CHAPITRE V
Les Maisons seigneuriales
Le palais dacal de Tervueren. — La villa de Tervueren et de Duysboiirg. — Le chÀteau Charles. — Le pavillon du prince d'Orange — Le chÀteau ferme de Ravesteyn. — Le château de Bueren. — Le château d*Ys8che. — Le château de Rixcnsart. — I^c manoir d'Oheyn. — La maison de chasse do Laque wo. — Le château deD'Worp. — Le château-fort de Braino-rAlleu. — La villa do Stalle. — Le castel de Garloo.
— La villa de Watermaele. — Le manoir do Wesembeek. — Le château d'Everberg. — Le château-fort do Huldenberg.
— Le château de Dougelberg. — Le château de Loenbeke. — Le manoir de Clabeeck. — Le château de Genappe. — Le Castel de La Tour.
L'aristocratie brabançonne et la haute bourgeoisie ont conservé la tradition de construire leurs maisons de campagne à proximité de la forêt de Soigne. Les villas forment autour de la futaie une véritable ceinture de clairs et riants édifices. Autre- Ceinture de viuas. fois, leur nombre était peu considérable, car seules les grandes familles patriciennes y bâtissaient leurs demeures. Elles étaient plus imposantes aussi, plus vastes, d'une architecture sévère. Dans les vallons et sur les coteaux, elles se succédaient, à moitié cachées dans des bouquets d'arbres et dominant de leurs tours ou de leurs donjons les calmes labours environnants. « Comme tout ce bois est du domaine du Souverain, a dit Christophre Butkens, on y trouve peu de châteaux de la noblesse du pays; il n'y a que le château de Carloy qui appartient à la maison de vander Noot et au colonel Antoine de Levie, dont je n'ai rien pu apprendre de remarquable. Mais on trouve, autour du Bois, un grand nombre de châteaux des Nobles, que Diane a refusé pour ainsi dire d'admettre dans son enclos, jalouse qu'elle était de la beauté de leurs vergers et de leurs bocages (i). »
(i) Les Trophées du Brabani, III* volume du Supplément.
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Palais de Tervueren.
Henri 1" : 1200.
Exiouard III: 1340.
Les constructions.
Salle d'honneur.
Ces châteaux rivalisaient, en effet, de pittoresque et de richesse, et leurs parcs étaient tracés avec un art qui approchait de la perfection. Le plus splendide, le plus ancien aussi, fut celui de Tervueren, qui durant des siècles servit de résidence d'été, et même souvent de résidence d'hiver, à nos ducs; leurs règnes successifs laissèrent des traces d'embellissements multiples. Tous se plurent à agrandir ce majestueux manoir, dont aujourd'hui on connaît à peine la situation précise. Le berceau du palais fut la petite villa où saint Hubert mourut au VIII® siècle et que sa femme, la princesse Floribane ou Floriberte, lui avait apportée en dot. C'est Henri P^ qui, vers laoo, fit vraisemblablement construire le château primitif, composé de quatre tours massives, réunies entre elles par des murailles plongeant dans le lac, et à l'une desquelles s'appuyait la haute demeure des ducs. Marguerite d'York, femme de Jean II, — celui-là même qui signa à Tervueren la célèbre charte de Cortenberg, — fit agrandir considérablement le château. Celui-ci fut le théâtre d'événements politiques essentiels, dont les historiens nous ont conservé le souvenir.
Edouard III, roi d'Angleterre, donna en i34o, au milieu du parc qui récemment avait été élargi, un tournoi. Il se mesura avec Robert d'Artois. Sous Wenceslas, le fameux Couterel vint se plaindre à Tervueren de l'audacieuse arrogance des nobles de Louvain. Et Jean de Boendael nous apprend que Renaud de Schoonvorst conseilla au duc de ne point s'opposer à la victoire des métiers soulevés contre les patriciens. Pendant les guerres de Religion, les Etats de Brabant firent garder le manoir par une forte garnison; grâce à cette mesure, les hérétiques, qui endommagèrent et pillèrent les couvents de la forêt de Soigne, n'osèrent point s'aventurer jusqu'à Tervueren.
Le château avait à cette époque un aspect singulièrement imposant. Tout à fait entouré d'eau, il formait un ensemble de bâtiments, soudés les uns aux autres dans l'irrégularité pittoresque des modifications et des agrandissements successifs. Une vaste construction carrée, aux pignons et au faîte ornés de fleurons gothiques, dominait. Elle contenait la salle d'honneur. Devant ce bâtiment, vers le nord-ouest, se développaient deux ailes séparées, j>ar une cour, d'un groupe de maisons massives, flanquées de tours hautes et étroites, dressées sur des voûtes surgissant du lac. A l'est, trois autres tours rondes et extrêmement pesantes, à capuchon conique, accordaient entre elles des bâtisses de proportions à i^en près égales, percées de une ou de deux rangées de fenêtres à meneaux, surmontées de lucarnes à redans; celle du centre était ornée, au premier étage, sur toute sa largeur, d'une bretèque sur arceaux. L'étage
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unique de l'aile extrême, reliée à la terre par un pont de bois appuyé sur un pilier, reposait sur des arcades dont les colonnes sortaient du flot. Des contreforts soutenaient le bas des murailles; çà et là, des bâtiments trapus s'accrochaient aux assises.
Au centre de l'agglomération, par-dessus les faîtes, se profilait une tour carrée, surmontée d'un campanile. Toute une série de clochetons l'encerclaient. Plus loin, on voyait une sobre façade à redans aussi; sur le côté, une tour cylindrique dressait vers le ciel la girouette d'une flèche élégante et orgueilleuse. Une île carrée, appelée de Motte, transformée en délicieux jardin, encadré d'une double haie et coupé en quatre parterres égaux, s'unissait à la rive par un pont et au palais par une passerelle menant à une poterne à pignon ravissant. Cette poterne défendait une épaisse muraille oblique supportant une terrasse, à balustrade ajourée, communiquant avec le corps principal. L'aspect du palais était un peu barbare et en même temps prestigieux; ses constructions disparates, tout empreintes des siècles différents qui les avaient vues surgir, attiraient, séduisaient. Et le caractère splendide de cet amoncellement incomparable de choses sévères et charmantes étonnait et émerveillait en même temps.
Le château de Tervueren présentait vraiment un tableau sans égal ; il serait difficile, sinon impossible, de rencontrer n'importe où une résidence rivalisant de splendeur esthétique et de beauté architecturale avec la demeure des anciens ducs de Brabant. Les tours et les façades se réfléchissaient dans les eaux paisibles de l'étang comme dans un clair miroir ; sa limpidité était assombrie parfois par la nage des cj'gnos orgueilleux et des canards ridicules. Derrière le palais, des maisonnettes délicieuses de ligne, agrémentées de tours angulaires, émaillaient la verdure du parc. Une chapelle, à clocher carré, entourée d'arbres, tournait vers le bassin son abside surmontée d'une croix forgée. De l'autre côté du lac, ou distinguait quelques labours; plus loin, c'étaient des bois qui s'appuyaient aux premiers massifs de la forêt de Soigne. C'est ainsi que nous représente le siic une gravure sur cuivre non signée, datée de 1659 (i).
Au début du xviii« siècle, le château de Tervueren est enc(ne admirablement conservé. Au nord-est on a même construit, sur la base d'une terrasse, une annexe nouvelle. La végétation aquatique s'acnroche aux fondations du palais et rend moins dure la ligne arrêtée du flot où elles disparaissent. Des arbres ont
Tour et tourelles.
Jardin aquatique.
Au xviir siècle.
(1) Sanperds : Regiae Domus Belgicue,
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poussé coutre les murailles et élèvent leurs ramures abondantes jusqu'aux meurtrières des vénérables tours moyenâgeuses et jusqu'aux fenêtres à meneaux des coquets et sévères corps de logis. Cne grande planche, dessinée par Paulte et gravée par S.-I. Heylbrouck, nous donne une vue de l'ancien château de Ternaere du coslé du parc des Faisans (i). L'animation du premier plan fait songer à un tableau auquel auraient collaboré Pater, Watteau et Lancret. Des couples, à droite, dansent aux sons d'un orcliestre invisible; les dames ont des robes larges et
des corsages pointus et décolletés ; les hommes portent des perruques poudrées à la française. Dans l'herbe, des »:eignenrs lutinent des demoiselles, et trois eufant<< s'ébattent. A gauche du coin de parc, un gentilhomme à casaque, coiffé du tricorne, regarde trois gracieux couples qui élégamment marquent le pas d'une pavane ou d'un menuet.
Un valet au centre de ce tableau pittoresque, plein d'une exquise évocation, surveille deux chevaux. Deux chiens se mêlent aux personnages et, au point extrême, sur le bord de l'eau, une gouvernante guide la marche de deux gamines à jupes longues et d'un garçonnet habillé comme un grand. Au-dessus
(i) Cabinet des Estampe*, a. 11, a8i8. Michel HeylUrouck, graveur flamand, naquit à Gaad en i(>35. Selon Slret, 11 serait mort en ij'iS.
du niveau du lac, auquel le» relient des échelles, deux pavillons japonais abritent les cygnes princiers. Trois barques sillonnent le bassin. La plus grande, riche et ornée, porte à Tavant, à une hampe, un flot de rubans. T7n seigneur rame; plusieurs autres, debout et assis, conversent entre eux; et à travers les vitres d'une cabine édifiée sur Tarrière on aperçoit trois silhouettes féminines. Le mur du lac est vertical et une fine palissade sert de garde-fou. Les degrés d*un large escalier conduisent sur la terrasse; celle-ci mène au parc qui échelonne, en amphithéâtre, deux hautes fontaines jaillissantes, deux statues d*Amours avec attributs, des vases à flammes, des ifs et des parterres en volutes. Au fond, une balustrade étroite se découpe sur l'appareil distant d'un mur d'enceinte à larges créneaux. De hauts arbres déroulent la splendeur de bois marmentaux, autour des jardins à la Le Nôtre. A l'ouest, au-dessus d'une agglomération, au delà de la berge en pente du lac, l'église paroissiale de Tervueren se profile.
Au milieu du xviii® siècle, le château est encore intact : en effet, la planche publiée en 1757 par De Cantillon, exécutée à l'envers par l'aquafortiste anonyme, mais dessinée d'un autre point de vue, est sensiblement identique dans l'ensemble et dans le détail à celle de Sanderus. Pourtant, la passerelle menant à la poterne est coupée maintenant par un pont-levis. Un berceau en boule, percé d'ouvertures cintrées, flanque les angles du jardin aquatique. Les parterres sont d'un dessin plus recherché et au milieu se dresse une statue. Le pavillon des cygnes est fixé au milieu du lac (i).
Une description excellente du palais à cette époque se trouve dans le Guide Fidèle : « L'avenue dudit château, imprime l'auteur de ce livre, traverse une basse-cour, fermée par une très belle grille de fer artistement travaillée en feuillages ; on trouve à droite et à gauche deux bâtiments en forme d'ailes qui font face au château et qui sont nouvellement bâtis par ordre de S. A. R. (Charles de Lorraine). Ils renferment les écuries et les logements des domestiques. Ces deux ailes, qui sont bâties à la romaine, forment en avant deux pavillons couverts d'un toit à la Mansarde, surmontés de flammes de cuivre doré et percés de plus de deux cents croisées, dont il y en a trentequatre ornées des bois de cerfs que 8. A. R. a pris à la chasse.
» Puis on passe le pont du fossé et on y trouve à droite la nouvelle chapelle que l'archiduc Albert y fit bâtir dans l'endroit même où saint Hubert est mort... Ensuite on voit le château
Pavillons des cygnes.
Le parc.
Grille forgée.
Ailes nouvelles sous Ctiarles de Lorraine.
(i) Les Délices da Brabant, t. II.
Orangerie.
Bustes et statues.
Berceau admirable.
Bols de mûriers blancs.
' Jardin potager.
que l'arcliiduc Albert fit rebâtir et agrandir après qu'il avoit été en partie renversé par les guerres. Il est irrégulièrement bâti et environné d'un grand vivier, peuplé de canards et de poissons de rivière.
» De là on repasse le pont et on descend à gauche, où l'on trouve l'orangerie et le jardin botanique, ornés d'un bâtiment convenable pour la culture des fruits et plantes étrangères, qui y sont. Puis on voit en face une belle terrasse décorée de trois bassins de fontaines, des bustes des 12 césars, de statues de déesses, lions, tigres, chiens, chevaux, et autres pareils ornemens le tout taillé en marbre, et de quantité d'arbres de différents feuillages artistement menés et entretenus. Derrière cette terrasse on entre dans un labirinthe de charmille, où l'on voit plusieurs endroits destinés à des jeux agréables et divertissans. Dans les environs de cette labirinthe on trouve une belle volière, renfermant différentes sortes d'oiseaux : cette volière fait face à un étang qui est entouré d'un berceau d'arbres menés avec tant d'art qu'il représente une des belles voûtes quarrées que l'achitecte puisse offrir à la vue. Remontant à droite on passe dans une plaine où l'on trouve un pavillon, duquel on découvre huit différentes allées d'arbres entrelassces do haies superbes et coupées au travers du bois à perte de vue. Descendant le long de la muraille qui formeTenelos du parc et fut commencé eu 1625 et achevé en 1682, on aboutit à un grand bâtiment que S. A. R.y fait présentement construire sur des pilotis à l'extrémité de l'étang en forme d'un fer à cheval, ayant à chaque aile un pavillon qui fuit face à une très belle allée d'arbres à perte de vue entrelassée de haies de charmille, ayant son front appuyé au canal, qui fait face et conduit au château. Passant a l'autre bord on y entre dans un bois de meuriers blancs, que l'on y a planté pour en faire une pépinière pour nourrir des vers à soie.
» Au bout de ce bois on trouve un bâtiment destiné ày nourrir des faisans et autres animaux; ensuite on descend dans une pépinière d'arbrisseaux étrangers, portant des feuillages et des fruits de différentes couleurs et façons. A coté l'on entre dans le jardin potager, qui abonde en toutes sortes de légumes et arbres fruitiers, chaque parquet étant séparé par des treillis de bois peint et surmonté de vases. Finalement on voit les ruches des mouches à miel et on se retrouve en face du château a l'opposite de l'endroit, par où l'on était entré dans le parc (i).- »
Charles de Lorraine avait tellement embelli et transformé le château, qu'il n'attirait pas seulement les Bruxellois, mais aussi
(i) 1761. Chap. II, pp. 3G à 38,
les étrangers, qui ne manqaaient pas, en traversant notre capitale, d'aller l'adinirer en détail (i).
« L'archiduc Albert, nous apprend Butkens, fit rebâtir et agrandir ce château qui avait été ruiné en partie par les guerres, et il y fit bâtir une nouvelle chapelle dans^I'endroit même où
oroeiienJflel. -
saint Hubert est mort... Il y avoit autrefois à Vuereu un Hôpital ou Hotel-Dieii où les Religieuses prirent soin des lualndes. Pour ce qui est delà police de Vueren, c'étoit autrefois une ville dont les trois quarts étoient environnez d'eau, le reste étoit défendu par un rempart de terre, dont il y a encore des restes. Il y avoit autrefois quatre portes, et il reste encore une partie considérable d'une place pavée. Il y a un vivier assez grand qui est près du château à côté de la grande église, d'où sort un ruisseau qui prend de sa source le nom de 't Voerken, et se jette dans la
(i) Deteription, etc . p. 140.
Collection de tableaux.
Agrandissements
Ruine du palais.
Dyle, à Loavain. On y voit aussi un parc fort grand que la duchesse Isabelle-Claire-Eugénie a fait fermer d'une muraille de briques qui a été commencée en 1625 et achevée en i632. Le bourg a plusieurs privilèges et surtout de l'exemption et logemens de soldats; quelques gentilshommes y ont de belles maisons, et on y voit de tout côté des vergers, des jardins, des puits, et dans les vallées des sources d'eau vive. Rien de plus agréable que ses environs. D'un côté est la forêt do Soignes, et de l'autre des plaines. Outre ces beautez naturelles, les sérénissimes Princes des Pays-Bas, Albert et Isabelle ont orné le château de Vueren de tableaux des meilleurs Maîtres ; voici ce que Gramaye dit de ce château : « Ce château est ancien, l'histoire nous dit qu'il subsistoit dès le tems des Normans; Marguerite, fille du Roy Edouard et femme de Jean II, le fit beaucoup embellir et en fit un Palais orné de promenades, d'un jardin et d'un bois. Le grand nombre de diplômes expédiez et datez de Vueren sont une preuve que la Cour et les Conseils y ont souvent fait leur résidence... La mémoire de saint Hubert qu'on y célèbre a engagé les ducs guerriers d'y passer l'hy ver et l'été, et toujours armez contre leurs ennemis d'y exercer leurs talents guerriers contre les bêtes sauvages des environs ; enfin ils ont voulu être enterrez dans ce lieu dont ils avaient fait leur délices pendant leur vie... (i). »
C'est en 1749 que le duc de Lorraine commença à rétablir, embellir et agrandir le parc et le cliâteau de Tervueren, qui devint ensuite sa demeure favorite de campagne. Il fit construire la belle chaussée qui mène encore aujourd'hui de Bruxelles à l'ancienne résideiice princière (2). Le gouverneur général occupa le palais jusqu'à sa mort, survenue, comme on sait, le 4 juillet 1780. Mais durant les dernières années de sa vie, la demeure antique avait été négligée. Un dessin inédit de Paul Vitzthumb nous en donne l'aspect au lendemain du décès du beau-frère de Marie-Thérèse.
Cette planche a été exécutée « d'après un tableau fait en 1768 par B. C. K. )^. Le manoir ne rappelle plus que vaguement le merveilleux palais de jadis. Il est vu du sud. L'étang au milieu duquel il se dresse est en partie envahi par la végétation ; le parc où un demi-siècle auparavant, parmi les statues et les ifs, les seigneurs et les dames de la Cour se donnaient rendez-vous, ressemble maintenant à une prairie. Les terrasses n'existent plus; les quais des bassins se sont effondrés. Du palais subsistent uniquement le logis principal, vaste bâtiment gothique
(i) Les Trophées du Brabant.
(2) Abbé Mann : T. I, p. 340.
dont la façade est percée de denx étages de hantes croisées ogivales, et quelques annexes Vers le nord-est la façade latérale est réunie à une des antiques tours cylindriques encore debout, par une banale construction, où, sur deux rangées superposées, s'alignent vingt-quatre fenêtres carrées. A Touest, isolée, est une maison, dont le pignon à enroulements est comme le dernier éclat du suprême embellissement de In résidence ducale.
Tontes ces bâtisses reposent sur des murailles délabrées, recouvertes de mousse, endommagées par des arbustes dont les racines ont désagrégé lenr appareil. L'eau est déserte; nulle barque, nul pavillon aux cygnes familiers ne s'aperçoivent au fil du flot vaseux. Le site est d'une mélancolie désespérante; il inspire en l'âme du spectateur la tristesse qu'évoque en nous le souvenir de splendeurs irrémédiablement perdues. Le château de Tervueren est déjà une ruine; bientôt il sera un monceau de décombres.
Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que l'abbé Mann se soit exprimé à son sujet avec peu d'enthousiasme. La splendeur du manoir s'était évanouie : « Le bâtiment du château n'avait rien de remarquable, qu'une salle à son entrée d'une grandeur énorme ; mais le parc en était fort agréable par les embellissements que le feu duc Charles de Lorraine y avait fait faire (i). w Un an à peine après les funérailles dii duc, Joseph II décida de renverser les vénérables constructions : ce II passa la journée à Tervueren (le dimanche aa juin 1781); l'ancien château lui parut une ruine bonne à abattre complètement (2). » Le 16 novembre suivant parut un édit ordonnant la démolition du palais. Il avait vécu près de six siècles.
Charles de Lorraine lui-même avait fini par trouver le château incommode, surtout en raison de son humidité. Mais il en aimait trop le pittoresque, il respectait trop son passé historique pour oser le détruire. Son rêve eût été de le restaurer, de le conserver le plus longtemps possible. Lorsqu'il eut jugé difficile de continuer à y séjourner, il décida, en 1765, la construction d'un castel qui porta son nom et qui se dressa également sur le territoire de Tervueren, dans une crique du bois de Soigne, à l'entrée des champs de Hooghvorst. Ce pavillon assez simple, achevé en 1770, n'exista pas longtemps. « Le prince, dit l'abbé Mann, avait fait bâtir une maison de plaisance qu'il nomma le château Charles^ sur une hauteur au coin de la forêt, à un quart de lieue au nord-ouest de Tervueren. L'ancien châ-
Démolltion du palais :
< Château Charles »
(i)T. II, p. 282.
(2) EuoÈNB Hubert : Le Voyage de VEmpereur Joseph II dans les Pays- Bas , pp. 61 et 62.
SI
B«frroi.
Le pavillon du prince d'Orange.
teau ainsi que le nouveau furent rasés dans les années 1782 et 1783. » Mais si Ton démolit la villa, c*est à cause d*un incendie criminel. Celui-ci l'avait tellement ravagé qu'on ne pouvait guère en tenter la restauration. Le prince Charles n'avait pas eu le temps de s'y installer. Les démolitions des deux châteaux furent menées de front et achevées dans le courant de l'année 1788.
Le château Charles, dû à l'architecte L.-B. Dewez, que A. -G. Schaeys considère à tort, nous semble-t-il, comme le premier architecte belge du xviii^ siècle, présentait un aspect fort hétéroclite. C'était un véritable cube de maçonnerie ; un fronton triangulaire couronnait la façade principale. Des deux côtés du péristyle ornant cette façade, naissait une aile de longueur démesurée. Ces deux ailes créaient entre elles une cour écrasée par la hauteur pesante de ces deux massifs à plates formes surmontées, aux angles des corniches, de vases et de sculptures. Une tour octogonale, sorte de beffroi, terminé par une balustrade, dominait le principal corps de logis, au faîte également tout plat. Près de l'aile gauche était un enclos emmuraillé au bout duquel on distinguait une annexe bizarre, agrémentée d'une petite tour ramassée, vraie réduction de la plus grande, et complètement accolée au palais. Une enceinte, faite de murs et de grossières palissades, enveloppait le parc.
Ce castel bizarre n'était point du tout magistral ; il détonnait dans le voisinage de la forêt de Soigne, dont les admirables plantations amoindrissaient encore le déplorable caractère de cette architecture ridicule et prétentieuse. Le dessin inédit de Paul Vitzthumb qui le représente avant l'incendie (i) ne fait pas beaucoup regretter sa disparition rapide : il n'ajoutait rien du tout à la beauté naturelle de la contrée où il avait été construit.
On ne laissa debout, du vieux château de Tervueren, que les écuries en fer à cheval bâties par Charles de Lorraine. C'est dans ces locaux que, plus tard, le préfet de la Dyle, Doulcet- Pontécoulant, installa l'éphémère haras départemental, dont nous avons parlé dans le précédent chapitre. Après le désastre de Waterloo, le roi Guillaume inspira aux Etats généraux l'idée de récompenser, par un témoignage national, la bravoure du prince héritier sur le champ de bataille des Nations. On abandonna au prince le parc de Tervueren, où l'on fit contruire à son intention un château par Tarchitecte Vanderstraeten, château qui ne devait être, à l'origine, qu'un simple pavillon de chasse. La demeure s'édifia sur une hauteur dominant le parc
(i) Cabinet des Estampes^ 8. II, u5856.
et le village, car on avait complètement abandonné le projet de le construire sur les fondations du palais disparu, alors encore visibles au milieu du lac.
Laissons la parole à un écrivain du temps, qui vit surgir du sol cette austère résidence, pleine de trésors, et qui Ta décrite avec une observation admirat'ive : « Le parc de Tervueren contient aujourd'hui i8o bonniers entourés de murailles. Les écuries et dépendances, ainsi que le haras et la meute se trouvent dans cet enclos... Au nord du parc, et à l'extérieur, est construit le pavillon de Tervueren, environné de jolis jardins dans le genre et le goût italien : ce pavillon, prix de la valeur et de la reconnaissance nationale envers l'auguste héritier du trône, est construit sur un superbe plateau, dans la position la plus avantageuse; il s'élève majestueusement au-dessus des maisons du village qu'il domine. De ce plateau on voit le palais de Laeken et ses jardins anglais, où l'œil vous conduit en traversant les plus belles campagnes : une belle route doit réunir ces deux villages. La forme du pavillon de Tervueren est un carré de i35 pieds de face : du côté de l'entrée principale, la façade est composée d'un porche saillant soutenu par six colonnes d'ordre ionique; le plafond de ce porche est en pierres blanches avec caissons et rosaces : il est d'une construction belle et hardie. On entre dans un vaste vestibule pnr cinq arcades; il est décoré d'un ordre ionique dont les colonnes et les pilasties sont cannelés. Le parquet, travaillé en bois de chêne et de Sainte- Lucie, est magnifique, de même que les sculptures de la frise, ouvrage de M. Rude. De ce vestibule, on communique à droite aux appartements du prince; à gauche, a la grande antichambre; en face, à la rotonde et aux escaliers conduisant au premier étage; à droite, dans les appartements du prince, on arrive par une antichambre au salon de son altesse royale : ce salon a une riche tenture en damas jaune. La cheminée est en marbre vert de Gênes et le plafond en bois à compartiment ; les meubles sont en bois jaune des Indes, ornés de figures en bronze vert; derrière se trouvent les cabinets de bain et de propreté; attenant est le salon commun, qui est boisé. La boiserie de ce salon est décorée d'arabesques aux fleurs, fruits et ornements rehaussés d'or. Les arabesques sont peintes par Ginest. Au-dessus des portes en bois jaune et amaranthe sont peints par M™* Rude, née Frémiet, Clio, Euterpe, Thalie et Melpomène, avec leurs attributs. Le parquet est en chêne, platane et acajou parfaitement ajustés ensemble. La cheminée est en marbre griotte d'Italie avec bronzes dorés. Les glaces du salon commun, qui réfléchissent le beau parquet, sont d'une admirable beauté.
Jardins à l'italienne.
Porche monumental.
Krlse par François Rude.
Figures peintes par M">c Rude.
» Dd salon on deseeud par un beau perron dans le jardin: en sortant dn ealon on passe au cabinet de toilette de la princesse. Ce cabinet a ane tenture d'une étoffe jaune, dont on admire le fin tissu; les armoiries et les meubles sont eu acajou. La i^iEobra t caucber chambre à couclier de la priucesse est contignë; la tenture est princM», gj^ damas violet, ainsi que les rideaux. Le lit de la princesse, de
forme grecque, est eu bois d'Amboine avec bronze doré. Les meubles sont en bois jaune des ludes avec incrustations d'autres bois. Quelques-uns sont dans le genre étrusque. La cheminée est en marbre jaune de Sienne; sur cette cheminée on voit une grande glace sans étain, à travers laqnelle on découvre dans le lointain le grand étang et une partie du parc. De cette chambre on passe au boudoir, eu boiserie, peint eu arabesques, rehaussé d'argent, sur un fond lilas. Les glaces placées dans les auglen entre les pilastres fout un effet merveilleux. Les meubles sont eu bois d'Amboine avec incrustation en nacre de perles et ornements d'or et d'argent; de là on passe au salon de la princesse; sa tenture est en damas fond bleu avec fleurs de couleurs variées. Le parquet est de différents bois des Indes; les meubles sont de la couleur de la tenture. La cheminée est eu marbre noir avec mosaïques qui représentent des oiseaux, des fleurs et des fruits ; de cette chawbre on passe par une auti chambre dans s«ii«B iMngar, la salle à manger; cette salle est revêtue eu albâtre de Luxem-
bourg, avec lambris à hauteur d'appui eu vert de mer, les chambranles Bout en miiibre blnnc. Le dessus de la cheminée porte une glace sans étaiu d'où l'on découvre le parc; la gorge du plafond et la corniche sont embellies d'une riche sculpture. Le parquet, qui est un des plus beaux que l'on connaisse, est travaillé avec la perfectiou de l'art eu différents bois des ludes; les meubles sont eu acajou.
5iianderéca{)iion. » Eu quittant la salle à manger, on se trouve dans le salon de
réception, dont la tenture est en damas cramoisi avec ornement jaune d'or; le plafond eu compartiment est agréablement décoré eu arabesques et en grisaille rehaussés d'or. Les bas-reliefs qui sont dans le plafond font un effet surprenant. Les meubles, garnis de la même étoffe que la tenture, sont sculptés et dorés a l'or poli et mat; à côté est la salle de billard. Au centre de HoioadB. - l'édifice est la rotonde, ou le magnifique salon à l'italienne, qui
embrasse la hauteur de deux étages, et est admirable pour la beauté du travail ; il est en stuc blanc. Les colonnes corinthieunes, ainsi que les chapiteaux qui régnent au premier étnge sont daus la plus belle forme. Le plafond est à compartiment avec sculpture dans le goût le plus délicat. Au premier étage est une balustrade en acier poli qui environne la rotonde. Le parti net est à cotupaitiujcut avec tniphées d'armes en incrustation;
Ij
si
les glaces font un admirable effet. Les huit bas-reliefs représentant la vie d'Achille sont d'un fini précieux. Le premier étage, de 25 places, est occupé par les officiers et les dames d'honneur; l'attique sert pour la livrée. Devant les façades latérales sont deux belles terrasses en gazon et en fleurs avec des statues et des vases posés sur une balustrade. Les jardins, les bois, les pelouses de verdures, les eaux, la distribution du pavillon, tout rappelle ces belles maisons de campagnes où les Romains allaient se délecter. La princesse a pris possession de son beau domaine le 2 août 1823 (i). »
Sans posséder toute la splendeur imposante de l'ancien domaine, la demeure du prince d'Orange était superbe. La partie sculpturale surtout était d'un caractère incomparable. Nous avons étudié ailleurs, en détail, l'œuvre éloquente de François Rude, qui donnait à ce pavillon une valeur unique (2). Mais la fatalité semble s'acharner sur ce malheureux et exquis village de Tervueren et paraît condamner à une destruction certaine toutes les demeures seigneuriales qu'on voudrait y élever : l'œuvre de Vanderstraeten fut incendiée en 1879. ^®® flammes réduisirent en cendres les merveilles amoncelées dans toutes les salles. On sait quelle religieuse ténacité exigea chez les artisans le moulage des bas-reliefs incinérés de l'immortel statuaire du Départ. Plus tard, on rasa les murailles noircies et lézardées, à l'effet d'y construire les locaux du Musée Colonial. Celui-ci constitue aujourd'hui, avec la vénérable et charmante chapelle Saint-Hubert, le seul ornement artificiel de ce parc toujours vaste et plus picturalement attrayant que jamais.
A l'extrémité du territoire de Tervueren, dans une crique de la forêt où vient déboucher à présent l'avenue des Deux-Barrières, le promeneur adore de s'arrêter devant le parc qui entoure le château-ferme de Ravesteyn. L'abbé Auguste Mertens, autrefois curé de Tervueren, rappelle que ce domaine de Ravesteyn, et quelques habitations qui en dépendent encore aujourd'hui, était lïn des quatre faubourgs de Tervueren hors la porte de Hoeylaert, porte rasée par l'armée de Charles de Valois en 1571. Les ducs de Brabant aimaient de séjourner à Ravesteyn, aujoud'hui une des métairies les plus riantes, les plus pittoresques des environs de la forêt de Soigne. Au milieu du xviii® siècle, le petit castel appartenait à Charles-Henri Francolet, seigneur de Terweynt et mayeur héréditaire de Walcourt, sous Anderlecht. Il laissa la seigneurie à son fils
L'otage.
Incendie du pavillon
Musée Colonial.
Le chftteau-fernie de Ra veste vn.
Les seigneurs deTerwevnt.
(i) J. Gautier : Le Conducteur dans Bruxelles, i8a4, pp. 385 à 889. (a) Etudes d*Art : François Rude et Auguste Rodin à Bruxelles,
painé, Gaillaume-Einmanuel, qui fat anobli en 1784* Cette seigneurie avait d'ailleurs toujours été le bien de cette même famille : « Les Francolet qui étaient receveurs du couvent de Rouge-Cloître et de celui des Capucins à Vure, — ce dernier était syndic papal — pour être à proximité des dits couvents, se firent bâtir à Ravesteyn un modeste manoir avec quelques chambres pour y loger les moines de passage; ils y établirent au même usage un oratoire qui existe encore dans tout son ameublement (i). »
Le 21 novembre 1826, le prince d'Orange, à qui la nation venait d'offrir le nouveau pavillon de Tervueren, acheta la propriété; Ravesteyn, qui appartenait alors à M. t'Kint, bourgmestre de Tervueren, devint la ferme du domaine. L'un et l'autre, au lendemain de la proclamation de notre Indépendance nationale, passèrent à l'Etat belge, en vertu du traité du 5 novembre 1882 . Lorsque, en 1882, le gouvernement fit, avec le roi, une convention pour reconnaître les travaux d'embellissement et d'agrandissement exécutés au château et au pai-c de Laeken, la ferme-château fut comprise dans cet échange. Depuis lors, notre souverain l'a conservée comme pied-à-terre Bavetteyn, pavillon et comme repos de chasse. Le castel, qui date du commencea88ero>« . ment du xviii® siècle, est d*une simplicité exquise qui s'accorde à merveille avec le milieu sylvestre dont il est le délicieux et discret ornement : « La porte en pierre de taille, avec éventail en fer délicatement forgé et balcon ouvragé de même, ainsi que la belle girouette qui le domine, dit l'abbé Mertens, lui donne un charmant aspect; il suffirait de soigner l'encorbellement des fenêtres et de gratter les petites briques rouges pour lui rendre le cachet désirable à l'encadrement rustique où il se trouve (2) . » Le château est resté intact comme il y a quinze années, époque à laquelle l'auteur que nous citons exprimait ce sentiment. La façade n'a pas été grattée. Chaque saison, une fraîche couche de couleur blanche la revêt d'une claire toilette qui se marie fort bien avec l'encapuchonnement d'ardoises des toits aigus. Les châssis des volets sont peints en un rouge foncé dont la note donne au castel un aspect riant et gracieux; et ces taches chaudes s'harmonisent délicieusement avec la verdure des hauts arbres qui encadrent les pelouses au fond desquels, à moitié cachée par les frondaisons luxuriantes, apparaît cette résidence exquise. Et les deux élégantes petites lucarnes du faîte semblent regarder comme des yeux attentifs la merveil-
(i) Etude sur l'église de Teroueren, 1891. (2) Ibidem^ appendices, p. ia8.
leuse yallée de la Voer, dont à Test, au delà du village ducal, les contreforts lointains s'imprécisent dans un ciel très bleu et poétique.
Il y avait à Tervueren une autre maison noble, appartenant aux seigneurs du lieu. Car le bourg, tout comme Bruxelles, avait ses châtelains héréditaires. Il va sans dire qu'ils n'avaient point le prestige et l'influence de ceux de la ville. Ils jouissaient du droit de résider au palais ducal, mais ils logeaient de préférence dans leur petit manoir, situé non loin du parc, au milieu même du village. « La Vicomte de Ter-Vueren, et sa Maison de plaisance qui n'est pas indifférente, dit De Cantillon, appartenaient ci-devant à la famille de Cortenbach; mais elle n'y a plus de droit depuis qu'elles furent vendues à celle de Christyn, qui par autorisation de Charles II se revêtit du titre de Vicomte de Ter-Vueren et de Duysbourg le i®"" avril 1690 (i). » Les châtelains portaient, en effet, ce double titre. Parlant de Duysbourg, qui, selon Louys Guicciardin, serait la plus ancienne commune du Brabant, Butkens imprime ces lignes : « La charge de Vicomte de Ter-Vueren n'était autrefois que pour un temps, mais après elle a été perpétuelle et héréditaire, et a été possédée par des Nobles de distinction. Gramaye nous apprend qu'autrefois les vicomtes de Ter-Vueren portoient le cors et l'epics dans leurs armes et qu'ils étoient Grand Veneurs de Brabant. Il y a plus de trois cens ans qu'elle étoit dans la famille des Melins d'un rang très distingué dans le Roman-Pays; ou en trouve la preuve dans l'église de Parcq, où est enterré Arnou, auquel Jean a succédé. Après la mort de ce dernier, Arnould Van den Bossche, chevalier, d'une naissance illustre, obtint autrefois cette charge, qui passa à sa postérité jusqu'à son arrière fils. Jean Hinckaert d'une famille noble et patricienne d'Anvers l'acheta en i435 de Jean Van den Bossche. Henry de Witthems, ayant épousé Jeanne Ilinckaert, en eut cette charge en 1468. Des Witthems elle passa à Jean de Cortenbach, seigneur de Helmont en i524, comme héritier de son ayeule Jeanne Hinckaert; mais en i56i Henry de Witthem en rentra en possession. Dans ces dernières années elle passa par voye d'achat dans la maison de Christyn, en la personne de Messire Liebert François Christyn, à qui Charles II, Roy d Espagne, apermi de continuer à prendre le titre de Vicomte de Ter Vueren et de Duysbourg le i®*" avril 1690. Il mourut sans enfants en 1718 (2). »
La villa de Tervueren et de Duysbourg.
Les vicomtes de Tervueren.
(i) Les Délice» du Brabant, t. II, p. 127.
(a) Leê Trophées da Brabant, t. I du Supplément, pp. 473 et 474-
Le château des Ticomtes de Tervueren et Duysboorg se dressait à gauche du chemiD festonuaut het Kisteoelt et qui, partant dee abords de l'église, descend vers un étaog bourbeux et gagne la rout« allant au village de Duysbourg. Aujourd'hui, une minime partie des bâtiments existe encore, avec la façade à redans, qui borde la ruelle ; ce qui reste de la villa est devenu une agréable maison de campagne, toute blant^he sous sa couche de badigeon. G, De Bruyn, dans une planche gravée par Harrewyn, nous a conservé une vue de la maison de plaisance, qu'on appelait souveut la Maison des Chapons. Elle était d'une modestie ravissante. Le castel se composait d'nn bâtiment rectangulaire à trois étages; une tour carrée, an tiers engagée dans la construction, coupait sa façade principale en deux ailes inégales. Elle était couronnée d'une très haute flèche à quatre bulbetf, qui se dégradaient, et surmontée d'une girouette. 8ix fenêtres se superposaient dans les murailles do cette tour. Le pignon latéral, sur l'alignement de l'enceinte maçonnée, prolongeait ses gradins jusqu'à niveau de l'arc d'une porte coclière conduisant dans la basse-cour. Un long étang coupait celle-ci j sur sa rive une petite toui' carrée, aux deux étages à encorbellement, abritait des pigeons dans ses combles pointus. Derrière s'étendait une énorme grange trapue séparée du logis des domestiques par un potager.
Les jardins, entretenus avec soin, présentaient un aspect radieux. La clôture du plus petit, parallèle à la limite de la propriété, avait un charmant caractère architectural. Des arcades de bois surmontées de vases, percées d'ouvertures treillagées en losanges, alternaient avec des mâts coniques An milieu de cette clôture, un arc monumental à fronton abritait une grille de fer.
Le grand parc était limité de façon presque semblable. Des chemins en diagonales ménageaient un rond-point planté d'un if taillé de façon savante : une douzaine de tablettes de verdure s'étageaient isolément autour du tronc rectiligne. A gauche du jardin on remarquait une cour précédée d'une balustrade et qu'ombrait un petit bâtiment à toit concave et à épis ornementaux. Une triple rangée de beaux arbres précédait la propriété et passait devant un délicieux pavillon à huit pans, tout enjolivé de lucarnes, d'œils-de-bœuf , de balustres, d'épis et de croisées délicates. Il renforçait l'angle droit des murs d'enceinte. Nous avons vu, d'après Gramaye, que les châtelains de Tervueren étaient autrefois grands veneurs. Certains aussi portèrent le titre de grands forestiers. TJn de ces derniers avait une belle sépulture dans l'église paroissiale. C'était l'écuyer
Vander Haeghen (i). Ce joli castel dont nous venons de parler avait été construit non loin de remplacement du manoir féodal où demeurèrent les premiers burg-graeven ou vicomtes de Tervueren. Cette habitation était déjà appelée alors la Maison des Chapons : Het Hoenderhiiys, parce que dès le xi\^ siècle ses nobles propriétaires étaient imposés notamment d'une dizaine de chapons pour leur château (2). Celui-ci fut démoli tout au commencement du règne de Charles-Quint; il était fait de briques et de pierres blanches, possédait une brasserie, des écuries, de vastes cours, et des logements spacieux pour les serviteurs.
Quand on descend le chemin qui gagne Tétang, on voit se dresser, sur la rive opposée de ce lac envahi par les roseaux et les nénuphars, une belle et claire construction connue sous le nom de : het hof over het water, c'est-à-dire la maison de l'autre côté de Teau, ou hof van Bueren. C'est une demeure historique occupée aujourd'hui par la famille de Stolberg- Robiano. Autrefois, Catherine d'Egmont, veuve de François de Borsele, seigneur de Corthem, possédait dans le plus important faubourg de la franchise de Tervueren, contigus à la porte d'Yssche, un manoir et une ferme : een groot steynen /iciys, een huys van Plaisance, ayant droit de pâture dans la forêt de Soigne. Vers 1622 elle laissa ces propriétés au comte de Bure, un des plus brillants généraux de Charles-Quint. Guillaume d'Orange en hérita en sa qualité de veuf d'Anna d*Egmont, dame de Bure; il vint s'installer au château de Bucren, qui fut ensuite l'asile des protestants. Mais eu i568 le domaine est confisqué, avec les autres terres brabançonnes du prince huguenot. Le manoir, restitué par la Pacification de Gand, retourna au fils du Taciturne, Guillaume de Nassau, comte de Buren, en i584.
Le chSteau de Bueren.
Le Taciturne.
(i) Le barou Le Roy, dans son Théâtre Sucré, t. I, p. 3i4, reproduit en taille douce le dessin de cette sépulture, située devant le grand chœur. Voici le teste gravé sur la pierre tumulaire : « Ici gisent Jean Vander Haeghen, — en son vivant escuier, docteur — es loix, provost generael des — Mareschauz dit Roede Roede, ~ Maistre des Forest de Brabant, — Lieutenant d'une compagnie de lances, — pour sa Ma^« Calh« en ces Ëstats — de Flandre et châtelain de la — Vueren, qui mourut le 18 du mois — 1616 et Damoiselle Marie de Granvelle — son épouse, laquelle trespassa le 9 — de febvrier 1600. — Fredericq Vander Haeghen fils, — Licencié es loyx, aussi châtelain, — surintendant du parc illecq, — trépassa... et damoiselle — Rose Beauvoir son épouse, la — quelle trépassa le 10 décemb — re 1O22. Prié Dieu pour leurs âmes. »
Au-dessus de Tinscription, on voit les armoiries des Vander Haeghen et des Granvelle; l'écu est surmonté d'un casque d'écuyer à quatre barreaux, couronné d'un cimier en forme de cliimère et entouré de lambrequins.
(3) Abbé Auguste Mertens : Ouvrage cité, p. iia.
Le château d'Vssche.
Château de Ryxensart.
Il moarat sans enfant, laissant le castel de Tervneren an comte Florent de Berlaimont, surintendant de ses biens. La propriété passa ensuite dans la maison des Espinosa, marquis de Melin, qui la conserva de 1600 à 1796, année où le château passa par alliance à la famille des comtes de Robiano, les occupants actuels. Malheureusement, il ne reste de l'antique habitation que rentrée en colombier ; en effet, tout le bâtiment a été renouvelé il y a un quart de siècle. Parmi les arbres qui l'encadrent, la résidence a conservé cependant un aspect délicieux, plein d'un attrait poétique. Près du château, à l'ombre des arbres séculaires, au fond du chemin mystérieux nommé « le repaire aux loups », s'élève une chapelle votive en rocaille dont la niche abrite une statuette gothique de la Vierge, statuette provenant de l'église pjiroissiale, où elle avait été brisée en 1572 pendant l'invasion des troupes calvinistes (i).
De Tervneren on arrivait à Overyssche en suivant un chemin presque droit traversant la foret de Soigne. A droite on laissait les bâtiments tout neufs du couvent des Capucins, et le Droncken Man. A gauche on apercevait le Trou des Images (Beldekens Gai), le Marais Ter Schur et le Trou des Scieurs de long (Het Lathaiiwers Gat), Avant de sortir du taillis on passait entre les deux premiers des trois étangs de Boxhorens. Le château d'Yssche appartenait aux comtes de Hornes. Le corps principal existe encore et date du commencement du xvii® siècle. A sa fa<;ade principale on voit un donjon circulaire. Dans le joli parc qui entoure la demeure est un étang, alimenté par les eaux de l'Yssche. Une brochure explicative, imprimée à l'occasion de la a Vente de la terre et ancienne principauté d'Isque », vente qui eut lieu par adjudications des lundis 11 août et i®*" septembre 1817, nous fournit quelques renseignements utiles sur le manoir à cette époque. L'imprimé nous en donne la description suivante : a Le château d'Isque, consistant en vastes bâtimens, maison de concierge, maison bâtie à l'usage des intendans du Prince, écuries, remises, boulangerie, le tout bâti en briques et pierres de tailles; avant-cour, basse-cour, pâture, jardins légumier et d'agrément, un étang et deux réservoirs, le tout formant un seul enclos entouré des murs de trois cotés, et du quatrième par la rivière d'Yssche, d'une contenance de 3 hectares, 94 ares, 20 centiares (2). «
De Overyssche à Ryxensart la route décrit un arc de cercle se rapprochant, au centre, de Malaise. Le château de Ryxen-
(i) Abbé Auguste Mertens : Ouvrage cité, p. 53, en note. (2) Archives de la Ville de Bruxelles, n« 12702.
sart, tel que nous le représente une gravure de Harrewyn (i), conservait à la fin du xvii^ siècle beaucoup de traces de sa splendeur passée. Toute indication de fossés est cependant invisible. Un jardin limité par une haie vive, aux parterres dessinés en rinceaux et agrémentés d'une fontaine, précède le manoir d'aspect rébarbatif. Il se compose d'une série de trois bâtiments carrés, aux angles flanqués de tours sexagonales couronnées de faîtes qui se terminent en campaniles. Au milieu de l'aile enserrée entre les deux dernières tours, domine encore la contrée de sa masse cubique, la partie inférieure d'une espèce de beffroi énorme, aux crêtes couvertes de végétations foll^. Plus loin, sur le même alignement, est l'appareil ruiné d'un important corps de logis. Mais seule l'aile droite est intacte. On y pénètre par un large escalier à paliers dont les marches naissent près du jet d'eau et s'arrêtent devant une porte monumentale en plein cintre, surmontée d'un cartouche de la Renaissance et encadrée par deux pilastres supportant des vases. Des vignes pâlissent le bas de la façade; les salles sont éclairées par huit fenêtres à meneaux de proportions inégales, fermées par des volets à pentures façonnées et dont les vitres supérieures sont coupées en losanges. Quelques pins poussent à gauche du jardin, près d'un second perron, semblable à l'autre, mais qui mène à un pavillon sévère, sans ornement, sans étage, masquant le bas de l'aile dévastée. Un léger vol d'oiseaux s'échappe des fenêtres vides du donjon en ruine.
« Les seigneurs de Rixensart, dit Jean Blondeau, cité par Seigneurs de Rixenurt. J. Le Roy, ont droit de franche warande, et peuvent chasser touttes bestes fauves, mesme les poursuivre dans les bois de Soignes, parmy pendant le Cor au premier chesne qu'ils y rencontrent. Les premiers seigneurs, continue le même auteur, que y en trouve, en ont autrefois porté le nom et quelquefois celui de Limale indifféremment, et vulgairement celui de Moreau, et de Morel ; l'an 1285 Henri de Rixensart, chevalier, mourut à la guerre d'Aragon, en laquelle il accompagna le duc Jean P'. Vers l'an 1870, Gudule Morel de Rixensart avoit épousé Guillaume de Glimes de Jodoigne, fils de Robert, et vers le même temps vivoit encore Arnold Morel, seigneur duditlieu. Cette famille duroit encore soubs la duchesse Jeanne, en la personne d'Arnold dict Morile, seigneur de Rixensart, et depuis il est à croire qu'elle seroit tombée en quenouille, et que l'héritière auroit esté alliée à la maison de Sombreffe, en tant que soubs le duc Jean troisième on trouve que Godefroid de Sombreffe, fils
(i) J. Le Roy : Casiella et Praetoria Nobilium Brabantiae, 1694.
du seigneur de Sombreffe, estoit seigoear de Bixensart, Ottignies, etc., lequel «e trouve avoir aussi porté le nom de Sombreffe dict More), ce qui est une marque et allument qu'il en avoit espousé l'héritière. Cette terre est depuis entrée en la famille des comtes de Warnebourg par l'Alliance que Marie de Sombreffe fit avec Robert, comte de Warnebourg, comme j'ay pins amplement déduict ailleurs: et puis par un de ses héritiern
fust vendueà N. de Croy, évêque de qui la légataà Damoi-
selle Françoise de Renty, fille d'Oudart, baron de Renty, et de
-Marie de Licques qui fii&t alliée à Charles de Gavre, créé premier comte de Freziu par l'archidnc Albert l'an i6o3. De leur conjonction vient Ernest de Gavre, allié à Catherine née Comtesse de la Marche, qui entre autres enfants procréèrent Dominicque François, mort sans hoirs en Espagne, en 1640, par le trespas duquel Françoise Conrardine sa sœur puisnée succéda es terres de Rixetisart à Geneval, et espousa l'an 1646, Charle, Philippe-Hypolite Spinola, desquels entre autres vint Philippe- Charle Spinola, allié à X. de Montmorency.
» Charles de Gavre, comte de Frezin, se retirant souvent des intrigues de la Cour, nppeloit ordinairement ce lieu son hermi-
tage La chapelle ceutrale, qui est contigue an château, esta
la collation du Seigneur dédiée à l'honneur de la Sainte-Croix,
est fondée à mon advls par quelqu'un des anciens seigneurs qui avaient fnict le voyage de la Terre Saincte, dans une des Croisades qui ont autrefois esté entreprinses par les princes direstiens pour le recouvrement d'icelle (i). »
L'auteur du Théâtre Profane ajoute que le château fut brûlé à la fin du xvii® siècle par la garnison française de Charleroi. Mais en 1780 le comte de Bruay, châtelain de Rixensart, le fait rebâtir. C'est Charles de Gavre, le seigneur dont il est question pins haut qui, selon De Cantillon, aurait édifié le manoir, « château sans luxe, mais ample et commode, pour y loger sa famille ; il l'embellit d'un jardin le plus délicieux et le plus divertissant qu'il y eût dans ce quartier. Il était rempli de grotesques et de fontaines jaillissantes ingénieusement inventées; mais comme le temps produit de jour à autre de nouvelles inventions, le comte de Bruay a depuis renchéri sur le tout, corrigé les défauts des anciens bâtiments, et donné beaucoup plus de lustre et de magnificence à l'un et à l'autre qu'ils n'avaient auparavant (2) ».
Le château de Rixensart existe encore; s'il a subi des modifications sensibles, il a néanmoins gardé une silhouette imposante avec ses belles tours flanquant les angles de ses bâtisses carrées. Il n'en est pas de même de la plupart des autres manoirs qui encadraient la forêt de Soigne au temps de J.Van Werden. C'est en choisissant un itinéraire sur la carte de l'archer de Philippe IV, que nous visiterons successivement les résidences seigneuriales de jadis. Nous nous munirons, au cours de cette excursion rétrospective, des Castella et Praetoria nobilium Brabantiae. Le recueil du baron Jacques Le Roy est, en eiîét, presque contemporain du Regiae Domus Belgicae, puisque la première édition date de 1694* ctlors que Harrewyn grava la carte de Van Werden en 1659. Ce sont les mêmes cuivres que De Cantillon a publiés trois quarts de siècle plus tard dans les quatre volumes des Délices du Brabant. Et, déjà, beaucoup de ces dessins, qu'il n'avait naturellement pas pu modifier, ne reproduisaient plus que de façon bien relative les châteaux ayant servi autrefois de modèles à des artistes habiles. Les guerres et les incendies avaient causé presque partout des ravages dont les maisons seigneuriales portaient des traces irréparables.
Transportons-nous donc à la fin du xvii^siècle. Pour atteindre Oheyn, on revient le long du bois de Rixensart, en suivant la rive gauche de la Lasne. Au Hofter Broeck, on prend à gauche
Incendie du château Fin du xyii« siècle.
Jardins dôlicleux.
Château d'Ohevn
(i) Théâtre Profane du Brabant Wallon, pp. 71 et 7a. (s) Les Délices du Hrabant, t. II, pp. i5oet i5i.
la route vers Gtorival; on traverse ce village et on arrive à Ohain, distant de trois cents verges. Le châtean antique rappelle des faits mémorables de l'histoire du duché. Philippe de Bourgogne venait souvent dans ce manoir; et l'on n'ignore pas que les seigneurs brabançons, rassemblés par le baron de Carloo, y complotèrent, sans succès, comme on sait, la mort du sanguinaire duc d'Albe. Gramaye, cité par le baron Le Roy, dit que <c Ophain ou Ohain ont des noms assez semblables, et c'est comme si Ton disait le Haut-Hain et le Hain oriental. Le chapitre de notre Dame de Cambray nomme à la cure de l'un et de l'autre, et suit dans la justice la loi d'Uccle. Les registres font voir que Ohain appartient à une famille patricienne d'Anvers nommée Hinckaert (i) ». Il y a dans l'église d'Ohain, imprime le même auteur, quatre autels, outre le grand. L'un, dédié à saint Nicolas^ est une annexe de la cure de Plancenoy, ses rentes consistent en dîmes et autres revenus. Le second est dédié à la sainte Vierge; le troisième à sainte Catherine; ils sont incorporés à la cure d'Ohain. Leurs revenus consistent en terres. Le quatrième est dédié à sainte Anne, mais il n'est pas doté.
Las seigneurs d'Oheyn. L'écrivain donne ensuite cet extrait d'un chef-registre du
quartier du Wallon Brabant, acte daté du 9 mai i6i5 : c< Messire Ernoul du Bois. Tient la terre et seigneurie d'Ohain avec toutes ses appertenances gisant entre la terre et seigneurie deBrayne la Leut et de.Geneval d'un costé, et des autres costés, entre les terres de Lanne et de laHulpe. A laditte Seigneurie appartient premièrement une maison avecq le jardin. . » Et c'est aux chroniques manuscrites de Jean Blondeau, aujourd'hui disparues, qu'il emprunte encore les renseignements que voici : « Ohain est une très belle terre et de grande étendue et revenu; elle a été possédée longtemps par la noble famille de Hinckaert, qui porte de sable semé de billettes d'argent au lion rampant de même, et a pour devise, Marche droit Hinckaert, Vers l'an i5oo N. Hinckaert, seigneur d'Ohain, avait épousé Charlotte d'Ailly, fille d'Antoine et d'Anne Ravesteyn, fille naturelle du duc de Clèves; et vers ce temps, selon les anciens dénombrements, cette seigneurie appartenait pour une partie à Jean Hinckaert, et pour une autre à Jean T'Serclaes. Il y a un bon château, duquel fait mention Jean François le Petit, Greffier de Betune en Artois, en sa chronique de Hollande, imprimée à Dordrecht en 1601, par Guillaume Guillemot. » Nous avons parlé ailleurs, d'après cet historien, de la conspiration ourdie à Ohain par les aristocrates huguenots brabançons, en i568, et à la suite de
(i) Théâtre Profane du Brabant Wallon, p. 99.
quelles circonstances elle échoua. Plus tard, le château devînt la propriété de la famille de Lalaing.
De Ohain, nous remonterons vers le nord-est; devant la ferme de Gallemart, nous pénétrerons dans la forêt, après avoir aperçu au loin, à notre droite, sur la rive orientale de la rivière d'Argent, ou Si7(;er6eecAr,prorilaQt sec murailles blanches decaut le bois de Motte, le castel de La Quewe, aujourd'hui la Longue Queue, maison de chasse des ducs de Brabant et des gouverneurs généraux des Pays-Bas. Jacques Le Roy a trouvé dans Jean Blondean, au sujet de cette propriété, les lignes suivantes : « La seignearie de Laqueuve est située à l'orée du bois de Soigne, est de la paroisse de la Hulpe. Jean Brant, seigneur d'Ayseau, et de Lacqueuwe, espousa Julienne de Spontin, eut
pour successeur son fils Willaume eu la seigneurie de Lannebourg, et Laqueuwe, mort le i3 novembre i447- Auquel succéda Pierre son frère, qui espousa Gertrude de Neuville, de laquelle il eut Julienne Brant Dame de Laqueuwe, femme d'Amould seigoeurdeBourdaux et Guillaume Brantseigneur de Laqueuwe,
r.hAtoau de Toiimeppe.
Porte monumentale.
Tour carrée.
Donjon
qui espousa Marguerite de Hontoy» dont il eut Jean Brant seigneur de Locqueuwe allié à Françoise de Waelmont, dnme de Wissene, qui vendit Locqueuwe a Lannebourg. »
L*auteur du Guide Fidèle^ dans la seconde moitié du xviii® siècle, devait s'exprimer ainsi : « Cette seigneurie, autrement dite la Queue du bois, est située à l'onest du Bois de Soigne, à une petite demilieue de la Hulpe, et a cinq quarts de lieues de Waterloo. Cette seigneurie appartient maintenant n M. Happart écuyer (i). » Il nous faudra traverser, sur un chemin zigzaguant, toute la futaie, pour gagner D'Worp, par le Spaygnaerts Eyck^ de Naille Plas, la Chapelle Sainte-Anne, VJagers Gai, Rooet Halsenberch.
Le château de Tourneppe, du flamand Dorp,et ay>pelé D'Worp sur la carte de Van Werden, est entouré de fossés. Un pontlevis sépare son enceinte de trois arches de pierre cintrées, supportant un étroit tablier de maçonnerie. La porte est monumentale, en demi-cercle, flanquée de deux pilastres enrichis d'écussons et couronnée par un fronton brisé. Ses corniches latérales à volutes de style Louis XIV encadrent les armoiries sculptées de la famille Le Roy. Do chaque côté, cette porte est reliée par un mur à deux pavillons à un étage percé de deux fenêtres à croisillons et à toit d'ardoises surmonté d'épis de plomb. Au fond de la cour, parallèlement à ces pavillons, se dresse le castel, à un seul étage; une tour carrée, au capuchon dominé par une croix çur un minuscule campanile, et décorée sur la face principale d'un cadran solaire ouvragé, divise la façade en deux. Cette tour repose sur quatre colonnes, formant les angles d'un perron où l'on arrive par deux escaliers accolés au bas de la façade et défendu par une théorie de balustres. Toute la façade n'a que douze fenêtres : six à l'étage, six au rez-de-chaussée.
Les pignons, terminés en doubles volutes flanquées de boules, sont percés de quatre croisées à meneaux. Derrière le castel, on voit un joli jardin, planté de hauts arbres encadrant des parterres. A droite, un simple treillis peu élevé, doublé d'une haie vive, coupe la rive du fossé. En face est un mur rébarbatif, derrière lequel se devine l'irrégulière agglomération de quatre bâtiments trapus, sorte de ferme attenante au domaine, et à l'extrémité de laquelle, paraissant la défendre, se profile un haut donjon carré, éclairé par une lucarne et surmonté de deux girouettes. C'est là un vestige, sans doute, d'un manoir du XIV® ou xv^ siècle. Tout au loin, les collines forment des replis et desmamelonnements,nux sommets desquels le graveur Robertus
Whitehand, sur sa planche datée de 1690, a fixé quelques arbres rabougris et isolés.
(( Dorp, dit De Cantillon, est un des villages et une des seigneuries de la mairie de Roden. Le chevalier Ignace le Roy, président de la Chambre des Comptes de Brabant, en fit construire le château, qne les François détruisirent en y mettant le feu; mais Ignace, fils de ce seigneur, le rétablit dans cet état de magnificence, dont voici la perspective (i). » En regard de ce texte, Técrivain donne la reproduction de la planche de l'artiste anglais, parue tout d*abord dans le livre du baron Jacques Le Roy. Aujourd'hui le château a disparu; le passage des troupes, durant les guerres du xviii® siècle, a été cause de sa ruine totale
De D'Worp à Braine-l' Alleu, la route est ravissante; on traverse des bois et des plaines, on franchit des ruisseaux, modestes affluents de la Senne. Le château rappelle un peu, par l'assemblage hétéroclite de ses bâtiments, celui de Tervueren. De la route, on arrive sous la poterne en franchissant un pont massif à quatre arches, précéâé d'une grille de fer fixée entre deux montants de pierre cylindriques. Le principal Corps de logis, sobre maison à cinq fenêtres, s*étend entre deux tours à toit pointu, l'une ronde, l'autre carrée, qui s'appuyent aux pignons à redans. A gauche du pont, plongeant dans re<au, on remarque quatre constructions, soudées les unes aux autres, mais différemment orientées et de hauteurs inégales. Des lucarnes éclairent leurs combles ramassés. Seulement deux grandes fenêtres à croisillons ornent la plus petite, et l'extrême partie supérieure de la plus longue. Toutes prennent leur lumière sur la cour d'honneur qu'on devine très vaste et irrégulière, devant quatre autres constructions aux pignons dentelés surmontés d'épis. L'eau entoure le manoir de toutes parts.
A droite du château, dans le charme d'une antithèse exquise, nous découvrons un paysage que le vieux Breughel ou Teuiers le Jeune eussent pris avec enthousiasme pour cadre à une de leurs œuvres. Séparée de l'étang par le clair ruban du chemin de teri»e, entourée d'une palissade doublée d'une haie, se dresse une demeure rustique; le toit de chaume descend en pente arrondie jusque près du sol ; une porte à claire- voie, à l'angle de la façade de planches, s'ouvre à deux pas d'une barrière. Derrière des arbustes ou aperçoit, au troisième plan, les autres bâtiments ramassés de cette métairie ou de cette auberge. De chaque côté, entretenant dans le jardin une ombre
Le château incendié par les Français.
Château-fort de Bralne-r Alleu.
Paysage churmeur.
(i) Les Délices du Brabant, vol. II
Cna pelle du cblteau ; (ondM en 1895.
Prlvilègeidu cMteUln.
constante, pouBsent deux hauts chênes majestueux, aux ramures puissantes. Tout au fond on distingue un massif forestier dans la distance vaporeuse. Passé le aile, lagrand'route, au delà de la barrière, oblique à gauche, puis fait une courbe nouvelle à droite, dans la direction du bourg, dont les habitations et l'église découpent leur légère silhouette sur rhorizuu. C'est ainsi que llarrewyn, par une gravure originale, nous évoque la contrée, dont le pittoresque est infiniment délicieux et séduisant.
H Braine l'Alleu, dit Jacques Le Roy, est un très groà bourgr dans le Baillage de Ter-Hulpcn. C'est une ancienne seigneurie qui a dépendu de seigneurs distinguez; elle appartient à présent (1690) au prince de Lorraine. Cette paroisse a six lieues de tour; le chapitre de Caœbray est collateur tant de celte église que de l'Autel de Saint-Nicolas, il en a même la plus grande partie des dixmes; mais on dit qu'à cet égard il relève du Seigneur de Braine, qui a conservé une peiite partie des dixmes avec la Collation des autels de la Vierge et de Uaiut-Etiennc. Outre cela, le curé, les chapelains des autels de la Vierge et de Saint-Etienne, l'Hôpital, le Couvent de Jéricho, et l'abbaye de la Chambre out des dixuies dans le territoire de Bruine. Il est vrai que les dixmes que le chapitre de Cambray y possède, il ne les tient pas du même bienfaiteur et no les a pas acquises en même tems. En effet, on trouve qu'elles lui ont été données, en 1197, par Henri, due de Lothier, en isso, par Thimer de Rogenics, et pai- un autre, comme il paroit par l'érection du Bénéfice de la Chai>elle da Château, fondée eu iSgS, sur les dixmes de ceux de Cambray. C'est ce que prouveront les diplômes suivants, que nous avons tirez avec bien de la peine des Chartres de l'Eglise métropolitaine de Cambray, parce qu'on n'n pas facilement accès aux archives des ecclésiastiques... (i). »
Plus loin, l'historiographe du Brabaut Wallon reproduit cet extrait du chef registre reposant au greffe de la Souveraine Cour féodale du dnché et concernant les châtelains de Brainel'Allend : « Messire Colart de Vyler tient .., loix, amendes, congies, cens et rentes seigneurîaulx avecque aussi bois, eanwes moulins à ban, si comme les moulins de Wissekin Bayart et Manchinpont avecque les droits de deux chevaulx allant et passant sur le bois deSoingne; avecque pareillement droits découper et tailler morte et secqne laigne sur ledit bois, pour l'ardoir du mousnier de Manchinpont et de couper chaisnes sur ledit bois, au plus près, et au moins de dommaige, pour refectionner
(1) Grand Théâtre Profane, 1. IV, p. 91
les ponts, ventelles et moulins dudit Manchinpont... Pareillement les droits de gruerie et pesserie sur les rivières en tonte laparoiche dudit Braine avec aussi les Warancbes des conins, toutes autres bestes sauvaiges passant et repassant en la ville et paroiche dudit Braisne. »
S*occupant des monuments funéraires ornant l'église. Le Roy parle du mausolée des anciens Seigneurs de Braine. Il trouve intact celui de Philippe de Witthem, et rappelle un événement mémorable auquel son fils Henry fut mêlé. C'est Pontus Heuterus qui raconte les faits dans son Histoire d'Autriche. Il rapporte qu'en 1488 Henri de Witthem, amman de Bruxelles, au bruit d'une révolte des habitants de Bruxelles, qui s'étaient déclarés pour les Flamands, pourvut de munitions de guerre et de bouche ses châteaux de Braine-l'Alleu, do Beersel et de la Folie, autrement dit de Zittert; qu'il y mit de jeunes gens résolus et capables par leur courage de les défendre contre les attaques des séditieux; que ces garnisons harcelèrent tellement les Bruxellois, qu'ils n'osaient sortir des portes de leur ville sans être bien escortés; que néanmoins ils s'avancèrent vers Beersel dans la résolution d'y entrer après en avoir renversé les murailles, mais que Philippe de Witthem, fils de Henri, les repoussa avec tant de courage, qu'ils se retirèrent, emportant avec eux plusieurs des leurs tués et blessés ; qu'à la fin, la poudre étant venue à manquer à Deersel, Philippe fut contraint de capituler pour cechâteau et pour celui de Braine-l'Alleu, àl'ex- priu du château ception de la Folie, forteresse voisine de Beersel, que ni la force, ni les promesses, ni les menaces ne purent engager à se rendre.
De Cantillon, à qui nous empruntons ces lignes, ajoute, au sujet de Braine-l'Alleu : « C'est un des plus gros bourgs du Roman-Pays, une paroisse qui a six lieues de circonférence, et une ancienne seigneurie avec une belle église et un bon château; y joint le di*olt de haute, basse et moïenne justice. Plusieurs hameaux en dépendent, entre autres Waterlo, à l'entrée du Bois de Soigne. Le Chapitre de Cambray est le collateur de la Cure; mais on ne sait ni quand, ni par qui son château fut bâti. Quoi qu'il en soit, il eut des seigneurs dans les maisons de Barbançon de Faingneulle, de Vyler, de Witthem, de Berg-op- Zoom et de Cusance. François de Lorraine, Prince de Lislebonne, tenoit encore ce fief l'an 1690, du chef de sa femme (i). » Breine, qui « avoisine Bruxelles de trois lieues, sur l'entrée du bois de Sonien », comme écrivait Louys Guicciardin au temps de Charles- Quint, appartenait sous la maison d'Autriche à la Comtesse de Marsan. Le château « est un monument très
(1) Le» Délicea du Brabant, t. II.
aDCÎeD. orné de plusieurR Iootb et enrironné d'eaux de tons côtés (i) n. A la reitle de la Bévolutiou, la résidence est par conséquent ciicoie intaete. Les euvaliissears frauçais en auront bientôt fait no amas de ruines. De dos joui-s, il ne reste du castcl de Braine-rAlleiid que des vestiges sans importance.
Bcbi'ouft<^ant vbcniin, nous rentrons au village de D'M'orp. Puis nous nous dîrîgctins vers le nord, laissant à notre gaiiclic
le luanoir de Beersel, en deçà de la Senne. Par Calevoort, S'Gravenhage, t'Hof ten ham et de Cron, nous arrivons à Stalle. Lo cbâteau se dresse orgueilleusement au centre d'ane grande plaine, sur un plateau formant amphithéâtre. C'est un bâtiment carré, plus étroit que large, à deux étages, le premier percé de six fenêtres, le second de sept. Un pignon ornementé surmonte celle du milieu et coupe le toit d'ardoises, décoré de deux lucarnes- La vaste porte, au-dessus de l'arc de laquelle on a sculpté les armoiries du propriétaire, est précédée d'un petit
(i) Le Guide Fidèle, p. 39.
perron à deux marches arrondies. Derrière le château, le dominant, un peu à droite, on aperçoit une tour carrée, à capuchon d'ardoises et à flèche légère terminée en girouette. Tout au fond de la cour, parallèle au château, dont de sobres murailles le séparent, court un portique, soutenu par des colonnes cylindriques et supportant des combles. A perte de vue, jusqu'aux contreforts de la forêt de Soigne, on ne distingue qu'un immense verger, encadrant le terre-plein où est construite la villa de messire Guillaume Van Hamme. Au commencement de ce verger, une perche appelle, les jours de fêtes, l'attention des tireurs à l'arc.
Le terre-plein se termine en une terrasse défendue par un mur dont les balustrades élégantes s'appuyaient sur des arcades. Ce perron merveilleux, à large palier, d'une ligne un peu capricieuse, mais d'un ensemble monumental admirable, mène de la terrasse dans un jardin clôturé où joue une fontaine. Quatre parterres offrent aux yeux, éblouis par tant de beauté, les arabesques recherchées et ondulantes de fleurs disposées en multiples spirales. En face de l'escalier, passant sous une imposante porte décorative, on arrive dans un parc planté de pins et où serpente un clair ruisseau. Celui-ci passe devant une petite tour carrée, sorte de colombier spacieux, et se jette dans un canal rectiligne qui limite la résidence jusqu'à l'horizon. Une quadruple rangée d'arbres suit parallèlement ce ruban liquide.
Un mur bas sépare le domaine du chemin; à droite d'une gigantesque porte charretière, on remarque un long bâtiment coupé à angle droit et dont les murs montrent le zigzag de la charpenterie apparente. Devant le verger naît un lac sur les eaux duquel une minuscule caravelle, la voile gonflée, vogue vers la rive, les banderoUes de son pavillon flottant au bout de son mât conique. La seigneurie de Stalle, dit Christophre Butkens, fut érigée en baronnie en faveur de Guillaume Van Hamme, par Charles II, roi d'Espagne, le 27 mars i636 (i). Autrefois, s'il faut en croire De Cantillon, la seigneurie appartenait à la famille de Berthouts. Du château, il ne reste pas la moindre traire, tellement qu'il serait difficile d'établir l'endroit où il se dressait. Sous Joseph II il existait encore cependant. L'abbé Mann l'a connu en 1784 : « Stalle est un hameau et seigneurie d'Uccle : il y a un château (2). »
De Stalle^ nous atteindrons directement deWalscheWeg, par Uckel, Eeckhout et le prieuré de Boiteudael. Deux cents verges nous séparent de Carloo. Au xvii® siècle le château possède
Verger Immense.
Le parc.
Les barons de Stalle.
Château de Carloo.
(i) Les Trophées du Brabant, t. II du Supplément, p. i4i- (9) T. n, p. a35.
toate sa splendeor. La planche de G. De Bmyn noas le représente dans sou entière beauté pittoresque. Un fossé s'arrondit autour du domaine seigneurial, fossé bordé d*une drève ombreuse qui écarte ses arbres serrés devant un pont-levis jouant dans une porte à créneaux. Ce pont défend une cour où se dressent des bâtiments de ferme .: porcherie et grange, réunies à la large porte par un mur. bas. Cette partie de la propriété est séparée de la cour d'honneur par une seconde muraille coupée dune arcade sculptée, et naissant à des bâtiments trapus, ouvrant leurs meurtrières sur les fossés. La haute tour carrée a trois étages; elle se termine par une flèche bulbeuse à girouette. L'aile droite du cbâteau accolée à la tour forme un angle droit pour se souder à un pavillon dont le bas, en portique, repose sur des colonnes. Une maisonnette, corps de logis des gens, est reliée à la grange. L'aile gauche, construite en recul de la tour, est identique à l'aile droite. Mais le fossé baigne sa base, creusée en voûtes.
i^parr. C'cst par la porte latérale, en franchissant un ponceau de
pierre flanqué de deux orangers, qu'on accède au château. Derrière les bâtiments principaux s'étend un immense parc, encadré par des arbres taillés en rondelles superposées. Au centre des parterres en rinceaux, un jet d'eau joue et éparpille sa pluie fine sur les verdures. A gauche, le terrain monte en pente vive autour d'un étang carré festonné d'arbres. Une chapelle domine la hauteur. Au bas du plateau où est ménagé le parc, les futaies de la Heeghde^ le massif plus tard défriché de la forêt de Soigne, reçoivent l'ombre du coteau.
Lm châteiaini. Nous avons examiné dans les précédents chapitres le rôle
important que les membres de la famille vander Noot, seigneurs de Carloo, ont joué, à travers plusieurs siècles, dans l'administration et l'histoire de la forêt de Soigne. Dès i479< jusqu'à 1489, un Wautier van Careloe fut maître des forêts en Brabant, selon Butkens. ce Le château, dit De Cantillon, est spacieux et proprement bâti. Son principal jardin occupe un quarré entre des coteaux et un bosquet, lesquels, en même temps qu'ils divertissent la vue des deux côiés, ouvrent dans le milieu un éloignement qui la prolonge jusqu'au clocher d*un village. » L'auteur des Délices du Brabant ajoute ces détails curieux : a Quelques historiens avancent que le nom de cette seigneurie, située dans la mairie de Boden sous la juridiction d'UccIe, provient de celui de Charlemagne, qui en fit bâtir le château. Ils citent d'anciennes chroniques conçues en langue teutonne, mais dont ils amplifient le sens II y est simplement parlé de ce lieu, comme d'une infinité d'autres, dans le récit des gestes de cet empereur, et de là ils tirent une conclusion que personne.
hormis eux, ne Toudroit garantir pour juste. La vérité est que la terre fut engagée à Charles vander Xoot le i8 aoiît i638, vendue définitivement à ses descendants en i65o, et érigée en l^aronnie le 13 septembre 1678 (par Charles II, roi d'Espagne), en faveur de Roger-Wauthier vander Noot (i). »
C'est de ce dernier gentilhomme qu'il est question dans un événement rn|>por(é par les Helations Véritables : « Le 14 de ce
mois, sur les 5 heures de l'après-midi, se fit dans la chapelle Roiale du Palais la Cérémonie du batême d'un septième fils de Messire Roger Wautier vander Noot, Baron de Carloo, et de Dame Anne Louise vander Gracht, née Baronne de Vremden; S. A. Ë. eu étant le Parrain, et Madame l'Electrice la Mitrraino, lui donnèrent le nom de Maxiiuilieti Emmanuel Charles, les six frères ai ant assisté à cette fonction; ensuite de laquelle ledit Baron régala leurs Alt. Elect. à un soupe très magnifique dans un Chasteau au voisinage de cettu Ville, où Elles se rendirent
(i)T II, pp. .44 «145.
Vllia (ie WatermaeU
iM alentours.
après avoir vu près dadit chasteau la compagnie de 200 fusiliers nouvellement levée par le capitaine Gheten. Il y eut un magnifique Bal qui dura fort avant la nuit (i). »
Le château de Carloo, appartenant aujourd'hui à la famillQ de Duras, est presque complètement moderne (2). (c Le beau château seigneurial, dont le jardin était magnifique, dit Branelle, à propos de Carloo, a été brûlé pendant la révolution; il n'en reste que deux pavillons, dont un est occupé par le Vicaire. Il y a quatre moulins à eau dan» ce hameau. Sa Kermesse, qui vient en mai, est fort fréquentée par les habitants de Bruxelles (3)... » Actuellement, on remarque à peine quelques fragments de maçonnerie do ce délicieux castel, où l'Electeur de Bavière alla danser un soir...
Quittons Carloo et remontons de quelque cent mètres la chaussée; engageons-nous à droite, sur le Diewegh venant du centre d'XJccle. A travers le massif de la forêt où est aujourd'hui le bois de la Cambre, cette venelle nous mènera presque directement à Watermael, par Boyndael et Vhofter Cogne, au nord de la fantasque Woluwe.
Le château de Watermael se dresse au bord d'un étang carre qui se prolonge, le long de sa façade principale, en un canal étroit sur lequel est jeté un poui à deux arches. Ce pont s'arrête devant une porte percée au milieu du bâtiment. Celui-ci compte un étage, éclairé par sept fenêtres. Deux rangées de trois fenêtres se voyent sur la façade latérale, dont les assises plongent dans le lac. Les croisées centrales reposent sur des balustres. jC'est, d'ailleurs, avec les deux petits campaniles couronnant les angles du toit oblique, le seul ornement de cette charmante villa, sobrement conçue et qui participe au caractère pittoresque et un peu mélancolique du site où elle est édifiée.
Les environs du castel sont ravissants. Du chemin, courant entre une sextuple rangée d'arbres, on arrive dans un parc étendu. Des haies vives l'entourent. Ce parc comprend quatre parties égales, elles aussi limitées par des haies vives. L*une est plantée d'arbres fruitiers, l'autre montre les volutes méticuleusement tracées d'un parterre floral ; les deux dernières se subdivisent en parcelles géométriques diversement plantées. On va
(i) Numéro du vendredi iK mai 169G.
(2) Depuis plus d'un siècle, d'ailleurs, cette famille est propriétaire de ce domaine : < A une lieue de Bruxelles, à côté du chemin de Namur et de la forêt de Soigne, est un beau cliàteau du comte de Duras à Carloo; mais il est dans un fond et sans vue étendue d'aucun côté. » Abbé Mann : 1784, t. III, p. 83.
(3) Bruxelles ancien et moderne, 1819, p. 210.
de l'un à Tautre de ces petits jardins, en suivant des chemins courant entre les haies et en passant sous des triomphaux arcs de verdure savamment émondés. Derrière la gentilhommière quatre parterres carrés sont dessinés avec une véritable recherche décorative. Le chemin central conduit, au-dessus d'un pont, dans un grand labyrinthe touchant au lac et coupé, longitudinalement, par deux bras de l'étang. Autour de ce parc la forêt s'arrête : ses premiers massifs prolongent magistralement le domaine du chevalier dont il est l'enviable apanage.
Un Prospectus Praetorii Watermale a été dessiné et gravé par Harrewyn (i). Il nous évoque la paisible beauté, la séduisante solitude au xvii® siècle de ce village aujourd'hui si fréquenté et si peuplé de maisons de campagne souvent prétentieuses et ridicules. De Cantillon nous apprend à qui est due la construction de la maison de plaisance de Watermael : « Le château de cette Seigneurie de la Mairie de Roden est moins remarquable par sa structure que par la disposition de ce qui Tenvironne. Il contient de beaux jardins, de belles prairies et une espèce de labyrinthe; le tout bâti et formé par le chevalier Corneille de Man, seigneur d'Auwerghcm et des deux Leunicke (2). »
De Watermael, nous gageons Wesembeek on nous éloignant et en nous rapprochant tour à tour de la rivière jusqu'à Sint- Lambrechts Woluv^e; nous dépasserons successivement Vhof ter Linden^ den Vogelen «a/ic, le couvent d'Auwergem, Vhof van St^ans Gasthuys^ St-Pieters Woluwe, siège de l'ancien tribunal de la Foresterie. Il nous faudra faire un coude derrière Stockel poui- arriver au village de Wesembeek.
C'est au crayon de J. van Croes que nous devons la vue du château; son dessin, gravé par H. Causé, orne les ouvrages de Le Boy et de De Cantillon. Les bâtiments trapus, également entourés d'eau, forment un quadrilataire régulier; une paaserelle de bois mène à la porte monumentale, flanquée de deux doubles pilastres, à fronton brisé, dont les volutes, en se réunissant, soutiennent une boule. Derrière cette porte, qui s'accole à la façade, est un pavillon carré, à cheminée richement armoriée, et que couronne un svelte clocheton à six pans terminé par une croix. Les deux coins principaux de ce pavillon, renforçant les colonnes plates de la porte, sont ornés de montants solides soutenant des enroulements gracieux. Les deux
Au xvii<^ siècle.
Ch&teau deWesembeek.
(i) De Cantillon : Ile vol.
(2) Ibidem, p. i58.
Bâtiments pittoresques.
Les châtelains.
(Château d'Everberg.
La terre érigée en principauté : 1686.
ailes, sans étage, s'étendent de chaque côté de la poterne et tournent à angle droit.
L'appareil régulier est coupé de cinq larges lignes transversales de pierres blanches; deux fenêtres seulement, à gauche, éclairent le logis. Le toit est d'ardoises et couronne d'un épis. Trois lucarnes le décorent. Prolongeant cette maçonnerie solide, dans le même alignement, est un bâtiment délicieux, aux larges corniches, aux fenêtres à meneaux perçant l'étage et le rez-de-chaussée, aux ancrages de fer forgé, aux moulures à décrochement. Des plantes aquatiques s'attachent à sa base. De hautes herbes surgissent au milieu de l'étang; et dans l'échappée des perspectives, nous admirons des bouquets
d'arbres que surplombe le vol d'une bande d'oiseaux. Wesembeek, dit De Cantillon,cst« une seigneurie dont jouit le comte de Rupelmonde de la maison de Recourt, après avoir appartenu aux familles de Swerts, de Bot et de Schu3'l. On en rencontre le château dans la mairie de Vilvorde ». De nos jours, il n'3^ a plus trace de l'ancien manoir, qui, à la fin du xviii® siècle, a été presque entièrement détruit. Le chevalier de Burbure, propriétaire actuel de ce domaine, a fort heureusement utilisé les parties subsistantes dans la reconstruction du château, qu'il a fait exécuter il y a trois ou quatre ans.
Il y avait dans le duché d'autres châteaux qui, par la qualité de leurs occupants, étaient liés à l'histoire de la forêt de Soigne. Mais ils en étaient trop éloignés pour qu'il soit permis de les comprendre parmi les seigneuries encerclant le territoire boisé. La véritable ceinture de maisons nobles était formée par les demeures dont nous avons parlé. Il est nécessaire cependant de ne pas laisser quelques autres dans Toubli. Il nous faut citer, par exemple, le château d'Everberg, résidence d'été des comtes de Rubempré, les illustres grands veneurs du Brabant. « Everbergh ou Mont Everard, lisons-nous dans les Délices du Brabant, est un bien entre Louvain et Bruxelles, appartenant à la famille de Rubempré, et incorporé dans les dix-huit villages de la Mairie de Campenhout. L'archidnc Albert et Charles II, roi d'Espagne, annoblirent cette terre; l'un en l'érigeant en baronnie le 18 février 1620, par considération pour Philippe ; l'autre en principauté sous le titre d'Everbergh le 11 mai 1686, par estime pour Philippe-Antoine, tous les deux comtes de Rubempré et de Vertaing. Le château, placé à l'entrée de la forêt, consiste en deux bâtiments. Le principal est environné d'eau, au-dessous (sic) de laquelle il y a un pont de bois qui conduit au deuxième, et dont l'enceinte, fermée de muraille sans jardin, ni parterre, aboutit au grand chemin par un pont de pierre à deux arches. » Du manoir, construit au temps
de la Renaissance, et qui était orné de tours, il n'existe plus rien.
Non loin d*Everberg on voyait le château de Huldenberg, appartenant à la maison de Byckewaers, dans la mairie de Vilvorde; ce château avait six tours d'égale hauteur. « Mais si agréablement situé, et ajusté de si beaux ornements en dedans et en dehors, qu'il semble qu'on ait épuisé dans ce lieu tout ce que l'esprit peut imaginer de délectable. Ici on se promène en long et en large, à l'ombre des feuillages; entre des étangs et des prez murés; là on rencontre des hameaux épars; ailleurs des montagnes couvertes de bois, des vallées arrosées de ruisseaux, hérissées de halliers et de buissons, toutes retraites de gros et de menu gibier, qui rendent la chasse d'autant plus divertissante aux chasseurs, qu'ils y trouvent à chaque pas de quoi se dédommager de leurs fatigues (i). » Ce manoir, pur échantillon de l'architecture militaire du moyen-âge, a disparu vers la fin de la domination française. Il formait un carré de bâtiments symétriques, dont les quatre angles étaient fortifiés de tours. Sur les murailles se dressaient des tourelles. Le corps principal faisant saillie au-dessus de la porte d'entrée, était flanqué aussi de deux tourelles. Les jardins spacieux, agrémentés de pièces d'eau, s'étendaient à une grande distance; ils se reliaient à des bois nombreux appelés dans leur ensemble Cleyn Sonien, ou Petite Soigne, parce que certains d'entre eux, baignés par les eaux de l'Yssche, se rattachaient à la forêt lointaine.
Plus au sud, au cœur du Brabant Wallon, exista longtemps le château de Dongelberg, terre érigée en baronnie le 3 juillet 1662. « Le castel, bâti sur le bord de la route de Namur à Louvain, près de la Gète« fut habité au xv^ siècle par : « Jacques, Baillif du Brabant, Gru^^er de Brabant, grand fauconnier et gouverneur de Vilvorde ; et par ses fils, Philippe, chevalier, Gruyer de Brabant, grand fauconnier et Baillif de Vilvorde, et Henri, chevalier, seigneur de Herlaer et bourgmestre de Bruxelles (2). »
Dans le quartier soumis à la juridiction de Tervueren, la terre de Loenbeeck avait été érigée en seigneurie le ig décembre i663, en faveur de Philippe, issu de la postérité de Jean Vander Vorst, chancelier de Brabant, à qui le territoire avait été vendu vers i5oo par Gauthier de Huldenberg. ce La baronnie de Loenbeke, écrit Christophre Butkens, était autrefois une seigneurie qui appartenait a la famille de Wihen : Elle
Château de Huldenberg
BAtiments rortlflés de tours.
Château de Dongelberg.
Ch&teau de Loenbeeck.
(i) DeCantillon.
(2) Théâtre Profane du Brabant Wallon, p. 128.
passa ensuite à celle de Huldenberge, et est à présent dans celle de Vander Vorst, famille patricieane de Louvain, depuis M. D. que Jean Vander Vorst, chancelier de Brabant, et sa femme Jeanne Van Thieit l'achetèrent de Gauthier de Huldenberg. Elle fut érigée en bnronnie en faveur de Mess. Philippe Vander Vorst, chanceliei*, seigneur de Loenbeke, et Reynsheke... Charles-Georges Vander Vorst, qui la possède aujourd'hui, a succédé à son père, et a relevé ce fief à la Ctmr Féodale
de Brabant le 19 novembre 1716. On lit dans l'égliEC des S8. Michel et Gudiile à Bruxelles, l'épitaplie dudit Jean Vander Vorst, chancelier de Brabant, et de sa femme. L'ayeul dudit Philippe annobli par Philippe. Roi de Castille, Jean Vander Vorst écuyer, « se seroit retiré pendant les troubles de nos Pays-Bas (dit l'acte d'annoblissemcnt) en ladite ville de Louvain, suivant le parti do nos trè» augustes prédécesseurs : ce qu'auroit meu le Commis par les rebelles au gouvernement de Bruxelles, de faire brusler son chasteau de Loenbeke, les moulins et toutes les censés lui appartenantes, et la plus part de son village (i). »
Un dessin de J. van Croes, gravé par Harrewyn, nous a conservé l'aspect du château de Loenbeke. Il se dressait au bord d'un grand étang. Il comprenait deux ailes imposantes et presque égales, qui s'unissaient à deux tours carrées, surmon-
(i) Le» Trophée» du Brabant, t. Il'du Supplément, pp. 110 et m.
tées de flèches à deux balbes. Entre ces deux tours courait un mur à créneaux, au milieu duquel était percée la porte menant dans la cour d'honneur, plantée de grands arbres. Le toit des deux bâtiments principaux, qui formaient un quadrilatère, s'ornaient de lucarnes à pignons dentelés. A Tétage, verô rétang, les fenêtres avaient des arcs géminés. La corniche du toit, très en saillie, était supportée par des motifs en bois sculpté. Derrière le caste!, un pont de bois franchissait le fossé. Il menait à un portique, d'une simple mais jolie ligne architecturale, conduisant à un petit bâtiment dout les fondations plongeaient dans l'eau du lac. Sur la gravure, des canards barbotent dans le flot sans rides et un homme d'armes, le mousquet sur l'épaule, garde l'entrée principale, à l'ombre des premiers arbres d'une avenue.
Dans la mairie de La Hulpe, à l'extrémité du Brabant, du côté du Hainaut, et à une lieue de Hal, se dressait, près de la rive droite d'un ruisseau prenant sa source sur le territoire de Braine-l'Âllend, le château de Clabeeck. A gauche du castel, démoli à la fin du xviii® siècle et remplacé peu d'années après par le château des marquis de Sayve, édifié à trois cents mètres de l'emplacement primitif, une montagne assez élevée bornait la perspective ; mais à droite rien ne masquait l'horizon. On découvrait en plein le manoir et ses cinq tours. Les seigneurs de la famille de Cottereau en furent longtemps possesseurs.
Tout au sud-est, à la même latitude que Nivelles, existait encore à la fin du xvii^ siècle le château de Genappe, dont l'histoire est liée à celle de la forêt de Soigne. Louis Guicciardin en parle en ces termes dans sa Description de touts les Pays- Bas : <i Genappe est à une bonne lieue de Nivelle, où l'on voit un fort beau et ancien chasteau, auquel réside ordinairement un magistrat, et Siège appelé la Cour de Lothier; et le fait on et juge tant civilement que criminellement, et en matières de fief et de Seigneurie, sauf qu'il y a appel de ceste court à la Chancellerie de Brabant; réservé qu*ès causes féodales, esquelles ce siège juge en dernier ressort et diffinitivement : estant néantmoins loisible aux parties de choisir le lieu de plaider et procéder, ou devant la Chambre de Lothier, ou en la Cour féodale de Bruxelles, ainsi que bon leur semble. Pour la bonté de l'air de ce lieu et fertilité de la terre et commodité de la chasse et autres plaisirs, se playsoit grandement et y residoit d'ordinaire Louys Daufin de France, qui depuis fut Boy onziesme du nom, lors qu'estant en la malegrace du Boy Charles VII son père, il se retira en ces quartiers vers le Duc de Bourgoigne Philippe surnommé le Bon : et se tint avec sou
Château de Clabeeck.
Cbàtetu de Genappe.
Séjour de Louis XI.
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eeponce l'espace de cinq ans en ce Chastean, où elle enfanta
quelques enfants .. (i), »
Si le château de Genappe non» intéresse, c'est surtout porre
que plusieurs de nos princes aimaient d'y loger après leurs
cliasues dans la forêt de Saigne; certains préféraient même sa situation à celle de Tervueren.
Antoine de Bourgogne et son snccesseur Jean IV s'y arrêtaient à toute occasion; mais ce fut particnlièrcmenb Pliilippede Snint-Pol qui tintée manoir en f avenr spéciale.
Noos avons vu dans le deuxième chapitre de cette étude que Jacques Pasteur, à la tête de ses fusiliers des bois, défit glorieusement, le 39 novembre 1695, à proximité de Genappe, le partisan de Beauregar d qui 80 préparait à pénétrer avec sa' troupe dans le Sonienbosch, à Lj.^ML.jiv^ l'effet de s'em-
parerdes ebevaax
Ctiapolle salnl-Iacnuea, i;ouslrulte eu 8is. • .
uipj'iin .„.:..-r^>-,-ai. c»i.iu«ii.iE.i.i..p«) et des chariots des
marchands bruxellois occupés à renlèvemeut des coupes.
Le château de Oeusppc, démoli en 1671, comprenait deux parties, entourées par un grand étang, et reliées entre elles par un pont-levis que précédait un autre pont en pierre à balastrade ornée de boules. Le manoir était formé par un carré de
(1) Edition Plautin, Anvers, i5«m, pp. aaa elaaS.
bâtiments de proportions et de caractères divers, percés de petites fenêtres quadr angulaires. Deux tourelles flanquaient le corps de logis principal. Une chapelle, surmontée d'un clocher élégant, occupait un côté de la cour. Les débris du manoir ont subsisté jusque sous la domination française, époque à laquelle les terres de l'ancienne seigneurie furent vendues. Le vaste étang avait déjà depuis longtemps été converti en prairie, puisqu'on l'avait mi$ï à sec l'année qui suivit la démoliti(m de la vénérable demeure où Louis XI vécut ses jours les plus pai<^ibles sinon les plus heureux.
Certains châteaux, ceux do Beersel et do Droogenbosch, notamment, qui étaient situés assez près des limites de Soigne, ne sont pas associés au passé du territoire sylvestre. Nous ne terminerons cependant pas cette étude des maisons patriciennes avoisinant la forêt sans dire un mot de celle où vécut un homme dont le nom est intimement lié à l'histoire de Soigne. Il s'agit de la seigneurie et du château de La Tour, château situé au milieu du village de Chapelle Saint- Lambert, également dans la mairie de La Hulpe. C'était un bien de la famille de Jacques Le Roy, baron du Saint-Empire, connu dans la République des lettres par plusieurs ouvrages, Castella et Praetoria Nobilium Brabantiae, le Grand Théâtre Sacrée le Grand Théâtre Profane du Duché de Brabant, par exemple, volumes qu'il publia entre i6go et 1734, et auxquels nous avons emprunté maint renseignement précieux utilisé dans différents chapitres de ce livre.
La chapelle.
Ch&teau de La Tour.