CHAPITRE PREMIER
La Topographie
Aspect pittoresqne de la forêt. — Un abornement du xvi" siècle. — Lee géographes : Lambert Lanrin, géomètre des domaines en Brabant; Florent Van Langren ; J. Van Werden, archer et garde-corps de S. M. Philippe IV; A.-D, Brujn, géomètre et architecte des biens domaniaux; le comte de Perrarls, général Inspecteur d'artillerie; J, Bodimont, arpenteur juré; J. HellemaoB, mesnreui<d'ÉdiflceB: C.-J. Everœrt, géomètre du Conseil souvertiin de Brabant;G DeWauthier.cci-devant (In corps d'artillerie autrichien u; J.-B De Roy, géomètre forestier de ta Société Générale; Tb. Huvenne, dessinateurtopographe. — Le bois de la Cambre. — Les dernières aliénations.
AJBEiTUEiisE et vaBte, )a forêt 4lc Soigne noue sur le cœur rose que forme la carte du Brabant comme une faveur verte irrégulière. Du sud-ouest au nord-est, la route de Mont- Saint- Jean à Malines la traverse Bur sa pluB considérable étendue. Presque perpendiculairement, à Groenendael et à bauteur de l'avenue des Mésanges, la f route de Namur et la route de I La Hul])e croisent le pavé. La chaussée de Waterloo, entre le bois de la Cambre et la Grande- Espinette, constitue l'exacte limite occidentale du domaine, traversé, de Boitsfort à Hoeylaert, par la ligne ferrée du Luxembourg. Ces larges voies carrossables sont reliées les unes aux autres par des avenues et des cIiemisH innombrables, de création plus ou moins récente et portant des noms évocateurs. Celui qui s'est aventuré eous les ombrages do la forêt n'oublie pas ses splendeurs; son aspect d'été, son aspect d'iiiver, son aspect atttàmnal, son aspect printanier opèrent sur le promeneur avec. un charme différent, mais toujours profond. Les mas-
Inflaenoe sur la température.
L'ancienne superficie.
Caractère pittoresque.
Altitude.
sif S paissants qui, en détournant de la capitale toute proche les orages et les rafales de pluie, réglementent, pourrait-on dire, la température de la ville, sont aussi pour les citadins un réconfort et un plaisir. Sous la futaie ils viennent puiser la santé, en respirant cet air pur dont les prive le travail de toute la semaine. Et ceux qui sont les moins sentimentaux ne prétendent pas se dérober à la séduction poétique qui émane de la nature sylvestre et rend sensibles leurs âmes plutôt sceptiques.
La forêt était autrefois énorme, elle recouvrait le double au moins de sa superficie actuelle ; jamais pourtant elle ne fut plus somptueuse, plus riche dans le manteau émeraude de ses arbres séculaires. Elle était sauvage et inquiétante, enveloppée dans un calme farouche; aujourd'hui elle est visitée par tous, et son silence est souvent rompu par le chant des oiseaux qui nichent dans les arbres bordant les chemins. Certains coins des bois, vers la lisière, sont emplis de musique. La fraîcheur y est délicieuse. Des étangs et des ruisseaux mettent des taches argentées dans la verdure des clairières et des vallons.
La joie a remplacé la rêverie et la méditation; là où les moines et les dominicaines vivaient dans le recueillement sont, parmi les ruines ou les suprêmes constructions de leurs antiques monastères, des guinguettes et des cabarets rustiques. Leurs charmilles retentissent de cris et de couplets, et infiniment monte vers les hautes cimes mouvantes un hymne de gaîté et de jeunesse insouciante.
Des amazones et des cavaliers suivent isolés ou en groupes les chemins naguère hantés par les chasseurs princiers et leurs meutes; des automobiles et des vélocipèdes alternent au milieu des chaussées où circulaient dans le temps des chariots lourds traînés par des bœufs ; des peintres installent leur chevalet dans les venelles étroites où les religieux s'asseyaient à l'effet de contempler les manifestations de la vie végétale et essayaient d'en saisir le mystère pour établir de simples et merveilleuses paraboles. Des pêcheurs s'immobilisent au bord des lacs monastiques, des fiancés se reposent sur le tapis d'or des fanes et écoutent au loin le susurement d'une source ou la mélopée nostalgique d'un orchestre festif .
Le caractère de la forêt est multiple ; selon qu'on la parcourt, on goûte des sensations successives. Le plateau du sud-est de Bruxelles, où elle se dresse, est cependant peu mouvementé. Son altitude oscille entre 76 et 128 mètres ; le point le plus bas est Rouge-Cloître, le point le plus haut le Ticton. La forêt de Soigne a exactement 4)082 hectares. Sa principale longueur, du nord-est au sud-ouest, atteint 12 kilomètres, et la plus faible largeur, le long du railway, 3 kilomètres.
Elle est située sur onze communes : TTccle, Bhode Saint- Genèse, Waterloo, La Hulpe, Hoeylaert, Over-Yssche, Duysbourg, Tervueren, Woluwe-Saint-Pierre, Auderghem et Watermael-Boitsfort. Des vallonnements créent des perspectives délicieuses; çà et là. des ravins encaissés abritent des bas-fonds humides, d'où s'échappent au moindre tapage des chevreuils et des faisans. Le tronçon occidental, que traverse la drève de Lorraine, fait songer, avec ses hêtres hauts de 40 mètres, à un temple immense et recueilli. Tous ces troncs droits et lisses représentent à nos yeux des piliers soutenant une voûte inaccessible. L'impression ici est auguste et angoissante; on reste silencieux et craintif, surpris et enchanté à la fois. Et, lorsque tombe le soir et que les lointains s'imprécisent, nous croyons deviner les échos des orgues subjugantes.
Ailleurs, vers Bavensteyn, Blankedelle et Notre-Dame-de- Bonne-Odeur, la futaie résineuse a un attrait intime et léger. Sur les crêtes et les mamelons et dans les vallées, le mélèze, le pin, l'épicéa constituent des bocages qui, aux premières gelées, paraissent se transformer en un féerique jardin de Noël... Arrivé près des étangs de Rouge-Cloître, nous gagnons la colline qui les surplombe; nous traversons ici des taillis serrés donnant l'illusion d'une forêt où personne n'a jamais pénétré avant nous : le coudrier, l'érable, le bouleau, le chêne, le charme, le frêne, Torme s'entremêlent, harmonisent leurs troncs bruns, gris et blancs. Et c'est à peine si on entend venir jusqu'à soi le clair clapotement de l'eau que noie le. friselis ininterrompu des feuilles bougeantes. Plus loin, le quinconce de Tervueren, avec ses orgueilleux hêtres verts, et le bois des Capucins, avec ses somptueux hêtres rouges, avivent l'admiration et rendent plus cher encore à notre souvenir ce domaine essentiel du Brabant. Il est le joyau du vieux duché, le premier et prestigieux fleuron de sa couronne. Les soins attentifs et jaloux des ancêtres, en dépit des siècles mauvais et des dominations pressureuses, l'ont conservé pour notre félicité et un peu pour notre mélancolie, car son histoire est à la fois joyeuse et tragique; elle nous émeut comme la vie aventureuse d'un héros aimé.
Selon la « Délinéation géographique tant de l'ancien que du moderne Brabant, avecq les parties y compriuses selon qu'elles estoient devant les inondations des terres vers la Hollande adveniies l'an 1421 », publiée par F. Chrlstophre Butkens, <c prieur à Saint-Sauveur, ordre de Cisteaux en Anvers », dans les Trophées sacrés et profanes du Duché de Èrabant, parus en 1724, le bois de Soigne commençait, au début du xv^ siècle, à proximité de la première enceinte de la capitale. Il s'approchait
Les villages.
Variété des essences.
Au xvc siècle.
det rires de la Snue, poi* était borné par les rillages de Uorpe Toameppe-, Braine-Castean, Braine-Allen et Genappe ii). Holpen se trourait complètement entouré par la hante futaie, qaî se prolongeait snr la rire droite de la Làoe et avançait quelques tronçons jusqu'à pen de distance de la Tbile. Une demi-lieue séparait à peine les derniers arbres de la ville de Wavre. An nord et an nord est. le massif était limité par Neeris-tcbe. fjeefdsel, Daisboi^, Vueren et Wolnwe. Les eaux méandreuses de l'Issche. qui de nos jours coulent pour ainsi dire compiûtement en campagne déeonverte. coii))aient la forût
en deux longues bandes presque égales. Le village d'Overissche anttsi était tout à fait entouré par les arbres du domaine ducal, qoi comptait de l'oaestà l'est ane étendue de ciuq lieues.
Le plus ancien document graphique concernant la forêt de Soigne est conscrré aux Archives du Royaume, à Bruxelles (z). C'est un dessin original, représentant un aborneraent de « Soinien » au commencement du xvi* siècle. Grâce aux cinq feuilles qoi le composent et qui, mises à la suite les unes des autres,
( I ) Noas avons adopté, de m&aière générale, pour tons I«s nomB, l'orthographe originale des docaments que noua avons cousaltéspoDr cet on vrsg« et que nous examinerons au cours des différents eh api très. Cela permettra an lecteur de se rendre compte des modifications subies par ces nome à travers les siècles.
(a) CarleM et plan» manuierits, n" 3oo3.
forment une frise éloquente de sept mètres de développement, nous possédons un aspect exact d'une partie méridionale du domaine tel qu'il était sous le règne de Charles-Quint. Ces croquis font penser, tant ils sont exécutés avec un soin méticuleux, à certaines tapisseries flamandes de cette époque, tapisseries monochromes à sujets sylvestres; et il ne serait pas surprenant d'apprendre qu'ils auraient été peints, au lavis, par un de ces nombreux maîtres auxquels les ateliers bruxellois commandaient d'ordinaire leurs cartons.
Sur un long parcours, qui embrasse quinze bornes, nous pouvons admirer, dans le charme d'une évocation nostalgique, la lisière de la vieille forêt, limitée par un fossé peu profond devant lequel des pierres portent des chiffres gothiques. Le dessin représente dans son ensemble, comme l'indique une inscription pâlie retrouvée au dos du premier fragment, le bois appartenant à l'hôpital de Jéricho, de Bruxelles : Figure van bosch van Jherico. Le site se déroule divers et pittoresque. Au bas, sur la bande de terrain mordoré par la couche des feuilles mortes, nous lisons dans un coin : Soinien. Nous sommes par conséquent placé sous le dôme ombrageant de la forêt elle-même et nos yeux contemplent, au delà de l'orée, les propriétés voisines. Tout d'abord nous arrivons à un coin exquis, précédé d'un ruisseau : Die gracht vanden Lande van Jherico. Une pierre carrée surgit du sol, à l'ombre d'un haut arbre. En dessous nous lisons que « c'est de la propriété de l'hôpital de Jéricho la première borne, située à i3 pieds du milieu du fossé et à 4 pieds de son creux (i). »*
A une centaine de mètres nous contemplons soudain, dans le cadre d'une clairière radieuse, avec son clocheton pointu émergeant du centre de trois petites constructions, la ferme de ter Cliiysen : Het Hoff geheeten ter Cluysen toebehoirend den Godshuyse van Jherico binnen Brussel (a). Tout à droite, au premier plan, est un site enchanteur : Une passerelle franchit le ruisseau. On s'aventure dessus en s'appuyant sur une branche attachée entre deux piquets fichus en terre, et le bord de la barrière donnant accès à Soinien. Si Ton pousse cette barrière, nous nous trouvons transporté dans un repli de terrain ténébreux. Une brèche coupe la légère colline et, sur la tache claire du pré voisin, se profilent les trois madriers mal équarris et
Lisière méridionale.
Le bois de Jéricho.
La ferme de ter Cluysen.
(i) //i dit i8 des Goidshnys oan Jherico hersien pael staende in Sonien aan die noortsyde liggende des selffs goidshuys landt xiij voeten vanden middel des greehts, en iiij voeten buyten thol vanden grechte.
(2) Ter Cluysen était à Forigine un des monastères de la forêt de Soigne. Il fut transféré en i^y'\ à Bruxelles et prit le nom de couvent de Jéricho.
Futaie épalfse.
Le chemin vers ter Handt.
Le hameau.
mal assemblés d'une barrière primitive. Désormais nous longerons, sans sortir de la forêt, le bois périphérique : Dit ig Dbeghinsel van des Bossche des Goidshuys van Jherico. Jetant un dernier regard sur la métairie à moitié perdue dans un bouquet d'arbres, nous nous engageons vers l'ouest. La futaie nous entoure de toutes parts. Plus un seul point du ciel ne brille à travers les feuillages d'automne. Les arbres se succèdent en une théorie grise ou jaune : bouleaux et hêtres, émaillés de taillis aux masses brunes légèrement teintées de vert. Entre la deuxième et la troisième borne, une autre barrière, construite entre deux tronçons rabattus de la digue, défend un chemin décrivant un arc rapide sous la frondaison, dans laquelle s'évanouit bientôt sa ligne fuyante.
A la quatrième borne sort du bois un large chemin qui forme le premier coude de la propriété de Jéricho. Nous dépassons la cinquième borne et apercevons une passerelle et une barrière presque semblable à celle de tantôt. La barrière défend un chemin (een voetwegh)^ qui vient du prieuré de Sept-Fontaines et se dirige vers ter Cliiysen, La végétation se fait moins luxuriante, les arbres se rabougrissent et au loin, derrière le dos arrondi d'un coteau, le ciel filtre entre les branches. Nous voici au second coude du bois de Jéricho. Il n'y a point de borne, car la route charretière allant vers le hameau ter Handt indique la lisière. Le paysage est ravissant : Le vieil aquarelliste a plus finement encore colorié son dessin. Celui-ci semble tout nimbé du soleil qui pénètre jusqu'au sol à travers les hautes cimes. En face de la huitième borne, le chemin coupe court, à gauche ; il décrit un angle aigu près d'une barrière faite de trois planches unies par deux montants massifs et d'une traverse oblique. Maintenant des troncs tout noirs surgissent, à côté d'autres troncs presque blancs.
La neuvième borne indique le troisième détour du bois {den derden omkeer des voorschreoen bosch). Jusqu'à la quinzième borne nous marchons en ligne droite, pour arriver à un hameau qui est sans doute ter Handt, et dont les habitations alternent avec de la verdure et des arbustes. Nous avons l'illusion d'une agglomération en miniature dont on aurait, pour ne pas les briser en les bousculant, séparé les maisonnettes par des coussins de mousse... Les arbres s'espacent avant d'atteindre le bourg infime; le ciel s'élargit et, près d'un arbre énorme, au tronc lisse d'argent, une barrière est fermée de l'autre côté d'un fossé où brille une eau unie et immaculée. Le coteau descend en pente douce vers le village: les toits de chaume s'accordent avec le sol tout doré par le regain mûr. La plaine est défendue par des arbrisseaux; leurs branches fantastiquement tordues
se mêlent et constituent une haie bizarre. L'enchevêtrement végétal nous eu reste devant les yeux ; car cette baie marque le point terminus de l'abomement de la forêt, tout le long des terres appartenant au vieil établissement religieux bruxellois. Cet abomement ne fut certes jamais plus étendu. II est dû probablement aux nécesBités d'un procès ou d'une contestation entre l'administration des domaines et les propriétaires riverains. Il nous évoqae une forêt sauvage et poétique tout imprégnée encore de son antique splendeur sacrée. Ce dessin a une saveur profonde; son archaïque beauté a le même charme que les vieux noms de villages sylvestres gravés sur la planche
hommes pour leur musique ont plus ou moins modifiés : Soenieit, Overessehe, Hiilpen, Genival, Oheyn, Nysele, Braine-AUeur, Owergem, Opwola, Duysborch, Plancenoot...
Vers cette époque, c'est-à-dire en î563, la forêt de Soigne a, selon Loys Guicciardin (2), une superficie de 8,000 arpents de 400 mesures, chaque mesure comprenant ao pieds romains. Le circuit total du domaine est de sept lieues.
La plus ancienne carte d'ensemble que nous possédions de la forêt de Soigne est datée de 1689 (3). Ce document manuscrit
SuperâcM en IBBJ.
Limberi Liurln. I
(i) Brabaatiadetcriptio, iHqi.
(a) Deicripiioa dt tout les Payt-Ba*,p. 37. Edition de Calais, iGoij
(3) AitCHiVES DU ROVAttMB. Carte» et plan» manu»erit3, a." 718.
fat exécuté de i634 à i638 par Lambert Laorin, géomètre des domaines en Brabant. Les limites de la forêt y sont tracées à Tencre rouge. Les bois périphériques sont indiqués en jaune et en brun. La carte est dessinée avec un soin méticuleux et les hameaux, les villages, les monastères y sont montrés à vol d'oiseau, avec leurs agglomérations de bâtisses minuscules teintées de rose. Le domaine proprement dit commence au bois de Forest, prend vers l'est, passe derrière le cloître de ter CamerCj contourne Boyendael^ Tenreucken, Rouge-Cloître, remonte un peu, revient derrière Ravesteyn, encadre les parcs et le château de Tervueren, laisse à courte distance Duysbourg, forme un angle presque droit là où le géographe a indiqué, par une double théorie de tentes et deux carrés de soldats porteurs de lances, « l'armée françoise et hollandoise en i635 », et gagne obliquement Holaert. Une pointe s'avance alors jusqu'à ten Broecke, Une courbe convexe se produit et nous gagnons en ligne droite Ransbeek, la Censé de Tier le Haye, S' Jansbergh. D'ici à Ter Cluyse, caché dans cette boucle sylvestre dont nous avons tenté de dire l'aspect enchanteur, la lisière longe de DrossarL (Censé du Bailli), la Censé de Waterloo et Reuelinghe.
Le massif presque isolé dont Sept-Fontaines est le point septentrional, est marqué au centre par le Chesne de Saint-Hubert. A l'est il est limité par le Zonien broeck (Ruisseau de Soigne). La forêt décrit alors une crique vers l'est, sur le territoire de Halsemberge, Ter Heyde, Lansroode. Elle va vers le nord, parallèlement à la route de Verrewinckel et projette une langue étroite, à hauteur de Droegenbosch. Nouvelle crique dont Le bols de Forest. l'extrémité Constitue le tronçon qui forme en vérité un seul
massif avec le bois de Forest, encore vaste et intact.
Une seule grande route traverse la forêt; elle va du nordouest au sud-sud-est, naissant à côté de Ter Camere et cessant à Waterloo; ici elle rattrape la chaussée de Braine la Leu. La carte de Lambert Laurin, à « l'eschelle de cinq cens verges à vingt pied chasque verge pied de Brux**, faisant une demy lieue à Ligne droite », est assez abîmée. Beaucoup de noms sont devenus illisibles. Mais il existe une autre carte manuscrite du même géomètre, également aux Archives du Royaume. Elle a certainement été dressée d'après la première. De proportions supérieures, elle n'est pas mieux conservée (i). Elle contient aussi moins de détails géographiques. Elle a ceci de fort intéressant, c'est qu'elle porte en marge la description des
(i) Cartes et plans manuscrits^ ii*>7i5.
(c seogles » (i), des étangs intérieurs et des parties non boisées : pâturages, prés, drèves et bruyères.
Une carte du Brabant de Florent Van Langren, gravée (excudit) par Giuhelmus Blaeu, et que nous avons consultée au Cabinet des Estampes, donne pour limite à la forêt de Soigne, en i63o : Braine-Chasteau, Woulter-Braine, Hermitage, Rieuvelinge, Waterloo, de Reessari, Gallemart, Hulpon, Holst, Ilolar, Dumborge, Overysscbe, Keiel-Heyt, Duysborch, Vueren, Stockel, Roye Clooster^ Ouwergem, Boitsfort, Cameren^ Boondnel, Carloo, Roo et Seuenborre. Selon le géographe bruxellois, Sonien Bosch contenait de son temps « 8,2G3 boniers un journe, et 60 verges à 20 pieds la verge ».
Pourtant, si Ton veut connaître parfaitement la forêt de Soigne telle qu'elle existait au xvii® siècle, nous devons ouvrir rédition princeps du Regiae Domus Belglcae d'Antoine Sanderus, paru à Bruxelles en 1659. La carte qui y est insérée nous fournit la topographie complète du Sonien Bosch au début de la seconde moitié du xvii^ siècle. L'auteur des levées en fut, comme nous l'apprend le texte qui orne un cartouche ménagé à droite de ce précieux document, J. van Werden, « archer et garde corps do S. M. » La planche a été gravée à la pointe par Lucas Vorslermans, junior, La forêt de Soigne y apparaît vaste, compacte, émailléc de rares clairières. Elle s'avance, en une langue qui est bornée par le hameau du Chat (de Catte) et le couvent de Boitendael, jusqu'à proximité du chemin parallèle à labbaye de Forest. De là, la lisière est formée par den Draijtboom (la Barrière); ter Cameren (la Cambre); Boendael; la fameuse 'S Heerenhuys ou Maison des Seigneurs; Speulcout; le village de Boitsfort; de Pinnebeck (Ruisseau des Eperlans); ten Reucken (la Bonne-Odeur). Ici, enveloppant l'antique route d'Overrysche à Bruxelles, les bois s'étendent jusqu'au hameau du Chant-d'Oiseau (den Vogelen Sanc) et le couvent des Dominicaines d'Auderghem, ou plutôt d'Auwergem, puisque nous adoptons dans cette description géographique l'orthographe de Sanderus.
La forêt contourne, sur deux faces, l'enceinte du prieuré de Rouge-Cloître, pousse dans la direction de Stockel un énorme massif où nous trouvons : den Keltel (le Chaudron); de 5 bnexkens (les cinq petits hêtres); den Bessem (le Balai). A peu de distance un gros arbre, planté à droite de la route, indique
Carte de Van Langren.
SuperAcie en 1630.
Antoine Sanderus
La carte de J. van Werden.
Les vieilles appellations
(i) On indiquait au moyen du mot sengle les subdivisions de la forêt. Nous en avons rencontré la plus ancienne mention dans le Keurboeck oan Sonien i/jSoy appartenant aux Archives générales du Royaume. L'article ii3 de ce mauuserit parie en effet de plaelsen en cyngelen.
Hocbvorflt. 'I Hof oa terme de Ravesteyn, est accolé à la fataie. Elle ee prolonge, gratifie de l'ombrage de ses hauts arbres les bâtiments da Hof Diependael (Ferme de la Tnllée profonde) et l«a terres récemment défricbées da H. Geettoelt (le champ da Saint-Esprit).
En s'unissant au parc da châteaa ducal de Tervueren, la forêt dessine ane sorte de boucle irrégulière et dentelée. Le Beldekens gat (Trou des Images); dea Seken dael oyoer (l'Etang des Sept- Vallons) ; het Lathouwen gat (le trou des Scieurs de long); den plaz ter Schur (le Marais de la Grange), sont enclavés dans cette parcelle, qu'indique, au sud, le couvent des Capucins. A l'oueBt est le village de Duysborg, distant de
Le bal Arbre
200 verges de l'orée. Derrière 'f Hof ter Shur (la ferme de la Grange), à l'angle d'un carrefour, pousse on tilleul élevé que les contemporains, épris de sa végétation plantureuse et luxuriante, appelaient admirativement : den Schoonen Boom (le bel Arbre).
Dès Kessel-heye (Bruyère de Kessel), la forêt, avançant tout d'abord jusqu'aux premières chaumières de Overyssche, recule vers le Moynkena plas (marais des Moines), délimite den Coûter oan ter rist (le (Joutre de la Grappe), franchit en partie les coteanx de la Montagne de Smey, et ménage, à la latitude de Grunendael, un vide circulaire croisé de routes, de deux ruisseaux méandreux venant d'Overryscho et qui alimentent les
étangs du priearé sylvestre. Dans cette crique allongée se dressent le coquet clocher de Hoolaert et de ter Heyde ten Bosch. Nous y voyons la ferme de Duinberch (Montagne des Dunes; de Steenberch (le Mont de pierre); la montagne de Smey; Caudael velt (le champ de la Froide- Vallée) ; den paloker; le champ de Nille. A partir de cet endroit le chemin, jusque ter Hulpen, traverse tour à tour des prairies de création peu ancienne et des massifs de hauts arbres. Au nord de ter Hulpen la forêt s'élargit, s'amplifie, rafraîchit de son éventail verdoyant la ferme ter Holst, les vergers menant au territoire de la ferme ter Brouck»
Cette métairie reçoit son nom d'un marais qu'alimente un rivelet dont le ruban liquide serpente à l'entrée de la forêt et la côtoyé jusqu'au hameau de la Quewe. De l'autre côté du cours d'eau jaseur est le beau bois de Motte. Abrités par les feuillages, tournent deux moulins : den Meiilen van ter Hulpen et den Nysdam Meulen. De la Quewe à la ferme de Tire le Haye, nous prenons une route que seul sépare de la forêt le ruisseau de tantôt, lequel va sous bois confondre ses eaux limpides avec les cascatelles maléfiques du Sivertenborre (la, Source noire). A proximité de la ferme te Galleniart, la route oblique à angle droit : un embranchement rectiligne mène à O Heyn. Une pointe effilée formée par la forêt s'arrête au S' lans berch (Mont Saint-Jean). Nouveau golfe rectangulaire qui se redresse vers l'ouest.
A une portée de fusil de la route de Braine la Leu, la lisière remonte, s'arrondit, entoure complètement Waterloos et la ferme de ce nom, située au midi. A cet endroit se détache une vaste bande de la forêt, constituant son extrême éperon méridional, et qui, long de 1,200 verges et d'une largeur moyenne de 400 roeden^ pénètre fort avant dans le « roman pays ». Cet éperon est assez exactement encadré par le Reuelinge, les hameaux ter Cluys et de Handt (la Main) ; la ferme te Blaerdeveldt; de Vranck Haye (la Bruyère franche) ; par un affluent de la Senne; den Meulen (le Moulin); Hoolenbroech (le Marais creux) ; les limites de Halsemberch ; Roo ; *t Jagers gat (Trou des Chasseurs) ; de Naille plas (Mare de l'Aiguille) ; et la Chapelle Sainte- Anne.
Dans les bois touffus de ce puissant rameau du Sonien Bosch, rameau qui naît à droite de la grand'route de Bruxelles a Waterloos, se trouvent Pasteurs plas (Marais des Pasteurs) ; *t Borreke (la Petite fontaine) ; S' Huybrecht Eyck et S^ Gertruyden Eyck (le Chêne de Saint-Hubert et le Chêne de Sainte- Gertrude) ; et 7 Borre, c'est-à-dire le prieuré de Sept-Fontaines. De la Chapelle Sainte-Anne à Krechlenbroeck (marécage des
Prairies.
La Quewe.
Waterloos.
— la —
LeseUngtde la Cambre
LinrkebMk.
Carrefour central
Quatre grand* naii^ih.
Grillons) et, par Lansrode à den Stichel < Chapitre) oan Halsenberch^ nous sommes encore dans nn golfe: le centre en est occupé par de oyoert oan ter Cctmeren^ la prestigieuse théorie des sept étangs poissonneux d*où les cisterciennes de la Cambre tiraient des carpes incomparables : elles nourrissaient les religieuses et assuraient l'éternité de leur r^me maigre (i). Presque perpendiculairement an nord, nous traversons Verrewinckel. Linckebeek montre là-bas, à aSo verges, son clocher élégant au-dessus d'un bosquet. Un ruban léger dépasse '« Hertogen Elst (TAune du Duc). Sur le territoire d'Uccle, il redescend pour dégager le domaine de Carloo, bercean des grands forestiers barons Vander Noot, et la maison van Wan^yn. Et jusques à Boitendael la foret festonne la route, sur laquelle vient se greffer le chemin conduisant aux hameaux et villages d*Eeckhout. d'Uckel, de Stalle, de Sgravenhage et de Calevoort.
Presque au centre du parallélogramme dentelé que constitue la forêt de Soigne, un calvaire est fixé, au carrefour des routes transversales de Hoolaert à Halsenbercli et de Boitsfort à la Quewe. Sa croix noire domine Kesselaers pleyn 'la plaine des Cerisiers) et de 7 Schachten (le bosquet des Sept-Perches). Toute la partie vers Bruxelles, bornée par lesdites routes de Boitsfort et Halsenberch, constitue un des quatre grands massifs de la forêt. Nous y trouvons sneecssivement, en quittant la plaine des Cerisiers et en gagnant le bois de la Cambre : de Been délie (la Vallée de la Jambe); de Schooneyck (le beau Chêne); la Hutte de Coûter (2); des liants Eyck (le Chêne du Chieu) ; de Gcrsdelte (le Val de l'Orge) ; de Eyck met de Borsten (le Chêne aux fentesh de dry Eyckc pleyn (la plaine des Trois Chênes); het Rood Stockxken «le petit Bâton rouge); Machils plas (la marc de Michel); de Menpieck (l'Oasis de rhommc); la chapelle Saint-Hubert ; het Hcylich bloet (le Saint-Sang) ; de
(1) Voici ce que noas lisons au sujet de ces lacs, dans TouTragedc Tabbé Manu, Ahréffé de V histoire eccléxiastiqne, eiaile et naturelle de Bruxelles et de ses environs, t. II, p. ai 8, 1785 : ce Rhotlo et I^nsrode. — Rhode quoique cheMieu d'une Mayerie fort étendue, n'est qu'un village à un quart de lieue d'Alsembcrgh, vers la forêt de Soignes. A l'entrée de la forêt du même côté, est une grande censé nommée Lanti^ode, prés de laquelle est une Buite d'étangs; ils ont été anciennement donnés aux religieuses de la Cambre pour leur fournir des poissons d'eau douce. »
(2) Cauter ou Koater signifie : contre ou soc. Toutefois, nous préférons adopter le sens que donne à ce mot M. Léon Vanderkindere. Selon ee célèbre historien, le nom de Kaaterstraet^ qui existait autrefois dans la forêt de Soigne, provient de Kauter, ealtara, très probablement le territoire assigné dès l'époque franqno à l'exploitation agricole collective. La Kaaterstraet était par conséquent la voie qui conduisait à ces terres exploitées en eommnn. — Deux notes à propos d'Ueele, p. 14.
Wollen Borre (la Fontaine Inineuse] ; de Viiylbeech (le Ruisseau sale) ; Ossen bneck (le Hêtre aux Bœufs) ; de Meyl sieen (la pierre milliaire) ; de Kinders uerdroncken (étang des Enfants noyés) ; et den Vogelen Sanc (bosquet du Cliont-d' Oiseaux], derrière l'abbnye de lu Cambre.
Le second massif est le bloc qui se termine à ter Yueren et part de Groeneudael. L'orcher Vau Werden « garde corps » de Philippe lY, y a indiqué les sites que voici, en commençant au moulin à eau du prieuré : Cruyskens biieck (le Hêtre aux pGlites Croix) ; Deoen stoppel (l'Eteule dos Voleurs); 7 Schansken (le petit Rempiirt); den Diefterick { le Bas - fond ) ; S. Anne bneck (le Hêtre de Sainte-Anne); Orippens délie (le Vallon des Fourches; M'olfs vijoer (l'Eiang du Loup) ; Heylingen borre (la Sonrce Sainte]; den Blunlen Vijoer (l'Etang blond}: Hoolaers Cruys (In Croix de Hoolaer) ; Reygers Bosch (le bois des Hérons ou la Héron nière); de Blancken Délie (la Vallée blanche]; Dryen Borren (les Trois- Fontaines);dc Paterde (la
^ Terre du Sentier ou la
ciesoigiie ou (-cminieiiceiiit-nt .iii n^- siwie. »i!;im In Terredii Crnpaud]; Criiys iiaruudniis*L«iTru|ii>i>«.juBrat>iiiii>.,dcairii^u>i>iin' plas (Ifi Marais de la yiuoDd«m.. Croix): de Cappelle van
Wellerick (la Chapelle de Bonne-Odeur) ; Cuypers Waier (l'Etang des Tonneliers] ; Jesttkens Eyck (le Chêne de Jésus) ; de Cluyse (l'Hermitage) ; de 3 Floacben van Roo Clooster (les trois élnngs de Rouge- Cloître); l'arbre majestueux nommé den Epelaer; den Droncken Man (l'arbre isolé appelé l'Homme ivre); Boxborens oijuers (les Etangs des Cornes du Chevreuil).
Le plus vaste massif de la forêt, vers ter Hulpeu et 'SJansberch a pour limites les routes d'Halsenberch et de Waterloos,
Quitrième massif.
Solitude.
Les chemins.
La chaussée de Waterloo
qai s'évasent en angles obtus. Le long da chemin, parmi les frondaisons, nous découvrons alternativement, en quittant Hoolaert : Wolfs Appelaer (le Pommier du Loup); 'S Puf/ers beuck (le Hêtre du Puisatier); des Eynde Plas (la Mare de la Fin); den langen berch van Sonyn (la longue montagne de Sonyn) Roukeloos borre (la Fontaine impétueuse) ; de Pisconen ; de Versbeeck (le Ruisseau frais); six étangs échelonnés jusqu'en face du bois de Motte; de Doylaghe; de Wandelie (la Clairière du Mur; de Raef Eyck (le Chêne du Corbeau) ; de Swerie Dorens (les Epines noires) ; de Geplanien Bueck (le Hêtre planté); </e Loock délie (le Vallon de l'ail); de Spaygnaert eyck (\e Chêne de l'Espagnol); Verkens but (la hutte aux Cochons).
Le quatrième massif n'est autre que le tronçon dont le prieuré de Sept-Fontaines est l'ornement.
Dans la forêt on ne remarquait, en iGSg, aucune construction privée. A part les maisons religieuses et les chapelles, il n'y a, s'abritaut sous les feuillages, que les installations du haras, quelques chaumines à l'usage des gardes, et le Castel de Trois- Fontaines. La Heerenhuys elle-même, maison de chasse fameuse au temps de Charles-Quint, n'est qu'à l'entrée du bois ; les rares demeures particulières de Boitsfort sont en dehors de la lisière, tout comme celles de Boyndael. Et les abords du prieuré de Grunendael restent vierges d'habitations laïques. Le château de Carloo, considéré comme le seul qui ait jamais été bâti à l'ombre des arbres du domaine ducal, est à respectueuse distance de l'orée. La forêt est maîtresse du lieu ; elle règne absolument chez elle. Personne n'a encore arraché à son sol le moindre tronçon pour le faire servir à son agrément. Nul n'a porté atteinte au caractère sacré de son territoire antique.
Les villages que la forêt recouvre ont toujours leui* nom savoureux d'archaïsme. Leurs appellations diffèrent très peu de celles du siècle précédent. Eu effet, sur la carte du duché de Brabant qui illustre le rarissime petit ouvrage Itinerarum Belgicum, paru en 1687, nous trouvons les localités de : Overysche, Duysborch, Watermael, Roo, Breyne Alleu, Ohein Vuerne, Holaer, Plancenoot, noms presque identiques à ceux de la carte du Brabant d'Abraham Ortelius. Peu de grandes voies de communications sillonnent les bois. Ce n'est qu'à la fin du xvii^ siècle qu'on perce à travers la futaie, en utilisant, cela va sans dire, en majeure partie, le tracé de chemins anciens, la belle route que nous appelons la chaussée de Waterloo et qui, de
nos jours, borde seulementledomainesiconsidérablementréduit. En effet, voici ce que nous lisons dans le livre de l'abbé Mann : a 1698. — La chambre des comptes fit construire aussi vers
ce temps, un pavé pour la commodité de la forêt do Soigne; il commence à la porte de Namur, et à trois quarts de lieue de là, entre les hameaux de Langhevelt et Vivier d*Oie, il se sépare en deux branches, dont l'une tourne à gauche vers Boitsfort et Groenendael jusqu'à laîlulpe; l'autre va droite à Waterloo sur la route de Charleroi et Namur. Auparavant il n'y avait que des rouleaux de bois dans- les endroits les plus mauvais de ces chemins (i). »
Aux archives de la ville de Bruxelles on conserve delà forêt de Soigne une carte intéressante et inédite. Elle est dessinée à l'encre de Chine, avec une précision surprenante et une abondance de détails faites pour nous réjouir. Nous la devons à A.-D. Bruyn, géomètre et architecte des biens domaniaux de S. M. en Brabant. il l'exécuta en 1722. Pour son travail ce géographe s'est servi cependant d'un document plus ancien, et que nous avons déjà examiné dans ce présent chapitre. L'auteur l'indique dans une note manuscrite portant sa signature, note qui, avec les mesures des parcelles de Zonieii Woude, occupe à gauche toute une moitié du carton. Bruyn déclare que la carte dont il s'est aidé avait été dressée ce non sans inexprimable peine» par Lambert Laurin, géomètre juré de Sa Majesté royale, de i634 à i638. Il dit l'avoir mise à jour, « renouvelée par ordre exprès et copiée ». En tête il assure qu'il donne ainsi « une vraie reproduction de la lointainement réputée forêt de Soigne, avec tous ses appendices et dépendances (2). »
La carte de Bruyn donne à la forêt de Soigne plus de développement que celle de J. Van Werden; en vérité, le grand massif est presque identique, puisqu'il mesure S^ioibunders ou bonniers, contre 8,227 bonniers en 1682, chiffre fourni par le Fr. Augustino Wichmans (3). Mais si l'on tient compte des bois périphériques tenant à la forêt, celle-ci acquiert des proportions
La carte de A.-D. Bruvn
8,101 bonniers.
(i) Abrégé de Vhisioire ecclésiastique , civile et naturelle de Bruxelles et de ses environs , 1785, vol. I, p. 2202.
La consiractlon du tronçon méridional de cette voie avait été décrétée quarante ans auparavant par Don Juan d'Autriche. Nous lisons, en effet, à l'article VU du Placart touchant la livraison des bois, publié en mars 1G57 : (c Avons ordonné pour y remédier d'y construire une nouvelle chauFsée du CCS té de Waterloo, laquelle yra rencontrer celle que l'on va prolongeant du costé de l'entrée de nostre dite forest par la barrière proche de l'Abbaye de la Cambre, et sera à ces fins donné ordre pour la despèche d'un octroy nécessaire à la levée de tel nouveau droit de passage à l'issue de nostre dite forest, que sera trouvé convenir. » Placcaerten van Brabandt, t III, p. 2o3, première colonne.
(2) Warachtige afbeeldinghe des wydt vermaerde Zonien woude met aile zyne appenditien ende dependentie.
(3) Brabant ia Mariana,
énormes. Ce qui fait qae Boyedael, Boitsfort, Watermael et Auwergem forment ane vaste clairière encadrée au nord-ouest par Solbosch (bois de Bol) ; Melsdael bosch (boie de Melsdnel) et Lint Hout bosch [bois des Tilleuls), qui s'avancent jusque
' <li.- pli)11]i|i<; IV: eravfi: par Lucias
dans Ixeltes et Etterbeek. Le dernier bois s'arrête même à peu de distance de la Chaussée de Louvain et contourne Woluwe- Saiut-Pierre Plus à l'est viennent jusqu'à Stockel et la route d'Ophem : Hoogvorat bosch {le bois d'Hoogvorst} ; bosch van het Clooster van Auivergem (le bois du couvent d'Auwergem) ; bosch van Perck (le bois de Perck); bosch van Mynheur Macs
(le bois de Monsieur Maes) ; bosch van Mynheiir van der Linden (le bois de Monsieur van der Linden).
Tout à Test, entre ter Vueren et ter Hulpe, nous traversons d'abord, derrière le domaine ducal, Parck bosch (le bois de l'Abbaye de Parck) ; puis bosch Heer Serclos (le bois du Sieur Serclos); bosch van Overyss (le bois d'Overyss); bosch van S^'Peeter (le bois de Saint-Pierre) ; Baecken bosch (le bois des Jalons ou le bois Cuit) ; Papen bosch (le bois des Prêtres) et bosch ten Broecke (bois du Marais), à peine séparé du vuste bois de Ryxcensart par la fantasque Lâsne.
Au sud, nous ne constatons aucune modification. Mais le bois de Halle prolonge le territoire arboré jusqu'à Waatier-Braine. Vers l'ouest le sol, entre Seven-Borre, Bersel, Droegenbosch et Uccel, est tigré, si l'on peut dire, de bois innombrables qui, en s'unissant entre eux par les arbres plantés le long des routes, lient les hameaux et les villages de toute cette contrée à la forêt par des voûtes de haut feuillage, (,'e sont : den Bruynen (le Brun) ; le bois de Meygem; le bois de Halsembergh; le bois de Cleet; de Steenbosch (le bois de Pierres) ; Begyne bosch (le bois des Béguines); iiter cant bosken (bosquethors du chemin) ; le bois de Saint-Eloy; le bois de Fronrode; Kersbergh bosch (le bois du Mont-des-Cerises); et le bois de ter Cameren, Ce dernier s'étendait jusqu'au Drey Torekens (les Trois-Tourelles), où commençait le bois de Vorst (Forest) qui s'arrondissait autour de l'enceinte de l'abbaye. Les localités sylvestres ont conservé leurs mêmes noms à travers tout un siècle.
Quehines appellations nouvelles sont cependant venues charger la géographie de la forêt. Explorons le premier massif de Bruxelles à Groenendael, vers l'ouest. Nous y découvrons successivement, et dans l'ordre que nous indiquons : Berckendael (le Val des montagnes) ; de Rrt Brugghe (le pont des Pois); Cauwenbergh bosch (le bosquet delà Montagne froide); den Gnlden Bodein (le Fond doré); Het Koopken (le Petit Lot); de Mangelinge; de verekens wech (le chemin des Cochons); de deurmer; ter Camere weyde (le pré de la Cambre) ; de Groote Hutte (la grande Hutte); de Drèue (menant de Heerenhuys à la «Fontaine laineuse»); Disdelle (le Val des Chardons); de Qnaye Geer (le méchant Gousset); de Hameringhe; des Heylinghen berch (le Mont sacré). Dans le second massif, entre la route de Boitsfort à Gruenendael et ter Vueren, nous trouvons : S^-Jans Berch (la i&ontagne Saint-Jean) ; de wonsteppel ou nonsteppel; le bois de Rooclooster ; de Vliererde (terre du Sureau); Meulegadt (le trou du Moulin); den Aert Stichel; de liiyse Pleyn (la plaine des Poux); le bois de Zerciaco; de Netten Bergh (le mont des Filets); S^-Gertriiyden (la chapelle Sainte-Gertrude) ; Kiste
Au sud.
A. r ouest.
Noms nouveaux.
Arbres Tameux.
Subdivisions.
vyoer (Etang du Cercueil) ; de galderen ; denk peter. Ailleurs nous trouvons, au-dessus de Waterloos:le bois de Questieuws, et à gauche de la route menant de cette commune à Bruxelles, une mare : Haweel plas. Un peu plus bas, dans le même massif, le champ de Rodin fait dans la forêt une tache blanche. Et, à hauteur du prieuré uan Seuen borre, nous remarquons het gond water Cliiyse Gerico (l'eau d*or de l'Ermitage de Jéricho).
Après cent ans aussi la plupart des arbres fameux sont restés debout. Nous retrouvons aux mêmes endroits : le Chêue aux Crevasses, le Chêne des Chiens, le Chêne de Saint-Hubert, le Chêne aux Corbeaux, le Hêtre planié, le Hêtre de Sainte-Anne, le Bel arbre. Sur le plan leur place est indiquée par un petit arbre isolé, dont le feuillage forme boule. Ceci démontre qu'il ne sont point morts en 1722. Mais nous ne trouvons pas trace des autres arbres célèbres contemporains de l'archer Van Wcrden. Leurs noms figurent cependant sur la carte de Brnyn, dans les sites respectifs où ils poussaient jadis : le beau Chêne, le Chêne de Sainle-Gertrude, le Chêne des Espagnols, le Pommier des Loups, le Hêtre du Puisatier, le Hêtre des Petites Croix, l'Homme saoul. Si ces ornements de la forêt ont été abattus ou détruits pur les bûcherons ou le feu du ciel, le bois n'a cependant reçu aucune compensation. Eu face de Roo, à un angle de la forêt, le géographe bruxellois indique lïangheyck (le Chêue aux Pendaisons), dont les branches continuent à servir de gibet aux malandrins envoyés ua supplice par les magistrats de Halsembergh.
Le principal intérêt peut-être de la carte inédite de D. Bruj'n, c'est le tableau qui y est annexé; il nous renseigne sur l'étendue exacte de la forêt. Pour la i)remière fois nous possédons une distribution j)arcellaire complète. Le géomètre brabançon, reprenant le tableau de Lambert Laurin, indique l'endroit où commence chacune des parcelles et celui qu'elle commande. Chose précieuse, il nous apprend aussi, pour quelques-unes des coupes, la date à laquelle on en commença l'exploitation. Pour établir cette date il a recouru non seulement à des recherches, mais encore aux témoignages de « plusieurs vieillards qui durant nombre d'années ont hanté la forêt et y ont travaillé », témoignages recueillis par Lambert Laurin lui-même. Dans son estimation territoriale, Bruyn n'a pas compris les prairies ou pâturages situés dans la forêt, ni les grands chemins tle communication, ni les étangs, ni les bois périphériques, parmi lesquels, chose bizarre, il comprend de Dreue, c'est-à-dire la large avenue qui, prolongée, devait devenir i>lus tard la route de Lorraine. L'auteur groupe son lotissement en deux parties :
Tune concernant les vieux bois, l'autre concernant les jeunes
bois (i).
Les vieux bois, ayant au moins cent ans, réunissent dix fragments ou layes : de langhe Laye, commençant à Dessel Haye et finissant à den Walschen Wegh ; d'Qperken, de Het ionck operken à Seven Borre ; s' Jans Bergh. de 7 Hof tirle Haye à Swerten Borre; Gallemaerts Laye, à côté de V hof te Gallemaert ; de Laye ter Holsty de la ferme ter Holst à Backengadt ; de Ketel Heyde à la ferme du Ketiel ; de flos oft E peler do den Epeler à Rooclooster; Diiysboiirgs Laye, à proximité de 7 Kiste Veldt ; Grunendaels Laye, en deçà de *S Heeren Hiiys ; den
Clynen singel. Ces vieux bois recouvrent 2,4^0 bonniers,
Les vieux bots.
La forêt rte Soigne au commencement du xvii* siècle. (.Cirtc inédite conserrce aux Archives générales du Royaume, à Bruxelli;^).
(i) Corte deelaratie uande layeii hegrepen aynde in dese caerte figurative : Volbracht synde niet sonder onuytspreckelycken arbeyt het wydt ver' niaerde Sonien Wondt met syne layen begonst zynde te moten by my Lambertus Laurin, ghesworen Landtmeter van Syne Koninclycke Ma^ inV iaer ons Heere i634i ende ooleyndt int' iaer i638, soo is onder Correctie goedt geoonde tôt meerder claericheyt der ooorêchreoen Layen alhier eene clyne deelaratie te atellen begrypende de grootte oan ieder Laye, zynde int besonder onderscheyden met linien, mitsgaeders haeren ouderdom den welcken eerst, ende uoor al geconfronteert is geweest ten naesten naesiea by met eenighe Aaderlingen die ooer oeel jaeren inf seloe wondt hebben oerkeert ende geurocht^ boven dien het blyckt 00k warmeer die layen soo oan het ondi, als het ionck houdt begonst zyn geweest te houwen, waer van hier naer syn volgende twee taeffelen, de eerste des seloer is begrypende allen het oadt houdt, zynde hondert iaeren min, ofie mecr, d'ander houdt onder de honderd iaeren, welcken ouderdom getrocken is uyt de Registers vande Rekencaemere alhier, welcke voorschreve Caerte by my onderschreven Landt, ende Edificie : meter oan Syne Ma*' Domanuale partyen in Brabant by order exprès vernieûwtfende ghecopieert desen ^ Augasty i']22. A. D. Bruyn.
3 journaax, 90 verges fi). Lu parcelle du fioa compte à elle seule 494 bonniers, 2 joumaax, 83 verges; la plus petite «Rt
/f'Ondr-l-»» . t« ..„.:.„ \t 1. ..: - trr i •___ r
Oudt Houdt oan Dieperick; Den Cortenbosch,dci S'-Aniia Houw à Froenrode bosch ; De Vuylbeck ofte Dieperick. de Dunberghe à Vaylbeeck: Ant Reygersbosch, de den Hoiiive oan Coedael à ten Reucken; een deel oan Coudael Houioe, liiiiiiéc par de Laye uan den Reygers bosch; de tlos ofte Prince Laye, devant /' Hondt oan Epcler; een deel uan Epeler, jusque liet groot hoitt oan den Epeler; den Epeler, de D'oudt houdt oan Ketelheyde à t'Jonck haut uan Mispelaeren berg op Palokeleer; den Honwe uan t' Hoff ter Schueren, do Het boff oan Serclaes à t' Groot houdt oan Daysbourgh ; Dejonge Ketel heye, de Het Vleurgat à t' groot houdt uande Ketelheyde ; Coudael, do Reygersbotch à den jonge Honwe uan Condcl; de Cappuciene; de Haemeringhe, deHel Heyiigh bhnt à de Hecg!tde:de Hecghde;
• d"Ole, Gx(>cuti^ e
Zonien Brouk; S' Hertogen elst; Quewenbergh ; een deel oan het groot houdt in de Warande.
Ces trente-trois parcelles de jeunes bois ont un totnl de 5.63o bouniers, un journal et 55 verge». La plus vaste, de Heeghde, a. 454 bonniers, 3 journaux, 29 verges; la pins petite, S' Hertogen Elst, i bonnier, s journaux, 92 verges.
Voici les dates ituxquelles eurent lieu, dans les différentes parcelles, les premières tailles connues : Het Clyn Opcrken (la petite Meule), i574; /' groot Operken (la grande Meule), i6o3; Reveliuglie, 15^4! S^-Anne, i6o3 et 1625 ; een deel van S'-Jans Bergh (une partie de Mont-Saint-Jean), 1628; een deel oan Houwe oan Gallemaerl (une partie de la coupe de la ferme de Gallemaert), 1606; D'Y^ermans Laye (p.xrcelle de l'Homme de fer), i554; den Cortenbosch (le Pois court), iSSg; de Vuylbeck (le Ruisseau sale), i568; Aut Reygersbosch (le vieux bois des Hérons), i585; den Hoaioe van f Hoff fer Schueren (la coupe de la ferme de Schueren). iSgS; Coudael (la Vallée froide), 1574.
La forêt de Soigne renfermait, en 1722, huit prés ou pâtn-
— as —
Vielllet chauiaoes.
Les éLangs
Carte de Tobias de Sagher.
Les la y es au xvii* sldcle.
rages : de Loockdelle (la vallée de TAil), de Groote Weyde tôt Gallemaert (la grande prairie de Gallemaert), de Cleyne Weyde tôt Gallemaert (la petite prairie de Gallemaert), de Weyde neffens de Bunders (la prairie près des Bouniers), de Weyde in de Gersdelle (la prairie du fond de la vallée de l'Orge), de Doylage by Lacouwe, den Bempt boven den Meulen vyuer tôt Boitsfort (la prairie au-dessus de l'étang du Moulin de Boitsfort), de Bunderen van de Harasse (les Bon nier s du Haras).
Les grandes voies carrossables sont au nombre de quatre : den Walschen Wegh (le chemin wallon) (i), den Ouden Wegh van Gallemaert (le vieux chemin de la ferme de Gallemaert), den Wegh van Iloylaert (le cliemin de Hoylaert ), den Wegh van Overyssche (le chemin d'Overyssche). A. Bruyn signale comme enclavées dans la forêt les dix pièces d'eau que voici : den Vyver ter Hulpe (l'étang de la Ilulpe), den Vyver tôt Gallemaert (Vétaug de Gallemaert), den Nysdam Vyver (l'étang de Nysdam), den Meulen Vyver tôt Hoylaert (l'étang du Moulin de Hoylaert), den Middelsten Vyver tôt Hoylaert (l'étang central de Hoylaert), den Oppersten Vyver tôt Hoylaert (l'élang principal de Hoylaert), den Meulen Vyver tôt Boitsfort (l'étang du Moulin de Boitsfoi t), den Dam Vyver (l'étang de la Digue), den Vyver ten Reucken (l'étang de la Bonne-Odeur), Cuypers waeter (l'eau des Tonneliers) (2). Quant aux bois, ils sont an nombre de quatre : de Moite, het Reygersbosch (la Héronnière), den Dryen Borre (les Tiois-Fontaines), de Dreve (l'Avenue).
Un an avant que Bruyn achevât sa carte, son collègue Tobias de Sagher. géomètre juré des domaines de Sa Majesté en Brabant. avait exécuté une superbe copie de la carte de Lambertus Laurin (3) Cependant, A.-D. Bruyn, chargé officiellement de comparer les deux documents, ne certifie la copie conforme à l'original que le 28 juillet 1728, plus de onze mois après qu'il eut produit sa carte à lui, complétée aussi d'après celle du vieux landmeter, leur prédécesseur à tous deux.
Sur une carte de la première moitié du xviii« siècle (4) nous trouvons une nouvelle division de la forêt de Soigne. Elle est moins morcelée que celle de A.-D. Bruyn, auquel ce document est postérieur. Les « laycs du grand bois, selon qu'elles se
(2) Ces différents lacs ont les dimensions respectives suivantes en bon
(3) Cartes et plans manuscrits, n^ 719
^^(4)^AR0„,VKS «KKÉRA..ES DU Rov^CME. Crtes et pU„s n„„ascrits.
trouvent enclavées entre les cbaussées », sont au nombre de vingt-deux. En voici la liste, avec leurs superficies respectives, en bonniers et en verges : Cortenbosch, 4^6-840; Revelinghe, 469-68; Operken^ 261-81; Hameringhe, 80- 58; Groenendael, 542-298; De Biinders, 270-74; Criiyx Houive, 829-172; Clynen Cingel, 100-92; Gallemarde et Wandelle^ 1,021-840; Mont-Saint Jean, 245-812; Terholst, 4^^"7^î Mispelaerenbergh, 2i6-852; Seven Schachten, 210 881; Dieperick, 861-290; Qiiewenbergh, 8-22; /^eyg-ers&osc/i, 295-885; Coec/ae/, 687-246; De Flosse, 827-117; Ketelheyde, 887-105; Terwenbergh, 182-17. Cela fait une somme de 7,664 bonniers 844 verges. Le géomètre anonyme y ajoute ensuite la Heeghde, « bois de Raspe (c'està-dire le taillis), 880-196; en terres, 74-188 ». Ensemble : 4^4 bonniers 829 verges. Le total est de 8,119 bonniers 278 verges, c( dont, déduisant les parties aux layes de Bunders, Gallemarde et Reygersbosch, revenant à 54 122. il ne resterait que 8,o65-i6i. Mais, ajoutant la partie des Capucins, le Sonienbroeck et le Parcq de Tervueren non compris dans les layes cy dessus et revenant à 85-884, le tout reviendra au montant de la carte de la forest de 1684, scavoir à 8,101 bonniers i45 verges ». Toutes les appellations de cette carte sont connues. Deux seules sont nouvelles : Terwenberg ou Montagne du Froment, « cy devant 'f Hof ter Schuere », sur le territoire de Duysbourg, à gauche de la route d'Isque, en face du monastère des Capucins, et Saint-Job, dont le nom est accolé à celui de Diesdelle.
Il est malaisé d'établir la superficie exacte de la forêt de Soigne à cette époque. « Suivant la mesure la plus exacte, dit Christophre Butkens, dans ses Trophées du Brabant, ce vaste bois ne comprend aujourd'hui que 8,268 1/4 arpens, que les Flamands nomment Dachwant, dont chacun contient 60 verges de 20 pieds chacune. D'autres prétendent qu'il n'a pas plus de 8,257 arx)ens, dont il y en a 2,752 qui ne sont pas de haute futaye et qui ne sont pas cultivez. Enfin, d'autres disent qu'il n'a que 8,101 arpens 1/4 et 55 verges, ce qui est la mesure la plus suivie » (i).
Déjà, en 1711, la chaussée de Bruxelles à Namur, des deux côtés de la route de Boitsfort, avait été nivelée. Le plan manuscrit conservé aux Archives du Royaume, à Bruxelles (2), nous montre « la Montagne du Vivier d'Oye rabaissée par ordre des président et gens de la Chambre des comptes du Roy en Brabant ». A l'extrémité septentrionale se dressent les deux petits bâtiments sans étage de la (( maison du marichalle », qui a donné
Noms nouveaux.
Koute de Bruxelles à Namur.
(i) Deuxième volume du supplément, p. 6. (2) No 229.
Grande-Esplnette.
farte de J.Cattolr
Langevelt.
Fort Jaco.
son nom aa chemin gagnant sous bois la chaussée de La Hulpe. L'étendue de la chaussée modifiée est de 65 verges. Les terres qui (c on esté emportées » atteignent une hanteur maxima de i6 pieds. Ce travail important, exécuté par Bnilleux, avait coûté 3,176 florins 12 patars, « sans conter 4 1/2 mois qu*il a travailliez à grande penne, outre qu*il faut encor trois quart de verges de pavés pour Tentretien ». Mais le « très humble et très oubeissant entrepreneur de la chaussée » n*a point prodigué son dévouement avec regret. Et son ouvrage, il le « dédie à mes seigneurs de la Chambre des comptes », qui voulurent bien lui confier cette œuvre.
Les moyens modernes réduiraient à peu de chose ce travail, qui pour Tépoque était fort remarquable. Quelques années auparavant on avait projeté de redresser et d'abaisser la même chaussée de Bruxelles à Namur, depuis la coupe de Revelingen près de Waterloo, et la coupe Sainte-Anne, jusqu'à la barrière de la Grande-Espinette. Le plan manuscrit (i) nous permet de constater que ce lieu avait été récemment rebaptisé; au nom ancien un autre nom avait été accolé : L'Espinette ofte Cauiers Hutte,
C'est a cette chaussée de Bruxelles à Namur que J. Cattoir donne le plus d'importance dans sa « Carte particulière des environs de Bruxelles, avec le bois de Soigne, et d'une partie de la Flandre jusques à Gand », publiée en 1746 (2). Elle porte des indications curieuses. Ainsi l'Abbaye des Cisterciennes s'appelle la Cambre, tandis que le bois qui le prolonge est tout simplement : Tercan, abréviation du texte flamand. Pour la première fois nous rencontrons le hameau de Langevelt; sous le vivier d'Oye nous voyons la redoute de Werboom, du nom du général autrichien, redoute que l'on devait nommer plus tard le fort Jaco. en souvenir du célèbre partisan Jacques Pastur. Près de l'angle de la route de la Censé de Lansrode à la Chapelle de Vellerick, la Men pleck (Oasis ou Place de l'Homme) est devenue de Melck plack (la Place laiteuse). Le chêne de Saint-Hubert est toujours indiqué, an sud d'un endroit de la grand'route dit : Aux cinq pendus. Les étangs de Rhode portent : Viviers de l'Abbaj'^o de la Cambre; le Jagers gat (Trou des Chasseurs) n'a pas disparu. Ter Cluyse est tout simplement l'Hermitage, et le hameau ter Handt a été traduit en français, au masculin : Le Main!
Dans le massif couronné par le prieuré de Sept-Fontaine?,
(i)Noî73.
(a) A Bruxelles, chez George Fricx, Imprimeur de Sa Majesté, rue de la Madeleine, 5o. Archives du Royaume. Cartes et plans gravés, n^BSo.
l'Arbre Saint-Hubert dresse toujours sa cime chevelue. Au centre de la forêt, à droite de la chaussée de Namur, est dessinée en deux gros traits : la Croix des Chasseurs, à quelques verges au sud de TEpinette, dont c'est l'apparition initiale dans un document géographique. Plus bas, en allant vers Waterloo, nous voyons la Croix Rouge et le Chesnc de l'Espagnol. Le hameau de Laquewe est devenu La Queue de Bois, en vertu de sa situation à l'entrée de la forêt. Près de la route de La Hulpe, en dessous du prieuré de Groenendael, est la croix do Gallemaert. A l'extrême pointe méridionale à la place du Drossaert (Censé du Bailli), nous lisons : Boessart ! Toute la partie de bois à l'occident de la chaussée de Namur, aujourd'hui chaussée de Waterloo, constitue à peu près le tiers du domaine entier. Il n'en existe plus rien ; un siècle et demi a suffi pour le défricher complètement et le livrer à l'agriculture.
Le nom de Vert Chasseur, si populaire aujourd'hui, paraît pour la première fois, en flamand : Groenen Jaeger op den Walschen Wegh (i), sur un document inédit de 1728. C'est une carte figurative exécutée par l'arpenteur A.-D. Bruyn et représentant trois blocs de propriétés situées à l'intérieur même de la forêt de Soigne. Toutes sont à l'est de la chaussée de Geuappe, c'est-à-dire la chaussée de Nanuir, par Waterloo (Den grooien Cassyde oan Genap naar Brussel). La première de ces propriétés comprend deux lots, avec trois pittoresques petites habitations sans étage et deux étangs. Elle se trouve à proximité de la Grande-Espinette (In den bosch van Zonien ontrentde Cautershutte), La seconde comprenait un seul lot, avec un étang et trois chaumières, à hauteur de la Vleurgaerte Hutte. La troisième, divisée en cinq lots, était constituée par un vaste étang bordé d'arbres, une dizaine de maisonnettes rustiques, dont l'une était d'un aspect délicieux, et une prairie qui n'avait pas moins de 728 verges. Ces terres et ces bâtiments, si singulièrement enchâssés dans les bois ducaux, appartenaient a différents particuliers. Ce n'est pas le seul exemple, d'ailleurs, que nous rencontrerons de biens privés perdus dans la forêt domaniale.
Les anciens plans sont d'un intérêt infiniment précieux. Le fécond géomètre Bruyn nous en a laissé un, daté de 1725, et particulièrement joli, de la chaussée de Groenendael à La Hulpe (Syne Maj^ Casseye comende van den Eysdam vyver lydende naer ter Hulpen). La route surgit, au sud, d'un massif de la forêt, passe devant le moulin à « pampier » du prieuré (\e Groenendael, dont nous voyons intacts les bâtiments, et laisse à droite le bois de Motte, orné au centre d'une longue pièce d'eau et séparé
Veri Chasseur.
Propiiotés privées.
Chaussée de Grœnendael à La llulpe
(i) Carte» et plans manuicrii», Tt9 aii5.
— aède la route par une barrière de bois. Tout au bout de la feuille (i), la chaussée croise la voie pavée de Nivelle à La Hulpe ; dans l'angle nord-est formé par le carrefour, se dresse la maison de la Nicolaes Massin.
Mais la délicatesse de ce document est dépassée par an autre plan du même géomètre, et qui couBtitne tiue véritable miniature [2). C'est la caerte ftguratieff faite, le 17 juin 1726, de la nouvelle chaussée d'Auwergem à Jesus-Eyck. Elle représente la vieille route que les anciennes cartes nous ont rendue familière et qui, méandreuse et serpentaute, va de la Chapelle Hei Saoeiken jusqu'à la Chapelle du Chêne de Jésus. Le chemin franchit tout d'abord le pont séparant le vijuer Dan
Roocloster du oijver len Bnixken, fait un angle à la Snepplijn, traverse nn second pont jeté sur le ruisseau qui alimente l'étang entourant le cnstcl den Dryenborren, traverse de Polaerde et de BiespUjn, pour atteindre de Dreve naer Teritiieren.
Un double projet de chaussée, tracé en rouge et en noir, coupe bois et prairies en lignes presque droites autour desquelles le chemin paraît s'enrouler comme les pampres d'un tbyrse autour du javelot. Les détails sont d'une précision ravissante. Le castel de Trois-Fontaiues, par exemple, et la Chapelle du Chèno de Jésus sont peints avec une finesse exquise : les toits d'ardoises, les murs de briques roses, les tourelles, marient leurs formes et leurs tonalités délicates. Nous contemplons ces constructions pittoresques telles qu'elles existaient alors. L'auteur du plan n'a pas oublié une petite barrière de bois fixée devant
(i) Carie» ef plans manuicrila, a" iQ~. (3) Caries tlplan
l'avenae menant au château dtical de Tervueren : et les deux théories d'arbres de cette allée se perdent dans la perspective.
La chaussée en question fit l'objet de longues études. D. Bruyn en établit un second plan quatre années après (i), plan correspondant avec le projet, réalisé plus tard, d'une voie privée d'Etterbeek à Auderghem. Il indique les parcelles de terrain appartenant à des particuliers et dont l'expropriation sera nécessaire. Kespectueux des beautés naturelles de la forêt et des terres voisines, il recommande bien de laisser subsister un petit étang dans la parcelle prise au couvent de Rouge-Cloître (Daer V water blijft staen). Sur le territoire d'Auderghem aussi, l'arpenteur, en artiste avisé, respecte l'agglomération pittoresque du village et ne rectifie la ligne de la route que du côté droit, vers l'étang du prieuré du Val- Buchesse. Ce lac étend ses eaux paisibles et poissonneuses en face d'une série de coquettes demeures, placées en arc de cercle et isolées les unes des autres.
Nous voyons encore la chapelle du Chêne de Jésus, en élévation, sur un plan et un profil de la chaussée allant du petit temple sylvestre au Bantmolen de Sa Majesté. Ils sont probablement de la même époque. La chaussée d'Auwergem à Jésus- Eyck fut prolongée, après 1786, jusqu'à la Dreve van den Heere prince van Homes. C'est encore à A.-D. Bruyn que l'on confia le travail. Le projet du fragment de pavé nouveau, pour ainsi dire absolument rectiligne, est daté du 3 juillet 1786; il comprend une longueur ^e 344 verges en majeure partie dans la orêt (2). Au sortir de celle-ci, le chemin traverse de Dellingh van Terrest (le Vallon de Terrest).
C'est vers le milieu du xviii® siècle que la Chambre des Comptes décréta l'exécution du réseau de routes rectilignes qui coupent au nord-ouest la forêt en parallélogrammes nombreux. En effet, deux cartes non datées, conservées aux Archives de l'Etat (3), indiquent les terres défrichées de la Heeghde. Or, ici se dressait encore la haute futaie, au temps de A.-D. Bruyn. Et à l'époque où le comte de Ferraris commençait ses levées célèbres, les arbres avaient déjà été tous abattus. Les documents furent donc dessinés entre 1722 et 1768. A cette époque le hameau de Vleurgat, bordant la forêt de Soigne à l'ouest de la chaussée de Namur, compte onze maisons; Lange Veld en a le même nombre. Au Vert-Chasseur nous en comptons neuf et au Vivier-d'Oye. également onze. Au delà on ne rencontre
Pave nouveau : 1736.
Réseau de chemins.
(i) Caites et plans manuscrits, jï9 182.
(2) Cartes et plans manuscrits, n^ 222.
(3) Cartes et plans manuscrits, n** 1926 et 1926.
Clairières
Rendez-vous de cliasse.
Limites de Hoeyiaert en 1761.
que lo bâtiment earré du Fort-Jaeo. Des portes de Bruxelles jusqu'à une distance de 700 verges, nous marchons par conséquent en pleine solitude.
La forêt conserve un charme paisible et recueilli; la chaussée ne traverse que trois clairières. Tout le long du pavé, en effet, la futaie s*ét«nd encore à Touest sur une largeur de 80 à 125 verges environ. On prévoit même un léger agrandissement du massif. A gauche de la route, à hauteur de Vleurgat, on a réservé sous la « jeune pépinière » des (c (erres domaniales destinées à réduire en pépinières », dans l'angle formé par la Koye siraele (rue de la Vache), près de l'abbaye de la Cambre. Le bois de Foudroyé, naguère Fronrode, qui limite la forêt à l'altitude dé Fort-Jaco, est devenu sur la première carte le bois de FrondRoi...
Sur la seconde carte sont indiqués deux rendez-vous de chasse : à l'est de la chaussée de Waterloo, entre Vleurgat et Lange Veldt, au bout du chemin des Cochons, et au carrefour de la drève de Lorraine et de la route allant au Fort-Jaco. Toute la partie de la forêt que le document reproduit et qui est située entre la chaussée, l'abbaye de la Cambre, Boendael et Boitsfort, fait dans le domaine une chasse spéciale. Partout les bois sont défendus par des palissades, des enclos de haies vives, des flammes et des toiles. Cette enceinte enferme même les bois dépendant de la Cambre. Alors qu'on voulait prolonger la forêt vers Vleurgat, les pouvoirs compétents élaboraient aussi un projet de rei)euplement du « Câton de Biafaux », au nord du chemin vers « l'IIermite », canton traversé par la route de Reveliuge (i).
Une carte du géomètre C. Everaert (2) nous a conservé l'abornement exact de la forêt, en 1761, sur le territoire de Hoolaert. Elle fut dressée, le 16 octobre de cette année, à la requête de Hieronime Tassillon, baron de Terlinden, maître de garenne du Brabant, et à l'assistance des maïeur, échevins et maîtres de sections de la paroisse et seigneurie de Hoolaeit, et des anciens chasseurs de la Vénerie de Boitsfort (3), comme le
(i) Archives de i/£tat. Cartes et plans manuscrits, n^ 1927.
(2) Archives de i/Etat. Cartes et plans manuscrits, ii<> 23î2o.
(3) T'en Versoecke vanden Heere Hieronimas Tassillon, vryheere oan Terlinden, warant-meester, watergrave ende pluymgrave generael des Landts ende Hertoghdomme van Brabant, in den naem oan syn officie ende ter aenwysinghe der meyer, schepenen ende weyckmeesters van haere Majesteyts parochie ende Heerelyckheyt van Hoolaert, ende oan S^-Renier Dénies, Philippus Wouters ende andere oude Jaeghers van haere Majesteyts Jaegherye van Boitsfort, hebbe ick ondergeschreven ghesworen Landt ende Edificie meter geadmitteert door des Souv, Raede van Brabant in Brussel Residerende
dit une inscription an bas du plan. Celui-ci fut complété et modifié deux ans après; une ajoute au premier texte nous le rappelle (i). Le village est complètement entouré par la forêt. A l'est seulement il est borné en partie par les terres d'Overeyssclie. Au nord, Soffnien est limité par des Haenen Ganter [TEpenmdu Coq), Crnyskens borick et het Blockx ueldt (Champ des Blocs ou des Sabots). A l'ouest pav les quatre dornieis étangs précédant le prieuré de Gioenendael, Dnmberg, het Vlaanderen veid (le champ de la Flandre); de Wolfdelle (le Val des Loups); het Leen (le Fief}; het Roth (la Pourriture). Au sud par het Syile veldt, V Coningnine gat (le Trou de la Reine); de H ut délie |le vallon de la Hutte); de Maleyse straete (route de Maleyse). Au nord-est, le domaine a pour frontière (' laken peirreleren ueldt et (' Coedael oeldt (le cham|i de la Vallée des Vaches.
Le cours de la rivière rEyssche, qui va alimenter les lacs du monastère de « La Vallée Verdoyante n met une mince ligne bleue dans les tons verts, jaunes et rouges de la carte, si évocative avec le dessin de son église, de ses chaumières, de scâ bois, de ses chemins et de ses allées ]>lautées d'arbres, tous lieux portant de vieux noms typiques et charmeurs.
Un laps de temps de vingt-deux années apporte des modifications notables dans la topographie de la forêt de Soigne. La
mjr gttransporleerl hebbende tôt Hoolaert ooorsehrenetiâe eldaer afgeteeckent ende gedeliiieert de vtldeit, Bomchen, Straelen ende œegheti in dese carte flguratieff efgebieldl. Sonder nnchlans gliedaeii te hebben eenighe Melingheii. Aldus ghedaen te preseiilie oan deti adoocaet Plasscbaert, op den i3, l4. i5 en i6 Uclober i^i. Quod atlestor C. Eueraert, geom.juratua.
(l) Depost.Deaeeartefigaratieffghecorrigeert ende de telire geadditioiieert ofte oergroot tôt Bemeyx oaa Seer iiatr de geheele parochie oaii Hoolaert op de manière at* oooren, 1er aenaeysynge oan S' Rilleert, meyer oan Boitsfort, tnde jaegher oan haere !Uaj' ende S' Van Wayenbergh, geseyt Ditpon, iatgelykx Jaegher, actam aS July i;G3. Qaod atteitor C. Boeraert, geom. jBiatut.
Gravée en 1770.
Fragments défricbôs.
Routes nouvelles.
carte de 1768 nous en fournit la preuve (i). Cette carte, conservée aux Archives générales du Royaume, fut levée sous la direction du comte de Ferraris, général inspecteur d'artillerie, par le capitaine Cogeur, professeur à l'Ecole de Mathématiques du Corps d'Artillerie des Pays-Bas autrichiens. Ornée d'une dédicace à S. A. R. Monseigneur le duc Charles-Alexandre de Lorraine et de Baar, elle fut gravée en 1770 par A. Cardon.
Elle porte comme inscription, daus un cartouche au blason du Brabant : « Carte topographique de la Forêt de Soigne et de ses environs. Levée en 1768, où les bois du Domaine sont distingués de ceux des Particuliers, où l'on a figuré les tailles faites dans le Domaine depuis 1765 jusqu'en 1768, ainsi que les nouvelles acquisitions faites par Sa Majesté, les Bruières ou terrains vagues, les terres labourables qui font partie de ce domaine, les Chemins, les Routes, et les Relais de la Chasse royale du Cerf. L'on y a joint les parties de Domaine nommées Crapen bosch et Moorsel bosch, » Au bas du document nous trouvons trois lignes d'écriture : <c Je certifie que la présente carte est exactemeut dessinée d'après mes feuilles originales qui ont été levées avec la plus grande précision (2). » En dessous, a droite de deux cachets de cire rouge à empreintes armoriées, sont les signatures du comte de Ferraris et du capitaine Cogeur.
Nous constatons sur la carte du gentilhomme autrichien que certaines parties de la forêt ont disparu; tout le morceau, par exemple, situé entre la chaussée de Bruxelles à Namur et la chaussée d'Alsemberg, avant d'arriver au couvent de Bootendael, a été défriché. Le bois de Forest est désormais isolé, le long de la vieille route menant à l'abbaye. La nouvelle chaussée de Tervueren traverse des bois également entamés qui décrivent une grande courbe concave de la chaussée de Louvain à Stockel. Tous ces bois sont parsemés de chemins reliant les villages riverains à la chaussée : la route do Lorraine, qui conduit à la Cambre ; le chemin Verd et le chemin des Trois-Maisons, dans le bois de Linthoudt; la route de l'Abbé, venant de Stockel; le chemin des Vaches. La chaussée do Wavre, coupant les étaugs du prieuré de Rouge-Cloître, pour rejoindre la chaussée de Tervueren, crée un énorme triaugle où nous voyons un réseau de chemins : la nouvelle route de la Chaussée, la route de la Vénerie, la route de la Barrière, la route Saint-Jean, la route de la Plaine, la route du Carrefour Saint-Jean, la route cavalière de Notre-Dame-au-Bois, la route de la Hache, la route
(i) Cartes et plans manuscrits, n*» 71G.
{ii^ Ces feuilles originales sont aux Archives de TEtat, à Vienne.
des Capucins, la route cavalière des Capucins, la route du Dronckeman, la route de la Chapelle-aux-Images, la route de Duysburg, la route Eenhertsweg, la route des Chevreuils, la route de Terschuren, la route Doverissen, les grande et petite routes de l'Enceinte-des-Neiges.
Le massif situé entre la chaussée de La Hulpe, à partir de Boitsfort, et la chaussée de Wavre, est traversé par les chemins suivants : route des Fontaines, route d'Auderghem à Boitsfort, route du Relais des Dames, vieille route Tournante, vieille route du Tambour, route des Etangs, chemin de Welleriecken, route de la Chapelle, route du Tambour, vieille route de la Censé, vieille route des Prairies. Au delà de Hoolaert, se greffe sur la chaussée de La Hulpe la vieille route du Prieur, qui, de l'autre coté des étangs de Groenendael, s'appelle route de Saint-Cornil. Les voies qu'on a tracées dans les bois échelonnés de Hoelaert à La Hulpe vers Rixensart s'appellent : roule des Neuf-Bonniers, route aux Petits-Etangs, route de la Croix- Lorraine, route de Malaise, route de Terholst; le vieux chemin de La Hulpe a Hoelaert serpente parmi elles.
La chaussée de La Hulpe à Bruxelles est reliée à la route de Groenendael à Joly-Bois, situé non loin de Waterloo, par la route de la Meute et la vieille route de la Sapinière qui, après s'être croisées au Relais de la Belle-Etoile, se prolongent jusqu'à la chaussée de Bruxelles à Namur, et par la vieille route de l'Espinette. Ces chemins communiquent entre eux par des venelles : la route de Vandelles, le chemin de Longue-Queue à Groenendael, la route de la Futaye, la route de Gallemaerde, la route du Chasseur. Plus haut nous trouvons la route du Roussart, jadis du Drossart ou du Bailli, conduisant à Joly-Bois, la route du Mort, la route de Marie-Cuyper. De l'avenue de la Sapinière aux Etangs des Sept-Fontaines, va la route tortueuse de Sainte-Gertrude. Elle est coupée par une série de voies morcelant tout le massif sud-ouest : route de Longue-Laye, route des Hermites, route de Revelinge, route du Paysan, route du Bon-Homme, route du Fort, route de la Bruyère, route du Brévière. Au delà du prieuré, dans la pointe méridionale extrême bornée par la Chapelle de Jéricho, la Censé de Haiu, et la frontière du comté de Hainaut, on voit : la route do la Culotte, la route de Tuliso, la grand'route des Sept- Fontaines, la route d'Audegin.
La drève de Lorraine, récemment baptisée, va de l'abbaye de la Cambre jusqu'à Joly-Bois, en passant à proximité de la Belle- Etoile. Depuis cet endroit viennent y naître, y finir ou s'y croiser : la route des Ouvriers, la vieille route de l'Espinette, la route du Cerf, la route des Gardes, la route des Moines, la
Chaussée de La Hulpe.
Le massif sud-ouest.
Drève de Lorraine.
Lrs relais.
Disparition des vieux arbres.
Chaussée de Bruxelles à Tervueren : 1749.
route de la Patte-d'Oye, la route du Haras, la route de Boitsfort à TEspinette, la route des Bonniers, la route Tournante du Haras, la route de Tlnfante, la route de Saint-Hubert, la route de Boendael, la route de la Cambre. La forêt est divisée en « sengles » qui prennent leurs noms de l'endroit qui les ^itue : Sivertenborre, les Wandelles, Eyndeplas, Terholsi, le Coedael, le Dieperick, la Ketelheyde, Duysburgh, VEpelaer, le Flos, le Reygerenbooschy la HeeghdCy la Viiylbeke, les Bonniers, le premier et le second Kortenbosch, Longue-liaj'e, Rovelinge.
Tout le tronçon occidental de la chaussée de Bruxelles à Namur, aujourd'hui la chaussée de Waterloo, est encore boisé, et cela à une moyenne d'une demi-lieue du pavé. Pour la première fois nous rencontrons ailleurs que sur des plans fragmentaires figuratifs les noms de Vert-Chasseur, de Vivier- <i*Oye, — à l'angle de la route du Maréchal, — et de fort Jaco, qui dessine son carré à droite de la route, près du bois de Foudroyé, passé Carloo.
Pour la première fois aussi les relais sont indiqués sur la carte. Mais nous n'y trouvons plus trace des vieux arbres célèbres. Tous sont tombés sous la hache des bûcherons ou ont succombé à la suite de leur grand âge. Quelques lieux ont reçu des appellations inédites : la bruyère aux Loups, près du chemin de Longue-Queue à Groenendael; la Croix-Rouge, passé le relais de la Sapinière, à Tangle de la route du Chasseur et de la chaussée de Namur, non loin de la place où Lambert Laurin indiquait, en i638, la ('roix des Veneurs, et le Naille plas, ou Mare de l'Aiguille; le relais de la Belle Etoile, au carrefour des routes de Groenendael et de Galemaerde, là où se croisent huit voies s'enfonçant dans la forêt en tous sens.
La chaussée de Bruxelles à Tervueren avait été construite dix-sept ans avant l'achèvement de la carte de Ferraris. Voici, en effet, ce que nous lisons dans l'ouvrage de l'abbé Mann, au sujet du palais de Tervueren : « 1749- — H fit construire (le prince Charles de Lorraine) un beau pavé depuis Bruxelles jusqu'à ce château (i). » On cou serve aux Archives générales du Royaume, à Bruxelles (2), un plan colorié du massif forestier que traverse la (c chause d'Auregem à Tervueren ». Il nous renseigne exactement sur le tracé de la large route. Depuis la deuxième commune jusqu'à la première, la chaussée coupe, longe ou limite les endroits suivants : bois et drève du Rouge-Cloître, entrée du Rouge-Cloître, la place où on tire l'Oiseau, la Chapelle, le chemin
(i) Volume II, p. a4o
(2) Archives ou Royaume : Cartes et plans manuscrits, n» 142.
de Nostre-Damme-an-Bois, la chapelle aux Maisons, les maisons au Pont.
Qui nous dira comment on ne s'aperçut pas, à l'époque de la construction de la chaussée, qu'un terrain de 34 verges et demie, entouré d'arbres, était abandonné à très peu de distance? Il bordait, comme l'atteste un plan du géomètre du Conseil souverain P.-C. De Becker (i), dessiné en 1782, le chemin menant à la Plaine aux Poux (Straete naer de Lûyse-Plyn), en face de la ferme appartenant au Borg-Graeve de Vueren.
Les pièces d'eau que nous rencontrons, en 1768, dans la forêt de Soigne ou à sa proximité immédiate, sont extrêmement nombreuses. Tout d'abord, les étangs de Boitsfort. Dix, de grandeurs inégales, forment la lisière du bois, entre la route de l'Infante et une venelle naissant au commencement de la chaussée de La Hulpe. Sept autres, s'étageant dans la direction de la seiigle de Vnylbekey sont presque perpendiculaires aux premiers. Les autres sont hors de la forêt. Dans l'angle formé par la route d'Auderghein à Boitsfort, quatre petits lacs constituent une sorte de V; un ruisseau les relie à trois étangs plus vastes. Puis, ce sont les étangs de Rouge-Cloître et d'Auderghem, au nombre de trente et un, de superficies variées. Cinq des plus beaux, à gauche de la chaussée de Wavre, dessinent une courbe dans la futaie. Un rivelct les prolonge; franchissant la route de la Plaine de Stockel, entre la route delà Barrière et la nouvelle route de la Chaussée, il alimente les trois étangs du Flos.
Dans l'extrême coin oriental créé par le tronçon que limitent les routes de l'Etang, de la Surprise et de la Plaine, est un lac isolé. Devant le couvent des Capucins, à l'angle de la route des Capucins et d'un chemin parallèle à la route d'Overyssche, un étang évase ses deux bras, ainsi que les branches d'un catapulte. Dans le parc de Tcrvueren il y a sept étangs, divisés en deux groupes. Un canal relie les deux plus étendus, dont l'un entoure le château. En dehors des murailles, au nord-est, deux autres étangs existent. Les étangs de Groenendael sont exactement une douzaiue. Pourtant, à partir de la vieille route du Prieur, continuant la série, onze autres étangs se succèdent sur le territoire de Hoolaert et Terheyden, jusqu'à la censé de Smeyberg.
Alimentés par de Silverbeeck (le ruisseau d'Argent), dix-huit étangs indiquent la frontière domaniale de la bruyère de Terholst à la censé de Galemaerde, par La Hulpe, le bois de Mot, Longue-Queue et la censé de la Baméc. Sans compter les pièces d'eau artificielles encadrant les bâtisses du prieuré de Sept-
Terralii abandom.o.
Pièces d'eau A Bottsfort.
A àuderghem.
A Tervueren.
A Groenendael.
A La llulpe
(1) Archives du Royaume : Cartes et plans manuscrits, n? 8007.
Fmitainea, il y ft Imit étangs échelonnés de la roate de la Bruyère à la rontc de la Culotte. A liauteur de la Grande- Espinetto, le premier réfléchissant dans son onde les hauts arbres de l'orée, dix étangs s'alignent de la censé de Landsrodo à la censé Ingendor.
J. Bodimont, gesworen landmeier, nous a conservé dans un de SCS plans (i) nn aborneraent de la forêt de Snigne, vers Overyssche, daté du 8 novembre 1770. Cette carte rappelle un
pot), par son procédé, celle du xvi'^ siècle évoquant la propriété du couvent de JcrîcLo et dont nous avons parlé au début de ce chapitre. Elle fut dressée à la demande du prince de Salm- Kirboiirg, propriétaire des terres riveraines du domaine ducal. Fait avec un soin méticuleux, le document nous montre le chemin soparaut les bois des labours de la ferme Tcrest.
Pour bien préciser les limites, l'arpenteur a indiqué sur sou plan les principaux arbres et a enregistré sur les tables drossées an bas de la feuille la distance entre l'alignement des bornes de pierre et le centre des troncs pris près du sol, le diamètre de ces troncs et la mesure des troncs jusqu'au bord de la ronto mitoyenne de la ferme (dcn voet van den cant van den selven heym). La frontière domaniale est ainsi indiquée au moyen
d*auue8 (erselteren boomen)^ de chênes, de hêtres, certains debout, certains abattus et n'ayant plus que leurs souches. A Textrême point est nous voyons deux énormes hêtres, dont les troncs, soudés durant la croissance, constituent un seul bloc élevé. L'abornement comprend une courbe régulière de plus de 400 pieds.
Un plan dessiné après 1776 (i), ayant pour titre : Séparatie van het Groot hoiit ende Schaerhout der Heeghde^ nous fournit un document précis sur la date du défrichement complet d'un fragment des bois princiers situé entre le bois de Frondroy, le Vert-Chasseur, la chaussée de Bruxelles à La Hulpe, les champs de Boitsfort et le relais de la Haute-Borne. La chaussée de Namur, la drève de Lorraine (Eycke dreve), la vieille i*oute de riufante traversent ce massif. Les coupes, tracées presque perpendiculairement à ces chemins, portent au craj'on les indications suivantes: «Haute futaie. Tailles de 1762, 1768, 1765.» Tout ce morceau majestueux de Ip» forêt, aujourd'hui replanté jusqu'à la chaussée de Waterloo, était détruit un an avant que le comte de Ferraris commençât ses levées. Le lotissement de la majeure partie de ce tronçon forestier, entre le bois de Fraenrode et les champs de Boitsfort.le relais de la Haute Borne et la route du Maréchal, fut opéré, ainsi que nous l'apprend un document contemporain (2), les 16 et 17 octobre 1780. On la divisa en cent quarante-deux parcelles ou Koopen, à côté des Corienbo>ich Biinders et de Viiylbeek, Moins d'un an après, le 7 septembre 1781, on se préparait à vendre quatre-vingts autres lots de Schaerhout (tailles) au même endroit (3).
Certain plan (4) de l'arpenteur Hellemans nous apprend que les bois de la Heeghde, — qu'il ne faut pas confondre avec le fragment cité plus haut et portant une appellation x^Hireillo — bois prolongeant la forêt jusqu'aux terres domaniales du Chat, à Forest, et défrichées complètement quelques années auparavant, recouvraient une superficie de 45 bonniers et 2 verges (5). Malheureusement, ce vaste terrain n'a pas été, comme l'autre, repeuplé dans la suite. Les quartiers de Vleurgat et de Ten
Tailles de 1762, 1763 et 1765.
Taille de 1780.
La Hfffjhde.
(2) No 'j^-jV.
(3) No 737K.