LABIALES
lie p subsiste en général au commencement des mots ; au milieu, il se change quelquefois en b, et beaucoup plus soufent en v. A la fin, ce t; est fréquemment remplacé par un f,
B, — Apicula, abeille.
Y. — Capillus, cheveu; episcopus, évêque; lepuSj lièvre; lupa, louve; opéra, oeuvre; rapere, ravir ; sapor, saveur ; recipere, recevoir; recuperare, recouvrer; coopertus, couvert; piper, poivre ; pauper, pauvre; ripa, rive.
F. — Chef de capui; anc. fr. trefde trabs.
Observation. — P reparaît dans capitaine, capillaire, dans insipide, dans recepte avec Tancienne orthographe.
Il est des mots qui ont perdu le v, et qui l'avaient dans l'ancien français : avette pour abeille^ saive pour sage (savio, it.)» chevetaigne pour capitaine, escouvette de scopa. En général, les règles de la permutation souffrent beaucoup moins d'exceptions, si l'on tient compte de l'ancienne langue.
B subsiste surtout au commencement des mots, et souvent est remplacé par v, comme il l'était déjà en latin dans certai-
nés formes de langage antiques ou inusitées : devUum pour debilumyocerviis pour acerbus^ etc. Exemples : habereyOmr; caballus, cheval; debere, devoir; faba, fève; liber y livre.
Observation. —Leb reparaît dans débiteur^ a. fr. debteur; libraire, a. fr. librairie pour bibliothèque^ dans le sens anglais de library.
F se conserve presque toujours dans les mots français; il y a très-peu d'exemples dans notre langue du changement de f initial en A, comme dans l'espagnol hermoso de formosus^ hierro de femtm, et dans le latin lui-même hilum pour /i/ton, hariolus pour fariolus. Cependant on trouve dans Tancienne langue Aarouce pour farouche.
Le changement du v en fr est beaucoup moins fréquent en français que le changement inverse de b en v.
On peut citer cependant de vervex (mouton) ^ brebis (anc. fr. et popul. berbis) ; de curvusj courbe.
Ce qui est beaucoup plus ordinaire en français, c'est ie changement du v en un son qui parait cependant moins voisin que le fr, puisqu'il est d'un autre organe; en la gutturale 9, qui prend un u après elle : vadum, gue'; vagina^ gaine; el en ancien français, de vulpes, goulpU ou goupil (d'où gcmpilloriy une queue de renard).
Observation. — On passait de v à ^u par w. Ces deux derniers sons se permutaient également dans le passage des langues teutoniques et dans le passage du latin aux langues néolatines : ex. : Wilhelm, Guillaume; werra, guerre, etc., et wiquet, de vicus, d'où l'on a fait aussi guichet.
Le t; ne peut rester à la fin des mots ; il se change en /; à moins qu'il ne soit suivi d'un e muet.
Partout OÙ il y a maintenant un e muet après unv à la fin d un mot, il y a eu autrefois unf sans e muet. Au lieu de ^ave, suave, on disait grief, sœf; on dit encore bref, chéUf; seulement le muet a ramené le v au féminin (brève, chétive), qui au moyen âge n'était pas distinct du masculin (voy. le chapitre de l'ulcï/ecfty).
Vm tient à In, comme nasale, et aux labiales, par son attraction pour le b et le p.
L m se change en n dans rien de renij daine de dama, nappe de mappa, natte de maUa, nèfle de mespilum.
Il appelle à lui un b dans nombre de numertis, trembler de tremularej remembrer de rememorare.
Enfin, il se change lui-même en b dans marbre de marmar.
Dans l'orthographe ancienne, en cela, contre sa coutume, peu fidèle à Tétymologie, on écrivait non pour nom, aconpUr pour accomplir. On trouve encore dans les auteurs du seizième siècle, conter et compter, écrits l'un pour Tautre.
Obsbrvatiow. — La nasale (m et n) est à peine une consonne. En sanscrit, elle naît spontanément, dans certaines circonstances, à la fin d'un mot terminé par une voyelle, et disparaît dans d'autres circonstances. En latin, m s*élide comme une voyelle. Dans le français, n a disparu d anima, âme, de trans, très.
Une loi bien constante dans le français appelle un i devant la nasale qui suit une autre voyelle.
Dans les mots dérivés du latin, devant m ou n, a se change en ai : amo,jaime; panis, pain; manus, main.
E se change en ei : frenum, frein; vena, veine; plentu, plein.
0 se change en oi : monachus, moine.
V se change en oi : cuneus, coin.
Et réciproquement Yi appelle la nasale.
la
liriy a. fr,^ a fait ainsi, et même ainsinc en vieux français. Dans ainsinc, cette attraction singulière de ïi pour la nasale se manifeste deux fois, au commencement et à la fin du mot; et la nasale finale, à son tour, appelle la gutturale c.
En Normandie, on dit encore ainchin pour ainsi^ idin
pour ici.
C'est probablement pour cette raison qu'on a dit rabin pour rabi, mot hébreu qui veut dire maître^.
guttdbàles.
Devant a, c est devenu ch au moyen âge : cabaUus, cheval , cadere, choir; canis, chien.
Dans les mots forgés depuis d'après les mêmes radicaux, sur le modèle, soit du latin, soit de Titalien, le c primitif a reparu ; cavalier, cadence, canine.
Observations. — Les sons c et ch coexistaient dans rancienne langue, et chacun appartenait à didèrents dialectes. Encore aujourd'hui, le son le remplace le son ch en normand et en picard ; en, Normandie on dit cacher pour duisser (? oy. le chapitre des Dialectes).
Aussi avons-nous la preuve que les mêmes mots étaient prononcés de deux manières différentes. Campagne et Champagne avaient dans l'origine le même sens. Caillou et ChaiUoi étaient, je crois, le môme mot, ce dernier avec la forme du cas régime en L On trouve dans le Roman de Berte auj gratis pies, chaUlo pour caillo.
Si durement s'estoit hurtée à un chailh.
EUe s'était heurtée si durement à un caillou:
^ Peat-étre est-ce aussi l'origine de la forme amin, cas régime d «mi (?oy. plus liaut, p. 72), qu'alors il ne faudrait pas confondre arec celle? qui dérivent de l'accusatif en um et en am, comme asnin, Evam.
Devant e ou o ou devant une consonne, le c subsiste quelquefois, mais plus souvent se change en g, Seculum, siècle; (Aolera, colère; sciuruSf écureuil; conflare, gonfler; crassus, grog; tecale y seigle.
OfiSBBVAnoN. — Dans l'ancienne langue, le c subsistait là où il a été remplacé par sa douce, le g. On disait cras et confier. Le voisinage des sons gutturaux c et jr se fait sentir dans la prononciation de second {segond),
A la fin d*un mot, on met toujours c et jamais g : lacus, lac.
Ck reparait au féminin des adjectifs, secy sèche^ et toutes les fois que le mot est terminé par un e muet, roc, roche.
Devant e, t, le son du c, qui était en latin celui du kappa S s'affaiblit au point de se confondre avec la sifflante «. Ce son s'exprime, tantôt par un c, tantôt par un s simple ou redoublé; exemples : recipere, recevoir; cingulum^ sangle; puU Kcen-um (acc.)« pouss-in,
OfissRVATioif . — L'ancienne orthographe était bien plus prés de Tétymologie ; on écrivait cengle (voy. Ménage, art. sangle) eipoucin; maintenant on écrit sangle ei poussin.
Dans l'ancien français, le c latin prenait tantôt le son du c, tantôt le son du ch devant e et t comme devant a (CharleSy Char). On disait rechevoir, chi, merchi, aussi bien que rece* voir, ci, merci. La première de ces deux prononciations s'est conservée dans le patois normand et dans plusieurs autres.
QU
Qu comme c se conserve ou se change en gtt ; exemples : antiquuSy antique; aqua, a. fr. aiguë (d'où aiguière).
La médiale g disparait beaucoup plus souvent que la ténue
• Suidas appeUe le c le kappa romain, Voy. Voss. Arisiarchus, 1. 1, p. 55.
c. Le g est conservé quelquefois devant o» u : GothuSt Gcik; largus, large. Hais dans ce dernier mot, il a le son doux du;. U a toujours ce son devant a, au : gabala^ b. 1. jatte; gaudere, jouir.
Observation. — L'ancien français, altérant moins la prononciation et plus fidèle au sens du latin, disait gaudir de gaudere.
DENTALES.
Le t subsiste, est supprimé, ou se change en d.
Il subsiste dans magister, maître; fatalis, fatal ; plancUiS, plainte.
Pour la suppression, voyez plus loin de la Suppression des consonnes.
Il se change en d dans un petit nombre de cas : fnaJade^ de malè aptus (it. ammalaio, maUittia) ; aider d'adjuvare.
Le d se change en t, dans vert de viridis, mitoyen de m^ dius. Ces deux lettres se substituaient perpétuellement l'une <i Tautre dans la vieille langue; on écrivait verd pour vert. muni pour mund, le monde; tart pour tard^ grant cour grand, fud pour fut, parlad pour parlât.
lis se retranche souvent, surtout dans le français moderne; il ne se transforme guère, si ce n'est en 2, son presque identique à celui de l's. Le z n'est qu'un s légèrement adouci.
L'ancienne langue mettait Y s où la nouvelle met \^%;nt^ pour nez, nasus; vous aimés pour vous aimez, et rédproqnement, je fuz^ pour je fus, pluz ipour plus; ce n'est qu'une variante orthographique.
Vs est quelquefois changé en r, surtout dans l'ancienne hngue; exemples : ossifraga, orfraie ; varlei pour vaslet {vasmlletus).
Obseri^ation . — Ce changement est dans la nature des sons. Un dialecte grec terminait en or les mots en os; en latin, quce^ rere fait au passé quœsivi ; œs fait au génitif œrù ^ ; et quant aux dialectes germaniques, les substantifs gothiques terminés au pluriel en os, le sont en islandais par la syllabe ar : fiAoSj fiskar.
Subsiste ou se change en 2 ou en r ; d'orphanus, a. fr. or^ phenin, fr. orphelin; de diaconus^ a. fr. diacne, fr. diacre.
Ul et IV sont deux liquides qui passent volontiers de Tune à l'autre : scandalum, esclandre ; éapUtUumj chapitre.
De là, dans l'ancien français, mar pour mal.
Le changement le plus curieux de Yl, c'est celui à'al, el, 61, en au, eu, ou.
Observation. — Il me parait difficile de s'en rendre compte, car quels rapports y a-t-il entre les voyelles a, e, o, et la liquide /. Cependant cette singulière permutation est dans la nature des choses, car elle a lieu à la fois dans le passage des mots latins et des mots germaniques au français.
AUuê fait haut, PelUê peau.
Pollex pouce, VuUur vautour, UUra outre.
< Niebuhr regarde auruni comme la forme italiote du mot que la prononciation grecque changea en ausonii. Rœmische Gescbicbte, 1827, t. I, p. 70.
2i0 FORMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE.
Et de même : Bald fait baud^ d*où ribaud^ s'ebaudir.
Les noms propres, Thébald, Gérald^ sont devenus Thihmd, Giraud,
Le môme changement a lieu dans le sein même de la timille germanique ; Vold et gold anglais font en néerlandais oud et goud. Dans Tancien français, ce genre de contractions était poussé encore plus loin que dans le français actuel; on disait Maheut pour Mathilde,
La forme a/, el, ol, est toujours plus ancienne que la forme au, eUy ou, qui est une contraction.
On a dit val avant de dire vau; capel avant de dire dutpeau ; fol avant de dire fou.
Dans l'ancien français on trouve veel pour veau, chol pour choUy etc. On trouvç aussi morteux pour mortels, aneus pour ands.
Les dérivés de ces mots viennent de leur forme en a/, d, oly et non de leur forme contractée ; exemples : veeler, folie, chapelet (petite couronne, it. corona).
Au singulier, la forme en l était toujours celle du cas régime. Maintenant, dans les mots en al, al est le signe du singulier, aux^, le signe du pluriel.
Dans quelques mots, l'usage laisse le choix libre ; on peut dire coi et cou. Au dix-septiéme siècle, on pouvait encore dire: cet homme est fol. Fol peut pas>ser dans certaines locutions :/b/ à lier, La forme en / s'y maintient par le besoin d'éviter ïhiatui.
Quelquefois les deux formes ont laissé dans la langue deoi mots différents qui, tantôt ont le même sens, comme val et veau, tantôt un sens un peu différent, comme pal et pieu,
La forme en el a été conservée devant les mots qui commencent par une voyelle, et dans des locutions qui sentent Tar-
* Quelques adjectifs en al ne prennent pas au pluriel la termiiui^ aux, en vertu d'un caprice de la langue, qui a fourni à Boursault la ptaisanté scène de ia Ramée dans le Mercure-Galant. La Rainëe n'eût pas élit au moyen Age, dans l'embarras où il se trouvait au temps de Bourssuii, et où il se trouverait encore dans le nôtre.
chaïsme : bel et beau, Philippe le Bel. Elle reparaît dans le féminin de beau, belle, le verbe embellir, l'adverbe bel et bien^ bellement (a. fr.), pour doucement, et dans bélâtre.