Transformation du vieux français dans le français
moderne.
Après avoir étudié comment les mots ont passé du latin au vieux français , il reste à observer comment ils ont passé du vieux français au français moderne.
Souvent la forme employée au moyen âge sert à rejoindre le latin au français moderne ; il est donc essentiel de connaître par quelles vicissitudesnin mot français a passé pour s'assurer de sa véritable origine.
Pour établir que âme vient d'anîma, épee de spatha, jeune de juveniSf choir de cadere, s'asseoir de sedere^ il n'est pas indifférent de trouver dans les Rois les formes aneme , spée^ juefne, cader, seder; et si on ne pouvait d'aucune manière douter ici de l'étymologie, il est d'autres cas où la forme ancienne d'un mot français importe réellement pour établir sa provenance.
Si H. Estienne se fût souvenu qu'avant de dire parler on a dit jMxrofer , il ne serait point allé chercher l'origine du mot parler dans le grec itaùoîkaXav,
On peut hésiter sur l'étymologie du mot coucher^ mais non sur celle de culcher. Se culcher conduit nécessairement à se ooUocare, qui avait, dans la basse latinité , le sens àese placer dans son lit, comme nous disons encore aujourd'hui se mettre au lit. Comment s'assurer que craindre vient de tremerCj si l'on ne tient compte du vieux français criembre et cremi?
Pourrait-on être sûr que faible vient de flebilis, si l'on ne trouvait /lèfte pour feble? {Yst. de liNorm., p. 45.) Que veut dire lutrin ? On le comprend quand on voit dans Villehardouin, tort».
Si bon dus (duc) de Venise monta ou letnn *.
Villeh. p. 9.
* Utrin était le cas régime de letrUf Uttris ou ledriSf mot qui s'explique
Quelquefois, dans l'ancien français, deux formes différentes du môme mot concourent à faire voir comment ce mot a passé du latin au français moderne. Ainsi pour ensevelir , qui Tient de sepelire, on trouve tantôt ensepvelir, tantôt seve^*. Dans le premier cas, lep du mot original est conservé; dans le second, \ep a disparu, mais la préposition en n*a pas encore été ajoutée.
Il faut reconnaître cependant que , parfois , rancienne langue française était plus loin du latin que le français moderne • ; ainsi on trouve :
Aorer pour adùrer (adorare).
j^smer (a) estimer (cBStinutre).
Ydles idoles [les Boîs, p. 553).
Treûd tribut [Ibid., p. 554).
Dans ces cas exceptionnels (6), on doit, pour la recherche étymologique d'un mot, tenir plus de compte de sa forme actuelle que de sa forme antique.
Souvent, pour se rendre compte du sens original d'un mot,
il faut le décomposer en plusieurs autres. La langue du moyen
âge présente cette décomposition toute faite, ou plutôt elle
présente les éléments de l'expression, employée dans un état
' d'isolement antérieur à la composition du mol actuel. Ainsi on
par légère, lectum^ lecior{c). Le letrin, dont parle ViHehardoain, était Vambone où Von lisait l'cTangile du jour. Cette dénomination a été transportée au Itdrin qui sert à chanter le missel.
« Villehard., p. 71.
• Quelquefois l'ancienne forme contractée, et la forme plus moderne ei plus développée subsistent toutes deux dans la langue, et ont pris arec le temps une acception ou au moins une nuance d'acception différente.
Ainsi parage ne se dit qu'en bonne part : Une dame de hautparage; il n'en £st pas de même de parentage.
Un cousin abusant d'un fScheux parentage.
(a) [Il faut lire aesmer à*adœstiniare ou esmer à'cBStimare; la diphthoogue œ est inconnue à l'ancien français.]
(b) [Ces cas ne sont point exceptionnels : les mots aorer^ esmer» etc. appartiennent à la formation primitive et spontanée de la langue,lesauti^ sont de formation récente. Voy. p. 201.]
(c) [La forme latine qui répond exactement à letrin est lectrinum.]
PRINCIPES D'ÉTYKOLOGIE. 305
voit clairement quelle est l'origine de at^ourd'hui , ctor^iovanl^ détormaU, quand on trouve au jour d*hui, d^are en avant j dès are mais. (Voy. Dériv. des part,) Il en est de même du mot débonnaire, que Barbazan fait dériver de bonus. Dé" bonnaire se trouve, au moyen âge, écrit ainsi : De bon aireK
Chcvaler tle bon aire.
Cfu de Bol., p. 87.
Mais si Ton pouvait douter de celte étymologie, elle serait confirmée par les mots députe aire et de pute art, écrits quelquefois comme débonnaire, en un seul mot, deputaire^, depuiarL
Le diminutif d'un mot perdu depuis le moyen âge s'explique par le sens de ce ïnot lui-même ; ainsi grelots par graisles ou gresleSy cloches.
lY^souvent le diminutif a survécu dans l'usage au simple, et Ta entièrement remplacé. Exemples :
Ruis, raissel, ruisseau.
Ram (a), ramel, rameau.
Ham, hamel^ hameau.
Berc, bercel, berceau.
Aloue, alouette.
Mauvis, mauviette.
Masure était formé de mas, habitation, qui ne subsiste plus que dans quelques noms propres, et surtout dans le nom si répandu de Dumas.
Les mots perdus peuvent jeter du jour sur les mots conservés. Pièce a aujourd'hui beaucoup de sens différents ; mais
* Aire avait un sens beaucoup plus large que air dans la langue mo- <leme; il ne se prenait pas seulement pour les manières, mais pour toute la nature d'une personne.
* M. Paulin Paris a indiqué cette élymologie de débonnaire. Roman' rero fr., p. 22.
* Affecté d'une double forme dîminutive dans l'anglais, hamelet.
(a, [A latin accentué et suivi de m ou n devient en français ai; ramtis «I donné rain et non ram; cf. daim, main, nain, etc.]
comment douter que le sens primitif soit morceau {petium, b. lat.), quand on trouve le vieux verbe p^ceîer (Ch. de M., p. 5), briser f mettre en pièces j et la locution pi^^Yi (pour piec^-a), t7 y a un morceau de tempSy tin bout de temps (un pezzo ha).
Souvent nous avons gardé le composé et perdu le simple. Ainsi on dit déguerpir, et Ton ne dit plus guerpir,
U guerpi l'ost.
TUleh., p. 25.
II abandonna rarmée,
Maussade vient de mal sade; sade, qui voulait dire doni, a péri.
On disait s'orgueillir*, sevelir, freinJre : ou ne dit plus que s* enorgueillir, ensevelir, enfreindre.
Désarroi ne s'explique bien que par arrot , d*oû courrait {arredum et corredum, basse lat. (a) ) ; Aûfeux avait pour substantif ^û/e', qui signifie effroi.
D*autres fois nous avons gardé le simple et perdu des composés trés-regrettables : enamer, desamer, malamer, enire-omr.
On peut regretter aussi certains mots dont ni le simple ni le composé n'existent aujourd'hui, comme énamourer, rase^ rener, asoleiHer, apoUronir^ asauvagir.
Quelquefois le substantif a survécu au verbe, comme issue à issir ; ou le substantif à l'adjectif, comme détresse A destrait (Ch. de Ao/.,p. 106) ; ou l'adjectif au substantif, comme nonchalant à nonchaloir.
Quiqunques s'orgueligt.
Vie de saint Thomas de Cant., p. 81 Voy Rotn. du Renati, t. 39tS.
Renars a grant peor el hiie.
[a] [CotTedum, ou canreâum^ a donné cottroî ou carrai; camr^ne vient de corrigia.]
PRINCIPES D'ËTYMOLOGIE. 207
Il y a des substantifs qui dérivent d'un adjectif, coinine piaine.
En un endroit qui plaine {a) iert.
Fabl. inéd., 1. 1, p. 387.
En un endroit uni.
Le quantième était , dans Torigine , suivi de ces mots jour du mois ; il était alors un adjectif numéral qui se mettait indifféremment devant tous les substantifs ^ Maintenant, le quantième ne se dit que du mois, et est devenu substantif.
H est, nous Tavons vu, uq assez grand nombre de substantifs qui ne sont que des infinitifs pris substantivement. Telle est l'origine d'une foule de mots abstraits, comme le pouvoir, le devoir, le repentir, le souvenir ^ le plaisir, le loisir, et de quelques-uns qui ne le sont point,comme le baiser, le toucher.
Affaire s'écrivait avec un seul f, en séparant a de faire, un à faire. Ce mot a donc été formé d'une particule et d*un verbe. Embonpoint, qui s'écrivait et s'employait d'abord ainsi : être en bon point, a été formé d'une particule, d'un adjectif et d'un substantif.
Certains mots sont mieux composés dans l'ancienne langue que dans la moderne. On conviendra qix'enhorter valait mieux qn exhorter, qui semble être la traduction du latin dehortari^ détourner par des conseils (b). C'est à peu prés comme si s'expatrier voulait dire rentrer dan» sa patrie, et si exporter voulait dire importer.
Il est aussi des adjectifs qui ont péri, et qui n'existent plus qu'à l'état de substantifs ou d'adverbes. Tel est Tadjectif mal, maie, pour mauvais, qu'on ne trouve plus qu'en composition, malheury malgré, malepeste, et sous la forme mau pour mal,
* Sa la cour d'un roi de France, je ne dirai pas le quantiestne, Omtet de la reine de Navarre, éd. de Gruget. t. II, p. 209.
fa) [La mesure aussi bien que la grammaire exigent qu'on lise plaine.] [b: [Si le mot exhorter est mal formé, la faute en est aux Latins, car exhortnri a juste le même sens i\\x' exhorter,]
dans maugréer^ et dans leà noms propres, MaupertuUy Mouvoisin, Maubuisson , la rue MauconseU. Au moyen âge, on disait mole mort, maie femme^ une mauvaise mort , une méchante femme.
Certains substantifs latins sont originairement des participes passés; peccatum, faium, depeccare^ fari. Il en est de même de certains substantifs français qui, au moyen âge, étaient des participes; un taillis, c'est un (bois) taUlé{a); taillie se mettait en effet pour taillée, comme ojccoiukie pour accouchée^ desclarie pour déclarée, dreschie pour dressée^.
A leur point de départ les divers idiomes néo-latins étaient plus près les uns des autres qu'ils ne le sont aujourd'hui. Les rayons d'une roue se touchent au centre, et divergent toujours plus à mesure qu'ils s'en éloignent davantage, le sens primitif de plusieurs mots français peut donc être expliqué par le sens des mêmes mots dans les autres langues nèo-latines. Ainsi, dans l'ancien français', talent signifiait désir , rolontéy comme talento, en italien; calt, il importe, comme cale *.
L'étude comparative des dialectes romans, même les moins célèbres, peut éclairer les étymologies françaises. Consobrinus a fait par contraction cosin, cousin; ïr qui a disparu dans le français se trouve dans le roman suisse, cusrin (Diez, 1. 1, p. 29). La racine du mot populaire moutard se retrouve dans un patois italien qui offre beaucoup d^analogie avec le français'.
L'anglais a reçu, comme on sait, des Normands un grand nombre de mots français; quelques-uns ont péri dans le fran-
' Voy. les Quatre fiU Aymon, p. ix.
• De ço qui calt. Chanson de Rol.^ p. 72.
* Hormayr, Geschichte der Tyrol, p. 155. El mut, l'enfant.
(a) [Il n'y a pas à rapprocher les participes féminins en te et le sofliit is au moyen duquel est formé taillis. Les premiers sont la contraction de la terminaison iêe: laillie est pour taillée^ accouchie pour a^r«^chtéct mais le masculin était au cas sujet sing. tailUéSj accottchiés, et uor taillis, accouchis. Quant à taillis, c'est un adjectif formé du tlièrae tmll t-f du suflixe is ;latin iciusy voy. Diez, Granmi., 11, 294) ; on a dit d'abord -» bois taillis, puis un taillis J\
çais moderne ; exemple : pelfrer *, voler ; anglais, topilfer. D'autres ont changé d'acception ; exemple : attirer pour arranger^ lo attire (anglais) ;f attirai mon affere*. L'anglais peut donc nous rendre ce double service, ou de nous montrer le sens d'un ancien mot de notre langue , aujourd'hui perdu, ou de nous rendre compte de l'acception primitive, et maintenant abolie, d'un mol conservé. Souvent ces mots d'origine frani;aise nous sont revenus d'Angleterre, plus ou moins détournés de leur signification primordiale, plus ou moins altérés par une ortliographe qui peint une prononciation étrangère. Nous n'en devons pas moins reconnaître dans disapointment, désappointement; dans fashion, façon; dans budget, bougette ; dans htistingsj hustins '.
Il est important aussi de consulter l'orthographe , et l'orthographe la plus ancienne, pour remonter plus sûrement à l'origine d'un mot. Comment se rendre compte de cette locution : les êtres d'une maison^ si on ne la rapproche du vieux français aitres, atria ?
Enfuemuit en aistres de musters.
Ch, (le Bol., ^.Q^.
Ils nous enseveliront dans un mona&tère (ou une église] m atriis monasterii,
ConnaUre les êtres d'une maison , c'est en connaître les chambres^ atria.
On a voulu de nos jours, comme on l'avait déjà tenté au seizième siècle*, rendre l'orthographe exactement semblable à la prononciation; si ce systèmeeût triomphé, je n'écriraispas le
• LcM Rois, p- 554.
• Jcinville, p. 176.
^ V9 dehustinSf qui voulait dire bruit, tumulte, est Vs final du nomiiiatif singulier; cUe a été l'occasion de mettre hustings au pluriel [a].
• Pelletier et Meygret.
^a) [Êtymologie contestable; il est, au contraii^, probable que l'anglais huttingn existe d'origine en anglais (angl. sai. hûsting, bousething } et qu'il a donné naissance à notre kuntin^ htUin. Voy. Efl. Nu^Uer, Etym. n'œri. d, engl, Spr, au mot huUings.]
210 FOUMATION DE Li LANGUE FRANÇAISE.
présent chapitre, dans lequel je cherche la trace de la langue ancienne dans Torthographe moderne. Selon moi, un système d'orthographe comme celui de Pelletier, de Meygret, ou de M. Marie, est un système barbare. EfTacer les signes étymologiques d*une langue, c*est effacer ses titres généalogiques et gratter son ëcusson. L'orthographe, pour n*ètre point arbitraire, doit indiquer Torigine des mots ; hors de là, il n'y a point d'orthographe rationnelle.
C'est ce que fait presque toujours l'orthographe du moyeu âge. Elle écrit souspiVy espée, advenir (pour le substantif comme pour le verbe), respondre, volij dolcement, escrire. blasme, là où nous écrivons «oupir, épée^ avenir ^ répondre, reuty dottcementj écrire ^ blâme ^ etc.
L'orthographe du dix-septième siècle était encore trés-rapprochée de l'orthographe étymologique du moyen âge.
Du temps de Louis XIV, on écrivait remplit, vostre^ caste, estai, prétieiise\ etc.
Aujourd'hui, l'ortliographe moderne s'éloigne de celle du moyen âge, souvent au point d'effacer tout vestige de l'étymologie. Non-seulement elle a supprimé les lettres qui attestaient l'origine des mots, comme on a pu le voir dans ce qui précède, mais elle a mis certaines lettres à la place de certaines autres, et ceci est sans excuse.
Elle a mis un 9 à catholique et à panégyrique, qui viennent de catholicus et de panegyricus, comme à antique, qui vient à'antiquus.
Elle a écrit désiller et sangle, bien que le radical du premier soit cilium, et le radical du second, cingulum\ En revanche, elle écrit par un c, cingler, qui, dans l'original germanique, a un^ (ail. segeln),
* J'emprunte ces exemples à des lettres originales, adressa p»r Louis XIV et diyers princes et per.<$onnages iUustres à madame de Naiote> non, et faisant partie de la précieuse collection conservée par la famille <Jt Koailles dans le château de Mouchy.
• Ménage écrivait encore cengle.
PRINCIPES D'ÉTYMOLOGIE. 2i1
Nous écrivons, de par le roi^ ce qui n'a pas de sens ; au moyen âge on écrivait, de part le roi ; de la part du roty de parte régis. De part est mis pour de parte dans celte phrase :
De lignage real de part mère.
Les Rois y p. 1.
De lignage royal du côté de sa mère.
Le génitif ne s'exprimait pas ici par la particule de ; on a vu que l'usage le voulait ainsi.
Nous plaçons, contre toute raison, un h avant huit (d oc^o), et huile (à'oleum) ; les Allemands, qui aiment beaucoup les aspirations, en sont ici plus sobres que nous, puisqu'ils disent acht et œl. L'ancienne langue française écrivait en générai uit ou uict et uile ; cependant elle n'a pas toujours échappé à l'emploi anormal de l'aspiration, et l'on trouve dans les anciens auteurs, ^&aruion, Aa^^onr/ance, etc. Cette irrégularité orthographique remonte au latin des siècles barbares, et fut un résultat des influences germaniques (a). Nous l'avons souvent rectifiée, nous aurions dû la rectifier toujours.
En général, comme je l'ai dit, et comme on doit s'y attendre, l'orthographe du moyen âge est plus rationnelle et plus étymologique que la nôtre. Cependant, par ignorance, elle s'est quelquefois écartée de l'étymologie dans des cas où la langue moderne l'a heureusement redressée. On trouve au moyen âge, et encore au seizième siècle, tans pour temps, conter pour compter (6).
[a\ [Ce n'est pas probable. Voy. Bibl. de VÉc. des ch„ 5» série, t. IV, p. 559. où Ton a cherché à montrer que l'aspiration s'introduit sponlanétnent au-devant des monosyllabes. — Dans habandon, ftabondance, le h est un caprice d'orthographe.]
[b] (Il y a peu d'avantage à rétablir des lettres étymologiques Icrsqu'eUes ont cessées d'être prononcées. Il est incontestable qu'on prononce fimj et conter; la notation temps et compter a l'inconvénient de donner i ces mots l'apparence d'une formation moderne. En ce qu concerne compter l'inconvénient est double, car les réformateurs» oh négligé de modilier «eussi la forme de conter au sens de narrare, en sorte que la communauté d'origine de conter et conipier, venant l'un et l'autre
Le seizième siècle avait introduit certaines superFètations orthographiques qu'on a hien fait de bannir.On a raison d écrire avec comme on Ta écrit dans le principe, et non avecque, orthographe monstrueuse qui , tombée en désuétude dans la prose, se maintint quelque temps dans la poésie, probablement par la facilité qu'elle oHlrait d'allonger le vers d'une syllabe (a).
Au temps de Pasquier^ on écrivait thraislre^ sans aucun motif étymologique, probablement par une imitalicy^i vicieuse de paistre ( pascere ), de estre {stare). On est revenu à l'orthographe rationnelle de traître (tradilor) .
Au reste, le ih et 1'^ jouissaient au seizième siècle d'une grande faveur. L'emploi de 1'^ dans l'orthographe française, oà il est déplacé toutes les fois qu'il ne tient pas la place de T v grec, était surtout exorbitant dans ce siècle. Mais il remonte plus haut : VYsloire de H Normant, ainsi est écrit le titre d'un manuscrit du treizième siècle. Dans ce manuscrit, Ton trouve phylosofo^j dyacono^, Ytalie^. On a banni cet y anti-étymologique de beaucoup de mots où on le plaçait encore à la fin du dix-huitième siècle. Le novateur Voltaire écrivait après son nom : i Gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, » Xous écrivons roi, loi, voie, etc.; mais l'inconséquence de l'usage nous force à écrire encore royal, loyal, envoyer.
Avant de chercher i'étymologie d'un mot, il faut s'assurer que les lettres qui servent à l'écrire lui appartiennent véritablement, et ne sont pas des lettres adventices qui ne tiennent point au radical. Ainsi on trouve le vieux mot brand, glaire^
de comptUare et n'étant que deux nuances d'un mot qui remonte à rorîfine de la langue, est maintenant obscurcie par la différence de l'ortJiographe.]
* l'asquier, les Recherches de la France, p. 923.
* Prolégomènes, p. v.
' Ilrid., p. YiH.
* Ysi. de H Norm., p. 17.
[a) [L'orthographe avecque n'a rien d'anormal, comp. en anc (r.iem et do$icgues, ces formes paragogiqucs sont tiiès-andennes ; vov.daaslc IHci. de M. Liiu^é l'iiistorique du mot avec,]
qui vient de raliemand brandy et reparait dans brandir, écrit ainsi branc. C'est que le d s*étant détaché, la nasale a appelé, selon sa coutume, une gutturale, comme on le voit dans smidanc pour soudan (Joinville^ p. 207), dans chamberlanc (ib.^ p. 210), dans ainsinc pour ainsi, dans ung au lieu d'un, etc.