florins
Pauvreté des capucins.
Subside accordé au nom du Roi : 1760.
Dispersion des religieux : 1796
(i) Chambre des Comptée^ nP 5io, folio 3oi et verso.
(2) Chambre de» Comptes, registre ii« 5io, folio 3o6 et verso.
Autres monastères
Abbaye d'Ay wiers.
Fondation : 1202.
Sainte Lutgarde.
Sa mort : 1246.
les arbres plantés autrefois dans le bois des Capacins ont grandi et ont développé magistralement leurs ramures. Mais le monastère a disparu. Et parmi les feuilles mortes et les hautes herbes, le chercheur mélancolique a beaucoup de peine à découvrir la trace de fondations éparses et fragmentaires.
Les couvents d'Aywiers, de Wauthier-Braine, de Kizelle, de Wesembeek et de Bois-Seigneur-Isaac, que des historiens rangent parmi les maisons de la forêt de Soigne, étaient à proprement parler en dehors des limites domaniales, bien que situés dans des bois périphériques. Nous nous contenterons par conséquent de résumer en peu de lignes leurs origines et leurs développements, puisqu'ils se rattachent de façon plutôt relative au passé de l'antique Sonien bosch.
Aubert Le Mire, cité par l'auteur du Grand Théâtre Sacré du Brabant Wallon, parlant de l'abbaye de filles d'Aywiers, située ce à quatre lieues de Bruxelles », dit qu'elle fut d'abord fondée en 1202, dans le village d'Aywiers, à deux lieues de Liège. Mais les religieuses y étaient à peine depuis quatre ans, que la guerre s'alluma entre l'évêque de Liège et le comte de Namur. Elles se retirèrent par conséquent dans le Brabant, qui était alors tranquille et louèrent, en 1210, « une maison à Alloux, qui n'est qu'à une lieue de Nivelle ». Comme les religieuses y manquaient d'eau, elles quittèrent aussi cet endroit, « pour passer en 1217 dans l'endroit où elles habitent à présent, où pour le spirituel elles dépendent de l'abbé d'Aulne ».
Sainte Lutgorde a vécu plusieurs années et est morte chez les Cisterciennes d'Aywiers. A ce propos, le baron Jacques Le Roy reproduit un passage de Molanus, qui s'est lui-même contenté de démarquer Thomas de Cantimpré et les lettres de l'Abbesse Marguerite de Marbais : « Suinte Lutgarde, Vierge qui a été abbesse du couvent d'Aywiers de l'ordre de Cisteaux, à deux lieues de Groenendael. On peut voir dans trois livres de sa vie écrits par Thomas de Cantimpré, Dominicain de Louvain, et qui l'avait connu particulièrement, quel était l'éclat de ses vertus, son esprit prophétique et le don des miracles qu'elle possédait. Elle est morte en l'an 1246. Cependant le Saint-Siège ne l'a pas mise au nombre des Saints quoi qu'il paroit qu'elle le mérite, et on n'a point tiré son corps de l'endroit où il a été enterré pour le placer dans quelque lieu plus honorable. »
Molanus, écrivain intègre et fidèle, s'est trompé cependant en assurant que sainte Lutgarde avait été abbesse d'Aywiers. Le Mire a remarqué cette inexactitude et a rétabli la vérité. Il imprime, en effet, quelque part, que les archives du couvent prouvent suffisamment leur erreur. « Cette variété de sentiments dans deux auteurs aussi graves, écrit d^autre part l'auteur
da Théâtre Sacré, nous a terni quelque tems en sueipend, surtout voyant qu'ils B'npaioient l'un et l'autre sur les monuments de cette abbaye. Molau cite Tbomas de Cantimpré et les lettres de l'abbesse Marguerite, qui fut la vingt-troisième abbcsse de ce Hou, qu'elle a gouveroé pendant treize ans et qui est morte l'an iSgS, le si février. Thomas de Cantimpré, qui a écrit la vie de mainte Lutgarde, a vécu do son temps, et il a même été sou ami : Sirius, qui a iHséré cette vie daus sou recueil des Vies des Saints, remarque qu'elle a été corrigée en quelques endroits; en effet, ou ne trouve pas dans cotte édition de Sirins qu'elle nit été abbesse d'Aywiers. mais bien prieure du Couvent de Sainte- Catherine de l'Ordre de 8t-Benoit prés de 8t-Trond dans le pays de Liège, doOi elle passa à Aywiers ponr y vivre plus tranquillement (i). »
Pour démêler la vérité, le baron Le Roy tint à examiner la chose sur les lieux; il copia sur les livres du monastère, qui lui avaient été communiqués par la supérieure, Beuoitc de la Motte, la liste des abbeases depuis la foudatrice du couvent. Il constata clairement qu'on ne pcnt pas mettre sniiiti< Lut^^ardc
de leur nombre, puisqu'elle est morte en is^Q. Par nne bingulièro coïncidence, on lit sur la liste des abbesses d'Aywiers le nom d'une Lutgarde élue eu 1375. A l'endroit où la sainte était enterrée, on voyait uon un tombeau, comme le dit Gramaye, mais on autel qui lui était dédié, et dans lequel on cunservait sa tête et ses autres reliques avec celles de Sibille de
(1) Page 16.
Bienfaiteurs du couvent
Mausolées somptueux.
tes bûtlmenls en 1694.
L'ôgllso.
Chapelle.
Giiges, intime amie de sniute Lutgarde, morte en odeur de sainteté dans le même couvent.
Les principaux bieufaiteurs des Cisterciennes d'Aywiers furent les châtelains de Bruxelles, de qui le couvent avait re^'U sa juridiction et ses seigneuries, telles que Couture et Maransart, que la maison tenait d'eux en fief. On voyait dans l'église abbatiale, devant le grand autel, deux hautes tombes de marbre ornées de figures habillées à l'antique. On lisait sur les pierres tumulaires de ces mausolées somptueux les épitaphes, eu lettres gothiques, de « Meahans Castelaiene de Broncielle Ki trépassât » en 1298 et « Henris Cheval, caitelains de Bru> celle, 1200 ». Aubert Le Mire fait mention de cette Mahans ou Machtilde dans son ouvrage sur les églises des Pays-Bas. Il déclare qu'il existait dans le monastère de la Cambre un diplôme de Machtilde, châtelaine de Bruxelles, de l'an 1289, écrit en français. La chronique manuscrite de Jean Blondeau disait que le chapitre de Nivelles avait donné à l'abbaye d'Aywiers, en 1244» cent bonniers du bois de Genappe, ce pour un muid d'avoine le bonnier, à payer la moitié au dit chapitre, et l'autre moitié à... )> D'autres personnages célèbres par l'humilité de leur vie étaient enterrés dans le temple monacal. Outre le tombeau de la bienheureuse Sibille de Gages, on pouvait voir ceux d'Elisabeth Wansie, Jolande la Pénitente et Herman le Convers.
Les installations de l'abbaye des Cisterciennes d'Aywiers, appelée en latin Aquiria, étaient des plus simples. Une planche gravée par Harrewyn et illustrant la première édition des Castella et Praetoria Nobilium Brabantiae du baron Jacques Le Roy, parue en 1694, nous en donne une vue pittoresque. Le dessin est pris du nbrd, non loin de la forêt de Boigne. L'église, charmante avec sa petite tour carrée surmontée d'un coq, étend vers le sud sa nef basse, couronnée d'un clocheton. Le bas coté est percé de fenêtres à plein cintre. Le transept oriental est à moitié caché par une maisonnette, dont le pignon à redans se trouve sur le même alignement que la façade de ce transept. Cette demeure possède un étage; un jardinet clos d'une muraille le précède. A gauche du temple on aperçoit, encadrant une cour carrée, le cloître, construction à arcades arrondies.
Devant le cloître est une sorte de métairie, bâtiment trapu, formé de deux ailes réunies par un corps de logis qui les domine de son haut toit oblique. L'aile ouest compte deux vastes portes charretières ; chacune a deux lucarnes, qui coupent la corniche. Au premier plan du dessin est une chapelle carrée à toit d'ardoises. Sur le terrain vallonneux qui la
précède, an berger assis et une bergère debout, la houlette à la main, semblent, parmi leurs brebis qui broutent, interpréter une charmante pastorale. Au loin, derrière un bouquet d'arbres, une colline s'arrondit. A mi-côte, devant une montagne plus élevée et plus distante aussi, on distingue une habitation rustique flanquée d'un donjon. A droite du monastère, faisant face à l'entrée du transept occidental de l'église, est une maison seigneuriale dont les façades légères et les pignons dentelés paraissent surgir par enchantement de l'écrin vert d'un bosquet. Le site est délicieux et le recueillement plane sur la contrée monacale et la drape poétiquement.
Le couvent des Cisterciennes fut supprimé en 1796. Il n'en reste que quelques constructions transformées en métairie. Le souvenir de sainte Lutgarde est cependant resté vivace dans hi pensée des habitants du pays. En son honneur, le deuxième dimanche de juin, s'organise tous les ans une grande procession que viennent voir défiler les cultivateurs de plusieurs lieues à la ronde.
Le couvent de Wauthier-Braine, également de Tordre de Cîteaux, se trouvait presque à la même latitude que celui d'Aywiers. Mais il se dressait à la limite ouest du duché de Brabant. « Wautier-Braine, dit Antoine Sanderus, tire son nom d'un fameux chevalier, lequel en ses terres, devant 5oo ans plus ou moins, fit bâtir un monastère de filles de l'ordre de Cisteaux. Cette très célèbre nourriture dos Saintes Vierges du temps de Thomas de Cantimpré, très fameux dominicain, et hospital et refuge d'une vraye piété. Le monastère il y at cent ans, fut brûlé, et depuis fut en partie réparé par l'industrie de Catherine de Leste, et eu partie se refait encore par la dilligence de Jeanne de Wissem, toutes deux abbesses (i). »
Le Prémontré Augustin VVichmans, trente-huitième abbé de Tongerloo, que nous avons déjà cité au cours de cet ouvrage, assure dans ses Brabantia Mariana, que le chevalier Waultier fit bâtir le monastère en 1224, bien que d'autres historiens reportent cette fondation à 1229. L'abbaye de Wauthier-Braine fut très célèbre autrefois; elle renfermait plusieurs filles illustres par la sainteté de leur vie. L'auteur du Bien Universel la nomme pour cette raison : La Nourrice des Saintes Vierges et la Retraite de la Véritable Piété.
Le couvent eut beaucoup à souffrir des guerres : plusieurs fois, il fut presque entièrement ruiné ; cependant il se rétablissait toujours et l'ancienne discipline y refleurissait. Le monastère se trouvait sous la direction de l'abbé de Villers. On y con-
Suppresslon du couvent : 1796.
Abbaye de Wauthier-Braine.
Sa fondation : 1224.
(1) Gemblacum oppidum^ i()(52, p. 3i.
Reliques.
Dén liment de la communautc.
Supplique au gouverneur général
Droit de pftture
accordé |M)ur vingt bétes
à cornes.
servait une épine de la Couronne de Jésus-Christ, deux têtes des compagnes de sainte Ursule et un crucifix miraculeux. Le couvent de Wautbier-Braiue eut, lui aussi, une existence émaillée d'événements fatals. Au commencement du xviii^ siècle, les coups que lui avaient portés les troubles et les opérations belliqueuses avaient appauvri la communauté jusqu'au dénûmcut. Presque réduito à l'indigence absolue, la supérieure adressa en février 1726, à la gouvernante générale des Pays-Bas (i), l'humble et pressante requête que voici : (c A son Altesse Sérenissime,
» L'Abbesse et Religieuses de Wauty-braine ont l'honneur d'exposer à Votre Al"* Ser"*, avec la Vénération la plus respectueuse, qu'après avoir essuie l'accident funeste d'un incendie qui a consommé tous les bâtiments dudit monastère, elles ont encore eu le déplorable sort d'essuier successivement pendant les guerres passées des perteset calamitez inconcevables; toutes lesquelles fatales adversitez ont réduit ce couvent dans une situation très désolente étantes obligées d'économiser étroitement sur toutes choses à l'effet de pouvoir subsister, ce seroit une petite douceur et consolation à cette communauté religieuse, si Votre Al'« 8er™* avait la bénignité de leur accorder la même grâce'et permission de laquelle jouissent plusieurs autres couvents, comme ceux de Nizelle, Sept-Fontaines et autres, de faire pâturer leurs bestes à cornes sur les bois de Soigne, sujet qu'elles prennent leur très humble recours vers Votre Altesse Sérenissime.
» La supx^liant en très profond respect d'être servie de leur accorder la permission de pouvoir faire pâturer aussy leur bêtes à cornes sur ledit bois de Soigne, appartenant à Sa Ma^^ Imp'® et Cath®, du moius à cimcurrence dn nombre de trente; ce faisant Elles continueront jour et nuit leurs prières tant pour la conservation et prospérité de Sa Sacrée Ma^^ que pour celle de Votre Altesse Ser"*. »
Le Conseil des Domaines et des Finances se réunit le 26 mars 1726; il prend connaissance de l'avis du gouverneur général, de ceux de la Chambre des Comptes et du Grand Forestier du Brabant. Les conseillers votent une résolution en vertu de laquelle, au nom de Sou AK esse Sérenissime, <c ils permettent par cette aux suppliantes de pouvoir faire pâturer sur la forest de Soigne vingt bêtes à corne pour le terme de vingt années, tant seulement sans conséquence, parmy que ce soient leurs propres et point de leurs fermiers et en observant exactement
(1) L archiduchesse Mario Elisabeth, sœur de l'empereur Charles VI, célèbre par ses exploits cynégétiques clans la forêt de Soigne.
les conditions assignées poar cenx de leur district (i) ». Le monastère des Cisterciennes, distant à peine d'une lieue de Hal fut supprimé exactement soixante-huit ans après, sans avoir reconquis sa splendeur de jadis.
Le monastère de Nizelle, du même ordre de Cîteaux, se trouvait à 7 kilomètres de Nivelles, aux limites des communes d'Ophain et de Wauthier-Braine.Il fut fondé en 1440, par Christine de Frankenberg, abbesse de Nivelles, que lui donna la censé de Bosoit. Il ressortissait immédiatement du couvent de Moulins, d'autant qu'auparavant cette censé, de laquelle dépendait une chapelle, appartenait au couvent en question. L'hagiographe Chrisosthome Henriquez, cité par Jacques Le Roy, s'exprime ainsi au sujet de cette maison : « Le Seigneur d'Ophain est le premier fondateur de ce couvent et l'abbesse de Nizelle en est la seconde fondatrice, puisque d'un prieuré elle en a fait une abbaye. — Je crois, ajoute l'auteur du Théâtre Sacré du Brabant Wallon y que N. de Huldenberg, seigneur de Bois-Seigneur- Isaac, était alors seigneur d'Ophain. »
Par une chronique manuscrite de l'abbaye de Nizelle, conservée aux Archives du Roj^aume et résumée succinctement par Alexandre Pinchart, nous apprenons que le couvent et l'église furent détruits par le feu au début de l'année i5o2. On en commença la reconstruction le 3o mai suivant et le temple fut consacré en i5o8. Mais bientôt l'église est derechef abîmée. En effet, le II juin i524, l'abbé Pierre-Emmens signe une quittance de la somme de 58 livres de Flandre accordée par l'empereur Charles Quint <c poui* nous aidier à vivre et refaire nostre église, laquelle par fortune de feu de raeschief a naguerres esté toute bruslée (2) ». Pourtant la fatalité continue à s'acharner sur le pauvre monastère. Un demi-siècle plus tard, en 1577, une band»- de soldats incendia le temple neuf, dont ou n'entreprit la restauration que vingt-quatre ans après. En 1776, la communauté décida la restauration de tous les bâtiments du monastère; à cette occasion on changea le maître-autel sur lequel les religieux placèrent un tabernacle de cristal provenant de l'église Saint-Jacques, à Nivelles, et les statues de deux adorateurs exécutées par le sculpteur Moulin, des Ecaussines (3). Le couvent des Cisterciens de Nizelle fut supprimé en 1784 par Joseph II. Aujourd'ui des sœurs occupent de nouveau la partie
Suppression du couvent : 1794.
Abbavede Nizelle, fondée en 1440.
Les incendies.
Uestauration totale
(i) Archives oènérales ou Royaume. Chambre des Comptes, n» 5io, folio 288 et verso, (â) Alexandre Pinchart : Ouvrage cité, t. II, pp. 224 et 226. (3) Ibidem, t. II, p. 34.
BolB-Silgiieur-lswc.
de seB bàtiiueiitB qui avaient été préservée ponânut la liévohitioii.
Le mouastèie des AuguBtiiis de Bois Seigneur-Isaac était bâti dLius uu district trop distant de la foret de Suigue, au sud de Nizetle, pour que uoub puissions nous étendre à lion sujet sans burtir ducadre de notre travail. Nous avons vn qu'il fut foudé en 141'). l>Ar Gilles Breedyck, le même chapelain qui, eu t3l^8, jeta les bases du prieuré de Sept-Foutaincs. II avait gotivei'ué Seoenborren pendant vingt-huit auuccs, lorsque Jean de lluldenherg le pria de venir organiser uu autre ctablissemcut près
de la chapelle de Marie au-Bois, au hameau de Bois-Seigneur- Isaac, appartenant au pieux gentilhomme. Le vénérable religieux mourut huit ans après, en i4^4* ^^ ^"^ enterré dans l'église tonte neuve construite par ses soins; il avait quatre-vingt-quatre aus. Ce temple fut endommagé quelque temps après la mort du prieur. Car en i44^i 1^ ^^ décembre, Philippe le Bon donna aux moines une grande quantité de bois pour répaier leur église et leur couvent (i). L'abbaye ne jouit pas d'une longue prospérité. Sa situation l'exposait sau s cesse aux mauvais coups des armées qui, durant plusieurs siècles, opérèrent ou sud du duché de Brabant. « L'an 1570, dit Le Roy, Magdelaine d'Ittre. abbesse de la Cambre, près Bruxelles, envoya du grnin pour assister ceux du bois Seigneur Isaacq, qui cBloient lors ruinez par les
(1) Alexandre Pin cil ART : Ouvrage cité, 1. 11, p. Su.
guerres (i). » La République française supprima le monastère en 1796.
a Dans les limites du Village de Wesembeek, nous apprend encore le baron Le Roy, se trouve la Seigneurie d'Ophem, appartenant à présent à la famille de Pape, dans laquelle est le couvent de Bogars, du Tiers ordre de St-François, fondé en 1474 P^-r Jean Wautier de Heetvelde, à Tinstance da (xuillaume Allemans, profès de l'abbaye de Villers, premier formateur de ce couvent (2). »
Ce Walter de Heetvelde était fils de sire Guillaume de Heetvelde, chevalier, et sa femme, Anne de Coudenberghe, dite Rolibuc. Il fit construire, avec le consentement du curé de Wesembeek, dans un terrain du domaine ducal, une chapelle que l'on consacra au Saint Sauveur, à saint Walter et à saint Hubert. Ils y aunexèrent bientôt uu couvent de frères réformés de la Pénitence ou du Tiers-Ordre de Saint- François, dont les premiers vinrent du couvent de Notre-Dame, à Hongaerde. « Du temps de Mathias van Hove, écrit Wauters, ou voulut abolir le couvent du CalvairCy ou d\\ Mont-Thabor à Opheniy mais les conditions imx^osées par les fondateurs, dans la supposition d'un événement de ce genre, sauvèrent la corporation (3) » Celle-ci subsista jusqu'à la fin du xviii« siècle. Le couvent était très petit; on en a morcelé les bâtiments sons la domination française. Les constructions subsistantes ont été converties en une maison de campagne, ce Le 3 mars i636, la Ville de Bruxelles avait donné deux patacons aux Bogards, qui quêtaient alors pour la reconstruction de leur c'oître, auquel, l'année précédente, l'invasion de l'armée gallo-batave avait occasionné de grands dommages. »
Si tous les monastères de la forêt de Soigne ont disparu, quelque chose cependant de leur beauté matérielle a survécu à leur commun désastre. De nombreuses églises brabançonnes ont acquis autrefois ou ont reçu en dons des tableaux, des sculptures ou des pièces de mobilier qui garnissaient ces maisons religieuses. L'inventaire des objets d'art existant dans les édifices publics des communes de l'arrondissement de Bruxelles, dressé par le Comité provincial des correspondants de la Commission royale des Monuments (4), signale beaucoup de ces vénérables épaves des abbayes sylvestres, parmi lesquelles il est des choses de toute beauté. Ainsi, on peut consi-
Suppressiun du couvent : 1796.
Couveiitde Weseuibeek .
ronde en 1474.
Supprimé l»ar la Ropublhjuo.
Œuvres d'art
provenant des monastères :
(i) Théâtre Profane du lirabant Wallon, p. ai. {2) Le Théâtre Sacré, p. 328.
(3) Histoire des Environs de Bruxelles, t. III, p. 261.
(4) Bruxelles 1904.
Lm sUllet de Groenendael, à VU vorde
lies confessionnaux
de (iroenoodael,
à Wesembeck.
Sciilpiures
de Val-Duchesse.
à Auderghem.
Chaire de Vérité
de Sept Fontaines,
à Rhode Sainte Genèse.
Boiseries de la Cambre, À Wambeek.
dérer comme un merveilleux chef-d'œuvre les stalles en bois de cliêue ornant Tcglisc Notre-Dame de Vilvorde et qui, exécutées en i663, proviennent du prieuré de Groenendael. L'architecture imposante do ces stalles est pleine de la somptuosité particulière au style Louis XIII; la matière est fouillée avec une sûieté et un goût étonuantF. Les corniches sculptées, soutenues par des colonnes torses, dominent une série de hautes figures drapées ou de mi -nues exécutées par un statuaire animé du plus profond souci des mouvements justes et de rélégance aisée. C'est encore de Groenendael que proviennent les deux confessionnaux en chêne sculpté, déeorés chacun de quatre fièros statues du xviii® siècle, qu'on admire à Wesembeek, dans Téglise Saint-Pierre. L'église Sainte-Croix, à Ixelies, possède un excellent panneau peint originaire de l'abbaye de la Cambre; il a pour sujet la Vierge tenant d'une main l'Enfant Jésus et de l'autre une grappe de raisins. Il semble dater du XVII® siècle. L'église Sainte-Anne, à Koekelberg, conserve une jolie crédence Louis XVI en bois peint, avec tablette de marbre, qui a appartenu aux (cisterciennes de Forest. A XJccle, aux soins de M.^^ la comtesse Coghen, est confié un superbe
ustre en cuivre, daté de i6i3, et qui, au décès de la dépositaire, reviendra à l'église Saint-Pierre, en cette commune. Le lustre dont il s'agit est un des nombreux cadeaux que fit l'infante Isabelle aux moines de Botendael, couvent que l'épouse d'Albert allait souvent visiter, comme on sait.
C'est l'église Sainte-Anne, à Auderghem, qui possède l'antique statue gothique de sainte Anne qu'on allait implorer dans le temps en la chapelle placée sous ce vocable, seule construction subsistante de rabba3'e de Val-Duchesse. Une autre statue, de saint Roch, également originaire de ce (( moutier », appartient au même temple. Malheureusement, ces statues, vieilles de cinq siècles, ont été polychromées, ce qui a enlevé la délicatesse de leurs formes et détérioré leur caractère. La chapelle de la sainte Vierge de l'église Saint-Nicolas, à Herf f elingen , est ornée d'un imposant autel du commencement du xvii^ siècle, qui se trouvait jadis au prieuré de Groenendael. A Rhode Sainte-Genèse, la chaire de vérité de l'église paroissiale, de style Louis XIII et qui semble avoir été exécutée par le prestigieux sculpteur auquel nous devons les stalles de Groeneedael, aujourd'hui à Vilvorde, est celle de l'ancien monastère de Sept- Fontaines. On admire dans cette œuvre, taillés nerveusement à même le bois dur, les bustes des quatre docteurs de l'Eglise latine et les emblèmes des évangélistes. A Wambeek, des boiseries en chêne s'étendent au pourtour entier de l'église
Saint Remy et forment un tout avec le banc de communion. Cet
ensemble mngistrnl des époques Louis XV et Louis XVI, faisait au xviit* siècle l'orgueil de l'cgUse abbatiale de la Cambre. Eafiu, c'est uue inaisou pieuse d'Auderglicm, Val-Dncbesse on Rouge-Cloître, on ne sait au juste, qui aurait iiossédc uu ricbe ornement conservé maintenant à Dicghem, en l'église Sainte- Catherine. Cet oruemeut est composé de deux cliapcs, d'une chasuble et d'une dalraatique eu soie brochée garnie de broderies dans le goût Louia XV. A côté de ces objets identifiés, il en est beaucoup d'autres sans doute qui, ayant échappé à la tourmente révolutionnaire, font probablement partie de collections publiques ou particulières. Mais il faudrait de ]jntienles études et de laborieuses recherches pour parvenir à étiiblir leurs différentes provenances. '
Nous avons vu que les maisons religieuses du Sonienbosch avaient le droit de faire i)aitro leurs troupeaux dans la forêt. Mais les moines et les religieuses se soucient peu des dégâts que pourrait commettre leur bétail dans 1rs jeunes « single^ ».
Par conséquent, Philippe IV, le 6 novembre i634. renouvelle et augmente les articles du Kearboeck de i564 concernant les bois morts et le pâturage, et déclare expressément que les bêtes des communautés chr^iiennea trouvées paissant dans la forêt de Soigne, parmi les peuplements ayant moins de vingt ans, seront confisquées et vendues au bénéfice du souverain (i).
Il Brabaadt, 1. 11, j>. :j3, prcmiëru
Les chapelles.
Cliaiielle SttiU-Jacques :
Berceau de l'égltse
Salnt-Jacques-Bur-
Goudenberg.
A côté de ses monastères, la forêt de Soigne possédait jadis do nombreuses chapelles, éparpillées sur tout son territoire, et dressées par des personnes pieuses dans les coins les plus rustiques et les plus recueillis. La plus ancienne avait été édifiée, selon la tradition, au temps de Louis le Débonnaire, ou Louis le Pieux. C'était un petit bâtiment dont la sobre architecture romane s'harmonisait merveilleusement avec le caractère impossant de la futaie environnante. Au milieu des deux transepts minuscules, s'élevait un clocher carré; tout près était un svelte clocheton. De chaque côté, la chapelle était éclairée par cinq fenêtres à plein cintre coupées par des meneaux en croix. C'est ainsi que nous représeutc la chapelle une gravure originale, non signée, conservée au Cabinet des Estampes de Bruxelles (i). Au bas de la planche, exécutée gauchement et dont la perspective est fort élémentaire, nous lisons ce texte latin : Hoc templiim (olim S. Jocobi in Zonia vulgo dictum) tempore Liidouici PU extrnctiim. Traditiir Anno ID, CGC. XV.
Le monument aurait donc été bâti l'année qui suivit le couronnement du fils de Charlemagnc. Chose assez singulière, aucune trace ne subsiste de cet oratoire; la gravure est le seul document que nous ayons rencontré à son sujet, et nous ignorons où il était situé. Les archives et les ouvrages que nous avons consultés ne mentionnent pas cette chapelle. Il est probable que l'artiste se soit inspiré d'une reproduction ancienne, enluminure ou gravure sur bois. Car il est douteux qu'elle existât encore à l'époque où il tailla son cuivre. Cependant, au Musée communal de Bruxelles, installé dans ce Broodhnys antique où siégèrent autrefois le Consistoire de la Trompe et le Tribunal Forestier, nous avons trouvé un dessin original à la sépia où figure, au milieu d'un paysage sylvestre, une chapelle semblable à celle que nous avons admirée sur la gravure des Archives. Une étiquette clouée au bas du cadre dit que le bâtiment est (c l'Eglise Saint- Jacques en Soigne, actuellement Coudenberg ». Le dessin du Musée communal n'est point signé, mais la facture démontre clairement qu'il fut exécuté vers la fin du xviii« siècle. L'artiste a dû, par conséquent, copier l'eauforte signalée par nous et la compléter pour évoquer le site où au moyen âge se dressait la chapelle. Celle-ci aurait donc été l'embryon de l'actuelle église Saint- Jacques; cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable, puisque certains historiens assurent avec raison que la forêt de Soigne s'étendait encore, au temps de Charlemagne, jusqu'à l'endroit qui s'appelle maintenant la 2)lace Royale. Aujourd'hui il existe une chapelle Saint-Jacques
(i) S. II 3782.
au sud-est de la forêt de Soigne, entre Ohain et Mont-Saint- Jean, à hauteur du hameau de Smohain. Elle se dresse au carrefour des chemins de terre allant de Haute-Ransbeke à Lamarche et de Ohain à la chaussée de Charleroi. Au ix*^ siècle le? bois recouvraient complètement cette contrée. Il est possible que le monument ait remplacé un temple plus ancien dont il aurait gardé le nom.
La chapelle la plus célèbre du domaine, celle qui comme jadis continue à attirer les promeneurs et les peintres, et cause sans cesse leur enchantement par son aspect romantique et le charme irrésistible de son site, est la chapelle de Notre-Dame-de-Bonne- Odeur, au nord de la route de Mont-Saint- Jean . ce Dans la même forêt, disait Antoine Sanderus, en parlant du Chêne de Jésus, non loin de Stockel, entre les monastères des chanoines réguliers de la Vallée Verdoyante et du Rouge-Cloître, existe une autre chapelle de la Vierge, célèbre par les faits merveilleux qui s'y sont déroulés. Elle a nom de Vierge de la Bonne-Odeur, en langue vulgaire Onze Lieve Vrouive tôt Welriecken, parce que dans ce lieu, tant en hiver qu'en été, se dégagent une extraordinaire quantité d'odeurs des herbes que le sol produit de lui-même. Ce phénomène ne peut certes être attribué à une plus grande fertilité du sol. 11 faut en chercher la cause dans la bonté et la bienveillance de la Vierge, à l'endroit de ses pieux fidèles. Tout d'abord l'image de la Vierge fut placée sur le tronc même d'un arbre et se trouvait ainsi offerte à la vénération du public. Etant d'une part exposée à tous les outrages du temps, et d'autre part l'objet d'nn culte toujours grandissant chez les pèlerins, un homme généreux, du nom de Jean Hinckaert, prit soin de la protéger par un petit toit fait de branchages. Ensuite une chapelle de bois fut élevée; enfin, Henri, Chanoine régulier de l'abbaye de Groenendael, qui avait une profonde connaissance des bienfaits de la Vierge dans cet endroit, aux environs de l'année ï477» ^^ nom de Maximilien, duc de Brabant, posa la première pierre, et ainsi naquit une chapelle monumentale (i). ))
L'origine de la chapelle est racontée presque de la même façon par Alphonse Wauters qui en a puisé le détail dans un manuscrit de Jean Gillemans, conservé à la Bibliothèque Royale : « Dans un carrefour de la forêt, où croissait en abondance la fougère, il y avait une petite statue de la Vierge, placée contre un tronc d'arbre. De temps immémorial, on venait l'implorer contre la fièvre, le jour de l'Annonciation. Un religieux de Groenendael, nommé Henri, fut le premier qui fixa contre cet arbre une
Chapelle Notre-])ame de Bonno-Odeur ou Welrieckende.
Pose de lu première pierre : 1477.
Origine de Toratolre.
(i) Regiae Domua Belgicae,
Restauration : 16iO.
Ancienne situation de la chapelle.
statue de la Vierge; Jean Hinckaert la fit ensuite couvrir d'un toit, et plaça sous la statue un tronc qui, peu de temps après, fut enlevé avec ce qu'il contenait, la valeur de deux peters d'or environ. Les coupables furent arrêtés et torturés par le bourreau de Bruxelles; l'un d'eux avoua son crime et mourut peu de temps après, de maladie. Quant à l'autre, suivant le légendaire, il obtint sa grâce à la suite de ses aveux, vécut ensuite assez honorablement et fut la souche de beaux enfants. Le curé, le forgeron de Hoeylaert et Egide de Lathouwere conclurent alors un accord avec le charpentier Guillaume Hinckaert, pour la construction d'un oratoire en bois, qui fut enfin remplacé par un édifice construit en pierre, dont Henri De Heck, religieux de Groenendael, posa la première pierre le 21 juillet i485, au nom de l'archiduc Maximilien (i) » L'érudit archiviste de la ville de Bruxelles ajoute quelques lignes à ce récit, après avoir constaté que la chapelle est encore debout et en nous fournissant un renseignement sur l'époque de sa première restauration, renseignement qu'il n'est plus permis de découvrir aujourd'hui : « Elle existe encore, mais seulement en partie; sa façade, qui est clôturée par un grillage en bois, porte la date de 1620 Si Ton en croit la tradition, les ouvriers qui la construisaient, Laurent et Henri, entendirent au-dessus d'eux un concert angélique et sentirent une odeur d'une suavité incomparable. De là le nom de l'oratoire. »
Depuis qu'Alphonse Wauters écrivait cette page, la chapelle n'a pas seulement changé d'aspect, mais a aussi changé de place. Jusqu'en i863, le sanctuaire marquait l'intersection de l'avenue de Welriekende et du chemin de Hoeylaert à Boitsfort. Mais comme elle occupait le centre du carrefour, sa présence constituait une entrave à la circulation des voitures et des promeneurs, qui déjà alors étaient très nombreux dans cette localité sylvestre. Par conséquent, le roulage avait exigé qu'on ménageât autour du petit temple un rond-point d'une dizaine de mètres de diamètre. La façade du monument primitif, fort simple, orientée vers l'est, était à pans coupés ; la chapelle ne mesurait que cinq mètres dix-sept centimètres de longueur sur trois mètres dix sept centimètres de largeur; chose singulière, elle se trouvait sur le territoire de trois communes : Hoeylaert, Boitsfort et Overyssche. Cependant, c'étaient de toute antiquité les marguilliers de ce premier village qui entretenaient le bâtiment, grâce aux oboles assez considérables des centaines de pèlerins qu'à certaines périodes de l'année la statue de la Vierge attirait en cet endroit pittoresque et retiré. H faut croire cepen-
(i) Pp. 35i et 354.
dant que, durant les dernières années, Tattention des fabriciens s'était relâchée, car la chapelle menaçait ruine. Il est vrai que la végétation en ces lieux était tellement serrée, que jamais un rayon de soleil ne venait réchauffer le faîte ou les murs ; et cette ruine avait pour artisan essentiel l'humidité, qui avait, à la longue, imprégné les murailles de salpêtre.
Le Conseil de la fabrique d'église de Hoeylaert, ému d'une telle situation, f^ignale le g décembre i86a, au minibtre des finances, l'état délabré de la chapelle. Il estime qu'elle est trop endommagée pour ]>rétendre la restaurer et qu'il vaudrait mieux la reconstruire sur un plan plus vaste; de cette manière, il sera désormais possible aux pèlerins de pénétrer dans la nef, car l'ancienne était trop exiguë pour recevoir les fidèles. Pour éviter à l'avenir des difficultés avec les communes de Boilsfort et d'Overyssche, ceux de Iloeylaert proposent de reculer l'oratoire un peu au sud-ouest, pour le situer complètement sur leur territoire. Cela aurait aussi pour avantage de rendre complètement le carrefour à la circulation, puisqu'on transférerait la chapelle de Notre-Dame-de-BonneOdeur à front de l'avenue de Welriekende. La requête fit l'objet d'une longue correspondance dont le dossier est conservé aux archives de l'administration des Enux et Forêts. L'enquête dura un an; ce n'est que le 4 décembre i863, après que l'inspecteur de Soigne Mal chaire et le garde général Labarre eussent donné leur avis, qu'un arrêté ministériel autorisa le déplacement sollicité. Au printemps suivant, on entama les travaux; en quelques mois la chapelle était reconstruite, et s'offrait au regard du promeneur telle que nous la connaissons de nos jours. Dans son édification on fit entrer une partie des matériaux anciens, notamment certaines pierres, et aussi trois vieux hêtres qu'on avait dû abattre et qui croissaient sur le terrain, cédé par TEtat, où devait s'élever le nouveau sanctuaire; l'entrée en fut fermée au moyen de cette grille en fer, à travers laquelle nos 3'eux plongent au fond du vaisseau silencieux. Fait curieux, de temps immémorial, le curé de Hoe^'laert disait une messe, en l'ancienne chapelle, le 25 mars, jour de l'Annonciation. Or, à la veille du déplacement du vénérable monument, cette messe annuelle avait dû être abrogée, « à la suite des inconvenances qui se produisaient pendant le service divin », comme le disait avec regret le pasteur dess^ er van t, dans une des lettres v<3rsées au dossier dont nous avons tiré les données inédites qui précèdent.
Le temple, bien que modifié, a traversé les temps; nous aimons de nous arrêter devant sa grille de métal, de regarder au fond de sa nef obscure l'autel supportant l'image de la Vierge. Et son portail cintré, soutenu par des colonnes massives, étend
Son délabrement.
Son dépliicement : 1864
sur le pai'vis une ombre immobile anguleuse qui se marie avec l'ombre hachée et bougeante des hauts hêtres laissant filtrer le soleil à travers leurs feuillages tntélaires. Le pèlerinage de Notre-Dame-de-Bonne-Odeur est encore très populaire. Les uns prétendent qu'on va se délivrer, eu cet endroit, de la fièvre en attachant sa jarretière aux barreaux de la chapelle; les antres que les jeunes filles vont y nouer leur jarretière eu priant la madone de leur donner un amoureux (i).
A Boitsfort exista longtemps un édifice non moins joli : « Il y a à Bot^tsfort, où il y a un bois ducal, écrit le baron Le Roy, une chapelle dédiée à saint Hubert. Elle fut donnée par les sérénissimes archiducs Albert et Isabelle au monastère
de Cauwenberg, à Bruxelles. Cette chapelle étant tombée de vieillesse, on en fit bâtir une autre plus belle en i^iS; les religieux de Cauwenberg y disent la messe aux jours de têtes (a}. » En 1684, nous apprennent les chroniqueurs, des malfaiteurs, profitant des désordres de la guerre, avaieut dévasté une première fois le temple et avaient volé les vases sacrés et l'argenterie. Philippe-Erard vander Noot, évèque de Gand, consacra la nouvelle chapelle de Boitsfort le 3o mai 1723, en l'honneurde saint Hubert. Sous la domination française, le temple a été vendu ; depuis lors on l'a transformé en une exquise maison de campagne, après lui avoir fait subir des modifications importantes.
(1) Georgks Verhaeuen : La Forêt de Soigne, p. 35, e: (3) ThéàlreSacré.p.'ia-,
Parmi les chapelles énmillant la lisière de la forêt de Soigne, les plas fameuses étaient celles de la Sainte-Vierge, à Stalle; de Saint-Job, à Carloo, que l'on allait invoquer contre les ulcères; et de Saint-B[ubert,à Tervueren. Toutes trois existent encore. Mais la dernière seulement a une histoire attachante. Elle est contemporaine d'Albert et Isabelle. Elle fut, en effet, construite sur les ordres des archiducs, vers 1610, par l'architecte de la Cour, W. Coeberger. Selon la légende, elle occuperait la place où se dressa la villa dans laquelle saint Hubort mourut, place où une première chapelle castrale, bâtie par les souverains brabançons, s'élevait auparavant. L'archevêque de Malines, Mathias Hovius, ou Van Hove, dont le nom se rencontre dans Icb cérémonies de presque tous les établissement s religieux de la forêt de Soigne, la consacra en 1617 et la dédia au patron des chasseurs. Autrefois, les moines de l'abbaye de Parcq célébraient chaque jour la messe dans le temple. Celui-ci a conservé tout son caractère architectural ; rien n'est plus joli que sa façade de style Renaissance, en briques rouges, rayée de cordons de pierres blanches horizontaux, sur lesquelles le temps a mis sa patine harmonisante.
La chapelle était ornée jadis d'oeuvres d'art; on remarque encore aujourd'hui dans le maître-autel un beau tableau de Gaspard de Crayer retraçant la Conversion de saint Hubert, tableau malheureusement abîmé par l'humidité. A droite, dans la nef, est une grande toile, attribuée par certains à Gaspard de Crayer, par d'autres à Théodore Van Loon et à W. Coeberger; elle représente saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Evangéliste des deux cotés de la sainte Vierge. De nombreux tableaux ont disparu, nous ignorons à la suite de quelles circonstances, notamment des œuvres de Schut, de Breughel et des copies de Van Dyck et de Diirer. La nef a dix-sept mètres de longueur et six de largeur. Le préfet de la Dyle ordonna la fermeture de cette chapelle ; on rouvrit ses portes sous l'Empire. Durant plusieurs années, elle avait servi de magasin de fourrages du dépôt général des étalons, c'est-à-dire du haras établi dans le parc de Tervueren. Lorsque le prince d'Orange prit possession du pavillon construit pour lui par la Nation, il devint pi'opriétaire de l'oratoire que de si délicieuses légendes populaires entourent et que tant de peintres reproduisirent.
Il la fit restaurer à ses frais et la rendit au culte catholique, le 23 octobre 1826. Après la Révolution belge, elle tomba dans un nouvel abandon et on n'y célébrait plus qu'irrégulièrement les services divins. Aujourd'hui elle reste close; le temps insensiblement la détériore et Thumidité mine ses vieilles murailles vénérables. Une fois par an, le 3 novembre, jour de la Saint-
Ghapelle Saint-Hubert & Tervueren : 1610.
Consacroeen 1617.
Tableaux.
ReaUuration : 1826.
Pèlerinage des chasseurs.
I^ corde laint Hubert.
L'oratoire restauré l>ar le prince d'Orange.
Ilnbert, la porte de la chapelle s'ouvre pour livrer passage à quelques chnssours en tenue et aux habitants do la commune, qui, fidèles à la tradition antiqne, accomplissent un pieux pèlerinage qui tend à disparaître complètement bientôt. Ce pèlerinage, cependant, attirait autrefois une foule nombreuse à Tcrvueren; de tous les coins du pays on venait invoquer le patron des chasseurs, contre la rage et contre los maléfices. « Lç lieu où il avait vécu et où il était mort, était le terme obligé de la voie processionnale. S' Hubertus-weg (i). » Depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1722, la grande procession de la kermesse commençait son itinéraire, en se rendant à la chapelle du château ducal, par la porte Hubertine. L'officiant portait le cor de chasse en ivoire de saint Hubert, conservé, comme on sait, à l'église paroissiale; il marchait sous un baldaquin porté par quatre limiers de la vénerie de Boit.»>fort, en grande livrée, précédé des gildes, des corporations en costume d'apparat, et qui suivaient fièrement leur « alferns » enrubanné, monté sur un cheval caparaçonné. La ixrocession se faisait au son des trompettes et au bruit des salves d'artillerie et de mousqueterie. L'abbé Mertens, rappelant le pouvoir que le saint avait contre la rage, reproduit le témoignage d'un jésuite de Trêves, Johan Roberti, qui, il y a trois siècles environ, eu 1614, avait vu la première chapelle eu ruine, à la veille de sa restauration : « Si à Tervueren ou dans les environs, il est un chien enragé, il est parfaitement inoffentfif et ne cherche à mordre personne, mais prend ^a course vers le parc seigneurial, blottit la tête dans quelque angle de la chapelle et y meurt tranquillement sans avoir nui (2).
Au sujet de laconservationdu pittoresque sanctuaire, l'ancien curé de Tervueren enregistre ces jolies observations personnelles, qui compléteront fort bien, pensons-nous, notre rapide notice sur ce beau monument religieux : « Vers 1845, fraîchement nommé à Tervueren, je prenais plaisir à interroger les vieillards sur leurs souvenirs rétrospectifs. Voici un feuillet de cette époque que je transcris mot à mot. Après Waterloo, le prince d*Orange prit possession du domaine de Tervueren. Il le parcourut un jour accompagné d'un garde, Guillaume Barjon, ancien soldat de l'Empire et chevalier de la Légion d'honneur. Il s'arrêta devant la chapelle de Saint-Hubert, et considérant l'état de délabrement dans lequel le régime français l'avait laissée, il dit à Barjon qu'il n'y avait qu'à la démolir. Barjon lui répondit : « Monseigneur, veuillez n'en rien faire; le prince
(i) Auguste Mertens : Ouvrage cité, p. loG. (2) Ibidem f pp. 108 et 109.
Charles de Lorraine eut la même idée et lorsqu'il voulut mettre son projet à exécution, les cbevanx couxmencèreBt à sauter dans les écuries et les chiens du cheuil donnèi-ent des signes de rage. Le prince Charles fit immédiatement arrêter les travaux et tout rentra dans l'ordre. » Le prince d'Orange refusant de croire à l'exactitude de ce récit, Barjon lui offrit de le faire certifier par son père, Jacques Barjon, ancien garde de chasse de la vénerie du prince Charles et qui existait encore. Le prince d'Orange se rendit chez le père de Barjon, lequel lui confirma le récit de son fils. Au Heu d'ordonner la démolition de la chapelle, le prince en ordonna la restauration et la rendît au culte catholique (i). ■
Qoant à la chapelle de Baint- Job elle a été érigée en paroisse chipsiie Siint-Job en 1837 et presque complètement rebâtie. On y dit encore la '^''
messe de nos jours. Mais elle n'a plus la charmante simplicité qui la distinguait autrefois. Déjà, en 1633 l'oratoire avait été restauré et modifié. Pendant près de deux aièoles, la gilde des
escrimeurs de Braxelles administra la chapelle; cette société avait un local près du petit temple, où tous les ans, pendant la semaine de la Pentecôte, les tireurs donnaient une grande fête qui commençait par un assaut. Cette coutume tomba en déijuétude pendant les invasions successives des armées fran-
(1) AuQUSTZ Ubrtsnb: Ouvrage cité, pp. 109 et iio.
Les seigneurs de (Uirloo.
Chapelle de la Vierge à Uccle-Stalle.
çaises. A la veille de la Révolution, les escrimears de la capitale avaient oublié complètement le chemin de Carloo.
Après avoir été complètement abandonné depuis la Révolution, la chapelle de Saint-Job avait, comme nous venons de le dire, été érigée en paroisse en 1837. Cet oratoire remontait à une assez haute antiquité, puisqu'il avait été fondé en 1493 par Thierry van den Heetvelde, grand forestier du Brabant. La chapelle était castrale, car ses revenus appartenaient en fait et en droit au propriétaire du château de Carloo, tout voisin de Toratoire, qui les administrait sans devoir de compte à personne, a Le seigneur conférait la charge de chapelain à un prêtre de son choix; celui-ci avait la jouissance d'une demeure avec jardin et cent florins de pension par an, payables hors des revenus et offrandes de la chapelle, à charge pour le chapelain d'y résider fixement, d'avoir soin de la propreté de la chapelle et de ses ornements, de l'ouvrir et de la fermer aux heures voulues et d'y célébrer la messe tous les dimanches et jours de fête et autres jours à l'heure qu'il plaira au seigneur de fixer, dont deux seront de stricte obligation par semaine, l'une en l'honneur de la Sainte-Vierge, l'autre de Requiem, en conformité du testament de Thierr3^ van den Heetvelde et de Madeleine vander Noot, sa femme. Tout les quinze jours, il y avait une autre messe de Requiem fondée par la baronne de Carloo, née baronne de Leefdael, et, eu outre, trois messes par semaine fondées par acte passé pardevant le notaire Guiot, à Bruxelles, le i5 février 1784 (1). »
On dit aussi toujours la messe en la chapelle de la Vierge, à Uccle-Stalle. Celle-ci a, comme la précédente, perdu son caractère architectural à la suite de maintes restaurations peu heureuses. Elle avait été fondée au xiv® siècle par le Chevalier Florent de Stalle. Le voisinage de nombreuses habitations modernes a enlevé au site champêtre qui l'encadrait naguère beaucoup de sa beauté pittoresque.
La Révolution française semble avoir non seulement dévasté la forêt, mais anéanti presque complètement son caractère sacré. Les bois célébrés par Thomas de Cantimpré et qui inspirèrent à R.U3'sbroeck l'Admirable ses méditations merveil-
(i) J. Van den Ghkyn, S. J. : Une lettre de Grégoire II J à Philippe le Boiif p. S26, en note Le distingué bollandiste déclare qu*il tient lui-même ces renseignements de M. Eugène Poswick, qui les a recueillis dans un registre aux revenus de la baronnie de Carloo de 1780 à 1743 et de la commission de chapelain accordée, le i^i^ janvier 1743, au prêtre Nicolaî, ancien curé de Gorssem, près de Saint-Trond. On sait que les archives de l'ancienne seigneurie de Carloo, aussi abondantes que précieuses, viennent d'être acquises par les Archives générales du Royaume.
leuses et spirituelles, paraissent ne plus engendrer, dans l'âme des hommes qui Thabitent, que relativement par leur mystère profond et leur silence paisible, le sentiment religieux ardent et la foi absolue. Au commencement du xix^ siècle, les ruines récentes de tous les monastères s'amoncelaient encore dans les historiques vallons aux noms enchanteurs et doux. Mais les chapelles avaient résisté aux orages ; elles mêlaient leurs flèches légères aux troncs élancés des arbres, dont les feuillages formaient, aux croix de fer forgé et aux girouettes rouillées comme les fanes, des manteaux bruissants et humides.
Cependant les petits temples restaient fermés, bien que des gens vinssent prier devant eux et apportassent des offrandes. Un voyageur d'Amsterdam, C. Van den Vyver, raconte (i) que le curé refusait de dire la messe à Notre- Dame-de-6onne-Odeur, parce que ses paroissiens avaient pris l'habitude invétérée de s'enivrer au moyen de genièvre et qu'ils se battaient honteusement : Want ze bezupen zich met franschen brandewien en kloppen dan elkaer; daarom wil de pasteur geen mis er meer ^^gg^^' Toutefois, la générosité des pèlerins qui venaient prier la Vierge devant les grilles du portail était inépuisable. Notre auteur rapporte que le tronc dont l'ouverture s'offrait aux fidèles était plein à en déborder; et n'y pouvant plus glisser une pièce de plus, les chrétiens jetaient à travers les barreaux leurs oboles sur les dalles de la nef minuscule, complètement recouvertes de monnaies d'argent et de bronze.
A l'église de Boitsfort même le peuple n'était plus admis aux offices du culte catholique. Le curé, auquel appartenait néanmoins une grande partie du village, devait se contenter de dire la messe pour lui seul, car trois ou quatre gros bonnets de l'endroit, Kopstukken^ le tenaient sous leur férule et se plaignaient de lui à tout propos. Les paysans désireux d'accomplir leurs devoirs religieux devaient gagner, en effectuant de longs trajets sous la futaie, les églises des villages distants. La chapelle Sainte- Anne, à Auderghem, restait, elle aussi, hermétiquement close ; une fois l'an on l'ouvrait pour un service solennel. Et les vieilles portes se refermaient tout de suite après pour douze longs mois.
Louys Guicciardin, qui adorait la forêt de Soigne, où il rencontrait « si grand nombre d'Abbayes et Monastères que c'est un plaisir et merveille », chercherait en vain, sous les frondaisons, s'il revenait ici-bas, les nombreuses maisons pieuses que, du temps de Charles- Quint, il visita en curieux, comme le
Fermeture dm chapellee
soui la domination
française.
GénéroBltédes pèlerins.
(i) Wandelingen in en om Brusâel, iSaS, pp. iioetiii.
faisaient d'ordinaire les gentilshommes et les bourgeois de Bruxelles au cours de ces excursions classiques de trois ou quatre. semaines. La forêt a perdu son bouquet de couvents et de prieurés, comme elle a perdu sa ceinture de palais, de cbâr teaux et de manoirs. Si nous parvenons à évoquer, dans la mélancolie d'un regret profond, cette époque splendide et évanouie, où il y avait « tant d'abbayes et monastères aux entours » de Soigne « qu'on ne sçauroit rien souhaitter, ny de plus grand, ni de plus beau », il nous est impossible de nous représenter la véritable grandeur, l'absolue majesté que donnait à Sonien l'ensemble de pareilles architectures imposantes et diverses.