‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 52 sur 77 · V. — Mots d'origine grecque (a · texte numérisé non relu

V. — Mots d'origine grecque (a

Il faut commencer par écarter les mots transportes du grec dans le français par la science, ou coiftposés par elle et pour elle. Ces mots sont étrangers et postérieurs à la formation de la langue.

Âpres cette exclusion, il restera un nombre fort borné de mots dérivés du grec dans la langue française. Ceux-ci pourraient élre divisés en trois classes.

La plus nombreuse comprend les mots grecs qui ont passé en français par l'intermédiaire du latin, soit qu'ils aient élé adoptés par les écrivains de l'ancienne Rome, comme héro», de :Sp&>c, poëma^ de ^oiv/Aa; soit qu'ils aient été adoptés par le christianisme et introduits par lui dans la langue latine, comme blasphémer y p^acr^fxscv; ange, 0771X0$; diable^ iii- 6o>oc; synode y a-vvo^oc; église y èxxhifria', cimetière, xoifurrpwv. Il faut se souvenir que le christianisme est né en Orient, et a été grec avant d'être latin.

La seconde classe de mots grecs qui peuvent se trouver en français se compose de ceui qui se sont introduits dans notre langue par suito de nos communications avec Tempire grec, durant le moyen âge, par les croisades, le commerce, les voyages ; de ce nombre paraissent être poTyovov, mongonneau, espèce de batiste, et pLû^raÇ, moustache. -

Enfin, il peut se trouver dans le français quelques mots dérivés de mots grecs importés par les colonies phocéennes, qui jadis occupèrent tout le littoral gaulois de la Méditerranée et étendirent assez loin leur empire et leur influence, feo ai signalé plusieurs d'après Henri Estienne, dont les uns, après

mûre réflexion, ne me semblent pas avoir une origine grecque

[a) [U . Diez a donné des mots grecs qui ont pénétré dans les langues

romanes une liste aussi complète et aussi épurée que possible dans TIo-

troduction de sa Grammaire des langues romanes (I, 56-00; IradLG. rarè. p. 68-73).]

certaine, comme paresse ^ qui, au lieu de venir de paresis, parait venir tout simplement de pigritia. D autres, bien que primitivement grecs, ont été tirés par nous de la langue latine qui les avait adoptés. Tel est apoûieca, employé par Gicéron. Il en reste encore quelques-uns qui, n'ayant point d'équivalents latins, sont évidemment grecs; mais, parmi eux, n*en est-il aucun qui ait une origine plus récente, qui vienne, noji de Hassalie, mais de Gonstantinople? En général, il faut se méfier, un peu plus que je ne Tai fait dans un précédent ouvrage, des rapprochements que Henri Esticnne cherche à établir entre le grec et le français, et surtout de l'analogie des deux langues qu'il veut en déduire.

Du reste, je faisais déjà remarquer qu'il y a souvent des hasards de ressemblance d'où l'on ne peut rien conclure; que certaines locutions anglaises ou françaises se retrouvent dans la phraséologie chinoise, que Ritzius a fait un gros livre ' pour montrer la conformité du grec et du hollandais. Enfin II. Estienne lui-même, dans son traité De laiinitate falso suspecUiy a rassemblé un grand nombre d'expressions latines, dont la ressemblance avec le français n'est pas moins frappante que celle des expressions grecques relevées dans le traité De la conformité du grec et du français ; et par là, il infirme lui-même les conséquences trop exclusives qu'on pourrait tirer de certains rapports entre la langue grecque et la langue française.

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