‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 2 sur 77 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

le Bel en aide à la royaalé; le quatorzième siècle est marqué en France par plusieurs réunions des états généraux; en un mot, Télément nouveau, rélément populaire, démocratique, se fortifie dans cette décadence et cetle déroute de ceux des éléments du moyen âge qui lui appartiennent en propre. Un fait général dans rtiistoirc du quatorzième siècle, c^est le triomphe de ce qui, dans le moyen âge, est en opposition avec lui, de ce qui doitle combattre et lui survivre. Ce siècle est le siècle des légistes, c'est-à-dire de ceux qui achèveront d'enterrer la féodalité sous ses ruines, et d'élever audessus d'elle la royauté, son ennemie ; c'est dans ce siècle que Pétrarque et Boccace commencent à exhumer Tanliquité, que Charles V fonde la bibliothèque du Louvre, et que les traductions des auteurs anciens se multiplient ; or, l'antiquité doit détrôner le moyen âge ; c'est aussi l'époque des tentatives de réforme, soit complète, comme celle de Wiclef en Angleterre, soit modérée, se manifestant dans le sein du catholicisme, sans ^ en dépasser les limites, comme celle de Gerson et de Dailly à Paris; en un mot, par ce côté, le quatorzième siècle, qui, d'autre part, nous a présenté la décadence du moyen âge, nous offre comme une anticipation de Page suivant, de Page moderne.

L'art partage les mêmes vicissitudes ; les dates varient, il est vrai, dans les diverses contrées de PEurope, selon que l'une d'elles est plus ou moins avancée que les autres. Mais, en France, l'architecture à ogives commence au douzième siècle ; son âge de simplicité, d'austérité, de grandiose primitif, remplit la seconde partie du douzième siècle et le commencement du treizième ; ensuite, surtout durant le quatorzième siècle, la déca*

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dence s'introduit dans cette architecture; elle devient surchai^ée d'ornements, lourde, recherchée; entre la simplicité primitive du douzième et la décadence duquatonième siècle, elle atteint son point de perfection au milieu du treizième, sous saint Louis.

Il en est de même pour la littérature que pour la société et pour Fart. Au douzième siècle et au commencement du treizième appartiennent les tentatives épiques les plus remarquables des trouvères, telles que le chant de Roncevauz et le Koman d'Alexandre, les grandes chroniques en vers comme le Roman de Brut et le Roman de Rouj les légendes de Gautier de Coincy. C'est sous saint Louis que notre culture poétique du nord de la France, héritière des traditions de la culture méridionale dès lors en décadence, atteint sa perfection et sa fleur. C'est Tâgc de Thibaut, comte de Champagne, et des plus élégants trouvères lyriques. Alors l'esprit français se dessine entièrement dans les fabliaux, et surtout dans les diverses branches du Roman du Renard , cette épopée satirique, gloire de notre littérature au moyen âge. Puis la veine poétique tarit, les versions en prose des romans en vers se multiplient, les traductions des auteurs anciens commencent. La pédanterie arrive en attendant la science ; d'autre part, la satire et la réalité triomphent sur les ruines de l'enthousiasme et de l'idéal. Les deux parties du Roman de la Ko^^font sentir cette différence de la première à la seconde moitié du moyen âge. Guillaume de Lorris est un poète chevaleresque pour le fond des sentiments, bien que déjà la forme soit allégorique. Jehan de Meung^ est un pédant plein de verve, qui, dans le livre où son prédécesseur a placé d'élégantes et un peu mignardes personnifications des senti-

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