‹ Histoire de la forêt de SoigneChapitre 13 sur 27 · associes · texte numérisé non relu

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Relkiues

Religieux célèbres.

Bienfaiteurs.

Mausolées des selgneursdeCarloo.

Le monastère en 1741.

qualité de général des Récollets. Oérard Suchteleii, quiozième supérieur, s'est illustre par ses nombreuses conversions d'hérétiques. En 1666 fut nommé supérieur le père Mathias Ci'onenberg, lecteur de philosophie, qui passa ses dernières années à écrire en flamand des ouvrages de piété et d'ascétisme Il visait surtout à la perfection du sentiment chrétien.

La réputation des Récollets leur a valu la sympathie de beaucoup de gr au ds personnages. Parmi les principaux bienfaiteurs, Marguerite d'Orléans, sœur du duc Charles de Lorraine, se fit remarquer par une charité inlassable; elle offrit un jour une lampe d'argent massif, toute ciselée, d'un travail remarquable, et qui resta constamment allumée devant l'autel de la Vierge. La duchesse Dorothée de Croy, veuve du duc d'Aerscliot, laquelle, suivant l'exemple de l'infante Isabelle, sa maitresse, avait aussi adopté la robe de sainte Claire, orna le maître autel de l'église monacale d'ornements splendides; elle commanda des urnes luxueuses devant recevoir les reliques des martyrs de Gorcum. Celles-ci reposèrent désormais dans les deux chapelles latérales. Lorsque cette grande dame mourut à Heverlé, le i6 novembre 1661, elle légua une partie de sa fortune à ces fi ères, qu'elle aimait tant à aller voir et qui la vénéraient.

Les seigneurs de Carloo, dont le délicieux castel tout proche dominait de sa tour carrée les simples bâtiments de l'abbaye, se montrèrent toujours envers les Franciscains d'une large générosité. Plusieurs membres de cette illustre famille, dont il a été si souvent question dans ce livre, furent enterrés dans le temple de Botendael. Au milieu de la nef, on admirait, en effet, deux monuments funéraires en marbre. Le premier, érigé en 1705, renfermait les corps de D. Rogerus-Gualterus vander Noot, baron de Carloo, et de dame Anna-Ludovica Van der Graclit, sa femme; il a été détruit pendant la Révolution, et il n'en est resté aucune trace. Dans le second étaient inhumés : messire Philippe-François van der Noot, comte de Duras, baron de Carloo; dame Anne-Anthoinette-Thérèse-Emelinde-Josèphe d'Oyenbrugge, sa femme, décédée le 17 mars 1717; messire Maximilien van der Noot, gouverneur à Vilvorde, transféré à Botendael en 1711 ; et le fils de ce dernier, François-Gauthier, décédé le 22 juillet 1721. De ce deuxième mausolée on a conservé la pierre tumulaire, placée aujourd'hui dans l'église de Saint- Job.

Les installations du couvent des Récollets, sans avoir l'ampleur et la majesté véritable des autres monastères de la forêt de Soigne, et particulièrement des trois prieurés de chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin, présentaient néanmoins

an aspect fort pittoresque dans le cadre verdoyant des hauts arbres dosaoniaux : « On trouve à l'entrée de cette forêt, dit George Fricx. à une demi-lieue de la ville, un couvent de Religieux Kécolleis dans un des plus agréables valluus que la nature ait formés. Tout y est propre et magnifique, sans déroger à la pauvreté, dont ils font une profession particulière. Il consiste en pluFiieors fn^;ées de quatre corps de logis; une église très proprement ornée, des jardi)ir< embellis d'arbustes et de fontaines, de» terrasses ménagées sur une colline plantée de beaux arbres en qninconge; en quantité d'allées et d'avenues qui forment ane charmant© perspective, et en un parc très étendu enceint de bayes épaisses beaucoup plus sûres que des murs. La Ville de Hal, TJccle, plusieurs bourgs, bocages et prairies lui forment le plus beau coup d'œil du monde. De quelque côté qu'on y arrive, on trouve des chemins agréablement ombragés et ornés de fréquents oratoires, petites chapelles ou d'images pieuses qui excitent à la piété et à l'amour de la solitude ; conformément au nom qu'il porte de vallée de pénitence.

Plusieurs habitants de la ville s'y retirent souvent et sur tout avant les fêtes de Pâques pour y vaquer à la méditation, loin des soins du ménage et du commerce du monde. Plus de vingt religieux, sans compter les

Unn paptersupla woluwe, ontreBoilsfortel Audergïmm. 18«!, nOviceS qu'ou y

D«Hii>in>diij.-i>iiiivi(iiLiimb.<ciMnci<i»ii<u<np»). élève, y font le

service divin avec beaucoup de piété (i).-- »

Le couvent des Bécollets fut respecté par Joseph II ; mais ta République française le supprimn. Les envahisseurs l'endommagèrent beaucoup. Déjà, à cette époque, les réctnts défrichements de la Heeghde, i)arfoia apptlée bet Coninxlani ou Pays Royal parce que Charles-Quint s'était réservé ce massif de Soigne pour sa chasse personnelle, avait isolé le monastère,

(i) Deteription de la Ville de Braxtlleg, 17J1, pp. w(j ot 307.

\ju capucins de Tervueren.

Pose de la première

pierre du couvent :

25 juin 1626.

Le père Charles

d'Arenberg,

architecte du couvent.

autrefois enfoncé dans nne criqoe de la forêt, tout comme le château de Carloo, résidence des woudmeesters vander Noot. Une importante partie du cloître de Botendael subsiste de nos jours; elle a été transformée au commencenient du xix^ siècle en une ravissante maison de campagne, perdue actuellement dans Teubemble prétentieux et hétéroclite des villas criardes qu*ont vu surgir Uccle et ses hameaux depuis nne vingtaine d'années.

Le couvent des Capucins fut le dernier des établissements religieux fondés sur le territoire du domaine ducal; ce fut aussi celui qui eut Texistence la plus brève : il disparut au bout d'un siècle et demi, ce Dans le district de Tervueren, dit le baron Jacques Le Roy, il y a un couvent, ou plutôt un ermitage de capucins à l'entrée du bois de Soigne; la sérénissime archiduehesse Isabelle leur donna ce terrain dans la Forêt de Soigne avec tous les arbres qui y étoient pour y construire un couvent qui fut bâti en un an de temps des Aumônes des personnes pieuses en 1627. On y envoyé les jeunes pères sortis du noviciat afin d'y respirer l'esprit de l'ancienne dévotion et de se rendre plus propres à la contemplation des choses célestes. »

Le 25 juin 1626, l'infante Isabelle posa la première pierre du couvent; Jacques Boonen, archevêque de Malines, présida à la cérémonie. Grâce à la charité des fidèles, le monastère fut entièrement construit en l'espace d'une année. En 1627, le jour anniversaire de la Décollation de saint Jean-Baptiste, l'église fut consacrée par le même prélat, en présence de l'archiduchesse, à la Mère de Dieu et aux bienheureux Jean-Baptiste et François. Cette solennité fut admirable; on y remarquait des personnages puissants parmi lesquels se distinguaient par le luxe de leurs habits et de leurs uniformes les seigneurs et les dames que voici : Alphonse, cardinal de la Cueva; Fabien de Lagonissa, archevêque, nonce en Belgique; Ambroise Spinola, duc de Balbase, général en chef de l'armée du Roi; Philippe, prince d'Arenberg et duc d'Aerschot, avec son épouse la duchesse de Croy; la princesse douairière de Chimay; le comte de Buquoi et sa mère ; le comte Destaires de Roeux ; la comtesse de Qrimberghen. Beaucoup d'autres nobles et une multitude de gens du peuple, venus de Bruxelles et des villages environnants, se trouvaient sur les lieux et donnaient à ce coin de forêt une animation unique.

L'architecte du couvent, le père Charles d'Arenberg, en fut aussi le premier directeur. Il avait édifié ses bâtiments au milieu de VEschendely ou Val des Frênes, terrain que la gouvernante lui avait cédé, au sud du village de Tervueren. Dans le monastère existait une petite celluhs construite spécialement pour

l'infante qui, vêtue de l'habit de sainte Claire, s'y retirait pour prier et pour méditer. « A une demi-lieue de Tervueren vers le sud, l'on trouve un couvent des CapuciDs, fondé en 1626 par l'Infante Isabelle, qui s'y étoit fait construire un petit ermitage à l'extrémité du jardin du couvent : elle s'y retiroit souvent pour méditer à loisir les vérités du salut. Le jardin et les avenues de ce couvent, pratiqués dans la forêt, forment de très belles promenades (i). » On rapporte que la princesse se couchait sur des nattes de jonc, la tête po^ée sur un bloc de bois. En face de cette couche était placé le crâne d'une des suivantes d'IsabeUe, jeune fille noble que la veuve d'Albert avait affectionnée. En vertu des conditions imposées par la fondatrice, il était interdit aux capucins, dont le nombre ne pouvait être supérieur à seize, de gêner dans leurs quêtes les autres abbayes existantes de la forêt de Soigne.

Bien qu'abritant peu de religieux, le monastère de Tervueren était fort étendu ; les constructions, sans être luxueuses, présentaient un caractère fort imposant dans leur simplicité. Deux étangs précédaient l'établissement ; il en sortait des fossés qui entouraient complètement les jardins très spacieux, fort joliment dessinés et recouvrant une superficie de vingt-deux bonniers. Dans ces jardins on voyait un imposant calvaire et une reconstitution du tombeau du Christ taillée dans des fragments de roc. L'église était spacieuse et ornée d'œuvres d'art. Au maître-autel, consacré à saint Fraaçois, on admirait deux belles sculptures représentant ce saint et sainte Marie- Madeleine. Au fond d'une chapelle latérale était fixé un tableau de Zeghers figurant le Christ reposant sur les genoux de la Vierge.

De nombreux fidèles visitaient constamment cette maison ; les capucins avaient pris la coutume d'instruire dans les connaissances religieuses les campagnards ignorants des bourgs sylvestres. Ceux-ci assistaient en foule, chaque année, à l'anniversaire de la création du couvent, le dimanche suivant la Décollation de saint Jean-Baptiste; ils marchaient respectueusement et silencieux derrière la procession qui, à cette occasion, se déroulait dans les bois enveloppant le monastère. Celui-ci a formé des prédicateurs célèbres, parmi lesquels, après le prince d'Arenberg, dont la réputation était particulièrement brillante, il sied de nommer les pères Baudouin, de Bruges; Yalère, de Courtrai; Basile, de Gand; et Hippolyte, de Bruxelles.

En i635, neuf années après sa fondation, le couvent eut beaucoup à souffrir des troupes hollandaises et françaises qui, ayant

Nom1*re limité de capucins.

Affluence de fidèles.

Ravages causés par les

troupes ennemies :

(1) Abbb Mann : T. Il, p. 232.

passé la Dyle, occupèrent Tervueren. Mais lee dégâts furent vite réparés. A la fin du xvn* siècle, les capucins coDStroicirent un cliemin reliant leur cloître à la route de Duysbourg. Au milieu du siècle Biiivaut, le monastère fut dépouillé du majestueux massif d'arbres séculaires qni lui faisaient un écrin émeraude. Nous l'apprenons par nne leltre que, le 37 octobre I753, Charles de Lorraine envoie aux Etats de Brabant. En voici le texte, conservé aux Archives générales du Royaume, à Bruxelles : « Très Révérends Pères eu Dieu. Nobles chers et bien aimez. Rflport nous aiant été fait de ce que l'endroit connu sous

le nom de Boia de Capucins à Tervueren ne contiendvoit gueres (à la réserve d'une allée de Chenaux derrière le Jardin du Couvent, et d'une autre allée de Frênes vers le Nord) quo des arbres qui seroient depuis longtemps à pleine croissance, et dont plusieurs seroient même déperissans, et qu'il sei-oit de l'intérêt de Sa Maj** de faire fruit de ce bois, nous vous faisons cette pour vous dire que notre Intention est, que vous fassié exploiter et vendre cette année, à l'intervention de ceux qui assistent à l'exploitation de la forêt de Soigne, environ uu tiers dudit bois des Capucins, et les deux tiers restans successivement d'année eu aunéc. Le tout sans diminuer la quantité ordinaire des Bonniers qu'on a coutume d'exploiter dans la dite forêt de Soigne, et sur tel pied que le Commissaire de Sa Ma j'^ et le vôtre, après avoir ouï le Cons"" Receveur des Domaines Han-

nosset, trouveront le plus util et le plus convenable à l'espèce desdits arbres à vendre... (i). »

Cette coupe comprenait des hêtres, tous âgés de deux siècles environ. Elle rapporta cinquante mille florins aux finances brabançonnes. Les capucins, fort émus, n'avaient cependant pas osé protester contre l'abatage général de cette splendide et imposante futaie. Ils menaient d'ailleurs une vie effacée et modeste. Leur pauvreté devait être extrême. Ainsi, le 20 octobre 1760, alors que le vide absolu a été fait par les bûcherons autour du couvent, le trésorier général F.-E. de Beelen, au nom du Conseil des Finances, communique à la Chambre des Comptes copie d'une lettre qu'il a adressée le même jour aux Etats de Brabant, au sajet du chauffage des capucins de Tervueren. Voici la teneur de cette missive : « Messieurs, Sa Maj^ aiant fait connaître par Sa Roïale dépêche du 20 de 7^** dernier, que voulant bien, à l'occasion des noces de Son Altesse Roïale l'Archiduc Joseph, répandre quelque Bienfait sur les Capucins de Tervueren, son intention est qu'on leur donne tous les ans du bois Mort, ou quelques arbres déperissans de la forêt de Soigne avec une aumône pour chauffage en argent qui pourra être plus ou moins forte à proportion qu'on leur donnera plus ou moins de chauffage en nature, mais qui ne devra cependant pas excéder la somme de cent et viugt, ni être inférieure à celle de septante fl° en argent; et que Son intention est de prévenir par des variations pareilles qu'on ne regarde pas dans la suite des tems cette charité arbitraire et révocable comme une concession fixe et permanente. Nous vous faisons cette, pour vous requérir et en charger au nom de Sa Maj^^ en exécution de ses Volontés, de faire payer auxdits Capucins une somme de cent florins, et que vous leur fassiez désigner l'import de vingt-cinq mesures de bois mort, ou à défaut de ce en arbres déperissans pour chauffage de cette année, dans l'endroit de la forêt de Soigne, ou on pourra le faire sans, ou au moindre dommage. Notre intention étant que vous fassiez remettre ensuite au Conseil des Finances une note contenant l'endroit et en combien d'arbres, et de quelle espèce la désignation aura été faite, et que vous fassiez veiller à ce que ne soit pas excédé (2). »

Rien de sensationnel ne marqua l'existence du couvent des Capucins. Son histoire est simple comme la vie même des moines méditatifs qui y écoulaient leurs jours dans la quiétude. En 1796 la République française supprima la maison ; les quelques religieux occupant encore le cloître se dispersèrent. Aujourd'hui,

Produit de la coupe :

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