‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 20 sur 77 · FORMES GRAMMATICALES · texte numérisé non relu

FORMES GRAMMATICALES

C'est la fourmis qui tout l'été...'.

L'auteur i'Aucassin et Nicoleite dit en parlant de cette dernière :

Si se repensa que s*on le trovoit iieuc, c'on le remeneroit en le vile por ardoir (a).

Barbazan, Fabliaux et ConleSf t. I, p. 397.

Elle réfléchit que si on la trouTait là, on la ramènerait dans la ville pour la brûler.

L'article néo«latin forme ses cas au moyen de prépositions qui tantôt s^incorporent avec lui de manière à ne composer qu'an seul mot, tantôt le précèdent et en demeurent séparées.

Ainsi, dans Fancien français comme dans l'ancien provençal et dans l'italien, le génitif singulier de l'article masculin fut forme de la préposition latine de et de l'article, soit réunis» soit séparés, et l'on dit également idelo^ et del; en espagnol, dd seulement.

De/ a fait cteu, dou^ do, comme chevet a fait cheveu ; dolx, doux; pely peau; et enfin du, Yu ayant remplacé, ici comme dans beaucoup de cas, ces sons indécis de l'ancienne langue^ eu, ou^ 0.

Au g^tif féminin, la préposition et l'article demeurèrent séparés, de la, dès l'origine comme aijyourd'hui.

Il en fat du datif masculin comme du génitif, on le forma par une préposition jointe à Tarticle.

Le datif masculin français fut a lo comme en espagnol {h).

A lo lieu, -^ au lien.

VYsUnre de li Normani, p. 180.

* R<^Mrt, Fabien inéâiUê des douzième, treizième et quatorzième si^ c/e», ul, p. S. — [Fourmi est en tieui français des deux genres.]

* L^isage en italien est de doubler 17 et d'écrire en un mot dello. Mais Pétrarque éeriviit de lo. Voy. Raynouard, Gramtmtire comparée y p. 17.

(a) [Ce texte est picard, voy. note 2 de la p. précéd.]

[b] {à lo ne se rencontre que dans les textes écrits par des Italiens, coone est oeloi qui est cité ici.]

[y a lo on fit al, qui est beaucoup plus fréquent.

Si cume la dame parlad al ttu

Les Rois, p. 223.

Comme la dame parla au roi.

Enfin al devint au, par ce changement singulier d*iine consonne labiale en une voyelle, qui est bien dans le génie de notre langue, puisquMl a eu lieu dans des cas fort différents.

Nous avons mis au à la place d al :

i"* Dans les mots latins qui ont passé en fraaçais: Alius, haut ; mltus, saut ; calidus, chaud ; callidus, ewit (a. fr.).

2^ Nous avons mis, dans plusieurs oiots eoalmà piuriel, h temînaisoa aux pour als : val, vaux; cheval, chevaiuSt etc.

Dans Tancien français, cette pennuialion était enoore plus fréquente ; als ou ans étaient deux manièros d éeriiie iatifféreaanent la terminaison, soit du pluriel, soil du aîn^Ker des mêmes mots. On disait : li chevaus, pour k cheml; U cardoniausj pour le cardinal; li chevals, U ounianals^ your le» chevaux^ le$ cardinaux (a).

Au lieu fïal on trouve el pour le datif; maie oette fonoe me parait indiquer plus souvent Tidée qui est expnmée m sanscrit par le cas locatif^. Dans les cinq exemples cités par H. Raynouard, al désigne mms le but que le lieu de Taclion ^ L'a é'al vient de la préposition ad; ïe A*el dans le sens du locatif vient de la préposition in, qui a reiiiphoè« dans ce cas, ri par e, comme dans ie mot en (b),

' Le locatif n'existe pas toujours en latin, cependant on en toit quelque trace; domi, différent de doniui, parait être un véritable locatif. / est li marque du locatif dans le paradigme de la déclinaison sanscrite. V. Boppr Ausfûftrtiches Lekrçebâude der Samêknta Spracke^ p. 99.

* FA se prend smsù pour le datif. V, il^m. de Bou^ r. 531, 636, 7M, 741, 5427.

(a) [U chevaus, li eardoniaus est le sujet sin^., pour It ekemU, U cardonials; la forme 4u siy. plnr., rendant à ilofcAMoaiar, les cmdi' naujT, est U cheval, li cardmal^ sans s.]

(&' [Il faut dire simplement que al est |Kmr 4 ^, et eZ ppi»r «i i^.J

FOUUES 6RA1IMATICALES. 41

linlrad «1 iJianp. ^

Le$ Rois, p. 3$8.

Entra dans le chaiop.

E «ûlrent te <W ieeufle Da^m.

IM^ p. il.

£t la ptecèreat dans le tonyCe de fiagfoa.

£T mii'MBit.

/Mtf.

Dans l'action de jDounr.

U ^|«0BS Rollai» est suntet e/ durtwi.

£h. de Bûlani^ ju 32.

Le comte Roland est monté sor le destrier.

El tiers an.

ÏJB9 Rois, p. 513*

Dans la troisième année.

Cet e/ se changea en eu H en ou eomnie del en deu et en dou:

Kous fichâmes les pointes de nos escus ou sablon.

Joinvilie, p. 206.

Xoos plantâmes dans le sable la pointe de nos boucliers.

Lt était §tmma eBl a la ; il n*y « fMÎnt de torme parliculièK au féminin pour le locatif.

L'ictnaalif mascuUe eal te, tandis que la forme /t, oubliée par M. BayQOuard, est la forme constante du nominatif singulier, cQBiaie elle «est la forme constante du nominatif pluriel.

Le se trouye pour le uominatif et pour raccusatîf dans les phis anciens monuments, mais c'est par exception.

U rei Salomun cumençad en mai, tost après Pasche, à édefier le tempie lOTcre oei^imir.

U$ hM, p. 245.

U roi Salomon i ri— fini ■ en ani, aaasitèt après Pftqnes, à bètir le temple de notre Seigneur.

L'accusatif fémiaiii ia est semblable au nominatif.

L*ablatif n'est pas différent du génitif, dans le vieux français, non plus que dans le français moderne» ainsi que dans Tespagnol et le portugais. L'italien a distingué ces deux cas en disant delj dello au génitif, et daly dallo à Tablatif.

Ils sont également distincts en valaque. Le génitif masculin est assez bizarrement luiy et Tablatif du même genre, de la n^est pas moins étrange. Il y a eu là probablement confusion, car ces deux formes lui et de la se trouvent dans les autres langues néo-latines et plus à leur place.

Enfin le roumanche distingue le génitif dilg de Tablatif qui a quatre formes, davart, dad ilg; d'Ug, da.

Le nominatif pluriel masculin, dans Tancien français, est H; évidemment d't7-/t :

E li Breton s'enfuirent.

Hi»t. des ducs de Norm., p. 17.

Et les Bretons s'enfuirent.

L'italien t ou gli, le valaque t, oflt la même origine, tandis que respagnol et le provençal /o«, le portugais oSy le roumanche ifo, prennent Ys final. Los et os viennent d't/-i-<w, dont les trois ou les deux premières lettres ont été laissées de cdté.

Dans ilsy c'est au contraire les deux premières lettres dHlle qu'on a prises et auxquelles on a ajouté Vs (a).

Il est bon d'avertir que la forme toute moderne ieSj an nominatif pluriel, ainsi que fe, au nominatif singulier, se trouve dans les plus anciens monuments de la langue :

Ijes puinz et le chief oolpez li furent.

Les Hois, p. 17.

On lui coupa les mains et la tâte.

Tant Taltération du type primitif a été rapide. Cependant il est certain qu'en général, dans les écrits antérieurs au quatorzième siècle, l'emploi de li est dominant.

[à] [Cette addition s'est produite à une époque très-tardive, car la rorme ancienne est tl, cenftvrmémoit à Tétymologie.]

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