et autres. »

Dans le « Mémoire sur les points et objets essentiels dont S. M. a fait mention au prince de Starhemberg dans les conférences auxquelles le secrétaire d'Etat et de guerre est intervenu )>, nous lisons que u ... les remarques qui ont été faites la dessus, sont que dans la forêt de Soigne le gibier a été augmenté

(0 Le Voyage de Joteph II, pp. 187 et i38.

Massacre du gibier.

Projet de repeupler le domaine : 1790.

Liberté de la chasse.

parce que depuis la mort de son Altesse Royale il n*y avoit pas eu de chasse : mais que du vivant de ce prince on accordoit des désintèressemens et même assez généreusement, tant à Tervueren qu'à Marimont : que les paysans étoient toujours porté à se plaindre... ». Lorsque ces derniers eurent obtenu le droit de tuer les bêtes qui s'aventuraient sur leurs labours, ils commeucèrent un massacre impitoyable. Il cessa lorsque la forêt fut devenue presque complètement déserte.

Maintenant c'est le manque de gibier qui engendre les doléances. On essaye de repeupler le domaine. Les pouvoirs publics décrètent des mesures diverses. Le 21 juillet 1790 paraît une déclaration concernant la conservation de la chasse : « Les Trois Etats représentant le peuple du duché de Brabant; à tous ceux qui ces présentes verront ou lire ouiront, Salut : comme sous prétexte que la chasse, qui étoit attribuée aux ci-devant ducs, depuis la délivrance du pays, seroit devenue libre et commune, quelques malintentionnés se sont transportés à main-armée dans plusieurs endroits de l'étendue de ladite chasse et y ont commis nombre d'excès. Nous avons résolu, pour faire cesser cet abus, que ladite chasse sera exactement gardée et que le gibier en provenant sera vendu au profit du pays, et pour donner à cette résolution sa pleine exécution, Nous, de Tavis et à la délibération du Conseil Souverain de ce duché, avons trouvé convenir de déclarer, comme nous déclarons par les présentes :

)) Que tous les placards, édits et ordonnances émanés cidevant sur le fait de la chasse, tant à l'égard de la plaine et franches garennes, que de la chasse en général, et contre les braconniers, resteront dans leur pleine vigueur comme si elles estoient ci-insérées.

» Chargeant tous les officiers de justice et de police de veiller particulièrement à ce que les placards, édits, ordonnances soient exactement et sans dissimulation suivis et observés dans tous leurs points et aux peines et amendes y statuées (1). »

Cette ordonnance n'a pas le temps de produire aucun résultat. Les Patriotes sont battus, les Autrichiens rentrent à Bruxelles. Bientôt ceux-ci sont renversés par les soldats de la République. La chasse devient absolument libre. Plusieurs années après, moins pour mettre fin au braconnage légal qu'en considération d'intérêts industriels, les autorités françaises s'efforcent de rétablir les anciens usages, l'ancienne juridiction. « L'épouvantable destruction de gibier qui s'est faite dans ces derniers temps, dit le préfet Doulcet-Pontécoulant, l'a rendu

(i) Gazette des Pays-Bas, tïP Go, jeudi 39 juillet 1790.

très>Fare dans ce pays, où il abondait autrefois. Les cerfs, les daims, les chevreuils et les sangliers ont totalement disparu ; les lièvres, dont la forêt de Soignes était remplie, ainsi que toutes les chasses bien conservées, sont devenus très rares : et le commerce de la chapellerie souffre particulièrement de la rareté de ce quadrupède, dont le poil est la matière première la plus importante de celles qui se consomment dans ces fabriques (i). » Si le gibier disparaît, il n'en est pas de même des animaux dangereux. Le même fonctionnaire français nous apj>rend que : <€ Les loups et les renards, dont on était parvenu à purger le pays, commencent à reparaître depuis quelques années; mais Toxécution do la loi sur cette partie; de la police rurale suffit pour prévenir le retour de ce fléau (2). »

C'est pour ces motifs, sans doute, qu'on créa dans les provinces annexées une louveterie, à la tête de laquelle on plaçn, en 1810, S. A. S. Alexandre Berthier, prince de Neufchâtel, vice-connétable. Grand Veneur de la Couronne. En i8i3, c'est toujours le même titulaire, cette fois « prince de Neufchâtel et de Wagram ». Une réforme a été introduite dans l'administration : La Louveterie est divisée par conservations forestières pour les capitaines et par départements pour les lieutenants. Le héros de Marengo et de léna fut le tout dernier Grand Veneur du Brabant. Le titre disparaît avec lui.

La situation s'est améliorée aujourd'hui. Une première fois le prince d'Orange avait mis dans la forêt de Soigne une troupe de chevreuils, que les révolutionnaires de i83o capturèrent. Après lui, eu 184O, Lcopold P', à qui la chasse venait d'être réservée, fit à son tour repeupler la forêt de chevreuils; ils y ont fait souche. Au début du règne de notre premier roi, la Société des chasses à courre de Bruxelles y poursuivait parfois le cerf, un unique cerf que les sportsmen lâchaient eux-mêmes dans les bois et qu'ils avaient soin, d'ailleurs, de reprendre saus le blesser, après un hallali figuré, qui ne manquait pas de mouvement. Parmi les poursuivants les plus expérimentés, on citait surtout le comte du Val de Beaulieu et les barons d'Hoogvorst et Jules de Blbndel. Ils furent les derniers desservants de l'antique Soigne ; avec eux s'évanouit le suprême éclat de la vénerie brabançonne et le suprême chant du cor sous les majestueuses futaies. A propos de leurs exploits, Joe Diericx de ten Hamme a écrit dans ses Souvenirs du Vieux Bruxelles cette page originale et colorée :

« Et maintenant que sont devenus ces rudes disciples de

Les loups et les renards.

Création d*une louveterie : 1810.

Le dernier

grand veueur:

Alexandre Berthier.

Les dernières chasses à courre.

(i) Extrait da Mémoire statistique du Département de la Dyle, 1802, p. 83. (2) Ibidem, p. aS.

saint Hubert qui, au temps jadis, chassaient le sanglier à coups d*épieu et de flèche dans les immenses forêts des Ardennes ou de 8oîgue? Hélas ! Bruxelles en a connu la dernière incarnation, et je vais essayer de les décrire tels qu*il m'a été donné de les voir dans le temps de leur splendeur. C'était vers 1834.; ils étaient une bonne douzaine de gentilshommes brubauçouf^, le comte du Val de Beaulieu à leur tête, qui avaient loué le droit de chasse sur ce qui restait encore de la forêt de Soigne après son exploitation. Le jour fixé pour un grand hallali^ tous arrivaieut au lieu de rendez-vous, place de la Monnaie ! — c'était alors le cœur de Bruxelles — correctement vêtus en grands veneurs : toque de velours noir, habit rouge écarlate, culotte blanche en véritable ]»eau de daim ultra-collante, bottes à revers, cor de chasse on bandoulière, une dague innocente suspendue au ceinturon. Qu'ils étaient beaux ces derniers veneurs de la grande forêt de Soigne !

» Dans ce brillant équipage, sonnant des fanfares, entourés de leur meute do chiens qui hurlaient de joie, ces fidèles de saint Hubert traversaient les rues de Bruxelles. Rue de la Madeleine et Montagne de la Cour, cette chevauchée était un événement à sensation. Au son des premières fanfares, toutes les demoiselles de magasin se précii)itaicnt aux vitrines, toutes les fenêtres se garnissaient des plus jolis minois. Cette cavalcade de sémillants nemrods était autrement chère au cœui* des Bruxelloises que les plus beaux cortèges historiques. Ce qui prouve qu'alors aussi bien qu'aujourd'hui, en fait de chasse, point n'était besoin d'avoir occis la fameuse Tarasqiie de Tarascon pour exciter l'enthousiasme. Un bel uniforme de grand veneur suffisait et suffit encore !

» On comptait encore tout récemment deux membres de cette vaillante phalange de chasseurs, deux gentlemen accom2>lis : MM. le baron Léon Vander Linden d'Hooghvorst de Meysse,qui vient de mourir, < t le baron Jules de Blondel de Beauregard. Ah! ces hommes de i83o étaient de race!...

» A la suite de ce cortège sonore marchait paisiblement et mystérieusement une petite voiture, dite tapissière. Ce véhicule renfermait un chevreuil, une biche ou un brocart, quasi apprivoisé et destiné à être lâché au prochain carrefour de la forêt. On laissait à l'animal quelque quart d'heure d'avance, puis, au signal donné, la meute, les piqueurs, les cavaliers, les chasseurs Hallali fantaisiste. s'élançaient sur la piste de la bête, en sonnant le bien-aller et

poussant des clameurs : Tayaut ! Tayaut !! Une vraie chasse à cor et à cri ! La malheureuse bête, traquée, fatiguée, éreintée, affolée, finissait pai* se réfugier dans quelque cour de ferme à Groenendael ou ailleurs. Là elle était reprise délicatement et

réintégrée pour une autre occaeioD dans In tapissière. Les piqueurs sonnaient la mori du cerf et la curée. Tous les chasseurs croyaient que c'était arrivé ! La petite fête se terminait par une distribution généreuse de fuie et de bloed-panche aux chienB. Puis les chaseeurs reotraieut triomphants à Bruxelles, sonnant du cor plus que jamais.

» Parfois le chevreuil manquait. Alors on avait recours à un autre stratagème. Un homme parcourait de grand matin la

forêt de Soigne, traînant derrière lui au moyen d'une corde un sac contenant des harengs-saurs. Les chasseurs arrivaient au carrefour du rendez-vous. Meute et cavaliers suivuieut la piste du sac avec ardeur et conviction, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé l'homme aux harengs attablé dans quelque cabaret de la Grande-Espinette. Puis on sonnait la mort et on jouait du cor, pendant que les chiens dévoraient les boeatrings.

» Aujourd'hui on chasse encore dans la forêt, mais — tout dégénère de plus en plus — de simples petits papiers ! puper hunting II Voilà tout ce qu'il nous reste des Grands Veneurs de

la forêt de Soigne : une véritable chasse sous les auspices de la Société protectrice des animaux (i). »

situation actuelle. La loi du 28 février 1882 a réservé le droit de chasse à la

Couronne. Le gibier est redevenu assez abondant dans la forêt, grâce aux mesures protectrices. Il consiste surtout en chevreuils» faisans, lièvres et lapins. Ces derniers pullulent dans certains cantons : Ticton, Groenendael, Ravesteyn» et ils y causent des dégâts considérables. Les plantations doivent même être recommencées fréquemment et on se voit forcé de placer des clôtures métalliques pour protéger les pépinières volantes, co qui augmente considérablement les frais. Le lapin, comme le remarque le rapport inédit de la Commission d'aménagement x)ré6idée par M. Alexandre Dubois, est aussi un obstacle à l'introduction de nouvelles essences, car il s'en montre très friand. Il attaque de préférence le mélèze, le frêne, Torme, mais il ne respecte rien, il écorce même le hêtre et coupe le pin. C'est un animal nuisible au plus haut chef et qui, par son abondance et sa variété, éloigne les autres gibiers et nuit à leur multiplication. Au point de vue de la chasse et de l'arboriculture, il serait donc désirable de voir détruire ce rongeur nuisible sur le territoire domanial.

(i) T. II, pp. 87 à 90; 1891.

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