PRINCE DE RUBEMPRE
ET DEVERBERGHE,
nuUfÇOia-PBlUPPK Dt RVOEkUHi
n Bgtiwili, Ullisn d« IT
Administration de It
d« MtilmllMn : 1491.
(i) AsCHtVBS OÈNËRALEH Dv ROYAVUE : Chambre dti Compte»
l'-^na.
visites de la fordt.
Douze gardes.
Marteaui à marquer.
Amendes aux veneurs.
gazon, des poasses, à moins d'une somme à percevoir, et dont Dierick Van den Heetvelde était responsable. Lui et le rentmeester devaient visiter la forêt au moins une fois par mois. L'ordonnance veut que le grand forestier choisisse un adjoint ou stadthouder, qui le remplacera en toute circonstance et prêtera serment devant la Chambre des Comptes. Plus loin est indiqué le nombre des gardes chargés de la police de la forêt. Ils sont douze seulement. fDa^ opten voirschreven bosch ende woude van Zonien zullen wesen xij vorsters oft serganten.) Chacun de ces hommes avait le droit de faire paître dans la forêt deux vaches, leur appartenant en propre. A la fin de Tannée ils recevaient trente-deux sous pour la confection d'une robe ou tabard dont on leur donnait le modèle. (Sullen oie hebben, tôt behoef van een tabbairde elck van hen die some van xxxij stiwers.)
C'étaient les deux mêmes magistrats qui nommaient les marchands de bois jurés et recevaient leur serment. Les négociants acquéreurs des coupes ne pouvaient pas revendre leurs lots en gros, si ce n'était à des collègues. Les sacs des marchands de charbon devaient contenir een halff mudde, ou une demimesure. Pour éviter les fraudes, que l'emploi des deux marteaux à marquer eût pu engendrer, le Conseil des Finances avait décidé de confectionner deux boîtes en cuir qu'on plaça dans le local de la Chambre des Comptes; elles étaient munies de deux serrures, dont une clef était conservée dans le local et l'autre confiée au Woiitmeester. (Dat gemaickt zullen wordden iwee custoden van leeder in mannieren van bussen^dair inné die Voirschreven haickengesloten sullen wordden ende ins Cameren van den Rekenningen bewairt Ende tôt elckenvanden Voirschreven custoden gemaickt sullen wordden twee sluetelen daaraf den eenen zyn en berusten zal inder selver Cameren van den Rekenningen, Ende den anderen sal gegeven ende bewairt wesen by den woudmeester van Brabant.)
Lors des coupes annuelles ou extraordinaires, les deux instruments étaient extraits de leurs gaines de cuir; le marquage avait lieu en présence de témoins et du woudmeester; puis les marteaux, ramenés à Bruxelles par le haickmeester, étaient renfermés avec le même cérémonial. L'ordonnance stipule aussi que les chasseurs de la Vénerie deBoitsfortfGese/Ze/î en Jageren van Bouisfort) recevront chaque année douze mesures de bois. Par contre, ils devront désormais s'abstenir de prendre le moindre arbuste dans la forêt, sous peine d'une amende double à celle prévue par le Coerboecke ; ils ne pourront plus posséder que deux vaches. Les couvents de Soigne, ayant à leur service des gardiens ou messiers (preeters) circulant sur le domaine, devaient les présenter au grand forestier, devant lequel ils
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prêtaient serment. L'ordonnance de Maximilien est datée d'Anvers (In onser stadt van Anwerpen.)
La seconde Instructie da volume concerne les wintuelUnget c'est-à-dire les arbres et branches brisés par le vent. Nous y lisons tout d'abord que les monastères de la forêt, en vertu de certains privilèges qu'ils disaient tenir de plusieurs princes, enlevaient autour de leurs établissements respectifs des quantités considérables de bois mort ou vert. C'étaient surtout les couvents de Gruenendaele et de Zenenborre qui usaient largement de ce prétendu privilège; ils sortaient même des limites indiquées. Le règlement nouveau ordonne, au nom du duc, que pour mettre fin à des abus incessants, il est désormais interdit à quiconque, fût-il religieux ou laïc, de ramasser, d'enlever dans la forêt le moindre wintvelling. Les marchands jurés de la Chambre des Comptes alloueront à ceux qui établiront leurs droits la quantité de bois à laquelle ils peuvent prétendre.
Le wintvellingmeesfer devait faire vendre régulièrement le bois recueilli, après s'être entendu avec le grand forestier et le receveur général. D'ailleurs, la fraude devint presque impossible : la Chambre des Comptes décida la fabrication d'un marteau à l'aide duquel on marqua le bois aussitôt après sa chute. Il eut comme dessin une double croix de Saint-André. On le conservait aussi à la Chambre des Comptes Quant aux chênes trouvés parmi les débris, on appliquait sur l'écorce le tymmerhaicke, ou marque distinguant le bois de charpente destiné aux ouvrages de la Cour. Le « maître des bois brisés par le vent » annonçait dans tous les villages voisins de la forêt la vente des wintvellinge^ à laquelle il était procédé le vendredi suivant à Bruxelles. La vente aux enchères se faisait avant-midi, au dernier feu de la chandelle (zyn genechie aldair zal houden, met hoegen ende dbernen uanden keerssen), par cent mesures à la fois. Il fallait que les lots achetés fussent enlevés dans la semaine suivant l'opération.
Ce règlement spécial, qui ne porte point de date, est suivi d'un autre règlement du i6 décembre i52i, concernant le même sujet. Il fut fait par la Chambre des Comptes, qui avait au préalable entendu Van den Heetvelde, woudmeeater, Jan Brème, wintvellingmeester, Joes de Vleminck, haicmeester , et Willem Zegers, mee^ter tymmerinan (maître charpentier) de l'empereur Charles-Quint. On l'édicta pour mettre définitivement fin aux abus commis au sujet du recueillement des bois brisés, abus qui portaient un préjudice considérable à la Couronne. Il s'occupe non seulement du marquage des wintuellingen, maîB aussi de la coupe ou abatage des arbres et du choix des oirboirhoiiie ou bois pouvant être utilisés dans les ouvrages de sculpture des
Wintwllinge.
Abus des religieux.
Vente des bols brisés.
Règlement de 1591.
Salaire du marqueur.
Abornement.
Commission d 'abornement : 1547.
édifices de Sa Majesté. Tout d*abord il est prescrit de rechercher le oirboirhoute dans toat le bois réani après le mauvais temps.
Les ecclésiastiques des monastères de Soigne ne pourront prendre, pour leur provision annuelle, que le bois trouvé à terre, et que leur indiquera le fonctionnaire ou officier compétent, d'accord avec le receveur général. S'ils se permettent de ramasser leur provision d'hiver avant l'époque indiquée, la marchandise sera saisie et vendue au bénéfice du duc de Brabant, et les délinquants punis à l'égal d'une personne non privilégiée. Chaque fois qu'il aura fait grand vent, le haicmeester et le maître charpentier se rendront dans la forêt; ils y marqueront les branches et arbres arrachés ou brisés en y brûlant une croix de Saint-André. Ils feront équarrir les bois sur place et transporter ensuite dans les bâtiments qui leur seront indiqués. Le marqueur ne pouvait distraire aucun produit de l'ébranchage : il devait se contenter d'un salaire annuel de 28 florins du Rhin (Rinsgulde). liCs officiers qui n'observeraient pas ce règlement seraient poursuivis, en vertu du Kuerboecke.
Ce n'est pas seulement l'administration de la forêt elle-même et la répression des délits qui requièrent l'incessante attention de la Chambre des Comptes. L'abornement du domaine lui fournit d'autres causes de soucis. Des contestations surgissent nombreuses; des volumes entiers nous ont conservé les procèsverbaux des commissaires chargés d'aller sur place examiner la vérité des prétentions élevées par les propriétaires riverains. C'est principalement sous Charles-Quint que ces différends surgirent ; et nous voyons qu'en maints endroits, au profit des plaignants, les petites pierres bleues furent rapprochées de la lisière et le classique fossé reculé sous les feuillages En octobre i523, on limite» par exemple, exactement le massif de SeveitborrCj vers le sud, et certains tronçons à proximité de Rouge- Cloître. L'on trace définitivement les limites du domaine, en septembre, octobre et novembre i532, à Tercluyseiiy à Brachen (Braine), Reutlinghen, Waierloos oft Weydsdelle, Tourneppe, Ohain, Ransbeke, Galmarden, der Huelpen^ Nysdam et Hoolaer.
Un copieux registre des Archives générales du Royaume (i), intitulé : Bepaelinge gedaen Inden Woiide van Zoenien int Jaer XV^ XLVII, nous renseigne d'une façon parfaite sur les travaux de la Commission chargée par l'Empereur de délimiter les forêts de Soigne et de Zaventerloo. Le manuscrit contient la copie authentique des procès- verbaux de cette Commission,
(i) Chambre des Comptes^ n^ 491-
instituée le i**" septembre i546. Une préface de vingt-quatre pages rédigées en flamand et en français résume les opérations et nous éclaire sur les délimitations auxquelles il avait été naguère procédé. La Commission était composée de Willem Pensaert, président de la Chambre des Comptes, Peeteren Van Waelhem, et Nicolaesen Oudaert, Conseillers du Brabant, Jeromme Van Hamme, Conseiller et Maître de la Chambre des Comptes, et Jannen Boote, secrétaire du Conseil de Brabant.
La préface rappelle qu'en i520 et i53o on avait nommé déjà des commissions chargées de bepalen onse wouden en bûsschen van Zonyen.
Diverses usurpations avaient été commises au préjudice de Usurpations.
TErapereur; pour empêcher que le territoire du domaine fût diminué insensiblement, dans des proportions considérables, la Commission nouvelle devait reprendre Toeuvre commencée par la précédente et la parachever dans le délai le plus court. Le grand maître des forêts, son lieutenant, un ou deux gardes et l'arpenteur officiel accompagneraient les magistrats dans leur longue mission. Ils placeraient des bornes tout autour du domaine, excepté aux rares endroits où leurs prédécesseurs s'étaient autrefois transportés. Ils devaient suivre les instructions données, l'an i53o, par Marie de Hongrie et annoncer quatorze jours, ou au moins huit jours à l'avance, le dimanche matin, dans les églises paroissiales ou sur la place des villages, où la foule se trouvait rassemblée, quand aurait lieu la revison de l'abornement dans les différentes communes. On priait ceux qui croyaient être lésés de produire leurs réclamations sur place, lors des séances de la Commission. Les décisions devaient être enregistrées et une copie affichée sur la porte des églises paroissiales, pour empêcher toute contestation à l'avenir, sous prétexte d'ignorance de la part des riverains.
Les commissaires convoquaient spécialement les particuliers, Révision des limites. les collèges, les couvents qui étaient intéressés dans le bornage de la forêt, pour assister aux opérations. De manière à aplanir les difficultés qui durant des siècles avaient surgi, les commissaires se rendraient dans les bois jusqu'à nouvel ordre toutes les six semaines ou tous les deux mois, pour s'assurer si la limitation récente était respectée et si nulle fraude ne se commettait par les voisins.
La commission ayant fonctionné en i53o était composée, d'après le registre, comme suit : Jehan Hannaert, seigneur de Lyekercke, chevalier, conseiller et maître des requêtes du Conseil privé, trésorier de l'Epargne ; maître Josse Aemsoen Vander Borre, conseiller ordinaire; maître Jehan Crickengys, m^tre des Comptes; maître Pierre de Waelhem, conseiller et
avocat fiscal ; et maître Henry de Haae, secrétaire en Brabant. Là où la Bituation des bornée paraissait douteuse, les riverains étaient teuus d'établir par des preuves péremptoires de qui îla tenaient leurs tenes en héritage, en dot on en don. S'ils ne possédaient point de papiers réguliers, on les invitait à déclarer sous serment que les champs ou bois leur appartenaient. Lorsque le cultivateur ne pouvait invoquer aucune preuve évidente et refusait de prêter le serment solennel, on confisquait les biens sujet» à litige. Après six semaines, ces parcelles retournaient à l'Empereur. Sur les terres ayant Konlevé des contestatiojis, aucun chêne, aumin grand iirbio ne pouvaient être coupes avant toute entente définitive. Les propriétaires qui avaient des papiers étayant insnffisfimmcnt leurs jirrfentiOQS seraient entendus par la Commission, qui déciderait de la limite do leur bien, sans qu'appel pût être interjeté de Icnr résolution.
Ce règlement, destiné à guider les commissaires, est le même qui avait été rédigé à Malines, le 8 juillet i53o, ]>nr l'Emiicreur, <( à la délibération de Madame sa tante Régente ». Mais des instructions supplémentaires le complètent. En l'année i547, on s'occupe tout d'abord des « bonnaiges » de la Hoechde, à proiiimité de laquelle ^c trouvaient les propriéléF^ des couTeuls de Forest et do la Cambre. Beaucoup do boines avaieut été enlevées dans ces parages, d'autres étaient fixées légèrement enterre.
Jadis, on avait l'habitude en ces lieux d'indiquer les limites au moyen de vieux arhrBB fjiUIPK Bt Cliâteau de Trols-FoDlalnes. PrlBon de la tortt de Soigne
arores taineb et o«.«r.p«u.d.-..ii*(f«D.m«.B.i«i«...Edi.knd.i«sB.
marqués par le
haeckmeester .Ces
arbres bordaient généralement le fossé. Là où il n'y avait ni
fossé ni arbres, on enfonça des pierres bleues, en vertu d'une
décision prise par la Reine Régente Marie de Hongrie, à
Byns (Binche), le 5 juillet de cette année i547.
C'est du 31 juillet qu'est datée la Citacie aux membres de la CommissioD de i547. Signée par J. Boote, elle stipule aussi, comme le règlement ancien, que les instructions de l'Empereur seront lues dans les églises paroissiales et les résolutions affi-
chées sar la porte de ces mêmes temples (Soe zuldi copie van deser commissie met iiwen exploicte plecken oft affigeren aen die Kerckdiieren daer ghy de publicatie ende gênerai citatie ziilt hebben gedaen).
Les commissaires ont quelque difficalté à remplir leur tâche. Ils observent, tout au début de leur travail, que le fossé entourant le domaine a certains i)etits tournants rapides, qui exigent remploi d'une grande quantité de bornes. Comme cela coûterait cher, « avecq perdition de tempts aux groz fraiz et despens de Lad. Ma' Imp^® », le 17 août une ordonnance de Marie de Hongrie, signée Vereyken, nous apprend que la Commission, « en aucuns lieux où les dits tournans sont de petite extendue et importance faict asseoir lesdites bornes tout droict, abolissant les dits petits tournans )>. Désormais, en toute circonstance semblable, les magistrats seront autorisés, « du consentement des particuliers, à tirer la corde toute droicte )).En i55o,le 20 juillet, Charles-Quint nomme une commission chargée d'examiner certains différends qui n'ont pas pu être aplanis par celle de l'année i547. Elle comprenait r'Peeteren Van Waelhem,Dierich Noppeuus, Nicolaso Busleydeu, Willeme Vander Noot, Janne Quesnoy, Nicolase Oudaert, Charles Quarre, conseillers ordinaires, et Joachim Gillis, avocat fiscal.
La Commission de i547 avait commencé ses travaux le 8 août. Accompagnée du lieutenant do la forêt, Adriaen Arnouts, elle se transporta ce jour-là derrière l'abbaj^e de la Cambre. Les proclamations initiales avaient été faites quinze jours avant, eu les églises d'Ucclo et de Watermaele. L'arpenteur Janne Meys enfonça la première borne derrière le couvent, vers het Coopkeny au coin de la route courant entre le mur du monastère des Cisterciennes et le labour appelé het Ruytersvelt,o\i Champ des Cavaliers. La Commission continua ses opérations pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre. Elle les reprend à l'automne de l'année i55o et les continue en i55i. La délimitation donne lieu à des contestations dont certaines exigent plus d'un siècle pour être aplanies. Il s'agissait surtout des terres du seigneur d'Yssche, des heeren van Lere, des Jouffrouwen van Watermale et du prieuré de Sevenborre (i). Les
Fossé autour de la forêt.
Ciommlsslon de 1550.
Première borne
Contestations.
(i) Le registre n» 493 de la Chambre des Comptes, comprenant 294 pagps manuscrites serrées, contient le détail des contestations qui surgirent au sujet de Tabornement Ce registre est intitulé sur sa première feuille : Hier nae volgen die deaignaeien Dan plaetaen ende verbaelen die gemaict zyn oanden differenien die geoccureert zyn den eommissarisen gecomitteert iotter bepalingen vanden bosch oan Zonien en Zaventerlo int besoigneren oanden ooirschreoen bepalingen oanden ooirêchreoen boMch, Nous y trouvons le compte rendu des délibérations de la commission statuant sur les différends et la façon dont la plupart furent tranchés.
visite des bornes : 1578.
Procès.
Condamnations : 1575.
Amendes à des religieux.
pierres enfoncées dans le sol autour de la forêt étaient sculptées de deux croix de Bourgogne (Met ij bourgonsche cruysen).
Une commission, dont faisaient partie Quarre, Sterck et Absolaens, procéda, du 22 juillet 1578 au 28 janvier 1574 (style de Brabant), à la visite des bornes. De nouvelles contestations surgissent à ce sujet entre des particuliers et le woutmeester. Elles viennent augmenter un nombre considérable de procès pendants depuis beaucoup d'années devant la justice ducale. Mais le Conseil de Brabant est saisi finalement de toutes ces affaires interminables. Il les tranche en une seule séance, le dernier octobre i575. Les délinquants poursuivis appartiennent à tous les monded. Il y a parmi eux des nobles, des ecclésiastiques, des cultivateurs, voire de simples paysans qui tenaient des terres en location (i). Les défendeurs sont condamnés à des amendes plus ou moins fortes et supportent tous les frais de la longue procédure. Parmi les condamnés, indistinctement accusés d'usurpation, on trouve les seigneurs Jacop de Raine, Jehan du Chaisne et Gustave van Huldenberghe, punin à des amendes de trente-six, six et douze caroliis d'or; les agriculteurs Bertrand Thys et Peeter Thys doivent payer six florins du Ehin et dix-huit carolus, le second pour s'être approprié un fragment de terrain au lieu dit Bontrichaen. Nous trouvons parmi les prévenus un ancêtre de Jacques Pastur, le célèbre fusilier des bois : Christiaen de la Pasture, condamné à dix-huit carolus d'or. Toujours du chef d'usurpation, le Conseil inflige à l'Abbesse et aux religieuses de la Cambre (die Abaisse ende aendere vanden Goidshuyse van Cameren) deux amendes de dix-huit et de douze florins du Rhin. De plus, les Cisterciennes rétabliront dans le plus bref délai les anciens fossés. Elles payeront au demandeur le prix des arbres qu'elles ont abusivement abattus sur les parcelles ayant donné lieu à litige, depuis le 7 août i55i, époque à laquelle la cause fut introduite.
Le monastère de Rouge-Cloître (die vanden goidshuyse van Roodencloostere) e&jj condamné à dix-huit carolus d'amende pour usurpation d'une parcelle de terre située au pré de Bolenberch en forêt de Soigne Le procès entre le woutmeester et la veuve Peeter Huyge est plus compliqué. Cette dame avait reculé les bornes de sa propriété, avait creusé un étang sur le tronçon illégalement annexé à son bien, et avait en outre ouvert entre seb labours et la forêt trois communications. On la condamna à
(i) Archives oénébales du Royaume : Chambre des Comptes ^ registre n^ Soi : Regieter uande Vonaissen gewesen inden Raede Dan Brabant belan^ gende de Bepalinge van Zoenien.
une amende de douze carolus, aux frais, et, subsidiairement, à combler le petit lac, à rétablir les anciennes limites et à fermer les passages ménagés à Torée du domaine. Elle fut cependant autorisée, à titre personnel, à s'en servir pour l'allée et la venue de ses chevaux et de ses véhicules, uniquement lorsque les travaux de ses cultures l'exigeraient. Un autre procès intéressant est celui qui éclata entre le grand forestier d'une part, Philipus et Elisabeth Speeckaert, et les enfants de Bernaenit Speeckaert et Catheryne Vander Spyck, d'autre part, au sujet d'une parcelle de bois située à l'est de l'étang du Dieperick, et dont ces derniers prétendaient jouir. Ils furent déboutés par le Conseil de Brabant et condamnés aux dépens. De nombreuses actions intentées par des propriétaires au woutmeester sont déclarées non recevables, au cours de cette active séance du 3i octobre 1576.
Certaines personnes et communautés, poursuivies et condamnées antérieurement, s'étaient pourvues en appel ; parmi elles se trouvaient les moines de Rouge- Cloître, punis à une forte amende le 6 février iSyS. Le Conseil de Brabant les déboute, et leur fait supporter le coût de la procédure. La dernière cause dont s'occupa le 3i octobre 1575 le Conseil de Brabant concernait le couvent de Forest. La communauté était prévenue de toute une série de délits. D'abord elle avait modifié les bornes du domaine ducal à proximité d'un carrefour appelé de Hayette; puis elle avait coupé trois arbres qui poussaient au bois thauwken van Vorst, près de Weytsvelde. L'abbesse et les religieuses furent condamnées sol idai renient à payer trois amendes de dix-huit, de vingt et de trente-six florins du Rhin, et à restituer les arbres abattus par leur ordre. Le chariot et les chevaux qui avaient servi n les véhiculer furent confisqués au profit de l'Empereur.
C'est sous le règne de Charles-Quint que fut organisée régulièrement l'exploitation de la forêt de Soigne. J*\squ*alors on n'avait adopté aucune méthode précise. On coupait le bois selon les besoins de la Cour et selon que la Chambre des Comptes jugeait les tailles productives. Celles-ci dépassaient rarement cinquante bonniers. Les marchands jurés du tribunal forestier, à la prière du woutmeester^ se rendaient dans la forêt, examinaient et mesuraient les parcelles. A ce sujet nous possédons un document curieux. Un volume des Archives (i) contient l'appointement donné par la Chambre des Comptes, le i5 novembre i5i8, sur la demande de plusieurs de ces cooplnyden d'être indemnisés de leurs frais de déplacements et de vacations dans
Gondamnosen appel.
L'abbeste de Forest.
Exploitation de la forêt.
ludemnttes aux marchands : 1518.
(i) Chambre deâ Comptes, n* 507.
Ordonnance du 12 octobre 1545.
Coupe annuelle :
cent bonniers.
Bols abondauts.
Visitation du domaine.
Rapport de la Chambre des Comptes.
le bois. Les magistrats objectent qae Philippe le Bon, le 5 mars i453, accorda, en guise de salaire, à chacun des marchands jurés, le droit de faire paître deux vaches dans la forêt de Soigne. En échange, ils devaient se trouver en tout temps à la disposition du maître des forêts. Par conséquent, leurs griefs sont non avenus. Et le Conseil reproduit in extenso l'acte du duc de Bourgogne dont il tire argument.
En même temps qu'il s'occupait de donner au domaine des limites exactes, Charles-Quint s'occupait d'en modifier l'administration. Par une ordonnance du 12 octobre i545, l'Empereur décide que dorénavant la coupe annuelle sera de cent bonnicrs : (( Salut et dilection. Comme il soit venu à nostre congnoissance, que combien par le dernier mesuraige fait de nostre bois et forest de Sogne, il appert que icelle forest est grand et comprend le nombre de hiiyt mil deux cens cincquante sept bonnierSj y comprins chemins et places vuides, et que selon ce l'on devroit procéder à la coppe de nostre dit bois. Touteffois la coppe ordinaire dicelluy bois n'auroit esté jusques à présent que de cincquante quattre bonniers par an^ tellement que à copper ledict bois à quatre vingtz ans, qui est Teaige à laquelle on a prins communément lesdictes tailles, l'on nen coupperoit esdicts quatre vingtz ans plus que la moictié du totaige de nostre dicte forest. » Mais la forêt ne se « treuve en taille ny compte à nostre pronffit. Sinon daucunes coppes extraordinaires quavons aucuneffois fait faire, et exceptez aucuns quartiers que avons fait gardes à plus longues années pour nostre déduit do la chasse, laquelle reste et surplus de bois. Selon rappareiicc y en est qui pourroit estre pourry et gasté ».
Il y a possibilité de tirer de l'argent de tous ces bois abondants, et leur vente permettrait de « soulager nos subjectz de Bruxelles et d'autres lieux à l'environ, de la chéreté de bois qui y est présentement ». Le souverain charge la Chambre des Comptes d'aller en compagnie des officiers « faire la Visitation de nostre dict bois de Sogne, ensemble de la valeur et nature d'icelluy; aussi prendre information quel prouffit interest ou dommaige nous aurions en augmentant la coppe ordinaire, et du tout nous faire rapport ».
L'Empereur examine attentivement ce rapport et prend une décision immédiate, après avoir reçu l'avis du Conseil des Finances : a Après aussi que l'ordonnance par nous faite au mois de février de l'an XV^ seize sur l'augmentation des coppes et mesuraige de noz bois de Heegde et autres quartiers en Sogne, a été veue et visitée. Et Considéré ce qui en ceste partie faisoit à considérer. Nous... voulons et ordonnons par ces présentes que doresnavant on vendra pour coupper chacun an en
nostre dict bois et forest de Soingae, le nombre de cent bonniers de bois, y comprins bons et mauvais, chemina et places viiydes, ou lieu de cincquante quatre bonniers qiion a accoiisiumé y prendre. Du nombre desquelz cent bonniers seiont prias par cbacuu an vingt bonniers audict lieu de la Heegde, et mia à Raspe qui se coppera à leaige de seize ans. Et ai ledit lieu de la Heegde ne comprenoit tant que pour furnir scealx vingt bonniers par an pour seize ans, faisans seize vingtz bonniers, on le prendra au lieu plus prochain et convenable pour le povoir enclore et affranchir en une piechc par foHsez à succession de
temps. Ce que vous ordonnons de faire, et que les chemins y passant soient mis dehors ou dnng costé, pour tenir les bestes dehors. 'Eu deffeudant par cestes doresenavaut de permettre aller à pnsture audict bois de 1.^ Hecgdu aucunes bestis à corues, chevaux, porcqz, brebis, ny imltres bestes quelzcouques, soient des cloiatres on d'autres particuliers, ayans droit et privilège, noa obstant leurs privilèges et sans préjudice d'iceulx, quant à nostre grand forest et bois de Soingne. Et tes autres quatre vingtz bonniers pour le parfumissement de ladicte coppe ordinaire seront prins et désignez de la haulte fustaille et grand bois en deux ou trois lieu à la comodilé des inbabitans de uostre dite ville de Bruxelles et d'antres villes, franchises et places Bcitaez alentour de ladite forest. »
Cbarles-(^ut recommande que lors des mesurages ou prenne tout d'abord les dimensions exactes des places entièrement
U Httgile intBrdlts
Subdivisions.
Hévolution de quatre-vingts ans.
Surveillance de la Heegde.
CummiS2»ton des coupes.
.\rbres fruitiers.
vides, et ensuite celles des « portions bonnes et mauvaises à vendre ». C'est à cette ordonnance que nous devons la subdivision de la forêt en parcelles, et l'appellation particulière des sengles. La Chambre des Comptes devra tenir un registre où chaque année ce sera spécificquement déclaré aussi bien la grandeur des places vuydes que des parties vendues, ensemble le quartier où chacune est gisante, affinée et aboutée des lieux prochains. Donnant et mectant à chacun lieu son nom (si nom ont). Sinon vous leur donnerez quelque nom ou tiltre pour cy après estrc congneuz par nos successeurs en office. Laquelle coppe de cent bonniers par an en la faisant et continuant quatrevingtz ans, revient en tout à hiiyt mil bonniers Et portant la mesure et grandeur de nostre dite forest hiiyt mil deux cens cincquante sept bonnierSy y comprins places vagues, chemins, corne dit est, par ainsi toute ladite forest sera coppéeettaillée en quatrevingtz ans une fois. Exceptez deux cens cincquante sept bonniers, qui demoureront pour aucunes places que avons fait ou pourrons faire garder pour nostre déduit et passetemps de la chasse à plus longues années ou autrement selon nostre ordonnance de l'an seize dessus mentionnée ».
En terminant, le monarque recommande spécialement la surveillance de la Heegde et ordonne que cette surveillance soit confiée à deux forestiers nouveaux : « Et pource que nostre dit boisde Heegde doitestrepluscontinuellementetsoingneusement gardé que le bois de la haulte fustaille. Nous vous ordonnons commectre deux sergeans qui auront charge de en particulier prendre la garde et soing dudit bois affin qu'il ne soit adommaigé par gens ny par les bestes. Dont lesdits sergeans seront tenuz de respondre. Et quant ils n'auront que faire sur ladite Heegde, ils seront autorisez de aussi povoir exploicter par tout nostre dite forest de Soingne comme les autres sergeans... (i)».
La commission, choisie au sein de la Chambre des Comptes, est constituée sans délai. Le i5 octobre elle commence S0s travaux et se rend pour la première fois en forêt. Elle choisit pour la coupe de bois de Raspe ou taillis, dans la Heegde^ à l'est du bois de l'abbaye de Forest, un tronçon de douze bonniers, où la dernière taille avait été effectuée en 1517. Au lieu d'avoir des arbres de seize ans, le souverain en obtiendrait de vingt-huit. La forêt n'avait cependant pas la richesse qui la caractériserait plus tard; elle était très pauvre en maint endroit. On y voyait en abondance des pommiers sauvages et d'autres arbustes peu importants, qui attestaient le déplorable- état des peuplements.
(i) Archives génébalks du Royaume. Chambre des Comptes, registre n^SoS.
Loais Gaiccîardin parle d* « arbres fruictiers de toute sorte ». Il nous donne aussi un renseignement sur ce que produisaient les ventes de bois sous Charles-Quint : « Au reste, tous les ans la coupe de ce bois se fait de cent arpents, qui rapportent de proufit au Roy d'environ 5o,ooo florins, qui viennent à la concurrence de vingt et cinq mille escuz ; et ainsi au bout de quatre vingts ans, le bois estant tout taillé et couppé recroist et est tout renouvelle, comme au para vaut, ayant les arbres aussi grands et g^os et touffuz que lors de la première coupe (i) ». Nous constatons par conséquent qu'on opérait par tire et aire et de proche en proche, système qui resta en vigueur pendant plusieurs siècles.
Si avant Charles-Quint la forêt avait été exploitée do manière raisonnable, il n'en fut pas de même sous le règne de ses successeurs. Ceux-ci, dès que l'état des finances du duché était critique, ne trouvaient qu'un seul moyen d'en rétablir l'équilibre : Ils ordonnaient une vente d'arbres de la forêt de Soigne. Le 12 mars iSgi, le bureau des Finances du roi décide d'effectuer une coupe extraordinaire, pour combler un déficit de 8,000 livres de quarante gros dans la caisse de ^licolas Hellinckx, receveur général de Brabant. Cependant la Chambre des Comptes observe que a pour faire une couppe extraordinaire on debvroit du moyngs mesurer vingt bonniers, ou plus, et que a les vendre ne s'y trouveroit apparent prouffit pour sa Ma^, à cause qu'il y at beaucoup de boys vendu par la dernière couppe, et que les marchands se trouveroient surchargez ».
La Chambre des Comptes estime que l'opération ne peut se faire dans des conditions favorables; elle demande, pour subvenir aux besoins du trésorier général, d' « assigner sur le Reste tant notable que doibt Quillaume de Rouck, par son compte des arbres abatuz en l'an XV^ LXXV, sur les biens des prelatz et prelatesses » au quartier de Bruxelles. Le Conseil des Finances ne croit pas nécessaire de répondre à cette dernière proposition. Le g avril il charge le grand forestier de procéder sans retard au marquage de onze bonniers, en rappelant, pour s'excuser, que la dernière coupe ordinaire n'a été que de soixante bonniers, au lieu de ce4t. L'acte authentique, sur parchemin, conservé aux Archives du Royaume, est signé : F. de Granvelle- Perrenot, T. de Drieucvrairt, G. de Mérode et G. de Grobendoncq (2).
Charles-Quint tenait à mettre le domaine a l'abri des incursions des malfaiteurs. Dans une ordonnance du 11 mai i548
Coupes excessives.
Mesures de police.
(i) Ouyrage cité, p. 27.
(a) Registre u« 5o8. In fine.
Sergents des bois :
Deux k cheval ;
Douze à pied«
Salaire des sergents.
nous trouvons le détail de certaines mesures de police prises à la fin de son règne, (c Comme il soit venu à nostre cognoissance que plusieurs foulles et degastz se font et cômettent journellement en nostre bois de Soingne; nonobstant que pour y remédier nous ayons fait publyer diverses ordonnances, lesquelles ne sont en tous leurs pointz observées uy entretenues, procédant tant par la négligeance des forestiers, sergans de nostre dit bois que ne le fréquentent et ne font les calenges des transgresseurs de nos ordonnances avec telle diligence qu'il convient; comme aussi à cause du petit nombre d*iceulx sergans, lesquelz obstant la grande extendue de nostre dit bois ne scèvent bonnement avoir par tout l'œil et bon regard », l'Empereur, a3'ant consulté le wouitmaistre, les officiers de la forêt, le président de la Chambre des Comptes, déclare que a doresenavant le nombre des sergans d'iceluy bois sera augmenté avec accroissement de leurs gaiges et traittement comme il s'enssuit asscavoir : que Adrien Arnoults, a présent lieutenant de nostre dit woudtmaistre, entretiendra deux chevaulx ; et Jehan de Wouwe, qui sera tenu résider à Hoelaer et Pierre Salz à Hulpen entretiendront chacun deulx ung cheval, revenans ensemble a quatre chevaulx au pris de quatre pattars par Jour pour chacun des quatre chevaux. Et ce oultre et pardessus l'ancien nombre de douze sergans a piet qui auront chacun un pattart par jour, pour tenir leur résidence es lieux et places cy après spécifiées. Asscavoir : A la Vuere^ Jehan Biesloec; à Duysbourgy Anthoine Perck ; à Waterloos, Jehan de Santreyn de Jonge ; à Cluse, Jehan de Béer; à Linkebeke, Jehan de S^ Jans; à Uccley Jacob de Béer; à Boondale, Hacqinno Vanden Berge; à Botzfort^ Jehan de Coster alias Sacharyas; à Ondergem, Jehan Van Loo; à Bruxelles, Heinrich Sanniels; à Elsen, RoUant Loeck; et à Halsenberge, celui que le S^ de Berssele, usant la faculté à lui donnée par noz prédécesseurs ducs de Brabant, vouldra dénommer ».
Plus loin, le monarque s'occupe des salaires de chacun de ces forestiers : ce Lesdits sergans seront payez et contentez du jour qu'ilz auront renouvelle leur serment par les mains de nostre receveur de Brabant au quartier de Bruxelles présent et avenir, et des deniers de sa recepte. Et ce oultre et pardessus les six florins carolus que d'ancienneté ils sont accoustumez d'avoir pour une robbe, et pour la garde des portes au moiz de may et durant l'octave du S^ Sacrament; laquelle robbe audit pris leurs avons semblablement accordé, tant à ceulx de cheval que de piet, ayant regard qu'il leur côviendra habandonner toutte négociation et services des S", vassaulx et cômunaultez, veullant aussi qu'ilz ayent et joyssent des autres émolumens accous-
tumez. Meismement la pasture de deux bestes à corne, lesquelles i]z seront tenuz faire inscrire au Veterbouck sans les laisser aller aux josnes bois et taillis en desoubz leaige de vingtans, à peine de confiscation des dictes bestes et de fourfaire une année de leurs gaiges. »
Après avoir restauré ce privilège du pâturage accordé jadis aux forestiers par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, Charles- Quint dit qu'ils bénéficieront de tous les avantages inhérents à leur charge ce pourvueu que lesdits sergans, afin qu'ilz s'acquittent bien leaulment en leur service, seront tenus faire leur dit serment suy vaut la forme concente nouvellement sur la desservi ture de leurs officies » (i).
Le volume où nous avons trouvé cette ordonnance contient aussi la formule du serment que les sergents de la forêt de Soigne et leurs lieutenants devaient prêter, au moment de leur entrée en fonctions, devant la Chambre des Comptes réunie à Bruxelles. C'est un texte flamand, intitulé : Forme vanden eede vanden Vorsters op Zonien. Le nouveau garde jurait sur sa foi de chrétien et sur tout ce qu'il tenait de Dieu (ende zweert by uwen Kerstenheyt ende by al dat ghy van Goode houdende zyt)y de servir avec dévouement et sincérité l'empereur en sa qualité de duc de Brabant; de faire toute diligence pour découvrir les auteurs des méfaits perpétrés dans le rayon commis à sa surveillance, et cela conformément aux articles du Kuerboeck; de tenir la main à la stricte observance, par les marchands, des règlements sur les coupes ordinaires et extraordinaires, et sur les wintvellingen ; de dresser procès- verbal aux délinquants, de les arrêter et de les conduire en prison (zult calengeereny die mesdadighe arresteren, vangen ende in gevankenisse brengen); de prendre note des bêtes à cornes ou autres paissant dans la forêt, sans être régulièrement inscrites, où trouvées dans les jeunes tailles; de faire, sans délai, rapport de ses constatations au receveur général ou au woudmeester, en ayant soin de ne rien omettre des circonstances de la contravention ; de conserver la résidence qui lui a été assignée ; de s'efforcer qu'aucun dommage ne soit occasionné au gibier; de prévenir sur-le-champ le ivarantmeesier ou son stadthoudere (lieutenant), à qui appartient la connaissance des actes de braconnage, chaque fois qu'il aura surpris toute personne tirant ou ayant tiré du gros gibier (eenich wilt root oft zwert), des lièvres, lapins ou perdrix, ou ayant pris quelque pièce avec des chiens ou au piège (oft met honden, garen, stricken, biissen oft
Serment des sergents.
Formule.
(1) Archives GÉNÉRAI ES du Koyaume: Chambre des Comptes, registre n«509
Première prestation
Gardes Illettrés.
booghen oft anderssins gevangen te hebbene); de ne point remplir aucune charge pour le compte des couvents, des seigneurs ou des particuliers; de ne jamais acheter, directement ou indirectement, des parties d'arbres dans les coupes ordinaires et extraordinaires; de ne pas pratiquer le commerce du bois; de ne posséder nul véhicule, nuls chevaux, employés au charriage dans la forêt; de se mettre à la disposition des parties qui requerront son témoignage et d'agir sincèrement avec elles. Le serment se terminait par la phrase sacramentelle : Ainsi m'aide Dieu et tous ses saints. (Alsoe moet V God helpen ende allen zynen Zeyligen.)
Ce serment fut prononcé pour la première fois par Jan de Wagene, garde de la forêt, le 27 août i547 ; celui-ci avait obtenu d'entretenir à ses propres frais un cheval, sans pouvoir à Tavenir exiger cependant aucune compensation spéciale de ce chef. (Op last tzyn coste tonderhouden een peert sonder by reden van dyen in toecomende ty de te moegen heysschen eenige récompense ten laste ons heeren des Keysers.) La formule de i547 n'était que le développement de celle du serment que prêtait, devant la Chambre des Comptes, le « capitaine prévost receveur et gruyer de Dampvillers, ou pays de Luxembourg ». Si on en a développé le texte original esregistré en i54i, en raison même des fonctions multiples des forestiers de Soigne, on en a cependant négligé quelques passages typiques. Celui-ci, par exemple, qui était d'une égalité démocratique inhabituelle en ces temps éloignés : « Que a tous et à chacun dont serez requis et dont la cognoissance à vous apptiendra, ferez et administrerez droit et bonne justice tant aux poures que aux riches. »
C'est seulement le i3 juin 1548 que la régente Marie de Hongrie décida que dorénavant le serment rédigé dix mois auparavant serait celui dont à l'avenir il fallait faire exclusivement usage. Le i5 juin, deux jours après la promulgation, le lieutenant Adriaen Arnouts, les deux gardes à cheval et les onze gardes à pied, confirmés dans leurs offices respectifs par Charles-Quint le 11 mai précédent, prononcent devant les magistrats le serment et jurent d'eu observer la teneur. Mais le garde du canton d'Alsembergen, Govaert de Keutere, nommé, en vertu d'un ancien privilège, par le seigneur de Berssele, est installé le 3 août. Tous ces gardes n'étaient pas précisément des hommes instruits. Beaucoup étaient absolument illettrés; en guise de signature ils n'apposent dans le registre de la Chambre des Comptes, qui servit à cet usage jusqu'au commencement du XVII® siècle, c'est-à-dire jusqu'au 8 février 1611, que des croix, des carrés coupés de diagonales, des triangles entrelacés, voire d'autres signes plus ou moins géométriques, plus ou moins gauches aussi.
Les charbonniers de Soigae n'étaient pas plaa Mcrupiileuz à cette époqae que ne le sont certaine marchands de hooille de nos jours. Ainsi, le 3 juillet i6i5, la Chambre des Comptes se voit forcée de rappeler ces commerçants à la Btricte observance des articles du Keur-boeck qui réglementent leur négoce. Les braises n'ont plus la grosseur voulue et les sacs dans lesquels on les livre sont devenus de plus en plue petits. Four mettre fin à ces abus portant préjudice aux habiiants de Bruxelles, les magistrats brabançons font confectionner deux sacs-types, comme nous dirions aujourd'hui, au chiffre de Leurs Altesses, et qui devra servir désormais de modèle aux Cool-uercoopers. Le
premier de ces socs fut confié au Tribunal de la Foresterie :
l'nde Camere valide n Woitfrechte, le second resta à la garde de la Cil ambre des Comptes. Ces sacs avaient une aune et demie et un demi- quart do hauteur et une aime et un huitième de largeur. Les charbonniers de Soigne et des autres bois du duché devaient confectionner leurs sacs d'après ces spécimens et les faire marquer au chiffre des infants, sans quoi on confisquerait le combustible dont ils seraient remplis. Les sacs falsifiés devaient être brûlés sur la Grand'place et les contrevenants tenus de payer une amende d'un florin par colis. Les maîtres charbonniers jurés, ghesivorene Coolmeesters, étaient chargés de tenir la main à l'application de l'ordonnance nouvelle, sous peiue d'être punis personnellement, même s'ils laissaient véhiculer daus de mauvais sacs du bois sec, de la terre végétale, ou d'autre saleté ; oft andere vuylicheyt. Pris en faute, les fonctionnaires en question payeraient de pêne win iiaelff guldens. ha Cbamhre des Comptes recommanda spécialement an Woudmeester ce règlement, qui fat publié le jour de grand marché à la bretèque
lu chirbon da boli.
Incendies en Torêt.
50 hectares détruits
Police des bols pérlpiiérlques.
Peine singulière.
de la Maison du Boi, siège du Tribunal de la Foresterie, et à toutes les portes de Bruxelles (i).
Les magistrats brabançons se sont toujours montrés fort sévères aussi envers les marchands qui brûlaient leur bois à rintérieur même de la forêt. Ils avaient failli à mainte reprise causer la destruction de massif entier. Très souvent à cause de leur imprudence des incendies avaient éclaté qu*on avait éteints après d'inouïes difficultés. Un article du Keur-boeck de i564 édictait des peines sévères contre les trausgresseurs qui, eu cas de récidive, étaient mis sur i'échafaud et exécutés par pendaison. En i6ig, le 17 septembre, à la suite d'un sinistre qui avait anéanti environ cinquante hectares de futaie, on avait renouvelé cet article auquel une large publication avait été donnée par la Chambre des Comptes. Cependant les excès continuaient. Dans l'espoir d'y mettre un frein, ou rappelle une seconde fois, le 17 février 1620, les terribles punitions auxquelles s'exposent les marchands de charbons, punitions qui comprennent désormais la marque au fer rouge. Non seulement on poursuivra à partir de cette année les brûleurs de bois, mais encore toutes les personnes, soudoyées par eux, déclarant faussement que leurs braises sont faites de branches provenant d'autres forêts que Soigne : dat die selve kricken die sy innebrenghen syn ghebrant van bout ghecocht op particulière Bosschen oft erffven (2).
Le 4 avril i554, Charles-Quint publie un règlement sur la police des bois : Placcaet aengaende de Bosschen. Il est édicté contre les personnes qui abîment ou arrachent les plantations, qui font paître du bétail sur le domaine des religieux ou sur les biens des particuliers et signale les amendes dont elles sont passibles. Les échevins du banc auquel ressortit leur village taxeront, eux, les dégâts occasionnés par les bêtes et par leurs conducteurs. Les peines prévues par cette sorte de code, qui vise naturellement les bois périphériques de Soigne, sont à peu près pareilles à cplles dont fait mention le Keurboeck de la forêt. Comme pour celle-ci on poursuivra les individus qui auront coupé du bois, des herbages et commis des dégâts de toute nature. Une des condamnations les plus curieuses était pour le coupable de devoir porter une pierre à la procession de sa paroisse: een steen te draghene voor processie van den Prochie, onder de welcke d'overtreder van dese Ordonnantie woont oft gheapprehendeert sal worden. Les derniers articles de cette
(i) Plaecaerten oan Brabandt, t. II, p. iio, deuxième colonne, et p. m, première colonne.
(2) Ibidem., p. 118, première colonne.
ordonnance précisent les droits et les devoirs des messiers des maisons pieuses et des gardes particuliers : Preters ende bosschiidders, obligés de prêter serment entre les mains des échevins avant d'entrer en fonctions. Ces éclievins, accompagnés des officiers dont il s'agit, devaient, au moins trois ou quatre fois par an, visiter les maisons des particuliers, surtout de ceux ne possédant aucune propriété arborée, pour s'assurer s'ils n'avaient pas emmagasiné du bois de provenance suspecte (i). Au lendemain de la mort de son père, l'empereur Charles- Quint, Philippe II publie à son tour, le 6 mai i56o, sous forme d'un Edit Eternel, et cela à la prière de sa sœur, la gouvernante Marguerite de Parme, une ordonnance, longuement motivée, qui protège contre les gens mal intentionnés les bois des ecclésiastiques et des particuliers. Cette ordonnance, à peu près semblable à la précédente, dont elle est d'ailleurs inspirée, comprend quinze articles. Elle défend à quiconque de mener ou de faire paître des chevaux, des poulains, des vaches, des veaux, des cochons, des moutons, dans les bois des prélats, des couvents, des autres religieux, des seigneurs et des bourgeois, que ce soit de nuit ou de jour; de modifier les fossés ou les bornes de ces propriétés en les comblant, en les reculant; de prendre du bois vert destiné à n'importe quel usage : Vware om te verberrenCf oft te verbesighene, te vercoopene^ te verplantene^ oft om yet anders daer mede te doen (a), sans l'autorisation formelle des propriétaires ; de couper les herbages, les épines et les mûriers. Les articles énumèrent les peines qu'encourent les délinquants, peines qui vont d'une amende de dix stuy vers jusqu'au bannissement, jusqu'à la mise au pilori et même jusqu'à l'amputation de la main. Ceux qui ne pouvaient payer l'amende étaient, la première fois, mis durant huit jours au pain sec et à l'eau, durant quatorze jours s'ils récidivaient, et bannis s'ils recommençaient une troisième fois. Moins d'un demi-siècle après, un relâchement s'étant produit insensiblement dans l'application du règlement, Philippe II juge indispensable de le renouveler, par un placcart daté du 8 novembre iSgG, et dont les vingt-deux articles spécifient les condamnations que la justice peut infliger aux délinquants. Ces « statuts » seront une deuxième fois renouvelés, le 21 novembre 1623, par l'infante Isabelle ; la gouvernante utilisera le même texte en augmentant d'un les articles rédigés par son grand-pore (3). L'observance de ces dispositions avait une répercussion considérable sur
Protection aux occléfilastlques : 1560.
Délinquants amputés.
(f ) Placeaerieii oan Brabandt, t. III, pp. 189 à 19U. Bruxelles, iG04«
(2) Ibidem^ t. II, p. io5, deuxième colonne.
(3) Ibidem, pp. lia à ii5.
Registre de la orôt.
Moines privilégiés.
Vivier de Nvsdamme.
Prix élevés du bois
l'économie générale de Soigne. En effet, plus les bois voisins du domaine ducal étaient purgés de malfaiteurs, plus il était facile aussi de concentrer la surveillance des autorités sur la forêt elle-même.
Pour connaître dans ses moindres détails Tadministration de la forêt durant le siècle et demi qui suit cette période, il faut lire un énorme volume intitulé : Registre des affaires du bois de Soigne. Il va jusqu'à Tannée 1778. Cet épais et précieux in-folio, dans lequel la Chambre des Comptes faisait transcrire tous les actes concernant la forêt, comprend six cent vingt-quatre pages, rédigées tour à tour en flamand, en français, voire en espagnol (i). C'est dans ce registre que nous puiserons les renseignements essentiels formant la suite de ce chapitre.
L'archiduchesse Isabelle renouvelle ou 161 5 le privilège, signé en i45o par le duc de Bourgogne, permettant aux moines de Groenendael de tirer de la forêt de Soigne le bois nécessaire à l'entretien et la réparation de leur vivier de Nysdamme. Le privilège n'est cependant continué que pour une période de cinquante ans. Le vivier en question avait une superficie de sept bonniers. En 1620 les <( désordres qui se commettent journellement dans la forest de Soigne, lant par les pauvres gens qu'aultres », obligent la gouvernante a rappeler les articles du Keurboeck et à ordonner, par les soins du grand forestier Vander Liuden, la « publication et affixion d'icieux, tant en ceste ville » que dans la forêt même et dans les villages qui l'entourent. L'attention était surtout attirée sur les articles quarante-quatre à cinquante, punissant les individus qui emportaient sur leurs épaules ou sur des brouettes du bois vert ou du bois mort, destiné à la vente ou à leur usage x>ersonnel. Car une importante portion des villageois riverains se livraient à un véritable commerce, qui même, par la force de l'habitude, fut réglementé plus tard.
Il est vrai que ce commerce alors illicite rapportait gros. En effet, dans la première moitié du xvii* siècle, le prix du bois avait atteint des proportions inconcevables. Le gros registre conservé aux Archives générales du Royaume nous fournit à ce sujet des renseignements complets. Les cent fagots vendus en iSgo ou iSgi deux patards et demi coûtaient en i63o quatre florins et demi. On payait jusqu'à vingt-cinq patards, et parfois davantage le bois à brûler provenant des dégâts occasionnés par le vent dans la forêt de Soigne^ alors qu'en 1606 pareille quantité revenait à deux patards et demi.
(i) Archives générales du Royaumii: : Chambre des Comptes, n^ 5io.
Nous apprenons d'autre part que, à la fin du règne de Tinfante Isabelle, le bois était devenu tellement cher — le prix en avait monté du tiers en quelques semaines — que l'archiduchesse avait pris à rentrée de l'hiver, le 5 décembre i623, des dispositions pour mettre fin à cette lamentable et inquiétante situation. La gouvernante décrète des mesures protectionnistes, notamment l'interdiction provisoire d'exporter du bois hors du territoire ducal. Cette situation n'était pas due à l'établissement d'un monopole, c'est-à-dire d'une sorte de trust des combustibles, mais à cette circonstance que, durant la saison précédente, les briqnetiers, les brûleurs de chaux et les brasseurs avaient fait une extraordinaire consommation de bois. Dorénavant ils ne pourront plus employer cette matière que pour allumer leurs hovens, foiirneysen ende ketelen (i). Ils seront punis s'ils emploient pour leur industrie autre chose que de la houille. En dernier lieu, par l'article V de son ordonnance, la gouvernante des Pays-Bas décide que, à partir de la prochaine Saint-Jean, le bois à brûler provenant de Soigne et des autres forêts brabançonnes ne pourra être vendu plus cher que le quart en moins du prix atteint à la Saint-Jean dernière. A la suite de l'ordonnance, ceux de la Chambre des Comptes donnent la liste des bois différents avec le prix auquel ils seront taxés à partir de la date susdite (2). Un an et demi après, en août 1624, le bois a derechef augmenté de valeur et cela à la suite d'un accord survenu entre plusieurs marchands. Le chancelier du Brabant et la Chambre des Comptes, à la requête du roi voulant pourvoir aux besoins de ses bons et pauvres sujets, ordonnent que ces particuliers, en conformité du placard récent, « ayent à vendre le bois par eux gardé, à peine qu'a faute de ce ledict bois sera vendu par les officiers des lieux où il sera trouvé » (3).
En janvier 1625, a lieu une coupe extraordinaire de 200 bonniers; en février 1626, seconde coupe extraordinnire de 3oo bonniers. Celle-ci ne produit pas plus que les 200 bonniers de la période précédente, les bois ayant été vendus hors de la saison propice, alors que le charriage est difficile et que la provision de la coupe ordinaire de septembre n'était pas épuisée. De là, de vives doléauces exprimées par la Chambre des Comptes, qui avait appréhendé le cas et s'était vainement efforcé de prévenir la déplorable opération. Malheureusement, les observations sont inutiles. Aussi longtemps que Soigne compte des arbres,
Exportation des bols Interdite : 1623.
«Trust» des bols.
Coupes extraordinaires:
500 bonniers.
Protestation de la Chambre des Comptes.
(i) Foars, fournaises et chaudières.
(2) Placeaerlen oan Brabandt, t. II, pp. 116 et 117.
(3) Ibidem, p. 118, colonne deuxième.
les Conaeillers des Finances estimeront qu'on peut en faire de l'argent... L'avenir est le moindre de lears soucis. Que leur importe qa' « il ny a plus gaères de grand boie de reste qui soit en âge compétent pour coupperl ». La Chambre, elle, estime que t( pourtant faut arrester les excès, aultrement d'Icy à peu d'années il faudra prendre deux bonniers pour un et redoubler l'ordinaire pour seullement satisfaire aux charges ordinaires; d'aultant plus que désia l'on a recoguu le manquement, an dernier layage, de dix bonniers mesurez au quartier de Galmarde pour la Cour et privilegez n'ayant rendu qu'environ lo V.
Livrées an lieu qu'il en desvroit rendre le double ; et de suyte tout le quartier de la Noire Espine est apparent de rendre enoores moings ».
Les magistrats rappellent que Cbarles-Quint et Philippe II ont eu » en telle recommandation la garde et la conservation de la forest de Soigne, que nonobstant les grandes et oppressantes nécessitez qui se rencoutrèrent par deçà, notamment les années i5o5 et iSSg, ils ont seulement engagé les villages et Seigneuries avecq partie du domainede Brabant, mesmee chargé ladite forest de rentes, comme les Registres en font foy; mais ils ne sont oncques mal traicté par excessives couppes extraordinaires comme à présent n, La forêt est « demeurée conservée en son enthière splendeur et lustre jusques à la fin de l'an 1624 »• La Chambre a cependant espoir de remédier aux dégâta : « Les
engagements faictz en Tan 1626 et qni se font journellement et qni se pourront faire encores cy aprèd semblablement, se pourront rachepter an temps advenir. Mais si par des extraordinaires on réduiot une fois la foi'est en raspe ou bois de taille, s'en sera faict pour tous jours comme dict est; et ne pourra au grand jamais plus retourner en haulte fustaye ne rendre à la moictié près la prouffict qu'elle a faict cy devant ». Et la Chambre des Comptes conclut en disant que « en tous cas, pour suppléer à la nécessité, il vauldra mieulx engager le domaine que de faire plus aulcune couppe extraordinaire ».
En février i63i, les Augustins de Bruxelles sont autorisés à couper les bouleaux dont ils ont besoin pour la construction de leur temple. A la fin de juin on exécute une coupe importante; le procès-verbal nous dit qu'elle comprenait 1,121 chênes, 23 pommiers, 14 cerisiers et 3 hêtres. On les vendit en 57 lots pour une somme totale de 18,401 livres. Comme on le voit, le nombre des arbres fruitiers était encore considérable. Certaines parties du domaine ressemblaient absolument à des vergers.
Le i3 juillet, le tvoutmeester marque 63 chênes destinés à la fabrication des pontons, à Malines. A la fin de l'année, de septembre à novembre, on effectue une vente de bois énorme. On abat les arbres sur une superficie de 5i bouniers, 2 journaux et 84 verges; l'opération rapporte un total de 83,482 livres nrtois. Cependant, pour le « secours des nécessitez pnblicques », en avril i632, le trésorier général et le commissaire des finances proposent une autre coupe extraordinaire. Cette fois la Chambre des Comptes s*alarme: elle s'assemble sans retard et prend une résolution énergique : Elle refuse la taille sollicitée, invoquant la pauvreté grandissante de la forêt. Elle écrit une longue lettre aux deux hauts fonctionnaires, souhaitant qu'ils veuillent se ce prévaloir de tout autre moyen extraordinaire plus tôt que de toucher à ladite forest. Néantmoins, si excuse ne se peult, moyennant leurs patentes, une descharge, abeyrons ace qu'il plaira .. »
Les magistrats, dans leur réponse datée du i3 avril, exposent les causes qui les font agir ainsi. Il fallait « trouver par ceste voye XXX ou XL milles livres ». Bien « qu'environ XX bonniers se pourroient suffire, néantmoins l'affaire bien examinée, trouvons des grands inconvéniens à l'effectuer pour des raisons cydevaut en semblables occurences bien amplement représentées ». Ceux de la Chambre des Comptes remarquent qu'autrefois l'on ne coupait pour l'ordinaire que cinquante bonniers de gros bois, « pardessus vingt bonniers de raspe », et ce jusqu'en l'année i545, ce où l'Empereur ordonna de couper chacun an encores XXYI bonniers dudit gros bois ou de haulte
Coupe de 1121 chênes :
Pour les pontons.
Gontllt admlntstratlf :
16di.
2,000 bonnlers coupés.
< Glaire comme un verger ».
< Estrolctesae de deniers».
futaie pour venir en tout à la quantité de cent bonniers par an. Bien entendu qu'on y comprendroit tous chemiuR et places vuides, ce qui depuis nat esté gueres bien observé; mais à ce quon peult remarcquer, Ton a prins les meilleurs endroits, et les plus peuplez, oultre ce que de temps a aultre Ton a prins quelque extraordinaire ».
Ce système de coupes supplémentaires ayant à la fin a embrassé environ deux mille bonniers a aussy grandement reculé la foret de tout moyen adonner du secours. Le haras l'endommaige, et l'excessive quantité d'arbres croissans que depuis seize ans Ion a couppé pour augmenter les Wint Vallinges la rendu claire comme un verger. Aussy la réserve aux environs de Tervueren surcharge pareillement le surplus. Et surtout les dernières et superflues grandes couppes extraordinaires l'ont mise si basse et tellement desnuée qu'il y a bien peu de gros bois de reste... De sorte que bientost l'on n'en trouvera que de bien jeusne et despleuplé dont les deux bonniers vaudront a peine aultant qu'un du passé. Et pourtant sur ordonnance de la Junta du XXV de décembre XVIc XXVI qu'on ne coupperoit pour l'ordinaire que quai^ante bonniers de gros bois pardessus ce qu'il falloit pour la Court, et privilégiez, et toutefois cela at esté excédé d'an en an soubs ombre que le Rentmeester General navoit de quoy satisfaire aux charges de sa Becepte ». La Chambre des Comptes laisse au Conseil de Finances le soin de « juger quel moyen y a dy prendre maintenant aulcun extraoï'dinaire, sans donner subject aux Rentmeesters de se plaindre et augmenter par trop la cherté du bois en ceste Ville pour l'advenir ».
Mais on n'écoute point les doléances légitimes de la Chambre des Comptes. Plus de quatre mois s'écoulent. Le i8 septembre i632 c( Isabel Clara Eugenia, par la grâce de Dieu Infante d'Espagne », décrète l'ordonnance que voici : « Chers et bien aimez. Comme pour trouver moyen de secourir la nécessité publique de ceste estroictesse de deniers, nous avons par advis de ceux des Conseils d'Etat et des finances de Sa Ma^ jugé a propos de faire procéder à une couppe extraordinaire de bois de la forest de Soigne. Nous avons bien voulu vous en advertir, Vous ordonnans d'augmenter la coupe ordinaire qui selon le pied coustumier se doit faire en mois de septembre en ladite forest d'autres vingt bonniers extraordinaires et ce es endroits que trouverez appartenir au plus grand soulagement et advantage d'Icelle forest... »
Cependant, lorsqu'il s'agit d'accorder à des pouvoirs publics le droit d'abattre quelques arbres indispensables à leurs services, la gouvernante oppose des objections. Ainsi, ce ceulx du
magistrat de ceste ville ayent très hamblement supplié Son Âl^ Ser™^ de » leur accorder seize a chesnes des plus grands et cent cinquante cliesnaulx des plus gros sous la forest de Soigne, pour les employer aux barrières et aultres ouvrages par eulx tracez à la meilleure conservation de ladite ville », l'archiduchesse, par une lettre du 12 octobre i632, constate (c combien que semblables ouvrages soient purement à la charge d'icelle ville ». Toutefois la princesse « accorde aux suppliants et de grâce spéciale par ceste, et sans le tirer en conséquence, huict desdits seize arbres chesnes par eulx pretenduz à Teffet susdit ». Quant aux « huict arbres et les cent cinquante chesnaulx restans », la cité les désignera « en divers lieux, au moindre intérest, moyennant et en payant le pris »... Et c'est le haeckmeester^ ou détenteur du Croc, François Parys qui marque les troncs.
Le 26 avril i633, Isabelle autorise Ferdinand de Boisschot, Chancelier de Brabant, à couper vingt arbres a pour s'en servir aux bastimens qu'il fait pour l'aggrandissement de sa maison ». Deux mois avant, le 19 février, le commis des Finances Macs avait reçu la permission de faire enlever à son profit seize arbres boules. £t cela parce « qu'il est constraint d'abattre le pan d'une muraille de sa grande sale et salette en bas, par où il a de besoing quinze ou seize arbres boules pour servir d'estanceons pour construire les somiers »... Le 22 août de la même année, le Père Recteur de la Société de Jésus de Bruxelles, obtient vingt arbres, car « l'exercice des escolliers se doibt exhiber ceste année une action publicque et y sont besoing quelques boles pour achever le théâtre ».
La gouvernante est sensible; elle écoute les prières de ses sujets. Deux habitants de Toumeppe, Bartholomé Hanssens et Guillaume Mons, avaient été condamnés chacun, pour avoir coupé quelques arbres, à une amende de I25 florins ou à être « fouetez de verges ». Ils sollicitent de la veuve d'Albert la remise de leur peine. Et comme les coupables n'ont a aulcuns moyens au monde que ce qu'ils gaignent au travail de leurs bras et que toutte leur vie ils se sont bien et honorablement comportez », au nom du Boi, elle les tieut quittes de la moitié de l'amende.
A. cette époque, les néfliers sont encore fort nombreux dans le domaine, car, en avril i633, on donne des ordres spéciaux pour punir ceux qui s'attaquent aux mispelers» Mais ce ne sont plus seulement les humbles qui transgressent les lois. On ouvre, en aVril i633, une instruction contre Louis le Comte, seigneur d'Orville et Saint-Remy-Gest, lieutenant général de la Vénerie, qui a fait enlever des quantités importantes de
Arbres donnés i la ville de Bruxelles.
Bols pour un théâtre d*écollors.
Délinquants graciés.
Néfliers.
Moines poursuivis.
Bétes à cornes.
Faveurs aux daines de la Cour.
Conduites des fontaines.
bois à son bénéfice. Les bûcherons qui ont accompli cette besogne sur son ordre sont arrêtés et déférés au tribunal de la forêt, en vertu des articles de l'antique Keurboeck. Les religieux mêmes se mettent de la partie. Un jour, le prieur et les moines de Sept-Fontaines abattent quarante jeunes arbres autour de leur monastère. On les poursuit. Mais ils adressent une supplique à l'archiduchesse. Ils se plaignent de ce que le ivoutmeester x)rétende les « calingie, ce que leur est impossible de satisfaire pour le peu de revenu qu'ils ont )>. Ils demandent, par conséquent, que la princesse veuille leur « quitter ladite amende à l'occasion de leur pauvreté, et seront obligez de prier Dieu pour la prospérité de Sa Majesté, de Sa ser™® Infante ». On les gracie, sur l'avis du chevalier Vander Linden, grandmaître des forêts; mais ils payeront double s'ils « retombent », c'est-à-dire s'ils récidivent.
Les hommes ne sont pas les seuls ennemis des bois. Les bêtes à cornes paissent en telle quantité dans les jeunes coupes que la Chambre des Comptes rappelle aux délinquants les anciennes ordonnances. Les officiers du haras sont prévenus que, si par exception ils sont autorisés à laisser s'engager du bétail sous les arbres, ils ne peuvent dépasser un maximum de dix ou douze têtes, portant une marque distinctive. Ailleurs, un troupeau de moutons est engraissé aux dépens de la Couronne ducale (i).
La gouvernante a des faveurs particulières pour les dames de sa Cour. Le 17 novembre i633, la princesse de Barbançon peut faire enlever « quelque quantité de plantes de faux et de charme afin de pouvoir faire en son jardin en cette ville cinq berceaux de la longueur d'environ quattre vingtz à cent piedz ». Presque à la même époque, un procès manque d'éclater entre la Couronne et le curé et les marguilliers de Notre-Dame d'Aïssenberge. Ceux-ci avaient fait couper quatre chênes et un hêtre dans un bois leur appartenant, bois voisin de la forêt de Soigne. Procès-verbal avait été dressé et les religieux condamnés à l'amende. Pourtant ils n'étaient pas sortis de la propriété périphérique, car, quelques jours avant sa mort, l'archiduchesse Isabelle les gracia, considérant que le Keiirboeck avait été mal appliqué en l'occurrence.
Les fontaines des jardins de l'ancienne Cour étaient alimentées par des sources situées sur le territoire d'Etterbeek, non loin de la forêt. C'est, du moins, ce qui ressort d'une lettre du
(i) ... Datter opden Jongen houwe oan Seoenborre in Zonyen een cudde Schoepen onderhouden ende g-eoet wordt tôt groote bederffenisse vande selve plaetse.
contrôlenr des ouvrages de S. M. Cor. de Backer, qui sollicite et obtient l'autorisation de faire marquer et enlever en Soigne douze beaux chênes très droits, de manière à pouvoir remplacer les conduites de bois de la première prise d'eau (aen eersten ontfanger van fonteyne TetterbeeckeJ.ll s'agissait de fabriquer une nouvelle rigole sur une longueur de deux cents cinquante pieds. (Te maecken de lengdeuan twee hondert vyftich voeten vuytgehoolde goten van seven duymen int viercant.)
Un large pont reliait la grande île des étangs de Tervueren à la rive. Souvent on répare le tablier au moyen de chênes provenant de la forêt. En mars 1634* un particulier est autorisé à enlever six cents plançons, c'est-à-dire arbrisseaux, pouvant être replantés ailleurs. Au comte de Yertin, grand veneur, il est permis d'enlever cent jeunes arbres pour sa terre d'Everberghe. Les gens du haras de Groenendael coupent trente boles a pour faire une palissade à la garenne des lapins ». Gilis Huyge se voit octroyer douze grands hêtres pour la confection des machines devant lancer des bombes et des grenades {het hout iverck tôt de bomben om grenaeten ts schieten).
On permet aussi de temps à autre, aux religieux de la capitale, de recueillir dans la forêt des chariots de rameaux; aux receveurs des domaines de couper des chênes pour la réparation des moulins à eau ; aux fabriques d'églises de prendre des lilas (Sessemenboomen) pour la décoration de leurs temples. Cependant, chaque fois le marquage doit être fait par le haeckmeester^ ou détenteur du marteau. La vénerie de Boitsfort coupe des chênes pour fabriquer des couches aux gens de la chasse royale ; « ceulx de l'haras » enlèvent quelques « plançons de charme, espines et neffliers ». Les églises de la province même, celle de Vilvorde, par exemple, viennent charger en forêt des mais sur des véhicules. En avril 1682, les Capucins de Tervueren obtiennent huit chariots de bois blanc pour réparer les digues de leur étang. La ce Grande Guide » de Bruxelles y prend les haies et les arbres nécessaires à l'ornementation de son jardin. La paroisse de « Worpe » obtient des arbres pour construire un nouveau chevalet à sa grosse cloche. On abat des chênes pour réparer les écuries de Trois-Fontaines, et pour une écurie nouvelle devant servir au fermier du droit de barrière (weghgelt) de la chaussée de Namur.
Après la mort de la gouvernante, la Chambre des Comptes, alarmée des dépenses inutiles auxquelles elle est obligée de faire face, adresse aux Conseillers des finances une longue lettre. Elle leur expose les raisons qui la fait agir. « Si la constitution des affaires en Testât présent requiert le retranchement de touttes despenses superflues et inutiles, a plus forte rayson
Machines de guerre.
Rameaux.
Haras de Groenendael.
Dépense natstble :
80,000 livres.
Gbère < mesQagorle>.
Soldats rarageurs.
se doibvent faire cesser les nuysibles et dommageables, entre lesquelles tient le premier rang celles du Haras, dont feu le Ser°*® Archiducq a voulu avoir le plaisir; et pour même respect feu la Ser"^^ Infaute Ta fait continuer. Mais puis qu'il a plu a Dieu les appeller aux récréations éternelles, ne pouvons plus temporiser d'advertir voz S^^^. » Et les magistrats expliquent que la forêt n'a point eu de plus grand ennemi que les bêtes. Le haras a causé de tout temps des dommages au domaine. Non seulement il a occasionné des dépenses élevées, mais la quantité de bois qu'exigent ses installations et son entretien va grandissant. Cent cinquante bonniers sont consacrés à son besoin propre. Il réclame en « oultre 3,ooo livres qu'on y met encore tous les ans en gaiges ».
Mais « le pire de tout est Tinecstimable dommaige qu'ont faict et font les jumentz et poullains en pasturant parmy le bois, mangeans la cime des jettons et nouvelles recrutes; ce que à la longue pourroit réduire une grande partie de la forest en ung désert de buyssons tellement augmentez en nombre depuis quelques années. Enca qu'il suffit pour juger du reste combien qu'aulcuns l'ont volu pallier et exécuter soubs des frivoles prétextes avec espoir de y faire et mettre des ordres et règlements qu'on n'a point trouvé praticables tant s'en fault qu'ilz seroient esté observez, et c'est cela principalement que rend ceste dépense nuysible et dommageable ». Depuis vingt ans qu'existait le haras, il avait englouti quatre-vingt mille livres. Et si l'on voulait mettre en ligne de compte les poulains qui en sont sortis pendant cette période, on « trouvera qu'ilz ont esté de peu de service et par conséquent une chère mesnagerie, sans comparaison toutteffois de l'estime qu'on doibt faire du plaisir des princes ».
Les magistrats parlent ensuite de l'avenir de la forêt commise à leurs soins et à leur conservation. Ils constatent la difficulté qu'ils ont à payer les rentiers et à acquitter les autres grandes charges ordinaires et extraordinaires devant sortir de « l'annnelle disponible de ladite forest ». Elle est réduite à un état d'extrême pauvreté par les extravagantes grandes coupes, par les ravages ce que y font journellement les soldats et une infinité d'habitants des villaiges situez au dedans et es environs de ladite forest, et aussy les forains en grand nombre qui viennent de bien loing pour en faire leur prouffit >>. La Chambre des Comptes demande des règlements nouveaux contre ces derniers, les dégâts commis par les militaires ayant déjà fait l'objet de mesures spéciales récentes. p]lle émet aussi l'espoir que le nouveau gouverneur des Pays-Bas, le prince don Ferdinando, « n'affectera point le maigre plaisir du harras à si grande
despence et domaige ». Sans retard, les magistrats supplient ceax des Finances de snïBir l'occasion immédiate pour que le haras « soit cabsé au plustoet, et que les maisoniiaiges, granges et estableries, avec nombre compétent de bonniers de terre, se puissent appliquer au labouraige et donner en ferme publicque pour ung terme d'années au prouffit du domaine comme inséparabie d'icelluy, et que le surplus des terres soit semé de glands et rejoint à ladite forest » (i).
Abordant un second ordre d'idées, la Cbambre des Comptes La pin; deTrrvutnn exprime aussi ses doléances au sujet des « vaches sauvaiges an parcq de la Vure », dont l'entretien constilue une autre dépense
^^ nnisibleetdom-
-TRSînOTmmrosTarirrîKïRiw: -vH^mms^ ' ,„ageable. Et
no us apprenons que la vaste muraillo qui enclôt encore le merveilleux parc a été con* Ktniite par les princes défunts, moins ponr limiter les jardins que pour empêcher
Harcw dB Gr.«uenifael '* l^^tail de COU-
VK pirue Jin. ■Chuntnpl.i* Smcn B»t.i>illn^ ., .I'AtiIoIi.c 3tl..:.'r.... viv par tO U t .
Kdiiian iig 16S9. Une partie du
parc, d'ailleurs, devait avoir un aspect lamentable; la splendeur qui le carac- • térîse anjonrd'hui n'évoque nullement l'état désolant qui le particularisait dans te second tiers du xvii*' siècle. Lee vaches s'y multipliaient d'année en année, rendaient infructueux vingt bonniers on hectares de terres labourables qui jadis se donnaient en ferme, et ravageaient, foutaient et réduisaient a. à néant tout le plantis ».
Avant de terminer leur lettre, les membres de la Chambre des Comptes formulent un dernier grief. C'est toujours de Tervueren qu'il s'agit : n En oultre sy entretient grande quantité de vollaille aoquaticque et domestique de touttes sortes. » Elle propose catégoriquement la suppression de ces dépenses, ce qui produirait une économie annuelle de huit mille livres. A cette
(i) Ceci sons donne nn renBeignement sur la façon de repeupler les terrftliu aprèe les ooupee.
mifisive, le Trésorier général et commissaire des finances Van Groenendael répond, le 6 avril i634, quelques lignes laconiques. Le Conseil des Finances a décidé de maintenir l'ancien état de choses jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur don Ferdinand. La lettre contient quelques indications à propos de mille arbres — (( boles et blancq bois » — abattus dans la forêt, amoncelés à Groenendael et que la Chambre des Comptes doit faire transporter dans le jardin de la Maison des Pages, à Bruxelles. Il y y est dit aussi que pour la quantité « du poisson à livrer vous vous aurez à régler suivant le billet du greffier Olivarez cy joinct ». Mais le document n'a pas été enregistré à la suite de cette correpondance ; nous ne savons par conséquent pas s'il s'agit de poissons destinés à la table de la Cour ou aux viviers ' de la forêt.
Au lieu d'écouter les plaintes de la Chambre des Comptes, les Finances semblent même vouloir la narguer. Selon les Conseillers, le parc de Tervueren, loin de présenter l'état lamentable qu'on leur expose, est, au contraire, très planté, trop planté même dans certaines de ses parties. Ils jugent qu'il y a dans le cadre des murailles toutes neuves beaucoup d'arbres superflus et empêchant la croissance normale des autres. Ce serait donc Goup« dans le parc. profit et service que d'y mettre la cognée. Le Conseil des
Finances prie^ par conséquent, le 12 juin, un membre de la Chambre des Comptes d'aller sur place examiner ce qu'il y a lieu de marquer pour la vente.
A cette prière, le grand forestier chevalier Vander Linden, le haeckmeester Parys, le « recepveur de Mayer et Chastellain de Ter Yueren », se rendent sur les lieux. Leur mémoire est daté du 27 juillet. Ces messieurs constatent tout d'abord que • lors des coupes faites de i6ig à 1628, on n'a jamais ébranché les « chesnes et faulx » qui se trouvaient dans les tailles, et cela par ordre exprès des archiducs. Ceux-ci avaient défendu aussi de toucher aux nombreux pommiers, cerisiers et néfliers sauvages ornant le parc. Pourtant « il semble que la croissance de la raspe seroit en aulcuns endroicts esté retardé », car les bois sont fort avancés et de belle venue. Mais il n'est point nécessaire encore de procéder à une coupe. Bien ne presse, et ce serait causer un dommage à Sa Majesté que de réaliser quoi que ce soit pour l'instant. La plus jeune taille est de trois ans à peine et les autres de quatorze ans au maximum. En abattant un seul vieil arbre, on détruirait beaucoup de plants ; le charriage, lui aussi, entraînerait des dégâts. Organiser la coupe en ce moment serait peut-être la « ruyne totale dudict parcq, quy d'ailleurs a cousté beaucoup au premier achapt, et plus encores pour l'encolurre d'une muraille nouvelle faicte les années der-
nières ». £n terminant, les délégués déclarent que Ton pourrait tout au plus marquer trente-cinq gros chênes, en pleine maturité, bordant les routes, mais qu'il faudrait prendre des soins spéciaux pour les abattre et les emporter, les chemins que les princes défunts « ont faict reserver pour leur servir d'ombraige » n*ayant que dix ou douze pieds de largeur.
Si le bureau des Finances examine Tôventualité de vendre les arbres du parc de Tervuereu, c'est qu'il faut absolument de l'argent. Finalement, les prières du Roi devenant instantes, les Conseillers ne trouvent rien de mieux que de tailler une fois de plus dans celte malheureuse forêt de Soigne, qui seule procurera au monarque l'or dont il a besoin pour ses guerres et pour ses expéditions. Le 28 juillet 1634* ^^ Trésorier général écrit à la Chambres des Comptes qu'on lui a ordonné de « recouvrer une notable somme des deniers pour en secolirir les nécessitez présentes de la Campagne et que entre aultres moyens convenables à ceste effect l'on a suggéré une couppe extraordinaire dans la forest de Soigne ». £n vertu de cette ordonnance du Souverain, la Chambre des Comptes doit délibérer et examiner s'il est possible de vendre pour vingt mille florins d'arbres, (c sans notable lésion », comme le dit savoureusement la lettre.
La Chambre des Comptes se réunit snr-le-champ et répond le lendemnin, 29 juillet. Elle s'était empressée de demander, au préalable, l'avis du grand forestier et du receveur général Yan Ophem. Le premier déclare la coupe malaisée; le second, au contraire, « ny trouve point de difficulté ». La Chambre des Comptes parle de l'opinion du « Becepveur, dont ne se fault esmer veiller pour avoir toujours adhéré et assisté ceulx quy vouloient réduire ladite forest en bois de raspe sans se soucier de la conservation d'ycelle ». La réponse, inspirée par le woutmeester chevalier Yander Linden, constate que dans dix ou douze ans tout le bois d'usage sera « consumé et qu'il ne faille commencer à prendre et coupper l'ordinaire dans le jeusne bois, nonobstant qu'on ne prendroit aulcun extraordinaire pour peu qu'il soit, car l'extraordinaire y prins par cydevant a esté par trop excessif f; et est incroyable de combien les couppes se trouvent délivrés et vuidés de bois à cause de ce que sy firent journellement pour les ingénieurs, pour des particuliers, pour les cloistres, pour les églises, pour réparations des chemins, pour les édifices et pallisades oultre la foule que y ont faict les soldatz et vagabonds ».
La lettre remarque que la vente des coupes produit plus que dans le passé, preuve de la pénurie de bois dans le pays entier. Et les bourgeois de Bruxelles payent la mesure trois florins, prix qui montera encore. Elle rappelle la décision prise le
Pauvreté des finances.
Le receveur Van Opbem
Pénurie de bols.
A vis (le la Chambre des Comptes.
Mesurago de la forât
en 1684 :
8,260 bonnlers.
22 décembre 1626 par la junte, de modérer les coupes ordinaires à Teffet de a récompenser les précédons pour donner temps à la recreute ». Malgré cette résolution, on a souvent excédé l'ordinaire et pris quelque extraordinaire, de façon que la (( forest ne trouva jamais en aulcun temps passé en si piteux estât qu'elle est pour le présent ». Et les magistrats donnent aux « Seigneuries » des finances ce ce véritable advertissement affin qu'elles puissent cognoistre avecq nous qu'il n'y a aulcun moyen dy prendre à présent aulcuu extraordinaire pour petit qu'il soit ».
Ceux des finances ne se laissent pas convaincre par ces lignes alarmées. Le dernier du mois de juillet, donc le surlendemain, ils adressent à la Chambre des Comptes une lettre pour lui demauder comment elle entend la coupe extraordinaire : « Nous avons voulu estré esclairciz avant que prendre résolution sur ce suiect do ce que vous entendez par couppe extraordinaire, ensemble combien des bonniers l'on est accoustumé de coupper au pied du règlement et combien l'on en a couppé les années passées ».
La réponse de la Chambre des Comptes ne se fait pas attendre. Nous la copions textuellement, car elle fournit des renseignements d'un intérêt essentiel : « Très honuorez S", par la 1^ de vos S^^^ du i3 de juillet (i), avons recognu qu'elles n'ont point entier appaisement de ce que leur avons représenté touchant la décadence de la forest de Soigne, et pour leur en donner plus d'ésclaircissement et prenant l'affaire par son origine, leur plaira scavoir que ladite forest contient en tout avecq la Heechde ou bois de raspe, suyvant le premier et aussy le dernier mesuraige, la quantité de 8260 bonniers comprins les grands chemins et places vagues ; surquoy déduict 5oo bonniers pour la Heechde et seullement 260 bonniers pour les grands chemins resteroit en bois de haulte f ustée 75oo bonniers que, à l'ad venant de cent ans de recroissance, seroit pour l'ordinaire 75 bonniers par an au lieu de 80 bonniers portez par le dernier règlement de l'Empereur du mois d'octobre i545 et reviendroit en 88 ans depuis écoulez jusques et comprins l'an passé i633 à la quantité de 6600 bonniers. Et ayans reveu tous les comptes de mesme temps trouvons y avoir esté couppé, tant pour les marchands que pour la Court et privilégez, 7818 bonniers que seroient 1200 bonniers d'excressence par dessus grand nombre de bonniers prins et employez pendant les troubles pour les fortiffications de ceste ville et i5o bonniers desrodez pour l'haras, revenant ensemble a plus de 16 années d'anticipation.
(1) Erreur de transcription. Elle est du 3i juillet.
- iSg —
Rurqnoy se pourroit demander comment Ton y trouve doncques à. présent eneores du gros bois en âge compétant. Mais cela est à cause que par cydevant Ton y a couppé pêle-mêle du bois qui estoit trop jeusne comme de mesme a faict le comte de Warfuzé, et a le veoir à présent à Toeuil en Testât qu'il est ne s'en peult juger aultrement sinon qu'après que le peu de gros bois qu'il y a dereste sera couppé, le plus vieil n'aura que 75 ans ou environ de sorte qu'au lieu de le charger davantaige il est besoing de le soulager et modérer d'ordinaire à 65 bonniers, comprins la Court et privilégez pour par cours d'années le remettre; aultrement il en yra comme avons représenté à vos S^^ par une précédente. »
Le Conseil des Finances passe outre. Il décide d'effectuer la coupe extraordinaire. Les bois vendus sont ceux de Sint-Jans Bergh ou Mont- Saint- Jean, de Groenendael, de la Lange Laye, de lalaye de Gallemaerde. La Chambre des Comptes, qui a dû céder bien malgré elle, s'efforce cependant de sauver la déchéance presque inévitable du domaine. Peu de temps après la coupe extraordinaire, elle adresse aux Conseillers des Finances une lettre où sont indiquées les causes du dépeuplement de la forêt et les moyens d'y remédier.
Il y est rappelé que les règlements faits pour préserver la forêt des dégâts ont été plutôt édictés pour conserver les bois que pour permettre de jouir des amendes frappant les transgresseurs. Mais les ordonnances, peu observées, insensiblement négligées aussi, n'ont presque plus de force. Il eût fallu les entretenir, les renouveler. Les « status du Keiirboeck sont amplement bien faits et ny a rien à redire, mais sont fort mal gardés, car la commisération d'ung costé y a introduit des nonobservances, et la malice d'autre part y a bien sceu adjouster le larcin et convertir l'aumosne en marchandise. De sorte que semblablementil fault réparer ce bastiment et promptement à pe^me de le perdre, car les marques de sa ruine sont trop apparentes pour le dilayer ». Anciennement les princes, par dévotion et par pitié, avaient accordé aux indigents la liberté de ramasser pour leur chauffage du bois mort et de le véhiculer sur des brouettes. Nous apprenons même que les ducs, a pour soulager les pauvres à monter leurs brouettes la roideur du chemin en sortant du village de SteCroix y ont fondé ung cheval perpétuel avec son entretien et nourriture ».
Alphonse Wauters rapporte que la forêt, au delà du ruisseau de Tourneppe, était en partie commune à tous les hommes de Saint-Pierre, où, si l'on veut, à tous les sujets de l'église de Cologne ; ils pouvaient, paraît-il, y couper du bois et y recueillir des glands en toute liberté. Il leur était seulement interdit de
Coupe eitroordlnatre de 1684.
Propositions nouvelles.
Récolte des glands.
— igo —
couper des chèneB et des hêtres. Cependant pour récolter des glands ilB devaient payer une redevance dont le tribunal de la foresterie fixait le taux.
Beaucoup de besogneux avaient aussi obtenu l'autorisation de vendre publiquement du bois mort au Marché aux Herbes. D'autres allaient le vendre en cachette. Finalement, tous faisaient leur métier de ramasser des branches; lorsqu'ils n'en trouvaient pas sur le sol, ils en arrachaient et coupaient déjeunes arbres. Les habitants des villages situés dans et aux environs de la forêt les imitaient. Ils initiaient les leurs à cette besogne illicite, et les dégâts s'accumulaient : « Le dommaige qu'ilz font
est inestimable, car c'est une formilière qu'augmente toujours et ne cesse jamais; et ny a si petit enfant qui n'apporte son fayseau en «este ville pour vendre ou livrer à des brasseurs, boulengiers, tavemiers et autres. Tels mesuages qui se sont establiz par tout es environs en bien grand nombre, oultre la foule qu'ilz y font eulx mesmee à la desrobée. »
Mais les plus grands ennemis de la forêt, sans parler des soldats, sont une « infinité de faisnéants et vagabonds de plus forts et robustes ». Ils viennent de partout, attirés par « la susdite libertine vente de bois », s'installent dans une commune de la lisière et pillent le domaine. Ils s'emparent de toutes sortes de bois et le convertissent en menu charbon, « mettans toutte la forest en danger de feu ». Les forestiers sont impuissants contre
de tels débordements. « L'argent de telles rapines est employé à jaroigner. » Et les vrais nécessiteux ne « peuvent plus trouver aulcun bois mort par terre ».
Néanmoins ces derniers et « leurs enfants, tant dedans que dehors la ville, prennent en la forest ce que leur vient le plus à la main, dont estans calengez et parfois miz en prison. Voyla les jeusnes gens diffamez et la Vergoigne perdue s'addonnent à la vie desbauchée, sentremeslans pour en peupler un monde de gens misérables. Au lieu que cydevant quand le bois n'estoit point de tel pris et qu'il ne valloit la peyne ne le temps, ilz n'employoyent qu'ung jour ou deux par sepmaine pour prendre leur chauffage nécessaire et le reste à travailler pour gaigner la journée et mettoient leurs enfans a servir dans les lionnestes maisons; mais à présent ny en a plus des nouvelles et sont tellement acoquinez d'aller au bois que les menaces, les calenges no la prison ne servent plus do bride ». Et le seul moyen de mettre un terme à ces rapines et de ramener les malfaiteurs à une existence plus honnête, est d'empêcher radicalement la vente du bois ramassé et la possibilité d'en tirer de l'argent.
Si les civils endommageaient la forêt, les militaires y occa- cufttiment des soldats sionnaient des dégâts encore plus considérables. Car bien que le souverain eût défendu expressément aux soldats, « tant d'Infanterie que Cavallerie, de l'armée de sa majesté, estons en garnison es villes de Bruxelles, Vilvorde,Malines, Louvain, Diest, liCeuw, Herentals, Thierlemont, Nivelle, Namur, et autres villes, de ne couper ou prendre aucun bois es Forests de sa Majesté», les soudards continuaient à fréquenter le domaine, à le mettre en exploitation réglée ; ils y pénètrent avec des véhi- . cules traînés par des chevaux et qu'ils ramènent à leurs quartiers lourdement remplis de bois de différentes essences. Le cardinalinfant, le 5 mars i636, estime que ces abus ont assez duré : il publie un édit énergique. Non seulement les soldats ne pourront plus sortir de la ville sans autorisation spéciale de leurs capitaines, mais ceux-ci seront privés de leurs charges et bannis du duché s'ils tolèrent plus longtemps ces délits ou s'ils les encouragent d'une façon quelconque (i). Peu d'années après, le 28 décembre 1654, il faut une seconde fois rappeler à l'ordre les soldats brabançons et leur répéter que s'ils contreviennent à l'ordonnance, ils seront ce chastiez de trois traicts de corde » pour la première fois et « à peine de la vie » pour la deuxième fois. Quant aux maîtres de camp, colonels, capitaines, enseignes, et autres officiers c< qui le leur auront commandez et seront
ravageurs.
(i) Plaecaertea ende ordonnaniien van de Hertoghen van Brahandt. Réunis et mis en ordre par Jean-Baptiste Christyn, t. III, p 19g. Bruxelles, J6G4.
Autres dommages.
Addition au Keurbœck,
intereesez en ladicte couppe d'arbres », désormais, ce ils seront incontinent privez de leurs charges, et condamnez de payer le quadruple de l'intérêt aux propriétaires (i) ».
Le registre des Archives du Royaume que nous avons un instant délaissé nous apprend que la Chambre des Comptes met aussi au rang des « foules par lesquelles ladite forest se trouve si vague et si despeuplée que à présent ung bounier de la pluspart ne rend a beaucoup près pas la moitié en quantité de ce qu'il souloit », la réparation des chemins, l'entretien des palissades, les ouvrages de la Cour, les dons qu'obtiennent les (c ungs et les aultres ». Il est absolument nécessaire de modifier cet état de choses. On avait déjà eu l'intention de le faire au temps a de certain rapport de feu le conseiller fiscal Craesbeke » présenté aux Finances en septembre i63o. Quatre années ont passé; tout le monde a donné son avis. Le document a été distribué aux magistrats ; mais on attend toujours la réponse du receveur général Van Ophem, alors que le grand forestier donna la sienne au bout de quatre jours
Invité à communiquer sa réponse, le receveur général tergiverse. Les membres de la Chambre lui ont, l'un après l'autre, rendu visite en sa maison : « N'en avons sceu obtenir aultre chose sinon des promesses qu'il nous envoyeroit la copie au plustot, ce que touttesfois na servy que d'amusement sans effect, et semble qu'il n'ose le faire venir au jour ne à notre cognoissance; et considérant combien ladite forest a paty par les longues menées et que le remède ne se peut plus dilayer sans trop notable dommage avons fait le projet cy-joinct soubz le titre d'addition et renouvellement des statutz du susdit Keurboeck. En quoy touttesfois ny a rien de nouveau et ne tend qu'a
réduire le tout en bon ordre à l'ancien pied » La Chambre
des Comptes ne cache pas qu'elle craint des difficultés dans la restauration catégorique des ancienues ordonnances. Des plaintes surgiront; mais il faut absolument supprimer la cause des désordres et « def faire la trouppe vagabonde ».
La lettre se termine par un court paragraphe concernant les bêtes à cornes que les moines de Groenendael ont été autorisés de tout temps, en vertu d'antiques privilèges, à faire paître dans les bois. A la suite de remontrances, les religieux s'abstiendront de meuer le bétail dans les jeunes tailles et s'attacheront à prévenir tout dégât ultérieur. Une enquête de la Chambre des Comptes avait démontré que le prieur outrepassait singulièrement ses droits. Par conséquent, les officiers de
(i) Placcaerien ende ordonnantien van de Hertoghen van Brabandi. Réunis et mis en ordre par Jean-Baptiste Christyn, t. III, p. iioi. Bruxelles, 16G4.
Bols consommé par la Cour : 1640.
Droit de police des veneurs.
la forêt seront chargés d'empêcher le retour des abus aux environs du monastère.
Le bois consommé par la « Court, Cousaulx et previlegez » était énorme. La livraison annuelle (nous prenons celle de 1640) comprenait 4^7,600 livrées de gros bois, 8,824 sacs de charbon, 8,700 fagots et 68,3oo fagotins ou heytssel. Cette quantité devient même insuffisante et le livreur officiel, Olimaert, demande une nouvelle coupe de trois bonniers pour satisfaire aux nécessités de la Cour. C'est en mai ; bien que le bois (c est plein de sève et de feuilles et ne serait point propre au briislâge », le Conseil des Finances ordonne « de procéder oultre sans plus de remise ». Et la taille se fait de nouveau dans In la^^e de Galmarden, abondante en bois blanc.
D'un autre côté, on tache de réaliser des améliorations pué- Améliorations puériles riles. Le 2 juin 1640, le Conseil prie la Chambre des Comptes de ne plus accorder dorénavant « aulcuns arbres soit des faulx ou blancq bois pour ornemens d'églises ou aultrement, mais seulement des rameaulx ». Et cependant, à peine un mois après, les magistrats, par ordonnance spéciale des Conseillers des Finances, se voient contraints de faire marquer vingt bouleaux au bénéfice du couvent de Sainte-Claire, à Bruxelles...
La même année, à la suite d'une requête qu'ils adressent aux Finances, les gardes de la Vénerie du Brabant, remplaçant ceux c( que l'on a dernièrement congédiés », sont autorisés à. dresser procès- verbal et à (c caleuger » les individus qu'ils surprennent en faute dans la forêt, après avoir au préalable prêté serment entre les mains du chevalier Ferdinand Vander Linden, grand forestier. Le haras de Groenendael n'a pas été supprimé; il continue à exiger des frais constants. Le 14 février 1641, pour Ui fabrication d'une nouvelle palissade du parc qui l'entoure, on coupe 400 « belles et trembles, douze chesnes de moyenne grandeur et ung grand chesne ».
Le 27 décembre i644» ^® Conseil des Finances écrit à ceux de la Chambre des Comptes « pour vous dire de nonobstant les festes vous a:isembler et aviser quelle couppe extraordinaire se pourra faire es bois de Sa Ma^ domaniaux et confisquez, nous envoyant votre rescription pour après-demain, jeudy ». Les magistrats cette fois n'essayent plus de protester. Ils savent qu'on no ien écoutera pas. Ils répondent le 29 décembre que la coupe extraordinaire, dont les deniers en provenant serviront aux nécessités présentas, sera de vingt-cinq bonniers. Mais ils remarquent cependant que les dégâts daus le domaine ne cessent nullement. Ils parlent notamment de la « grande liberté que s'attribuent les soldats es bois de Sa Ma^ en y couppant tout Sans respect, ou distinction, et vendant le bois en grande Soidau pillards.
Coupe extraordinaire de 1644 :
25 bonniers.
Pénurie de chênes.
Le haras :
Terres improductives.
Commission de laforôt :
Dég&ts de la garnison de Hal.
quantité et peu de chose aux bourgeois de ceste ville et de Vilvorde ».
Ces circonstances laissent craindre qu'on ne vendra jamais le bois des coupes extraordinaires, ou tout au moins qu'il n*atteindra que difficilement sa valeur. La situation de la forêt permettra seulement de faire mesurer vingt-deux bonniers de haute futaie. Quant aux chênes, Ton « n'en peult coupper nulles pour le présent ». La Chambre des Comptes essaye pourtant de détourner dans la mesure du possible, de la forêt de Soigne, la hache des bûcherons. Elle propose d'effectuer une coupe de cinq bonniers dans les bois de Nivelles et de Hazoy, aux environs de l'abbaye de Villers. Mais il ne faut pas songer à tirer quelque chose des bois de Biiggeuhout, et des bois de Roues, ces derniers confisqués au préjudice du comte de Warfuzé.
Les magistrats profitent de cette correspondance pour attirer une fois de plus l'attention des Conseillers des. Finances sur les frais occasionnés par le haras et sur les terres improductives réservées à son usage. Déjà les Finances avaient décidé en principe d'abolir l'établissement inutile. Mais d'autres ordres avaient été donnés sous prétexte que l'intention de Sa Majesté était de le maintenir. La Chambre des Comptes pense que le roi consentirait à abolir la jumenterie s'il « estoit deucement jinformé ».
Dix ans après, en i65o, la Chambre des Comptes nomme une commission chargée d'examiner la situation de la forêt et d'établir quelle est la croissance des différentes parcelles, leur valeur en bois et le nombre de bonniers que désormais à chaque exercice on pourra exploiter. Cette commission était composée de Cornille de Backer, Ignatie Le Roy, Guillaume Ciemans, Raeden ende Rekenmeesters ; Vits, receveur général; Vander Linden, grand forestier; de Ureve, greffier. Accompagnés de quelques-uns des plus anciens gardes et ouvriers, ils explorent le domaine en tous sens, les i6, 17 et 18 août. Le rapport des commissaires^ long de six pages rédigées en flamand, est assez optimiste; il constate l'existence de nombreux vieux bois, dont l'exploitation méthodique serait excellente, et estime que les jeunes bois donnent des promesses. Les délégués indiquent quelles sont les « sengles » par où les coupes devraient commencer. Ils demandent qu'on punisse, d'autre part, les soldats de lii garnison de Hal, qui commettent dans la parcelle du Cleyn Oeperken des ravages scandaleux. (Ende dat de Soldaeien ende andere moetwillige van het Garnisoen oande stadt Halle sulchen bederff ende duverye daer inné gecommittert hebben, dat het qiiaed om geloven is.J
On interdit, en janvier i65a, aux muletiers de Son Altesse de Abu» des muietien : pénétrer dorénavant dans la forêt de Soigne, et cela pour mettre fin aux dégâts qu'ils y occasionnaient. Dans la seconde quinzaine de novembre, nne commission, présidée par le chevalier Vander Linden, explore les jeunes coupes. Elle remarque la pénurie de chênes en beaucoup d'endroits. A la suite de son rapport, la Chambre des Comptes décide de semer, chaque année, mille glands dans différentes parties des coupes -^miB de giiiidi. que voici : Sainte-Anne, Landtsrode et Jonck Oeperken. En mars i655, à cause des rigueurs de l'hiver, on procède pour les besoins de la Cour — laquelle, si on la laissait faire, brûlerait, semble-t-il, toute la forêt en nne saison — à une conpo extraordinaire de huit bonniers. SbonnleripourltCoui : Les muletiers, eux, recommencent à faire parler d'eux; les excès dont lie se rendent coupables sont tellement fréciuenls, qu'en i658 on rédige un décret spécial à leur intention. Désormais les délinquants, par ordre de S. A. S., seront arrêtés sur-le-champ et écroués à ladis[)osiliou tae d, Oiusa aux envlroo. du chilesu de HuWtobtrglie. je l'alcadedcla Cour (1 ) . duUmnJicquoijKD,. EiiMioi>dcjr,94. IjCs évéuemeuts bel-
liqueux de la fin de l'ftnnée 1667 rendent imï-
la fréquentation de la forêt de Soigne extrêmement difficile. Les gardes y sont exposés sans cesse aux attaques des avantgurdea de Turenne, qui occupe Chnrleroi, où Louis XIV en personne s'est installé avec toute sa Cour. Les marchands ne s'aventurent pas sans appréhension dans les bois. Les soldats français s'avancent jusqu'aux lisières de la forêt et essayent d'y
(1) Ye e mandado ya ettootrat vertt y «c repelira aora elorden eoa may or aprieto y pamgae eu complimealo lea maa effectioo, te poede dar orden paraqut a lot malitrot que ce hattare eonlraoemendo a et placcarte se Ut arrette y eatregae en poder del aleaide de carte paeagae tean cattigado».
Contre 1m incuratons ennemies.
Le prince de Ltsiebonne*
Difficultés pour opérer la coupe annuelle.
accomplir des coarBCs. Aussi, la Chambre des Comptes adresset-elle à ceux des Finances une longue lettre où, tout en préconisant des moyens pour organiser sans danger ce le mesurage et sayage de la couppe ordinaire de la forest de Soigne » elle s'occupe de ce la seureté des officiers y vaquans contre la garnison de Charle Roy )>. Le receveur général de Bruxelles, consulté, est d'avis que pour mettre les officiers, les marchands et les ouvriers à l'abri des tentatives des ennemis, il sied de garantir « ladite forest par quelcque gens d'armerie en faisant dresser en aucunes places quelcques redoubtes ou forteresses, la faisant subsister par quelque enchargement à faire sur chasque mesure de bois, ou bien de permettre à tous officiers, marchands et voituriersqui la debvront fréquenter de demander passeport ou saulf conduicts à charge de Sa Majesté ».
Le u;oa^maitre, lui, émet l'opinion qu'il n'y « auroit a prendre que l'un de ces deux partis, ou de la contribution aux ennemis ou des armes, si ce n'estoit qu'un troizièsme fusse jugé décent et praticable, à scavoir de laisser excempts de logemens les terres du prince de Lislebonno, lieutenant général du Maréchal de Turenne, comme ])ar exemple celle de Braine Lalleu (i), voisine de ladite forest, où aultrement il y auroit capacité de loger cent chevaulx et autant d'infanterie dans le chasteau pour la couvrir de ce costé là, et qu'en eschange cheulx de Charle Roj»^ laissassent le paisible et libre commerce aux officiers, marchands et aultres ». Quant à la voie de la contribution, ce serait la plus frayeuse pour le Roi et la plus avantageuse à l'ennemi; on devrait y soumettre les communes de « Hoyland, Hulpe et autres voisines, ce qui altereroit la disposition ». En ce cas, pour la subsistance des soldats, il fallait frapper d'une taxe d'un soulz chaque mesure de bois.
La Chambre des Comptes propose, pour la coupe ordinaire, de morceler le Cortenbosch. Pourtant, pour assurer le travail des mesureurs, elle demande que Son Excellence mette à sa disposition « cent hommes de x^ied et cinquante à chevaulx de gens de guerre », pendant quatre jours, pour empêcher que cette besogne soit troublée par les incursions des ennemis.
Le grand forestier répond le ai septembre au maître des comptes Ciermans. Il écrit que touchant le moyen des armes, son Excellence « m'ayant faict appeler le i5 du mois passe sur ce que les parties ennemies avoyent faict alarme la mesme nuict
(i) Jacques Le Roy disait en i6go, dans son Théâtre Profane du Bradant Wallon, p. 99 : « François de Lorraine, prince de Lislebonne, possède à présent les seigneuries de Braine l'AUeu et de Plancenoy, que sa femme lui a porté en dote. »
à rentrée de la foret sur la Oarde icy voisine à la barrière du yieugegat, me commandoit de luy faire une forme pour empescher les courses ». Le i8 du même mois, le woutmeâtre avait déclaré au gouverneur qu'il était partisan des hommes d'armes. Selon lui, la coupe ordinaire devait se faire dans le Corienbosch, à Terdael, « quasi sur une mesme linie », et dans les Heeghdes. « Et peut estre l'on pourroit mesurer moings qu'à l'ordinaire si l'on rencontroit la seurté de travailler le bois couppé des Herlacques et d'aulcuns arbres mal tombez lors que l'on at crusé les passages au commencement de cette guerre. » Le receveur général Hannosset estime que le seul moyen de mettre la forêt à l'abri des courses de la garnison française de Charleroi est de la faire garder par 400 ou 5oo soldats bien armés. Cependant, une lettre du trésorier général et commis des Finances E.-V. Heynegom, ordonnant le 25 novembre, au nom du Conseil, de faire procéder à la coupe ordinaire, laisse à la Chambre le choix du moyen le plus sûr pour assurer la besogne et éloigner les bandes ennemies.
Chose assez singulière, au moment où on discute les moyens de mettre la forêt à l'abri des incursions des soldats ennemis de la garnison française de Charleroi, on se plaint aussi des méfaits que commettent les compagnies espagnoles de la garnison de Bruxelles. Celles-ci vont chercher dans les massifs de pleins chariots de bois. Tellement que la Chambre des Comptes, d'accord avec le commandant de place, pour éviter le retour de ces abus, offre de distribuer aux régiments le combustible dont ils ont besoin pour leur chauffage. Mais les « gens de guerre » ne cessent pas leurs ravages. A la fin de novembre, la saison ayant d'ailleurs été particulièrement froide, on constate qu'on a rasé déjà dix bonniers dans les Heeghdes ^ et une partie du Cortenbosch. a II est à craindre qu'il sera bientost faict avecq les meilleures layes du bois de Soigne, écrivent les magistrats à ceux du Conseil des Finances, par soy cogneu de tout le monde et réputée, pourvue des plus belles pièces du domaine de Sa Ma^ aux Pays-Bas, car les soldats de Louvain, Vilvorde et Hal, et tous les habitants et villageois d'alentour, suivront incontinent les traces de ceux qui n'ont rieu à craindre... »
Le Conseil des Finances essaye de trancher la question qui menace de s'éterniser : « Pour prévenir à ces désordres, les feuz et lumières soyent livrez par les Estats de Brabant aux gens de guerre qu'on logera dans cette ville. » Quand on songe que les deux régiments espagnols cantonnés « es faux bourgs » comprenaient trente-sept compagnies, on se doutera de la quantité d'arbres que ces militaires abattaient quotidiennement dans la forêt. Pour les quatre mois d'hiver, la garnison exige
Méfaits des compagnies espagnoles.
Pour prévenir les désordres.
igS -
40 bonniere abattus par les soldats.
Anarchie absolue.
Malfaiteurs armés.
800 bandits dans la Tordt.
Abus scandaleux.
des autorités 10,608 mesures de bois. Mais c'est là chose impossible, objecte la Chambre des Comptes, qui propose de désigner par semaine, aux divers régiments, un demi-bonnier du bois de raspe de la Heghde, à condition cependant que les militaires respecteront à Tavenir les marchands et n'apporteront aucune entrave à leur commerce. Les choses traînent; on tergiverse. Au milieu de décembre, « il y a plus de quarante bonniers de la Hayde par terre », et les soldats « se sont avancez jusques à la Diesdellinge pour y abattre une allée de six rangs de chesnes et les cabinetz de leurs Al*®^ Ser"*®« qui devroient méritoirement servir à leur Illustre mémoire ».
Il faudra vendre à vîl prix la coupe ordinaire; le receveur général sera dans l'impossibilité de payer les gages du Conseil de Brabant, de la Chambre des Comptes, des officiers, et d'acquitter plusieurs rentes à percevoir sur la recette, le tout formant un total de 200,000 florins. L'anarchie devient absolue dans le domaine. Le Woutmeester prévient la Chambre des Comptes que, « soubs la prétexte de la milice plusieurs vagabons sortent avec l'espée et autres armes parmy les gens du prevost de gardes, augmentans le désordre... »
Le 2 janvier 1668 le Conseil des Finances prend une mesure énergique. Il charge le Grand Drossart du Brabant, les gouver neurs et commandants de Louvain, Bruxelles, Malines, Vilvorde et Nivelles d'interdire formellement aux soldats de se rendre dans la forêt Tous ceux qu'on y surprendra seront arrêtés et conduits en prison. Les personnes passant les barrières avec du bois, seront obligées d'en indiquer la provenance. Pourtant cette mesure est inefficace. Les abus perdurent : « Le mal vat cy avant et s'augmente en sorte, que ladite forest est entièrement abandonnée à l'insolence des militaires, vagabonds et à la lye du peuple, qui là vont abattre journellement en nombre de six, sept, voire huict cents personnes». Déjà ils ont abattu plus de soixante-dix bonniers dans la Heghde, sans y comprendre les bois des autres endroits; ils amènent le produit de leurs rapines à Bruxelles, où les délinquants le vendent à bon marché. Car le woutmeester, Ph. de Malinez, ayant saisi quelques uns des chariots entrant en ville, a reçu des ordres de <c Son Ex*^® de les promptement relâcher ; au moyen de quoy le mal est devenu quasi incurable ». Et les soldats « menacent de couper nez et oreilles aux forestiers », à tous ceux qui veulent s'opposer à leur travail et à leur passage aux barrières.
Fait plus incroyable, « les soldats même de la garde font conduire chez eux les charrettes et chariots des marchands entrans en ceste ville, après avoir payé le tribut». Jamais <c les guerres passez ne nous ont représenté l'ombre de ce désordre».
La Chambre des Comptes, de plus en plus alarmée, mais non désespérée, supplie le Conseil des Finances d'obtenir du gouverneur général qu'il évite la ruine complète de « la plus originale et la plus proufitable des domaines de Sa M^ de pardeça, et intitulée en ses placcarts la Perle de ses domaines, qui a esté conservée avecq tant de soin par les princes et gouverneurs de ces pays comme la prunelle de leurs leuz ».
Les soldats de Bruxelles, rentrant en ville, molestent les forestiers placés aux portes pour les calenger, les menacent de leurs armes et les blessent grièvement. Ceux de service dans les corps de garde obligent les marchands à leur céder une partie du bois, qu'ils introduisent en ville et à leur servir un pourboire ou drinckgelt lorsqu'ils repassent avec leurs voitures à vide. Les hommes du baron d'Itter forcent les pa^'sans de Braine la Lieu et des villages voisius à leur donner chevaux et véhicules pour transporter les arbres coupés par eux. Pour comble de malheur, Montai, gouverneur de Charle Roy, annonce qu'il ne laissera « pas ameublir aucun bois en ladite forest si ce n'est qu'on lui paye un tiers de l'import total ».
Le Conseil des Finances est résolu à en finir; il décide, le i8 janvier, la x^ublication d'un placard édictant des peines corporelles contre ceux qui commettront dorénavant des délits. Le Superintendant de la Justice militaire procède à cette publication. Les peines sont sévères : les soldats pris en faute seront « chastiez par trois traicts de corde » pour la première fois, et pour la deuxième fois « seront bannis hors du pays à paine de la vie ». Les officiers qui les auront instigués seront dégradés (c sans aucun espoir de grâce ». Mais les forestiers, dans un dénûment complet, n'ayant plus touché leur solde depuis longtemps, ont la plupart quitté leur poste, pour aller gagner quelque argent à la construction des fortifications. Le WouU meester, pour les faire revenir et assurer ainsi l'application des articles du Ceurboeck, demande au Conseil des Finances un crédit de 4o4 florins à leur distribuer en secours.
La situation s'améliore. Les fonds toutefois n'affluent pas de façon bien considérable. Pour en trouver, on veut introduire des économies dans les finances ducales; ainsi, don Franscisco des Moura et Cor ter val, marquis de Castelrodrigo, capitaine général et lieutenant-gouverneur des Pays-Bas, révoque et met à néant, le 17 février* tous les actes d'exemption des droits de barrières de la chaussée de Waterloo, c'est-à-dire le Chemin Wallon, traversant Soigne. Si la forêt a été notablement réduite par la soldatesque, le Conseil des Finances ne songe pas cependant à la respecter lui-même. Le 6 juin, il ordonne la coupe de deux mille chênes vers Waterloo, sur les côtés du chemin des Wallons
< La perle des domaines >.
Forestiers blessés par les soldats.
Décision du Conseil des Finances 18 janvier 1668.
Soldes des gardes non payées.
Coupe de 2,000 ehénes 6 juin 1668.
pour les lOnLâcalLoni.
ot de la route d'Isqne, chêoes destinés aux palissades des fortications de Bruxelles.
Les travaux de défense de la capitale exigent d'antres coupes encore. Le 21 juin, on fait marquer des arbree pour la confection de 13,000 palissades de 14 pieds de longueur, destinées à garnir et à armer les nouveaux bastions, ravelins et courtines.
Le 18 septembre, on réclame 3,000 palissades supplémentaires. En janvier 1673, ceux des Finances font marquer la partie de la Heegbde située « à l'autre costé du grand chemin du bois allant vers Groenendael ».
Jusqu'en 1693, l'exploitation de la forêt est menée de fai^on normale. Le 33 novembre de cette année, le Conseil des Finances Coup« axtraordiMire décrète une coupe extraordinaire de quinze bonuiers, que facilitera le concours du capitaine Fastiirc, dout la compagnie vient d'être augmentée de 200 bommes. La Chambre des Comptes regrette de devoir se soumettre à cet ordre; elle remarque que le bois de 80 ans est devenu introuvable, que le plus âgé n'a que 60 ans, que pour régulariser les coupes comme dans les temps anciens, il faudrait rester seize ans sans toucher au domaine.
que deux bonniers ne produisent pas ce qu'un seul procurait autrefois aux finances du roi. D'un autre côlé, pour des raisons purement stratégiques, on interdit formellement d'abattre le moindre arbre au sud-ouest de la capitale. En effet, une ordonnance de Maximilien -Emmanuel, datée du 3o décembre 1698, dit expressément : « Comme II convient au service du Roy que le Bois de Kaspe et les arbres dans le voisinage de cette ville de Bruxelles demeurent dans l'Estat auquel Ils sont aprésent sans que l'on en puisse faire aucune Couppe, Nous interdisons pour, et au Nom de Sa Ma** à tous propriétaires, fermiers, et antres de pouvoir abattre ou couper aucuns arbres, ny Bois de Baspe, depuis l'Abbaye deForest iusques à celle delaCambre..., sans la participation du général de Bataille le S'' du Fay (i) »
A l'automne de 1695, alors que Bruxelles vient de subir le désastreux bombardement du maréchal de Villeroy, la pénurie de combustible est grande; la population, rendue inquiète par la veûue de l'hiver, adresse au gouverneur des Pays-Bas des requêtes pour lui demander de réduire le prix du bois à un patagon la mesure. Seule une coupe extraordinaire permettra aux bourgeois de la ville de se procurer le chauffage : la coupe ordinaire est presque épuisée. Par conséquent, le Conseil des Finances fait marquer dix bonniers de bois de haute futaie et trente bonniers de bois de raspe ou taillis.
Le bombardement a causé des ravages énormes; pour reconstruire les maisons renversées et brûlées, on abat une quantité importante de chênes. La Chambre des Comptes à néanmoins protesté, les arbres soumis au marquage dépassant de beaucoup la quantité dont on avait besoin. C'est un coup presque irrémédiable porté à la forêt, dépeuplée en 1671 et 1672 pour les nécessités des travaux de fortifications. Selon les magistrats, il eût été plus économe, si pas plus pratique, de commander du bois en Westfalie, à Munster, au pays de Namur, à Dave et à Yillers. Dans sa réponse, la Chambre s'excuse de discuter l'ordre du Conseil des Finances, « en acquict de notre serment et les obligations qu'avons pour la conservation du Domaine Royal ». Les commissaires, députés pour procéder au marquage, seront couverts contre les ennemis par le major Pasture. Quelques jours après, le 17 octobre, le Conseil des Finantes décide d'anticiper sur la coupe de l'année prochaine et fait abattre cent et dix bonniers de bois à brûler.
Mesure stratégique.
Pénurie de bols : 1695.
Coupe superflue*
(i) Bibliothèque royale. Section des Manuscrits : Recueil d'ordonnances, n® i5Si8.
Chênes pour le théâtre
de l'opéra :
18 mars 1697.
Bols pour le chftteau-fort d'Anvers.
La Heeghden défrichée :
Lieutenant forestier rappelé à l'ordre : 1705.
Paul Bombarda, trésorier de S. A. E. se voit accorder, le i8 mars 1697, dix chênes pour « la construction du bastiment a représenter l'opéra », car dans la quantité mise antérieurement à sa disposition, on ne trouverait pas de quoi « faire des grands poutres pour l'achever ». Le 26 avril. Bombarda obtient encore 42 arbres boles. En décembre de la même année, la Chambre des Comptes, émue des fraudes commises par les charbonniers, rédige une ordonnance pour y obvier.
La Chambre des Comptes demande, en 1702, au Conseil des Finances, de ne faire marquer et vendre que 65 bonniers, mais non 75, comme on le faisait depuis de nombreuses années. On ne l'écoute pas ; ceux des Finances exigent les 75 bonniers, bien que cela ne soit pas indispensable, et stipulent que les a forestiers et manouvriers qui y assisteront, auront vingt sols par jour, au lieu de quinze, sans défrayement ». Le 22 novembre on décide de tirer de la forêt, pour les esplanades du château-fort d'Anvers, a noeuf mille et deux cents pieds de planches de trois pouces d'épaisseur et trois mille six cents septante-cinq pieds de gintes de six pouces carrez ». En janvier 1708, un différend surgit entre le woudmeester et le receveur général dés domaines de Brabant, au sujet des arbres abattus par les malfaiteurs. Le Roi, le 16 janvier, déclare que le produit de la vente de ces matériaux revient au dernier, bien que d'ordinaire le grand forestier s'en soit toujours adjugé le bénéfice, et cela en dépit des deux ordonnances de 1697 et 1698.
Le 28 juin 1708, le Conseil des Finances vote de déroder et de transformer en terres labourables le bois « dit Heeghden joignant à la forest de Soigne », et charge l'arpenteur Joseph Laboureur de dresser une carte du massif condamné. Quelques jours après, à la requête du capitaine-marquis de Bedmar et du comte de Bergeyck, Conseillers des Finances, la Chambre des Comptes est tenue d'abattre « huictante beaux arbres chesnes », destinés à la confection d'affûts de canon. Le 27 mars 1704» les PP. Minimes de Bruxelles obtiennent l'autorisation de désigner pour i,5oo florins de chênes nécessaires à la construction de leur église. Le même jour, les magistrats de la ville se voient accorder le bois devant « couvrir la tour de Saint-Nicolas ». Le 2 juin, la Chambre des Comptes confirme au prieur de Bouge- Cloître, la jouissance des digues « ou terrain à l'entour des Viviers nommez Flossez, de la grandeur de deux bonniers, trois journaux ». A la fin de l'année, on abat pour 40,000 florins de chênes destinés à la citadelle d'Anvers.
Le Conseil des Finances est obligé, le i5 octobre i7o5, de rappeler à l'ordre le lieutenant forestier de Brabant, Emile- François de Lindick, qui néglige complètement les devoirs de
Bon office; il le somme d'accomplir chaque semaine sa tournée dans la forêt et d*être régulièrement à son poste le vendredi au Tribunal de la Foresterie. On interrompt même le payement des gages de cet officier.
Le 25 février 1706, le receveur général Jean -Nicolas Rubens, au nom du Conseil, accorde au Magistrat de Bruxelles « 100,000 pieds de gîte » de différentes essences, pour rebâtir le <c quartier du derrière de la Maison de Ville ». Après la Toussaint, on procède à des plantations dans les places vagues du domaine, à la suite d'une visite minutieuse entreprise ea forêt par l'auditeur Schockaert. En mars 1708, on songe à abattre des chênes jusqu'à la concurrence de 25,ooo florins, somme devant être employée au payement des entrepreneurs et des ouvriers occupés aux fortifications de Bruxelles. La Chambre des Comptes proteste : Depuis quelques années, les coupes ont été excessives et les dons aux particuliers et aux religieux trop fréquents. Pour produire 26,000 florins, il faut scier huit cents chênes. La forêt n'en compte pas beaucoup plus ayant la croissance normale : « Oultre que le chesue est réputé pour une partie du fond, et que pour cela il at tellement esté considéré des princes propriétaires de ces pays, que pour abattre un ohesne extraordinaire il falloit une patente soubs le grand scel. »
Seule la laye Sainte- Anne est encore peuplée de chênes ; presque partout ailleurs on les a renversés et vendus. En terminant sa lettre au Conseil des Finances, la Chambre des Comptes le prie de consulter le Conseil d'Etat. Celui-ci donne son avis : Il sied de couper le plus de chênes là où l'on causerait le moins de dommages ; pour compléter la somme exigée, il propose une coupe extraordinaire d'autres essences. Un an après, en mai, nouvelle coupe extraordinaire de chênes, à laquelle la Chambre des Comptes ne procède qu'absolument contrainte, ayant vainement essayé d'établir aux yeux des Conseillers des Finances qu'ils allaient ainsi au désastre. Ces derniers, pour procéder au marquage, exigent la nomination d'un délégué choisi parmi eux. De là, plainte de la Chambre des Comptes au Roi; elle rappelle que, depuis 1406, c'est un de leurs commissaires qui procède à cette formalité avec le haekmeester. Ce serait méconnaître leurs droits que de vouloir modifier l'ancien état de choses. La Chambre des Comptes obtient finalement gain de cause.
En mars 1714» autre coupe extraordinaire de chênes pour une valeur de 20,000 florins, dans les parages de la drève d'Isabelle, après inutile représentation de la Chambre des Comptes. C'est à Bruxelles que se faisait la vente des arbres. Voici, à ce propos, ce que nous lisons dans le Théâtre Prof ane de Leroy :
Repeuplement des places vagues : 1706
Rareté des chônes.
Protestations de la Chambre des Comptes.
Vente des arbres.
Le marquis de Prie
Son Ind ulgence pour des forestiers meurtriers.
Foresllers-cabaretiers.
Ouragan désastreux :
26 mars 1752.
c( A Topposite de l'hôtel de Ville, on voit la Maison du Roi, qu'on nomme Broot-huys^ c'est à dire, maison au pain, qui fut bâtie de pierres bleues en i6i8, par ordre des archiducs Albert et Isabelle ; mais ses plus riches ornements ont été gâtez au bombardement. On y fait ordinairement la vente des bois de la forêt de Soigne, à laquelle président le grand forestier, deux commissaires de la Chambre des Comptes et le receveur du Roi en Brabant au quartier de Brusselle. On y exerce la justice des eaux et forêts, des pêches et descellasses (i). »
Le fameux et cruel marquis de Prié rédige, en 1717, un placard pour la conservation de la forêt, où sont rappelés les règlements anciens, tombés en désuétude. Il est fait défense formelle aux soldats de se rendre, sous n'importe quel prétexte, dans le domaine; ceux qu'on y surprendra seront arrêtés et conduits en prison. Les pauvres pourront, comme par le passé, aller couper du bois, mais sans employer la hache. Le ministre plénipotentiaire de l'Empereur d'Autriche pour le gouvernement des Pays-Bas, si inflexible lorsqu'il s'agissait des délits commis par des particuliers et par des soldats, était d'une indulgence extrême a l'égard des fonctionnaires et employés outrepassant leurs droits. Ainsi, chose inconcevable, il ne poursuit pas, et les confirme même dans leurs fonctions, les gardes forestiers Clément Rouys, Jan de Ridder, Jean Egrix et Jean de Venster qui, le 5 février 1728, à minuit, avaient commis un double homicide sur les frères Guillaume et Eloy Semai, « à l'occasion de la visite faite de leur maison », dit enigmatiquement l'ordonnance du Conseiller d'Etat, datée du i*' octobre 17241 jour anniversaire de la naissance de Sa Majesté. Le marquis de Prié appelle cela « imposer silence perpétuel » à tous ceux qui essayeraient de nuire aux quatre forestiers coupables.
L'origine de? bagarres éclatant parfois entre gardes et paysans était due à ce fait que les femmes des premiers exploitaient des cabarets « vendans vins et bierre », cabarets qui étaient le théâtre ordinaire de querelles. En 1782, certains de ces forestiers sont condamnés à des amendes de 25 florins, pour avoir contrevenu a un placard du 10 juillet 1628 défendant à « tous baillis, écoutettes, mayeurs, sergeans » de servir à boire. Les condamnés adressent une requête à Marie-Elisabeth, gouvernante générale, qui les gracie et accorde à leurs épouses le droit de tenir le débit en leur nom.
La forêt de Soigne fut ravagée en 1752 par un ouragan formidable, qui sévit durant toute la journée du 26 mars. Le nombre
(i) L. II., p. 24-
des arbres arrachés et renversés était considérable. On procéda le 19 avril Buivant au marquage de soixante chênes qui avaient été brisés dans différents cantons. Contrairement à ce que stipulait le Kearboeck, et par mesure spéciale, dérogeant à la coutume antique, c'est le woufmaître Van Beughem de Cappella qui présida à cette formalité et à qui fut remis pendant un jour le marteau conservé à la Maison du Roi.
Une <( régulative » du 21 juillet I753, signée du marquis Botta Adorno, dit que les deux commissaires assistant de façon régulière, le vendredi, aux séances du Tribunal de la Foresterie, an
Brooihuys, loucheront dorénavant six florins par réunion. Désormais, il n'y aura plus qu'un seul commissaire chargé des informations dans les causes criminelles et civiles. Lea7 octobre Venu du bota
de la même année, on vend un tiers du bois des Capucins, eom- *" *^i""="" ■ ""• prenant en majeure partie des chênes, « et les deux tiers restans successivement d'année en aunée ». Le i3 septembre 1763, on donne au haeckmeester ou Porte-Crocq do la forêt de Soigne des instructions qui confirment les fonctions de ses prédécesseurs ; ou fixe derechef ses gages et ses émoluments. Le 3 juillet 1770, le lieutenant-woiif maître de Brabaut, J. de Fiennes, obtient, précédeut unique, l'éméritat : On continuera ForesLier «miriu & lui servir, sa vie durant, un « gage fixe de 558. 10 fl-, y attaché de cent journées de vacations à raison de 10 florins chaque ». C'est Charles-Théodore de l'Escaille qui lui succède, le 7 juillet 1770. A cette occasion, le Couseil des Finances rédige un règle-
I ment nouveau précisantleB devoirs du lieutenant deslorêts (i). H
sera tenu de visiter le domaine pendant cent jours de l'année ; d'intervenir aux mesurages et la^^ages des coupes ; il aura la haute direction des gardes et ouvriers jurés; il visitera au moins une fois par an les bornes de Soigne, consacrant à cette formalité vingt jours, car « il est important que les bornes autour de la forêt, pour autant qu'elles existent encore, ne soient ni déplacées, ni altérées, et que celles qui sont arrachées ou enterrées soient rétablies,pour empêcher les empiétements» ; il vérifiera si les ouvriers, occupés dans différents cantons, « arrachent les planchons, font des fossets et plantent les arbres avec la connoissance, l'attention et les précautions requises »
Le registre énorme où nous avons puisé les renseignements essentiels qui précèdent, va jusqu'au a6 février 1772 Pendant quatorze années, la Chambre des Comptes néglige de transcrire les actes concernant la forêt. Elle en reprend l'habitude le iS février 1786; mais ce n'est que pour un au. Le deuxième registre s'arrête, en effet, au 10 février 1787 (2). Pendant cette période, la forêt de Soigne avait failli être cédée à des particuliers, qui auraient loti les bois pour les défricher et pour les vendre. C'est le successeur de Marie-Thérèse qui, dès sa venue à Bruxelles, en 1781, avait eu le désir, heureusemeut irréalisable, de faire cette opération.
Projet de vendre « Joseph II aurait voulu veudre les domaines, sous prétexte
e. oigne. ^^^ l'exploitation en régie des propriétés nationales lui sem-
blait très onéreuse. Mais le Conseil privé fit remarquer que l'intérêt public exige que l'Etat conserve certaines propriétés, des forêts par exemple. D'ailleurs, on lui fit remarquer que le duc ne pouvait vendre ni hypothéquer une fraction quelconque des biens domaniaux en Brabant, sans l'autorisation préalable des Etats delà province (3). » La catastrophe évitée, la Chambre des Comptes s'occupe activement de gérer la forêt, avec un dévouement et un désintéressement sans pareils. Le i5 février 1787, elle charge le lieutenant de l'Escaille de supprimer « les palissades qui forment l'enclos d'un quarré dans le canton de la Heegde, qui étoient ci devant destiné pour les plaisirs de feu S. A. B'® ». Ces palissades seront employées à
(i) Remarquons que, au xvup sièclei la place de lieutenant-ioon^maitre fut pendant longtemps un tour de rôle appartenant aux aFohers de la noble garde du Palais ducal de Bruxelles.
(2) Registre n* 5ii. N» 1749 de l'InTentaire des Archives restituées par la Cour de Vienne.
(3) Eugène Hubert : Le Voyage de Joseph II dans les Payê^Bas, p. 189.
former un a noavel enclos aussi étendu que possible aux lisières », de manière à rendre difficile aux malfaiteurs l'accès du domaine.
C'est aussi de ce jour que date ]a création de la pépinière de Fleurgat. Jamais les magistrats n'ont eu si grand soin de la forêt que pendant les dernières années de la domination autrichienne. Ils prient, par exemple, le wautmaître « d'observer que l'on n'élague pas trop, mais autant que la belle croissance l'exige, à l'effet de donner à l'administration supérieure tel appaisement que le cas exigera... » Nous sommes loin des coupes extraordinaires effectuées durant plus de deux siècles. A présent, la Chambre des Comptes, n'étant plus harcelée par les pressantes demandes d'argent du Conseil des Finances, s'occupe de repeupler la forêt, de lui restituer son lustre primitif, de la rendre plus belle même qu'autrefois. Elle donne aux gardes des ordres spéciaux, elle établit le principe des élagages dans chaque canton par les officiers respectifs de ces cantons.
En 1780 déjà on avait adopté un plan général qui consistait à €( placer alternativement un orme, un bois blanc, un hêtre, dans les lignes des marchés; un orme, un bois blanc et un frêne dans les longues laies ». Mais six ans après, l'expérience ayant démontré, sans doute, l'inefficacité d'un système absolu, on laisse aux forestiers le loisir « de consulter les différentes nuances de terrains pour y planter les arbres qui y conviennent le mieux, observant néanmoins de garder pour principe de planter des ormes pour pied borniers, c'est-à-dire aux angles, et de placer ceux-ci de préférence sur les routes, plutôt que dans les lignes de séparation des Marchés ». Mais les temps sont troublés. Les coquins endommngent sans cesse les « cingles ». Le i3 avril 1786 des criminels mettent le feu à la forêt; les flammes dévorent plusieurs bonniers et ne sont éteintes qu'après deux jours d'efforts courageux. Le Conseil des Finances offre une récompense de deux cents pistoles à celui qui aidera à découvrir les coupables.
C'est à la fin de ce mois d'avril que les six forestiers à cheval encore en service sont remplacés par quatre inspecteurs; les gardes à pied sont cependant maintenus. En même temps est édicté un « Arrangement général pour la Foret de Soigne ». Elle est partagée en trois cantons, pour les plantis, et en dixneuf cantons de garde; le woutmtatre et son lieutenant se concerteront au sujet de la désignation des tailles. Les quatre inspecteurs à cheval prélèveront sur leurs gages de 5oo florins de quoi acheter et entretenir leur cheval. Parmi les six gardes à cheval, cinq étaient devenus très vieux; on les « jubilarisa »,
Pépinière de Fleargit
Nouveau système de repeuplement: 1780.
Incendie de la forêt :
13 avril 1786.
Nomination d'Inspecteurs : 1786.
Division en cantons.
Gardes <jubllarisés>.
comme dit le document officiel, c'est-à-dire qu*on les mit à la retraite. L'aîné, Charles-Eugène Van Haelen, avait plus de 80 ans; entré en fonctions en 1781, il comptait cinquante-cinq années de service. Ce Nestor des forestiers reçut une pension de 167 florins. La compagnie du u;oufmaître, ou Compagnie du Convoi, comprenant un brigadier, un caporal et treize hommes, fut réduite à un brigadier à cheval : Pierre de Villers (i), et trois soldats à pied. Tous les gardes et les soldats de cette « brigade interne » devaient savoir lire et écrire. Le règlement du 29 avril fixe à dix-neuf le nombre des Médaille des foreitiera. gardes, un par canton. Chacun portait une médaille en
argent (2). Voici quelques renseignements sur l'uniforme des quatre inspecteurs et du chef de la Compagnie interne : ce ... sçavoir, le manteau, la houze et les cappes des pistolets; vous ferez ajouter un double galon sur le collet et les parmens de rhabit, en verd (3) » Les trois soldats auront « une uniforme de cette couleur, avec un étroit galon sur le collet, le parement, à l'angloise, et deux boutons pour la fermer ».
Le Conseil des Domaines décrète le 21 juin la <c formation d'un étang dans la Heegde, dont la dépense est évaluée à quarante deux florins ». Le 28 octobre, il décide de ce régler autant
Leur uniforme.
Création d'un étang :
(i) Promu inspecteur des forêts le 28 octobre 1786.
(2') Voici la lettre, adressée le 5 juillet, par le Conseil des Finances, au lieutenant TFou^maître de TEscaille, et qui nous révèle l'existence de cette médaille : « Très Cher S' et Spôal ami, en réponse À votre lettre du 3 du courant, concernant les médailles d'argent aux armes de 8. M., dont les forestiers de la forêt de Soigne sont revêtus, nous vous faisons les présentes pour vous autoriser à faire faire aux frais de 8. M. : douze de ces médailles, savoir onze pour les nouveaux forestiers, et une pour le brigadier, lesquelles vous évalués à quatorze florins par pièce ; et nous vous autorisons également à faire faire trois médailles plus petites, aussi aux armes de S. M. : pour les trois soldats de la brigade interne, à condition qu'elles soient reproduites à leur mort, comme il est d'usage pour celles des forestiers. Au surplus, comme à la mort des huit forestiers jubilarisés, il y aura huit médailles de trop, vous pourrez à cet époque en disposer en faveur des Caporaux de brigade à nommer parmi les gardes de la Gruerie Royale qui auront mérité ces places. »
Que sont devenues ces médailles? Frappées à vingt-trois exemplaires, elles constitueraient aujourd'hui des documents numismatiques d'un prix inestimable en raison de leur rareté, indépendamment de leur valeur artistique.
(3) Le vêtement des inspecteurs devait avoir un aspect plutôt ridicule, car on fut contraint de le modifier à la fin de juillet 1786 : « Comme les galons qui se trouvent sur les manteaux des inspecteurs de la forêt de Soigne forment une bigarnre qui leur attire des insultes du public, nous avons donné les ordres pour que ces manteaux soient dégalonnés..., de faire substituer à ces galons, un galon d'or sur le Collet. »
qae possible les conppes extrnordinaires des chênes surannés et dépérissans, de manière à ce que Tune année parmi l'autre cette couppe rende pendant les six premières exploitations, environ 24,000 florins ». Mais cette résolution est judicieusement mûrie. Le Conseil ne veut point abattre des arbres pour se procurer de Targent, puisqu'il prend aussi toute une série de mesures dispendieuses pour le repeuplement. Il estime tout d'abord que « pour tirer parti de la quantité d'au delà 600,000 plantes de jeunes charmes qui sont actuellement dans la forêt, on devra les planter dans des endroits à part, avec des chênes, et éviter de les mêler avec des hêtres, parce que la croissance de ceux-ci est plus hâtive que celle des charmes, qui vont mieux d'un pas égal avec les chênes ».
Le document ajoute que le repeuplement des endroits dénudés devra se faire « en y plantant les arbres à demeure à environ 6 pieds de distance, autant que x^ossible en quinconce, ce qui portera une quantité probable de six millions d'arbres; et le repeuplement total étant de la quantité d'environ i5oo bonniers de vagues ou clairières, qui se trouvent dans la forêt, dont l'opération se fera en 6 portions à peu près égales, qui se suivront aussi rapidement que la croissance et le produit des nouvelles pépinières le permettront ». A ce travail sera consacrée une somme annuelle de 36, 000 florins, dans laquelle sont compris les 12,000 florins du budget ordinaire. Quant aux jeunes tailles, le devoir essentiel des officiers était de les repeupler succesivement, <c en aidant la recroissance naturelle ».
Le gouverneur général adopte, le 2 janvier 1787, un règlement nouveau sur l'exploitation des arbres abattus, renversés et cassés par le vent, appelés autrefois Wintvellingen. A l'avenir, ils devront être vendus en différents marchés, sans qu'il fût question, comme jadis, de les faire façonner pour les réduire en bois de mesure. Dans le courant du même mois, les membres delà a Jointe établie pour les affaires de la Forêt de Soigne », explorent le domaine en tous sens ; ils prennent des dispositions supplémentaires pour l'amélioration de la culture, pour l'augmentation et le développement des pépinières; ils ordonnent le rétrécissement de chemins de vidange trop larges, situation dommageable aux finances ducales. La Jointe suspend, au cours de ses visites, des gardes qui par leur relâchement étaient cause de sérieux dégâts commis dans les futaies et dans les bois de raspe, c'est-à-dire dans les taillis. Il sied de remarquer que ce^i agents se trouvaient en présence de difficultés grandissantes. Pour s'éviter trop d'ennui, ils fermaient l'œil sur des larcins, de façon à ne pas attirer sur eux et leur famille le ressentiment de ceux qu'ils surprenaient en flagrant délit.
Chênes surannés.
Repeuplement des endroits donudé».
Six mtlUuns d'arbres.
Arbres abattus; règlement de 1787.
Améliorations.
Les fonctions des forestiers n'étaient pas, en effet, toujours exemptes de dangers. Ils étaient exposés à la vengeance sournoise et méditée de malfaiteurs souvent cruels. C'est surtout dans tes derniers temps du In domination autricliienne que les forfaits commis par les trausgresseurs de lois se multiplient. Il est vrai qu'une véritable anarchie règue parmi ceux-là mêmes qui sont obligés de faire observer les ordonnances. Nous trouvons à ce sujet des détails édifiants dans un volume des Archives générales du Royaume. C'est te protocole conteuout
vueren en tTtS.
les matières relatives à la police de Soigne, dont avait eu à connaître le Comité établi pour l'administration des Forêts ôt Bois domaniaux (i). Nous y lisons, à la date du a novembre 1788 : « Le woutmaitre a informé le comité que Gilles Swalus, garde sermenté pour la forêt, lui a fait rapport en forme de plainte Incendie crtmiMi. que le 3i octobre dernier, à 11 heures et demie du soir, le feu a été mis à sa maison, au village de Rboo, et qu'il soupçimne de ce crime la femme du nommé Jean Swalus, dit Swader, qui aïant été calengée par lui, quelques jours auparavant, l'avoit menacé en présence de ti ois témoins de brûler sa maison ».
(i) Cfiambrt dtt Complet, registre n* 6i4-
— an —
Au cours de la séance où il fat parlé de ce crime, il avait été question d'une rixe avec effusion de sang dont l'auberge de Jean de NivelleSy à Waterloo, avait été le théâtre. Les gardes de ce canton y étaient pour quelque chose, sans doute, car Ransonet, alors Conseiller du gouvernement, chargea le grand maître des forêts, De Beughem de Cappelle de Heembeeck, de faire un rapport sur cette affaire, « suffisamment circonstancié pour que Ton puisse juger de la peine qu'il s'agira de décerner contre les gardes ». Ces derniers ne jouissent d'ailleurs plus que d'une confiance fort relative auprès des autorités. Le 14 novembre, le Comité charge le lieutenant waiifmaître du Brabant, de r£scaille,de dresser une liste des employés nommés gruyers, admis à prêter serment pour la garde de la forêt, et alors encore en service. Cette liste devait contenir des renseignements sur la conduite et les mœurs des agents visés, n car les plaintes qui reviennent de toute part au Commissaire sur le compte de ces gens là, exigent qu'il soit informé de tout ce qui peut les faire connaître, soit en bien soit en mal ».
En même temps, les magistrats s'occupaient d'améliorer la police sons les frondaisons. Ceux des forestiers responsables des coupes et qui conduisaient les ouvriers, expliquaient le défaut de surveillance en déclarant qu'ils ne pouvaient pas et constater les délits et diriger le travail. On avait examiné une proposition selon laquelle certains des ouvriers seraient appelés à remplir le rôle de piqueur et partageraient les fonctions des forestiers ordinaires. Il était assez naturel qu'on se souciât des mesures à prendre pour enrayer l'anarchie qui gagnait toute l'administration. Les grands et les petits s'accordaient dans l'inconduite. Savourez ce détail tout à fait joli : ce II est revenu au Conseiller commissaire de la forêt, que jeudi dernier 23 de ce mois, l'inspecteur de Villers a été rencontré ivre, à Groenendael et à Boitsfort, et aïant la raison et les sens tellement aliénés, qu'il auroit perdu son chapeau. » L'enqnêle établit la véracité des faits. Cependant, ce haut fonctionnaire aux allures de soudard d'opéra-comique n'avait pas perdu son chapeau au cours de sa promenade titubante : on le lai avait tout simplement volé dans un cabaret de Boitsfort, où il se commettait avec des pochards de basse condition. L'inspecteur de Villers fut réprimfindé publiquement à la séance du Tribunal forestier par le a7aufmaatre.
Le désaccord régnait aussi au sein du Comité des forêts. Le lieutenant u;aufmaître de l'Escaille allait plus loin que les autres. 11 s'insurgeait ouvertement contre ses chefs. Il prenait la défense des « gardes de la gruerie sermentés », dont il avait été chargé d'établir la moralité, de façon à pouvoir prévenir
RUe entre gardei.
Inspecteur tvrogne.
Désunion du Comité des forêts.
Zinner.
Attitude du lieutenant de l'BscaiUe.
Instruction i sa charge.
désormais leur incondiiite et les délits qu'ils occasionnaient en dépit de leur situation officielle. Mais en communiquant la liste des vingt-rhuit hommes encore utilisés pour les besoins de la vénerie, il néglige d'y joindre les renseignements demandés par le grand forestier « afin de savoir à quoi s'en tenir sur le degré de confiance que peuvent mériter les employés dont il s'agit ». De TEscaille assure dans un rapport que « ces braves gardes ont beaucoup d'ennemis parce qu'ils ont toujours bien fait leur devoir ». Le lieutenant ne s'arrête pas là. Il ne craint pas d'introduire un tiers dans le débat, avec la maligne intention de le desservir. Ce tiers n'est autre que Zinner, l'architecte du parc de Bruxelles, et qui venait d'être nommé directeur de la forêt de Soigne.
Voici comment s'exprime de l'Escaille : « Les gruyers ou Gardes de bois sermentés sont au contraire non seulement de très bons et fidèles piqueurs, mais ils sont aussi des très bons contrôleurs qui connoissent toute la forêt, qui sont aussi à même, par leur indépendance, de contrôler les forestiers, les inspecteurs et même le Directeur Zinner lui-même, qui ne s'écarte que trop souvent de ses instructions, comme il est arrivé quantité de fois l'année passée pendant les plantations et les élaguages, et qu'il est prouvé par mes rapports, sur lesquels il conviendroit que le Gouvernement disposât et donnât des exemples avant le commencement des plantations. »
Le lieutenant conclut en estimant qu'il y a lieu de conserver l'ancien état de choses, la ci-devant Jointe des Bois ayant agi sagement en nommant les gardes assermentés surveillants ou piqueurs des ouvriers en l'absence des forestiers. Bientôt de l'Escaille instigue les forestiers, se fait l'instrument de leur animosité ouverte envers le u;aufmaître. Il détermine ceux qui, pour des écarts, ont été suspendus ou frappés d'amendes, à se plaindre au Conseil du Gouvernement. De l'Escaille va jusqu'à rédiger les requêtes protestataires de ses subordonnés. Le fait s'étant reproduit, la conduite du lieutenant fait l'objet d'une instruction. Le u;aufmaître déclara que ce n'était pas la première fois qu'il avait eu des plaintes à formuler contre son adjoint « pour s'être fait l'agent des forestiers; procédés qui ne peuvent tendre qu'à les entretenir dans leur insubordination ».
Le lieutenant se voit infliger une réprimande. Mais, invité à assister aux séances du Comité dont il fait partie, il ne donne pas signe de vie. Pendant près d'une année, du 28 novembre 1788 jusqu'au 9 octobre 1789, les procès-verbaux des assemblées, enregistrent l'absence de ce fantasque officier. Il semble que sur ces entrefaites de l'Escaille ait gagné à sa cause le grand forestier de Brabant lui-même, de Beughem de
Cappelle. En effet, le compte rendu de la trente- quatrième et suprême séance du Comité dit laconiquement : « Le commissaire y a communiqué son huitième rapport concernant nombre de procédures contre des emploïés de la forêt de Soigne, que le Wautmaître et le Lieutenant Wautmaître soutiennent ». Ces lignes terminent le volume. Aucune signature ne les suit. Les pages suivantes sont en blanc. La domination française a instauré un régime nouveau. Des événements plus graves vont noyer ces incidents et résoudre du coup tous les problèmes...
Dans les derniers temps la mésintelligence la plus vive régnait entre de TEscaille et Zinner. Celui-ci avait contredit le lieutenant, son chef hiérarchique, au sujet des ouvrages relatifs aux rigoles qui se faisaient dans les cantons confiés aux soins du directeur des plantations. Une plainte ayant été introduite à sa charge, Zinner avait écrit, au commissaire du Gouvernement Ransonet, une lettre pour se justifier. Le Comité, mis au courant, avait regretté la plainte tardive du lieutenant, « la prétendue insubordination » de Zinner n'ayant pu être réprimée à temps. Cela ne trancha pas la question. Zinner adressa à de l'Escaille une missive que celui-ci considéra comme injurieuse. Le Comité, de nouveau saisi de Taffaire, après avoir examiné toutes les pièces, « a jugé que la dite lettre de Zinner ne contient rien qui blesse l'honneur et la considération du Lieutenant Wautmaître; mais il n'a pas trouvé cet employé moius repréhensible d'avoir écrit au lieutenant Wautmaître dans des termes qui n'expriment poiut assez le respect qu'il doit avoir pour tous ses supérieurs; en observant néanmoins que si quelque chose pou voit excuser la faute de Zinner, ce seroit le mépris avec lequel le Lieutenant Wautmaître affecte de le traiter en toute occasion et les mauvais propos qu'il essuie, habituellement de la part des employés subalternes spécialement attachés au Canton de cet officier ; mais comme toutes ces considérations peuvent ne point paroitre suffisantes au Lieutenant Wautmaître, pour se désister de la satisfaction qu'il croit avoir lieu d'exiger, le Comité estime qu'on ne peut pas lui interdire la voie ordinaire de la justice, pour obtenir à la charge de Zinner telles réparations qu'il auroit à prétendre, tant pour lui, que pour ceux de ses subalternes, qui peuvent se croire compromis dans la dite lettre de Zinner... »
Une enquête fut ouverte cependant. Elle établit que personne avant cela, si ce n'est de l'Escaille, n'avait porté plainte contre Zinner, ni élevé le moindre doute sur sa capacité et sur ses connaissances en fait de plantations et d'autres ouvrages confiés à ses soins. Le rapport du commissaire du Gouvernement traite
Mésintelligence entre de l'Escaille et Zinner.
Zinner blâmé.
de l'Escaille désavoué.
— ai4 —
Inspecteur condamné.
Vols de bols.
Sous la première République.
de ce déplacée » l'indisposition du lieutenant envers le fonctionnaire. L'incident s'arrête ici. Nous en igpiorons l'épilogue. Ce que nous savons, c'est que le lieutenant de l'Escaille aura fait école. Son insubordination sert d'exemple à ses inférieurs : Nous voyons, en décembre 1788, l'inspecteur de la forêt de Soigne Montoisy présenter au Conseil du Gouvernement une requête demandant la remise d'une amende à laquelle l'a condamné le tribunal forestier pour désobéissance au Tf^au/maître.
Ce mois de décembre amena dans le domaine des ravages énormes. L'hiver fut extrêmement rigoureux. A cause du grand froid les vols de bois étaient fréquents dans divers cantons. Pour arrêter la propagation de ces dégâts, il fallut organiser des patrouilles. Les habitants ne se gênaient pas pour s'assurer le chauffage sans bourse délier. Ils abattaient délibérément des arbres. Le 24 décembre, à 6 heures du matin, une des patrouilles surprit à l'endroit dit Koninckx Bercken (montagne du Roi), dans Reygerenboschy ou bois des Hérons, deux individus de Boitsfort, Pierre et Gilles de Vroegh, occupés à scier un hêtre. La même brigade trouva, dans un lieu voisin, seize autres hêtres nouvellement coupés.
Les ravages, durant la guerre qui va suivre, prendront des proportions excessives. Cependant, ce merveilleux domaine, que les coups les plus terribles ne parviennent pas à détruire, ne disparaîtra point. Sa beauté séduira les envahisseurs, qui, instinctivement, l'entoureront d'une sollicitude intéressée. « Les arbres des forêts, ceux qui bordent les routes (c'està dire ceux qui ont échappé aux dévastations révolutionnaires), sont bien formés, de la plus forte et de la plus belle venue. Parmi les arbres forestiers de ce département, les espèces les^ plus communes sont : le frêne, l'orme, le hêtre, le chêne, le tilleul et le peuplier. Le chêne : quercus robur, tient ipi le premier rang... Il s'en trouve de très beaux dans la forêt de Soigne (i). »
C'est ce qui frajjpe tout de suite le gouvernement de la première République. Sans délai il se hâte d'utiliser ces matériaux auxquels les événements donnent une valeur particulière. Voici ce que ditleprote P.-J. Brunelle, dans son intéressant petit livre sur Bruxelles, en parlant de la forêt de Soigne : « Son administration, sous le gouvernement autrichien, était parfaitement soignée; ses allées et ses dégagements étaient magnifiques, les coupes réglées de manière à ne préjudicier en rien à la végétation. Sous le gouvernement français la dévastation fut complète : d'abord la fabrication des rames pour les bateaux plats, destinés à la descente en Angleterre, en a été le premier prétexte;
(i) statistique du département de la Dyle, 1800, p. 87.
— ai5
Opinion de
et, en dernier lieu, la coupe de vingt-deux mille chênes propres roup«d«M.sotch(tM*. à former des palissades pour les villes qu'on voulait défendre contre les Alliés, a achevé la ruine de cette belle forêt, qui offrait partout les plus magnifiques promenades (i). »
Ce n'est pas le seul écrivain qui ait rendu hommage aux efforts et aux sacrifices faits par la Maison d'Autriche pour embellir le domaine et pimr en augmenter les revenus. Un fonctionnaire français, à la veille de l'Empire, en parlait de la manière sui* vante : « Le département de la Dyle est couvert de plusieurs bois, parmi lesquels on distingue quatre forêts. La forêt nationale de Soignes, et les bois de Heverlé, Merdael et Molendael. appartenant à la maison d'Aremberg. J'ai fait connaître ailleurs toute l'importance de la belle forêt de Soignes; non seulement elle fournit le chauffage et le bois de construction de Bruxelles, dont la consommation est couf^idérable, mais elle pourvoit anssi aux besoins de la Hollande. Il avait été fait dos coupes extraordinaires dans la forêt de Soignes, pendant les quatre premières anuées de la domination française ; mais on a diminué celles des années suivautes, et maintenant elles sont rétablies dans l'ordre ordinaire. Les forêts nationales sont aussi bien conservées qu'il
est possible, avec le trop petit nombre de préposés établis à leur garde (le nombre de ces préposés a été augmenté). Les délits forestiers sont maintenant poursuivis par les tribunaux avec tout le zèle qu'on peut en attendre; mais l'inutilité de leurs efforts atteste l'insuffisance de nos lois pénales sur cet objet.
(i) Ouvrage oité, p. 046.
Les ouvriers des bois.
Rei)euplement.
Soigne la plus belle foret de l'Europe.
Elagages suspendus.
Les dévastations qui se sont commises l'année dernière dans la forêt de Soignes ont une cause particulière, qui tient à la nature des choses et aux localités. Il est nécessaire d'entrer à cet égard dans quelques détails. Cette forêt renferme dans son intérieur plusieurs communes et hameaux, qui ont peu ou point de territoire. Elle est entourée aussi d'autres petites communes, dont les habitants peu aisés, à défaut d'autre travail, sont accoutumés à vivre d'un salaire journalier qu'ils se procurent dans la forêt même. L'ancien gouvernement y occupait chaque année, pendant cinq mois de l'hiver, huit cents à mille ouvriers à élaguer et repeupler la forêt aux endroits désignés. L'élagage se faisait à trois époques différentes de la révolution des coupes de cent ans. A l'âge de i5 à 20 ans, on émondait les jeunes arbres de leurs branches inutiles ou qui prenaient une fausse direction. On repeuplait les espaces vides avec de jeunes plants trop serrés ailleurs. On doit remarquer que la nature du sol de la forêt de Soignes, qui se couvre de broussailles dans les premières années et qui empêche les semis et recrus de profiter, nécessite l'opération du repeuplement.
» Le deuxième élagage se faisait environ vingt ans après le premier. On ébranchait de même les arbres, on rajeunissait leur cime, on éclaircissait les parties trop épaisses, on abattait les arbres mal-venans, ceux que le vent avait brisés, etc. La troisième opération, qui avait lieu vingt-cinq ans après la deuxième, consistait à couper les fourches, les branches cassantes, courbées, défectueuses, surabondantes. C'est par de semblables procédés que l'ancienne administration forestière de oe pays était parvenue à élever la plus belle forêt qu'il y eut en Europe, sous le rapport du produit et de la beauté des arbres. Les bois provenant des elagages rapportaient annuellement 60,000 francs, et comme les frais ne montaient qu'à la moitié du produit, il eu résultait chaque année, pour le trésor public, un bénéfice de 3o,ooo francs. Ce bénéfice était tel, que, répété trois fois dans le même canton, dans une révolution ordinaire de cent ans, il rapportait Autant que la coupe même. L'usage établi avait des résultats plus avantageux encore; les ouvriers, qu'on employait aux elagages, n'avaient ni le désir, ni le besoin de commettre des délits forestiers. Si l'on n'était pas assez convaincu de cette vérité par le raisonnement, on en trouverait la preuve établie sur des faits.
» Dans les premières années de la domination française, les elagages ont été suspendus, dès lors la forêt éprouva toutes sortes de dévastations. Elles cessèrent, du moins en partie, lorsqu'on reprit ces travaux. On concevra difficilement que l'administration actuelle des forêts n'ait cru devoir tenir aucun
de Soigne.
compte des leçons de Texpérience, et qu'elle ait exposé ce beau domaine à de nouvelles dévastations pendant l'an X, en supprimant les.élagages, malgré les représentations qui lui ont été adressées. J'ai vivement réclamé auprès du Gouvernement contre cette innovation funeste, et je me suis plu à répéter que tout espèce de changement est à éviter là où l'ancienne méthode est consacrée par le succès. Aucun peuple au monde n'entend mieux que les Belges la culture des bois ; il faut donc emprunter d'eux une pratique qui leur a si bien servi, au lieu de naturaliser ici une routine qu'aucun succès ne recommande (i). »
Bonaparte fut ému par la lecture de ce rapport, si remarqua- Bonapane et^ia forêt blement impartial. Dès ce jour il s'intéressa au domaine boisé brabançon. Il n'oublie pas les plaintes du préfet de la Dyle; et quand il arrive à Bruxelles, l'année suivante, il se renseigne tout de suite sur l'état de la forêt de Soigne. Lorsque, le 5 thermidor, le premier Consul reçoit, au palais de Bruxelles, les différents pouvoirs constitués, les hauts fonctionnaires et le clergé du département, les critiques de Doulcet-Pontécoulant lui reviennent à l'esprit : « Il fit part au Conservateur des forêts des nombreuses et vives réclamations qui s'élevaient contre le système qu'il avait adopté; écoutant avec affabilité les raisons alléguées par ce fonctionnaire public, il parut cependant lui faire entendre par l'air de sa physionomie, dont tous les traits ont leur expression caractéristique, que dans l'importante partie qu'il administrait, l'intérêt local avait de bi intimes rapports avec l'intérêt public, que les vœux unanimes de toute une contrée devaient avoir une influence positive sur la conduite administrative d'un conservateur forestier (2). »
Les reproches de Napoléon restent cependant sans effet. Il est vrai que le Conservateur des forêts n'était pas seul respon-
(i) Extrait du mémoire statistique du département de la Dyle, adressé par le préfet, M. Doulcbt-Pontégoulai^t, au ministre de Tlntérieur, en Tan X; pp. 180 et suivantes.
(2) Babtet : Voyage du Premier Consul à Bruxelles, an XI, p. 116.
Il faut croire que Bonaparte, devenu empereur, estima ne plus avoir les mêmes raisons de recommander le domaine à la sollicitude des conservateurs forestiers, car sou» son gouvernement on tira de Soigne des quantités considérables de matériaux. Ainsi en témoigne un entrefilet paru huit mois après le sacre de Napoléon I^'*, dans le Journal de VEmpire, de Paris. Le (3 avril i8o5 cette feuille imprimait la correspondance suivante, datée d'Anvers : « Il continue de nous arriver une énorme quantité de bois de construction pour le service de la marine militaire : Tesplanade en est couverte. Ces bois viennent en grande partie des départements de la Meurthe, de la Moselle et des bords du Rhin; on les transporte par ce fleuve en Hollande, d*où ils descendent ensuite par les canaux intérieurs; ils nous en arrive beaucoup aussi de la forôt de Soigne. »
Eloge du régime autrichien.
Sous le premier Empire.
Superficie en 1815 12.S85 hectares.
sable de la situation à laquelle le futur empereur voulait porter remède. La direction supérieure restait inactive. Aussi les doléances du préfet se reproduisent-elles souvent : « I^a surveillance et la conservation des forêts nationales étaient placées dans les attributions des préfets, dans les deux premières années de mon administration. Celles du département de la Dyle étaient encore régies d'après les usages établis par le gouvernement autrichien; et j'avais cru sage de ne rien cbauger à un régime dont l'expérience et le succès garantissaient les avantages. Les forêts ont été depuis placées dans les attributions d'une administration particulière, avec laquelle j'ai souvent différé d'avis sur les innovations qu'elle a introduites, et surtout sur l'abandon de quelques anciens usages d'une utilité reconnue, sans pourtant cesser de rendre justice au zèle et aux lumières du conservateur qui les a dirigées. Je ne répéterai pas ici les observations consignées dans ma correspondance, sur une branche d'administration que l'on parait avoir voulu placer hors des attributions directes des préfets (i). »
Sous l'empire français, le département de la Dyle formait, avec les départements de l'Escaut, de Jemappe, de la Lys et des Deux-Nèthes, la vingt-quatrième conservation des eaux et forêts. Elle avait à sa tête le baron Ferdinand Del Marmol. Le nouveau régime n'avait pas modifié les attributions des gardes : (€ Les agens forestiers sont chargés de la surveillance et conservation des forêts domaniales, communales et des établissements publics; de toutes les opérations qui précèdent et suivent les ventes, telles que ballivages, martelages, recollements, etc. Ils constatent, par des procès-verbaux, les contraventions commises contre les lois et ordonnances du régime forestier, et les poursuivent devant les tribunaux. Ils dirigent et surveillent les plantations (2). » A la veille de Waterloo, c'est le baron Vander Linden d'Hooghvorst qui est à la tête de l'administration des forêts. Il reste en fonctions sous le gouvernement hollandais. La statistique officielle donnait à cette époque à la forêt de Soigne une superficie de 9,849 bonniers ou 12, 385 hectares, chiffre exagéré, car il comprenait les bois périphériques. On sait le coup fatal que lui porta la Société Générale pour le développement de l'Industrie. Aujourd'hui l'antique et toujours admirable Sonien bosch forme un cantonnement ressortissant à
(i) Exposition de la situation administrative du département de la Dyle. Au !«* germinal an VIII, et au i*' germinal an XIII. Mémoire remis par M. Doulcet-Pontécoulant, préfet du département de la Dyle, à son successeur M. de Chaban, et au Conseil général du département. An XIII, p. 721.
(a) Almanachde la Belgique, i8i5, p. 43.
l'inspection de la capitale; on l'a divisé en cinq brigades et en dix-huit triages.
Soigne possédait autrefois de nombreux arbres rappelant des légendes ou des faits historiques. Le plus célèbre fut le Jesukens Eyck ou Chêne du Petit Jésus. Il croissait à l'endroit où se dresse aujourd'hui Téglise de Notre-Dame-au-Bois. Cette partie du domaine était jadis plantée de nombreuses essences; le sol était couvert de buissons d'où émergeaient des chênes puissants. C'est un de ceux-ci qui reçut le nom de Jésus Eyck. On le distinguait ainsi d'un autre chêne fameux, situé non loin de là, et qui, frappé par la foudre, montrait une longue crevasse perpendiculaire. C'était le Duyvels Eyck, ou Chêne Diabolique. Le peuple le craignait, s'éloignait de ses ombrages fatidiques ; les paysans et les gardes, en passant sous ses frondaisons, se signaient pour écarter le danger. Selon un vieil auteur, absolument digne de foi, on voyait deux chênes célèbres à proximité du Chêne de Jésus. Le premier, le Duyvels Eycke, dont nous venons de parler, s'appelait aussi La Main de Fer, c^est-à-dire die Ysere Handt. Le peuple et les forestiers attribuaient à ses feuillages un pouvoir maléfique. Le second portait le nom de S. Peeters stoel, ou Chaise de Saint-Pierre. Sous cet arbre venaient s'agenouiller les fidèles, qui demandaient à l'apôtre sous l'égide duquel il était placé, la rémission de leurs péchés. Et nul ne quittait le lieu, écrit notre auteur,'sans avoir retrouvé le repos et la quiétude. Le nom de ce chêne lui venait de la disposition de ses branches maîtresses qui, surgissant du tronc, formaient une sorte de dossier ; et l'arbre entier contractait la silhouette d'un vaste trône majestueux. En 1752, ces deux ecken existaient encore et étaient même en pleine croissance (ij. Le Chêne de Jésus, lui, faisait l'objet de la vénération des cultivateurs. Bien avant même qu'il portât ce nom, les voyageurs l'admiraient et l'adoraient.
C'est un habitant de Bruxelles, Pierre Vanden Kerckhove, qui développa par un acte de piété cette adoration universelle. Nous possédons plusieurs versions sur cette histoire charmante. Voici tout d'abord celle d'Antoine Sanderus. Le brave citadin avait acheté dans une vente publique une statuette de la Vierge, qu'il conserva dans sa demeure. Peu de temps après il tomba malade; espérant obtenir du ciel la guérison, il ordonna à son épouse d'aller suspendre la sainte image à l'arbre de Jésus, devant lequel souvent tous deux s'étaient arrêtés, car le patient, en sa qualité de marchand de bois, fréquentait la forêt à l'époque
Le Gbdne de Jésus ou Jetus Eyck.
Duyveh Eyck.
Sint Peeten stoel.
Légende du Ghône de Jésus.
(i) Babtholomkus Segers : Den Ptlgrim van Sonien-Bosch naer de H. Maghtt Maria oan Jeêu» Eyck. BruBsel, 175a, pp. sio et 37.
des coupes. La femme ne put réaliser lé désir de son mari. Elle dut s'aliter, atteinte, elle aussi, de la peste; alors elle appela à son chevet son fils Philippe et lai fit promettre d'accomplir le souhait de sou père affaibli. Le jeune garçon partit le jour même ; il fixa au tronc de Jeaukena Eyck la statuette enfermée dans une niche minuscnle.
C'étail en i636. L'image était à moitié cacliée par les feuilles et les branches. On oe l'apercevait presque pas et elle attirait
peu l'attention des promeneurs et des forestiers. Durant six années, blottie dans sa chasse de bois, la petite Vierge négligée n'entendit monter vers elle que de rares prières. Mais une pauvre femme, Anne Erigiers, touchée par son abandon, l'avait prise en affection. La sainte la récompensa de sa sollicitude. Elle la guérit d'une fièvre maligne qu'elle avait contractée dans l'humidité des bois. L'attention de Aune Erigiers ne connut dès cet instant plus de bornes. Elle entoura la Vierge des soins les plus dévots. D'autres guéri&ons merveilleuses furent opérées au pied du vieux Chêne de Jésus. La nouvelle s'en répandit dans la contrée. Et en 164», le jour même de la Visitation, Régnier Assels, curé de Tervucien et chanoine de Porcq, se rendit pro-
cessionnellement dans la forêt, suivi de plusieurs prêtres et d'un grand nombre de fidèles. En marchant sous la voûte épaisse des verdures, ils chantaient des hymnes sacrés et des chants composés en l'honneur de la Mère du Christ (i). Le curé trouva prosternée au pied du chêne Anne Erigiers. Il la releva et l'exhorta à continuer avec zèle son ministère. Il lui confia ensuite la garde du lieu.
Depuis cette époque, la dévotion des hommes ne fit qu'accroître. Chaque jour des pèlerins venaient en cortège, ou isolés, prier la Vierge Marie. Les miracles opérés en cet endroit sylvestre se multiplièrent. Les chroniqueurs nous en ont relaté quelques-uns. Une jeune fille de 4 ^^^> Dympna Gielis, d'Ophem, avait été frappée de cécité en ramassant avec sa mère du bois dans la forêt. Une épine s'était enfoncée dans son œil. Elle vécut ainsi neuf années. Un jour, animée d'un soudain espoir, elle alla s'agenouiller devant le chêne de Jésus et recouvra la vue. Le fait fut constaté, raconte un historien, par quatre médecins de Bruxelles, convoqués spécialement par le très illustre archevêque de Malines, Jacques Boonen. C'est grâce à la générosité de ce prélat que la Vierge miraculeuse obtint un cadre monumental. Du consentement de Tévêque on construisit tout d'abord, contre le chêne, un autel d'un joli aspect décoratif; au centre, on plaça la statuette. Au-dessus fut construit un toit en pente vive que surmonta un pignon terminé par une croix en fer forgé. Une muraille entoura le lieu, le transformant en une chapelle à ciel ouvert et où les hauts arbres maintenaient, en plein été, une ombre fraîche et délicieuse. Des deux côtés s'ouvraient des portes dans le cintre desquelles on apercevait l'infinie et féerique perspective des taillis ensoleillés ou couverts de givre, selon la saison. L'énorme tronc de Jésus Eyck dominait la nef en plein vent, et le manteau émeraude et brun de ses branches puissantes drapait de façon tutélaire le temple recueilli.
Les guérisons surprenantes et les faits extraordinaires opérés à cette place se voyaient en assez grand nombre peints et relatés sur des tableaux ornant la chapelle. Une de ces œuvres rappelait l'histoire que voici : Un jour sept soldats suivaient à travers la forêt un marchand chargé d'or qui se rendait à Namur. Il s'était arrêté pour offrir un présent à la Vierge. Un des guerriers enleva le cadeau précieux. Maïs soudain, au moment où ils allaient fuir tous les sept, ils demeurent immobiles, cloués au sol, avec leurs chevaux. Ils ne parvenaient plus à se mouvoir. Ils restèrent ainsi, assure la légende, jusqu'à
Les pèlerins.
Miracles.
Construction d'un autel.
Soldat puni.
(i) A^NTOINR SanD£KU8 : Régine homus Belgicuc.
La chapelle : 1650.
Erigée en paroisse
Autre version de la logende.
rinstant où celui qui avait commis le vol sacrilège restitua le don enlevé; le coupable offrit en outre, pour témoigner sa satisfaction, le fer d'un des sabots de son cheval, fer qui se voyait encore en cet endroit à la fin du xvii® siècle. L'image reçut, dans la suite, la visite de nombreux soldats des garnisons de Bruxelles, de Vilvorde et de HaJ.
Pendant longtemps le chanoine de Parcq administra à ses frais la chapelle, appelée communément Onse Lieve Vrou in Jésus Eyck (Notre-Dame dans le Chêne de Jésus). L'arbre vénérable mourut on ne sait exactement en quelle année. Mais la chapelle grandit. Le 20 avril i65o, comme le rappelle une inscription qui subsiste, l'archiduc Léopold posa la première pierre de l'oratoire. La petite église fut dédiée à Notre-Dame. Le temple ne cessa de s'enrichir. Trente-huit ans après, quatre de ses fenêtres furent ornées de vitraux, montrant les armoiries d'abbés de Parcq. En 1751, la chaire de vérité vint encore enjoliver l'aspect du sanctuaire sylvestre; les fonts baptismaux datent de cinq ans après. En 1700. la chapelle du Chêne de Jésus fut érigée en paroisse. A partir de 1764 elle est desservie définitivement par un curé.
Des maisons s'étaient élevées les unes après les autres autour du temple. Elles formèrent bientôt une agglomération qui, au commencement du xix® siècle, sous la domination française, après avoir été longtemps un simple hameau, fut érigée en commune, sous le nom charmant de Notre-Dame-au-Bois. Devenue aujourd'hui dépendance d'Overrysche, la localité est restée un des plus ravissants sites de la forêt de Soigne.
L'histoire détaillée de la chapelle du Chêne de Jésus est racontée de façon assez différente dans une brochure rarissime dont nous avons trouvé un exemplaire aux Archives de la ville de Bruxelles (i). L'auteur, Bartholomeus Segers, chanoine de l'abbaye de Parck et curé de Notre-Dame-au-Bois, relate avec une érudition remarquable les origines du temple qu'il desser^ vait. Le chêne avait reçu autrefois le nom de Jésus à cause d'une statuette du Seigneur fixée dans un creux de son tronc. Mais l'arbre se développant, croissant sans cesse, la sainte icône avait été cachée et bientôt complètement engloutie dans l'aubier : ... dat dit Jesuken met lanckheyt van tijde, nu in de eyck gewassen ende gestopt was» Le Chêne de Jésus était un lieu de ralliement pour les veneurs et les forestiers. C'est à son pied que les membres de la Chambre des Comptes se donnaient rendez-vous lorsqu'ils devaient préparer des coupes dans le
(i) Den Pelgrim oan Sonien-Bosche naer de H. Maghet Maria van Jésus Eyck, 1752.
massif oriental da domaine. Ils conservèrent cette coutume jusqu'à la fin du xviii^ siècle, époque à laquelle existait encore non loin de là le Chêne du Diable, parfois appelé aussi La main de Fer : Die ijserehandt, La futaie enveloppant le Chêne de Jésus avait été de tout temps célèbre non seulement par ses beaux arbres et par ses animaux sauvages : seer plaisantig is^ soo van schoone boomen, als wel van wilde dieren, mais surtout par les bandits et les voleurs de grands chemins : Bosch roovers^ qui choisissaient les impénétrables fourrés voisins pour leur quartier général. A Tabri des branches serrées et des feuillages, ils guettaient leurs victimes passant sur la route de Namur.
Cela dura jusqu'au milieu du xvii^ siècle. £n i632, un marchand de graisses de Bruxelles, Peeter Vanden Kerdkhoven, acheta, sur la Qrand'place de cette ville, une statuette de la Vierge qu'il s'était promis d'accrocher à un arbre de la chaussée d'Overeyssche; il. parcourait souvent cette chaussée, en se rendant au hameau de Malaise où il possédait un bien laissé par son père. Il espérait que l'image de Marie éloignerait de cet endroit les malfaiteurs dont à chaque voyage il appréhendait l'attaque. Mais il garda la statuette pendant deux ou trois années dans sa demeure; comme en témoigna daus la suite le cousin du mai'chand, Abraham Vanden Kerckhoven, organiste de l'archiduc Léopold, les enfants avaient pris l'habitude de jouer avec la petite sculpture de bois peint. Lorsqu'il se sentit mourir, l'oublieux chrétien se rappela sa promesse d'autrefois. Voulant l'accomplir avant de rendre l'âme, il chargea sa fille Elisabeth d'aller accrocher l'image à un des chênes de la route de Namur.
Après la mort de Peeter, survenue le lo novembre i635, sa fille, ne sachant comment il fallait agir pour pouvoir exécuter la suprême volonté de son père, conserva encore pendant six mois la statuette. Finalement, son frère Philips ayant fait les démarches nécessaires, le seigneur van Ophem, receveur général de Brabant, et Mertens de Neck, stadt-knaep, ou écuyer de la ville de' Bruxelles dans la forêt de Soigne, lui accordèrent l'autorisation de fixer la figurine sur la fourche des deux branches maîtresses du Jesus-Eyck, Cette cérémonie eut lieu en 1637. Le moine N. Pickaert, au soin duquel fut confié l'entretien de la statuette par Tabbé de Parck Joannes Masius, fit préserver l'image par une niche de bois. Mais bientôt, les fidèles venant nombreux implorer la Vierge, il construisit autour du chêne un enclos en planches et en argile, et couvert d'ardoises. La première messe y fut célébrée le dimanche 12 octobre 1642, par permission spéciale de Mgr Jacques Boonen, archevêque de Maliues. L'abbé de Parck officiait en
Endroit mal famé.
Statuette de la Vierge.
Première me^e : 1642.
Construction de la chapelle : 1650.
Le Tilleul de Jan Ruysbroeck.
personne. Peu de temps après, Son Excellence don Francisco de Melo, gouverneur général des Pays-Bas, se rendit dans la forêt avec sa femme et sa famille. Ils prièrent devant la Vierge, l'implorèrent, et une des filles du personnage fut soudain guérie d'une fièvre intense dont depuis des mois elle souffrait indiciblement.
La célébrité de la modeste chapelle était parvenue jusqu'aux oreilles de l'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche. En 1648, gagnant Bruxelles par la forêt de Soigne, pour prendre possession du gouvernement général des Pays-Bas, il s'arrêta dans le petit temple et y resta agenouillé pendant une demi-heure. Le prince revint souvent dans la forêt de Soigne. Il prit l'arbre sous sa protection et décida de construire on ces lieux une chapelle plus digne. Le 20 avril i65o, il plaça la première pierre du monument. Cela donna lieu à une cérémonie admirable. L'abbé do Parck, Libertns de Pape, vicaire général des Prémontrés eu Brabaut, arriva en cortège, à travers bois, avec toute sa communauté. Sous la voûte bougeante des hauts arbres, accompagnés par les musiciens de la Cour, les religieux chantèrent le Te Deum laudamiis, taudis que la foule autour d'eux se prosternait sur les feuilles mortes, tout humides encore du dernier hiver...
Un autre arbre fameux fut le tilleul de Jan Ruysbroeck, Tillta Rusbrochij, comme dit la légende d'une planche gravée par Lucas Vorstermans junior, et représentant le monastère de Groenendael. C'est sous cet arbre que le philosophe se retirait pour méditer; il était situé dans un massif à quelque distance du cloître. « Quelques personnes encore en vie, dit Pomerius, rapportent qu'un jour le prieur, étant éclairé par Dieu, s'était retiré dans la forêt, ainsi qu'il avait coutume de faire fréquemment. Là, ayant pris place sous un arbre, en un lieu écarté et secret, il éprouvait et il goûtait les célestes suavités. Or, il s'oublia complètement et demeura plus longtemps que d'habitude. Les frères que la longue attente et l'absence du prieur inquiétaient fort, le cherchèrent en vain par tout le cloître, puis s'en furent vers la forêt. Or, un frère qui lui était très attaché et qui l'avait cherché partout avec le plus grand soin, aperçut de loin un arbre revêtu de hautes flammes ardentes, qui paraissait allumé et brûlant entièrement. Le frère s'approcha doucement de cet arbre et aperçut le saint homme de Dieu assis et goûtant les suprêmes ravissements de la suavité divine (i). »
(i) R. P. Gabriel : La vie de Maître Jean Ruysbroeck. Traduit du flamand par Lucien De Busscher. Revue Blanche, février 1896.
— aa5 —
L'arbre devint parmi les moines l'objet d'une grande vénération. Lorsque le monastère s'agrandit et annexa à son territoire des fragments de bois assez considérables, ils isolèrent le tilleul. Au xvi® siècle il se trouvait dans l'enceinte de l'abbaye, précédant le parvis de la chapelle de Notre-Dame de Lorette, à l'extrémité des jardins, sur la hauteur d'une colline. Il était vieux déjà quand la communauté, durant les guerres de Religion, fut contrainte de quitter le couvent. Lorsque les Augustins revinrent, sous le règne d'Albert et Isabelle, ils furent infiniment heureux en retrouvant le vénérable tilleul plein d'une vie nouvelle. On eût dit qu'il était rendu à une seconde jeunesse; une sève abondante coulait sous son écorce antique; ses rameaux étaient plus beaux que jamais et plus épais ses feuillages II s'était encore élevé : sa cime était plus haute, plus près du ciel.
Dans un poème enflammé, Sanderus a chanté la gloire de cet arbre (i). Il produisait des miracles. Au temps de l'historien, une habitante de Bruxelles, M"* Anna Smits, souffrait de douleurs au pied; elle était condamnée à ne plus jamais sortir. Elle se fit transporter auprès du tilleul, toucha du membre malade le tronc et guérit promptement. Le jour même elle marchait comme par le passé. Quant au tilleul, de plus en plus vieux, chargé d'ans, aride, plein de crevasses et tout usé, il ne tenait pour ainsi dire plus au sol que par sa seule écorce. Pourtant une deuxième fois il commença, au printemps, à reverdir en rameaux et en branches. Mais il dépérit insensiblement, tel un vieillard dont la vie s'éteint et que. rien ne peut sauver. Un incendie qui rendommngea hâta sa fin. Au xviii^ siècle le tilleul a disparu. Aucun ouvrage n'en parle désormais.
Vieillesse du tilleul.
Ses vertus.
Votam ad Tiliam Raysbroehii :
Fabnla faiidicaa dixisse oracula quercas
Nempe fldem certam quam JovU arbor habet.
Non ego Phebœo deducam haec Bomnia monte.
Crédite, mentiri nostra Thalia timet,
Posteritaê audi : Tilia est, qnae neseia falli,
Ex fama, Judieia relligionis erit.
/lia etenim si fors oicinos gliêcit in agros
E Bataoûm in faustis hœresis orta plagié^
Illa inquam veluti oenturœ praeseia peêtiSy
Sueeidaâf mareet langaida fada coma.
Si tamen aima fldes, nioeiê inoecta qaadrigis,
RuTSum io, lesta voce, triomphe eanat ;
Protinas in flexos convertit ad aethera ramos,
Inclamans eelsum Belgia toile capat.
— aa6 —
C'est près de l'entrée du monastère, k l'intérieur des murs, que se dressait le chêne dit des Sept TStes Couronnées [Qaerctts aub qua fuerint pariter y Coronata Capito). On sait qae, au retour d'une chasse merreilleuse donnée dans la forêt, Charles-Quint se reposa au monastère avec
PaïlUon de Tervuan
sa soite. Il s'assit sons le chêne au milieu de ses invitée : Philippe II, son fils; Maximilien, roi de Bohême, avec son épouse Marie, fille de r£mperéur; Marie de Hongrie, régente des Pays-Bas; Ëléonore, reine de France, veuve de François I", et Muley-Hassen, roi de Tunis. Cet arhre historique vécut plus longtemps que le tilleul de Ruyshroeck. On l'admirait encore au xvm" siècle. G. Fricx, dans sa Detcription de la Ville de Bruxelles, signale le n chêne
U arbor! neque le Boreat ntqat Itastrit Eurua
Distillai si qam faix tibi btll» parât.
Si caper aat petnlans morsu le oellical hmdas,
Votioam faio tanguine spergat hamum.
Sed oooeo tibi perpelaas coeïo affluât humor,
Hutnor qaem sacri copia rori» alat.
Sarge coronata ludens pir nubila gyro,
Fadicts ramos nil nisiêrcla, gravtt.
Relligio jam non meiiiet stygis horrida monsira,
Umbratn etenim sese qaâ lueatur habet.
Chorographia Sacra Intigaia Canoiticat B. Mariae et S. Joannis Baplislae in Viridt Valle, 16&Q, p. t6.
prodigieox » de Groenendael (i). Il a dû disparaître pendant la tourmente révolutionnaire. J. Oautier ne cite plus que le lieu où il poussait jadis. Il parle, en effet, de l'emplacement du chêne sous lequel déjeunèrent Charles-Quint et ses hôtes (2). S'il faut en croire le premier de ces auteurs, on avait gravé, sur le chêne même, des vers commémorant l'événement fastueux dont il avait été témoin (3).
Boitsfort s'enorgueillissait jadis de posséder un arbre magnifique; au commencement du régime républicain, derrière la maison de campagne du duc d'Ursel, « se voyait le patriarche des hêtres de la forêt de Soigne : il était haut, droit et touffu, et d'une grosseur telle que trois grands hommes pouvaient à peine l'embrasser; sa belle tête chevelue étendait au loin son ombrage. Le gouvernement français le fit abattre et fit aussi dévaster la forêt. Boitsfort perdit beaucoup, par cette opération, de ses vues pittoresques et de la beauté de ses sites » (4).
C'est également sur le territoire de Boitsfort que se trouvaient les Trois Tilleuls, magistrale gerbe de troncs énormes, aux feuillages étendus, et dont l'ensemble prodigieux dominait tous les autres arbres de ce coin du domaine. Lé dessinateur Vitzthumb, dans un de ses deux remarquables albums conservés au Cabinet des Estampes, a reproduit, à la sépia, les trois arbres jumeaux, en pleine saison automnale et en hiver, les branches squeletteuses et épaissies par la neige immaculée. Les Trois Tilleuls fameux ont eux aussi disparu, dans les mêmes circonstances, probablement, que le hêtre majestueux. Ils ont partagé l'inévitable destinée de tous ces arbres vénérables, aux appellations suggestives, dont les cartes anciennes de l'archer Van Werden, de Lambert Laurin et de A.-D. Bruyn nous fournissent la liste abondante.
Le Patriarche des hêtres de Soigne.
Les Trois Tilleuls de Boitsfort.
(1) 1743, p. aia.
(a) Voyage danêleê Pmyê-Baêf i8a4, p. 3i ; le Conducteur dans Bruxelles et ses environ», i8a4, p. 396.
(3) Quod sim sacra Joui, dieor bene Regia quercus, Imperium in superos scilicet unus habet : Damque saam dixit, reliquis caputaltior una Arboribus tanto nomine digna tuli.
At septem patula reges complexa sab umbra
Imperio mtfjor Jam Jouis esse queo.
Gandebant illinostris se sabdere ramis
Saeeabttit foliis prona carona meïs
Nil mihijam teeam est, Rex Jupiter : ardua septem
Quœ Regum possum subdere colla mihi.
(4) P.-J. Bbunblle, proie d'imprimerie : Bruxelles ancien et moderne et ses environ», 1819, p. a4a.
Le Vieux Tilleul de Boendael.
LeChdnede lu Vuylbeei'k
Il existe cependant encore on de ces arbres fameux, et même un de ceux qui évoquent avec le plus de charme la brillante époque du xvi« siècle : à Ixelles pousse toujours le c< Vieux Tilleul de Boendael », à proximité de Téglise de ce hameau; bien qu'à présent il soit situé au centre d'une agglomération populeuse, à une assez grande distance de la forêt, son passé est lié à l'histoire de Soigne. En effet, il servait déjà de rendez-vous de chasse sous le règne de Charles-Quint, alors que Boendael et ses environs étaient englobés dans le Sonienboseh (i). Cet antique tilleul, à grandes feuilles, propriété de la commune d'Ixelles, a une dizaine de mètres de hauteur; à moitié de cette hauteur, il a près de l'^So de circonférence. Malheureusement, cet arbre solitaire et séculaire, en dépit des soins attentifs dont l'administration communale l'entoure, est condamné à disparaître dans un temps rapproché. Son feuillage devient pauvre. Le tilleul est entièrement creux et une grande ouverture a été masquée dans son tronc par une maçonnerie de briques, qu'il a fallu entourer de plusieurs cercles en fer.
Non moins vénérable que le tilleul de Boendael était un chêne formidable dont la ramure énorme dominait encore, au commencement du XIX® siècle, toute la végétation d'un massif proche de la Vuylbeeck, près de Boitsfort. Paul Vitzthumb nous en a laissé un dessin inédit, exécuté en 1802. Pour évoquer toute l'ampleur de ce chêne, l'artiste a rassemblé près de son tronc colossal un groupe de promeneurs, qui semblent minuscules sous sa merveilleuse frondaison. Il avait certainement une trentaine de mètres de hauteur et ses branches noueuses et pesantes, dont les pittoresques méandres se perdaient parmi le feuillage épais, s'étendaient au loin et ombraient toute la clairière voisine de ce Ruisseau Sale dont il ornait les bords. Ce chêne gigantesque, vieux de trois ou quatre cents ans, le dernier, sans doute, des colosses de la forêt antique, doit avoir été sacrifié sous la domination française. Il est permis de supposer qu'il fit partie de l'hécatombe de vingt mille chênes dont Bonaparte ordonna la coupe en Soigne à l'effet de construire les navires de la flotte appelée à tenter la fallacieuse descente eu Angleterre. •• Si le prodigieux chêne de la Vaylbeeck a partagé la destinée de tant d'arbres puissants, il n'aura survécu que peu de mois à l'époque où le dessinateur bruxellois copia, à l'encre de Chine, sa majestueuse silhouette ; car c'est en i8o3 que Napoléon commença l'équipement de son escadrille de Boulogne.
(i) Bulletin de la Société centrale forestière de Belgique, g* année, 8< 11 vr., août 1903, p. 523 : Relevé dea arbres remarquables.
Si la forêt de Soigne ne possède plas un seul de ses arbres Le Hôtre de u Source
historiques, elle en compte cependant beaucoup aujourd'hui qui sont dignes d'attirer l'attention pour des raisons diverses. Certains intéressent par leur grand âge, d'autres par leur croissance plus ou moins singulière. Et, parmi ces derniers, il en est un qui jouit d'une popularité considérable. C'est du Hêtre de la Source de l'Empereur que nous voulons parler, hêtre séculaire qui a fourni à Jean-Baptiste Degreef le sujet d'un de ses plus impressionnants tableaux. Feu M. Léo Errera s'en était occupé dans la toute dernière de ces claires et attachantes études qui ont fait de lui un des premiers botanistes des temps présents. Cette étude du regretté professeur, si prématurément enlevé à la science, a pour titre : Conflits de préséance et excitations inhibitoires chez les végétaux (i). Après avoir consigné une série d'observations faites sur de nombreux végétaux supérieurs, le savant auteur retient ce point : «... la possibilité même du relèvement de grosses branches d'arbre, dures, lignifiées, et qui se remettent, en ce cas, à manifester de l'accroissement en longueur dans des régions où, normalement, il ne s'en produirait plus. On sait qu'une chose analogue s'observe dans tout chaume de graminacée qui se redresse; les nœuds, arrivés au terme de leur croissance, recommencent à s'allonger par suite de l'excitation géotropique. Mais pour les troncs ligneux un tel relèvement représente une bien autre dépende de travail. Un hêtre de la forêt de Soignes, près Bruxelles, en offre un bel exemple ; son gros tronc a été graduellement déchaussé à la base par l'effet d'une source voisine et s'est courbé en conséquence pour conserver à peu près la direction verticale (2) ». Et l'auteur explique ainsi ce phénomène du hêtre géotropiquement relevé, qui aura frappé beaucoup de promeneurs mais qu'aucun cependant n'aura essayé de pénétrer : « C'est, sans doute, la couche de cambium qui joue dans ces courbures tardives le rôle principal... » Pourtant, cet arbre n'a pour lui que la singularité de sa croissance. Aucune légende n'est attachée à son imposante ramure, qui n'évoque nul événement mémorable d'autrefois.
de TEmpereur.
(i) Extrait des Bulletins de la Société royale de botaniqae de Belgique, t. XLU, 1905.
(a) Ibidem, pp. 33 et 34.