‹ Histoire de la forêt de SoigneChapitre 16 sur 27 · C. — Taillis sous futaie · texte numérisé non relu

C. — Taillis sous futaie

Rougc-Cluitro 77 23 55 Taillis sur 20 ans

futaie

D. — Série résineuse :

Rouge-Cloitro 267 G4 iG Blanc-étoo Go ans

La situation actuelle est la suivante : Les deux tiers de la forêt sont maintenus en massif plein et parcourus par des coupes d'éclaircies et jardinatoires ; deux séries, soit environ 1,400 hectares, suivent encore l'ancien traitement : coupes à blanc-étoc et repeuplements artificiels ; enfin le restant, 340 hectares environ, est occupé par le taillis sous futaie et les résineux. Lors du martelage des coupes définitives, le nouvel aménagement prescrit d'établir une réserve de 25 à 5o arbres par hectare, arbres qui doivent avoir été dégagés par la dernière éclaircie, appelée coupe préparatoire. La coupe est reboisée l'année suivante et à l'aide des essences que nous avons indiquées plus haut.

La CommisBioQ d'aménagement a formulé des propoBitions générales très importantes, après avoir défini de façon précise les buta auxquels la forêt doit répondre. Par suite de sa situation et de la natnre de sou propriétaire, dit le l'apport de MM. Crahay et Vanderheyden, dont nous résumons le tnxre. Soigne a à satisfaire à des exigences spéciales. Elle doit rester belle, riche et variée; aussi, faut-il chercher à l'entr'ouvrir le moins possible par des eoupes blanches qui déplaisent anx promeneurs et exposent le sol à se durcir et à être envahi par les herbages, les joncs et même la bruyère. Il est nécessaire aussi qu'elle soit variée, car nulle chose ne fntigue le vieitear comme ces vieux peuplements d'une régularité parfaite, d'une monotonie désespérante. Rien n'est plus beau assurément, sur une longueur de 5oo à

Ls «nind iHang Je Tervueren. . .

D'ipM<ui»-pi>o<«r>pbi^'ii.*<iiiF ^^ mètres, que

ces futaies imposantes de quatre-vingts à cent ans, mais cependant, rien n'est plus fatigant lorsqu'elles Be prolongent sur plusieurs kilomètres. Il semble que si certains massifs prenaient quelque pea le caractère de la forêt jardinée proprement dite, ils ne feraient qu'y gagner. Qne l'on se représente, eu effet, ces arbres élevés répartis d'une façon plus irrégulière, tantôt en massifs, tantôt séparés par des trouées garnies de semis naturels, de fourrés, de petits gaulis et l'on aura conservé à la forêt sa beauté, tout en ayant diminué sa grande monotonie. On aura de plus obtenu davan-

— 5io —

Bols d'Industrie

Chônes.

Pour le gibier.

tage de verdure, un couvert plus bas en divers endroits, des fourrés propices au gibier et aux oiseaux; et la production n*en sera que plus forte.

La forêt doit, en outre, fournir des arbres de fortes dimensions, réclamés de plus en plus par Tindustrie. Actuellement, la majeure partie des produits servent encore au chauffage, car à cent ans, le hêtre n'a en moyenne que i™20 de tour et fournit encore une proportion énorme de bois de feu. La révolution des séries ordinaires, déjà reculée à cent vingt ans lors du dernier aménagement, sera encore reportée plus loin, soit à cent soixante ans, afin d'obtenir des arbres plus utiles et de plus grande valeur. Vers cet âge, le hêtre atteindra au moins de i™8o à 2™20 de circonférence.

Le hêtre, essence d'ombre, couvrant bien le sol, d'une culture facile et assurée, très recherché par les industries du centre de la Belgique, restera l'arbre principal de la forêt. Toutefois, ainsi que l'a prescrit l'aménagement de 1890, des essences précieuses lui seront associées, particulièrement le chêne, le frêne, l'orme, le mélèze et même l'érable. Le pin sylvestre, d'une croissance très vigoureuse et produisant des perches et baliveaux d'une vente facile, interviendra à divers titres, dans les sols médiocres, et en général lorsque le hêtre et les autres essences délicates exigeront un abri. Enfin, l'épicéa, le sapin argenté et quelques exotiques seront plantés par places pour compléter les boisements ou pour former les sous-étages.

Le chêne vient bien dans la forêt. La nature argileuse de maint canton lui convient; il y a donc lieu de le favoriser dans les peuplements de futaie. Les ravins frais, à terre forte, ne convenant pas au hêtre, et le chêne y prospérant, seront particulièrement affectés à la culture de cette dernière essence précieuse. Aussi la Commission propose-t-elle d'adopter, dans ces situations, le régime de la futaie sur taillis mieux approprié à un arbre de lumière. Certains plateaux voisins, également à sol argileux, et renfermant déjà de beaux peuplements de chêne, seront soumis au même régime. Le frêue, l'orme et le peuplier picard seront associés au chêne dans ces conditions. Cette modification à apporter, du reste, sur une faible échelle, en vue de favoriser le chêne, aura aussi pour effet de donner plus de variété à la forêt et de créer des sousbois procurant davantage la fraîcheur et l'ombrage. Enfin, les oiseaux et le gibier trouveront dans les taillis la nourriture et l'abri qui font trop souvent défaut dans les vieux peuplements de futaie.

Tout en conservant le mode d'exploitation actuel, il y aurait lieu d'améliorer encore le système de repeuplement. A l'essence

d'ombre et aux arbres précieaz mentionnés plue haut, on adjoindra une espèce à croissance rapide, à couvert léger, qui prendra rapidement possession du sol, tirera profit da terrain, procurera l'abri nécessaire et disparaîtra ensuite dans les éclaircies lorsque le bêtre, le cbêne, d'autres arbres seront définitivement instolléB. Ces diverses considérations et un examen minutieux de Soigne amènent les distingués rapporteurs à. constituer les séries de la manière suivante :

A. Les cinq séries artistiques dites de Saint- Hubert, de Cautitiition dn « Oroenendael, de Welrieckende, d'Â.udergbem, de Tervuereo, toutes futaies régulières à couvertir en futaies jardinées. — H. La série en conversion de Boendael, taillis sous futaie 6 convertir en futaie jardinée. — C. Les deux séries régulières de Belle-Etoile, et de Ravesteya, à traiter, la première par coupesà blanc étoc et repeuplements artificiels, la seconde par le mode du réensemencement naturel et des éclaircies. — D. Deux rideaux d'abri et d'agrément correspondant au X

séries régulières ^.„„^,„ j,„^ ^^ |„^„ j^ capucin»,

et à traiter par D'a.|>i«i un» piiougnpbic i>i«-ii».

le jardinage. — E. Les trois séries de

futaie sur taillis, en conversion, de la Pépinière, de Rouge- Cloître et de la Pineraie Lauwers, composées en partie des futaies sur taillis existantes, — tel Rouge-Cloître, — en partie de cantons de futaie chêne et charme et de pineraies à convertir en futaie sur taillis. — F. Cinq séries de futaie résineuse comprenant les pineraies disséminées sur le domaine.

('x)n%iûénlUna atthétlquei.

Règles proposées.

G roulements des séries artistiques.

Rideaux d'agrément ou d'abri.

Un chapitre du rapport de la Commission s'occupe de l'aménagement spécial de chacune de ces séries. BiM. Crahay et Vanderheyden, parlant des séries artistiques, émettent des considérations fort intéressantes et judicieuses sur l'objectif à poursuivre. Ce que l'on admire le plus dans le peuplement de la forêt, écrivent-ils, c'est la hauteur et la rectitude des arbres ; ce qu'on leur reproche avec raison, c'est leur grande régularité, leur monotonie. Il faut tâcher de diminuer cette dernière tout en conservant les qualités premières. En maintenant pendant longtemps encore les vieux peuplements dans une situation analogue et en y pratiquant des éclaircies qui augmentent leur régularité, ou s'expose à obtenir des massifs dont le remplacement présentera un jour de sérieuses difficultés. On se trouvera, en effet, en présence d'arbres du même âge, mûrs ou dépérissants en même temps, inaptes à fournir des graines fertiles qui, du reste, germeraient difficilement sur un sol mal conservé, insuffisamment abrité par un couvert de plus en plus relevé. Pour réaliser le but désii'é et obvier à tout danger, les rapporteurs préconisent l'adoption des règles que voici :

lo Tenir les peuplements assez, serrés jusqu'à ce que les arbres qui les composent aient atteint leur plus grande hauteur; 20 entr'ouvçir les peuplements de façon que les arbres d'élite puissent arrondir leur cime, former une ramure puissante et devenir fertiles ; en second lieu pour que des semis naturels, des fourrés puissent naître, se développer et apporter aux massifs la verdure et la fraîcheur qui font le charme des futaies jardinées.

Les séries artistiques renferment des peuplements d'âges divers, allant le plus souvent d'une dizaine d'années à cent, cent dix ans et même plus. Cette situation a déterminé la Commission à proposer la division en trois groupes : vieux peuplements, peuplements moyens, jeunes peuplements, qui seront soumis chacun à un régime dont le but essentiel sera de conserver un effet pittoresque parfait. La série artistique de Tervueren forme une parcelle isolée, située à proximité du village de Tervueren et à environ 2,5oo mètres de la forêt. Elle est entourée de terres cultivées et de bois appartenant en majeure partie au Roi. Elle mesure 104 hectares 5o ares.

M. Alexandre Dubois et ses honorables collègues recommandent spécialement que les rideaux d'abri ou d'agrément soient conservés, comme autrefois, dans les séries ordinaires, aux lisières exposées, ainsi que le long des chaussées et avenues fréquentées. Les coupes à y effectuer seront de même nature et poursuivront le même but que celles des séries artistiques, mais d'une façon bien plus modérée et sur de plus petites éten-

dues. On doit éviter de conserver à ces peuplements an degré d'aniformité trop absolu; sans cela lea arbres, très élevés et peu branchuB, ne rempliraient plus le rôle désirable. Il importe de cberaber prademmeot à obtenir des massifs irrégniiers, constituant une barrière efficace contre le veut et pininnnt mieux aoz promeneurs. Enfin, on s'efforcera de créer un BOus-boïs dans les zones d'abri et d'agrément, soit en provoqoant la nais- BODce de semis naturels, soit en opérant par plantations de diverses essences.

Les lisières exponée» aux vente fieront notamment garnies d'épicéas.

Les rideaux de ce genre seront répartis eu deux séries correspondant aux deux sériée ordinaires.

Elles seront à leuitour divisées en groupes, comme les séries artistigaes. Le premier groupe comprendra les coupes de „^ir.v<..en^^^^^^'J^ZtZrr' 85 ans et au-des- D-^prù «ug piir>u(npbj> u sus, où dee coupes jardinatoires seront exécutées.

Le deuxième groupe sera formé par les bois de 33 a à 85 ans, où des coupes d'éclaircies seront assises. Enfin, le troisième groupe comprendra les jeunes bois.

TJu autre chapitre du rapport a trait aux coupes en général et aux travaux d'amélioration. Il prévoit tout d'abord les nettoiements et les éclaircies, dont il examine les principes d'exécution à suivre. Il s'occupe aussi du moyeu de desservir les

Nouvetax chêfnlnt.

EttancM exotiques.

Création d'étangs.

Pour l'avenir de la forât, de Soigue.

cantons mal situés et en même temps de créer des promenades agréables. Le principe admis est de suivre les ravins ayant une issne praticable et de placer les nouvelles voies de transport au pied des versants, à Tabri toutefois des eaux s'écoulant par le vallon. La Commission prévoit l'établissement de trenteneuf chemins, de i™5o à 5 mètres de largeur, réunissant les grandes avenues entre elles et les endroits les plus pittoresques de la forêt. Le rapport s'occupe encore des repeuplements artificiels, du repeuplement des coupes usées, du complément des plantations, de la création de sous-étages, du repeuplement dans les futaies sur taillis, et recommande, à titre d'essai, la plantation d'essences exotiques.

La création des séries artistiques, des rideaux d'agrément et de taillis sous futaie, en certains points déterminés, le long des promenades et des ravins, montre que la Commission s'est préoccupée du coté esthétique. Dans le même ordre d'idées, elle préconise la plantation de sujets exotiques en certains points bien choisis, soit isolément, soit par bouquets, tout en évitant une exagération qui enlèverait à la forêt son charme naturel. Quelques hêtres pourpres, érables de Virginie et chênes d'Amérique par exemple, dans lesfutaies sur taillis; quelques bouquets de douglas, de nordmanns, de vobilis ou de mélèzes suffiraient à varier quelque peu l'aspect des massifs. Il semble utile également de créer des clairières le long de certaines allées, notamment près de l'Avenue du Haras et dans le voisinage des étangs. Quelques pièces d'eau existent déjà à Oroenendael. Il est proposé d'eu creuser d'autres, au fur et à mesure des ressources, notamment là où elles existaient jadis : Kinders Verdronken (i) Viiylbeke^ Kerrenberg. Tout en augmentant l'agrément de la forêt, les étangs accusent son pittoresque; ils assurent aussi le revenu de la pêche et fournissent aux oiseaux et au gibier une eau qui souvent manque dans la forêt de Soigne.

Après avoir reproduit les conclusions de la Commission d'aménagement, nous tenons à en formuler à notre tour quelques-unes, qui, pensons-nous, compléteront logiquement les premières. On s'accoutume, dans notre pays, à entourer d'un respect jaloux tout ce qui touche de près ou de loin à l'histoire. Le plus infime vestige de construction ancienne, la ruine la plus informe font l'objet d'études et sont conservés, consolidés àgrand frais. Tout cequi évoque quelque fait glorieux ou pénible est disputé au temps et est rétabli, si l'on peut dire, dans une

(i) Les deux étangs des Enfants Noyés, depuis si longtemps effacés de la carte de la forêt de Soigne, ont été rétablis récemment en leurs emplacements primitifs.

existence nouvelle, grâce aux soins dévoués des artistes et des archéologues, soutenus par les pouvoirs publics. La forêt de Soigne, autrement ancienne que In plus antique de nos architectures nationales, est digne plus que tout monament de faire l'objet de la vénération et de l'amour du peuple de Brabant. Son histoire est en raccourci l'histoire du duché; il n'est pas un arpent de son sol qui n'ait servi de théâtre à des événements célèbres on touchants. Tout à ses ombroge» suggère la vie de nos princes, le luxe de leurs Cours, l'existence dns religieux illustres de nos ancêtres liberté et d'indépe Soigne est une ' page où l'on peut I sans cesse, pour pe qu'on soit désireux de surprendre ses secrets et qu'on connaisse son passé. Non seulement il faudrait la conserver désormais intacte, interdire que l'on en dérodât à jamais nul tronçon, mais essayer de l'élargir, de lui rendre ses proportions d'autrefois.

Dans la mesure du possible, bien entendu, car lee temps modernes ont créé maints obstacles maté-

riels qu'il n'est Dupr» m- i>b>u>grmpbi> laMiu.

point aisé de franchir pour réaliser

le projet que nous préconisons. Mais on pourrait, petit à petit, acquérir des terrains au nord-ouest et au sud-est, qu'on planterait successivement d'essences diverses. Ces bandes noueraient comme naguère la forêt aux bois de Meerdoel, d'Heverlé et de Hal. Ce résultat obtenu, on peuplerait le domaine, non dans un but cynégétique, mais dans une intention

d'agrément et de pittoresque, de cerfs et de biches, grands animaux sympathiques et peu ravageurs, dont la présence sous la futaie est d'un charme profond.

Une innovation heureuse serait de fixer aux endroits fameux des écriteaux qui apprendraient au promeneur, en un style précis et bref, l'événement historique, le fait anecdotique qui s'y seraient déroulés. Ailleurs, on devrait rétablir les arbres célèbres, dont les lieux exacts nous ont été conservés par les vieilles cartes : chênes, hêtres, tilleuls, pommiers, aux appellations sonores ou singulières. Et ne serait-il pas absolument naturel que l'on rendît aussi à certaines allées, à certaines avenues, les noms qu'elles portaient jadis? D'autres commémoreraient le souvenir des moines, des écrivains, des peintres brillants qui chantèrent Scfnien à travers les âges. La Forêt ainsi parée, toute vibrante encore de sa vie d'autrefois redevenue jeune, serait plus belle, plus attrayante qu'à n'importe quelle époque.

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