VI. — Mots d'' origine germanique (a
Il en est des idiomes germaniques tout autrement que des langues ibérienne, celtique, grecque; ils n'ont pas fourni au français quelques mots isolés, ils forment une partie notable de son vocabulaire. Après le latin, et à une grande
• nid. litlér. de la France avant le douzième siècle, 1. 1, p. 121. (a) [Voir sur réiément germanique dans les langues romanes, Diei. Orammaiik, I, 60-71 ; trad. G. Paris, p. 74-88.]
33t FORMATION DE LÀ LA^GUE FRANÇAISE.
distance, il est vrai, du latin, ce sont les idiomes gerraaniques qui ont donné le plus de vocables à la langue que nous parlons.
Si l'on s*est convaincu fort tard de cette vérité, si elle n est pas encore suffisamment établie dans tous les esprits, c'est que jusqu'ici la plupart de nos étyraologistes étaient étrangers à la connaissance des langues germaniques, Ménage tout le premier. Jault et Le Duchat n'ont comblé qu'en partie cette lacune considérable du Dictionnaire étymologique.
D'ailleurs, il faut se souvenir que le français a. perdu beaucoup de mots à radicaux germaniques que possédait la langue du moyen âge, et qui n'existent plus dans la langue actuelle.
M. Diez porte à mille environ le nombre des mots francab qui correspondent à un mot germanique, sans compter les dérivés et les composés, et je crois que ce cliiffre est loin d'être exagéré ^ Il en compte 70 pour la lettre b.
Il ne faut pas tomber dans Texcès contraire à celui que je signalais tout à l'heure et voir de l'allemand partout. Je vais indiquer quelques précautions à prendre pour éviter ce 1^dieux excès, dont j'ai cité quelques exemples que j'aui'aispu multiplier.
D'abord, de ce qu'un mot se rencontre en allemand et en français, on ne doit pas se hâter d'en conclure* que le mot français dérive du mot allemand, car beaucoup de mots latins ont passé de très-bonne heure dans les langues germanii|ues. Ce sont principalement ceux qui manquaient à ces iau|;ues. parce que les objets qu'ils désignaient étaient étrangers aux peuples par lesquels elles étaient parlées, ceux par exi^mple qui tenaient au culte chrétien, ou se rapportaient à Tari d'écrire. En allemand, altaVy priester, orgel^ viennent d'oitore, presbyter, organum. Sdireibeti, lesen, viennen4 de scribo^ i^go*-
* Gramm. derrom, Spr., i, I, p. 52,
« Ce qui est plus singulier, pferd, cheval, parait ▼enir de jmravertdau Dtez, Gramm. der rom. 5/w., 1. 1, p. 33. Les noms vraiment germaniques du cheval sont ross et hengtt, allem.; kest, suédois.
ËLÉNENTS ÉTYMOLOGIQUES. 353
On conçoit que les peuples germaniques n'avaient poin de mot pour désigner une lettre, epistola. Ils prirent le substantif latin hreve^ nom des premières lettres qu'ils reçurent, celles des papes (a), et en firent le mot à physionomieailemande brief. Plus tard, à Tépoque de la chevalerie, une foule de mots français, d*origine latine, passèrent dans les langues germaniques, et en particulier dans Tallemand. Un de ceux. dont la fortune fut le plus brillante est le mot aventure, aventiure^ qui prit en Allemagne, dans la langue de la chevalerie, une signification beaucoup plus développée qu'en français. Si, avec cette orthographe, on n'est pas exposé à méconnaître son origine française, peut-être n'en serait-il pas de même sous sa forme germanique, abenlheuer.
A part les mots importés des langues néo-latines dans les langues germaniques, la parenté des idiomes celtiques et des autres idiomes indo-européens, parmi lesquels se trouvent le latin et les langues germaniques, fait qu'on est souvent embarrassé pour savoir si un mot est d'origine celtique, latine ou tudesque, car souvent la racine de ce mot existe dans ces trois langues, ou au moins dans deux d'entre elles.
Feretrum vient de ferre *, comme l'allemand hahr, bière, de l'ancien allemand beran , qui veut dire porter, et qui a la même racine que fero (anglais bear) ; mais évidemment bière ressemble plus à bahre qu'à feretrum. Entre nix, nivis, et le gothique snaiSy il n'est pas douteux que le mot neige ne vienne du ialin plutôt que du gothique *.
• Voy. Varro//)c lint/. lai., V, 166.
* Le même principe de la ressemblance plus grande doit décider Télynnologisie qui hésite entre un mot celtique et un mot germanique. Ainsi, quand je trouve en gallois las (ou das) pour tas, je ne puis, avec Bl. Diez, dériver le mot français tas, de l'ancien allemand zasi — [Dans son Dict. étymolofr.t Diez rapproche las non pas de zasi, mais de l'anglo-saxon las$, qui s'est conservé dans certains patois anglais (voy. IlalliwcU, Dict. of arc/taie and provincial words, au mot tasse), et du hollandais tas. 11 ajoute que le môme mot existe en gaélique dans la forme dais, en kymri dés.] -
(a) [Brève au sens de • lettre ■ est beaucoup plus ancien que l'emploi spécial qui en a été fait dans la chancellerie pontificale.]
Quelquefois la question n'est pas aussi facile à résoudre. Haïr (ou hayer, a. fr.) \ient-il d^odiri^ ou de hassen? La désinence du mot fait incliner vers Torigine latine/ son commencement vers une origine germanique (a). Baudrier (ou baldrier) vient-ii de baltheuSy ou de belt, ceinture, qui a donné son nom à un bras de mer, le Bell {h) ? Escu vienl-il de scHtmn^ ou de l'anglo-saxon scild (c) ? Quand on voit qu'âme se disait en gothique ahmay et dans Tancicn français s'écrivait souvent armcy on peut être tenté de croire que ce mot est dérivé du gothique. Mais si l'on réfléchit qu'on trouve dans les écrivains français du moyen âge aneme, qui se prononçait en une seule syllabe *, et qu'une idée toute spirituelle a dû venir par le christianisme plutôt que par les barbares, on est ramené à tirer âme A'anima,
De même, bien que mer se dise en a. saxon fiiere, on ne peut s'empêcher de le faire venir de marCy quand on voit en français marin^ marinier, et mare ou mar dans les autres idiomes néo-Ialins*. Par la môme raison, on doit préférer le latin mare au celtique mor (gall.), qui a le même sens et la même racine. Fier vient de férus, féroce de ferox, et non de l'allemand freche, qui a le même sens et la même racine.
D*aulre part, lécher vient plutôt de lechôn (Notker) que de tingere *.
* Vie de saint Thomas de Cant., p. 83.
' Quoique mer vienne de mare, il semble que marais vient de K«Uemand morasi.
^ IjCchAn rappelle vivement la racine sanscrite lih, qui peut avcnr passé parce mot germanique pour arriver à l'ancien français icher.
(a) [Il faut se déterminer pour une orifrine germanique. Le latin odirî ne rend cosnpte ni de Vh aspirée, ni de l'a. La forme la plus rapfkrocbée est celle des dialectes bas-allemands : angl.-sax. hatian, ancien fmoo hatia, ctc ]
(b) [Baudrier est une forme presque moderne; elle représente le btiii baUerarius, dérivé de baiteiu. Yoy Littré. L'ancienne forme était banA^ (batidrei, baldrci), qui parait se rattacher immédiatement à une fonoe germanique; anc. baut-sîll. fra/</ericA,angl.-sax. baldrick; et de la sorte à beli. Mais beit lui-môme, ou l'anc. baut-all. pah, n*est que le latin balte»», voy. Diefenbach, Orig. Europ., p. 2*0; Grimm WœrL, au mot beli, etc.]
(r) [L'ital. scudo sufiûrait pour décider en faveur de sctcraiifi.J
Si corne vient de cornUy corn a. fr. pour cor vient plutôt de hom qui a le même sens en allemand (a).
La confusion avec un mot latin a pu altérer la prononciation d'un mot germanique, et cette sorte d'ëlymologie populaire pourrait détourner de Télymologie véritable, (juand nous entendons dire aux gens du peuple, tu niostines^ nous croyons qu'ils estropient le mot obstiner, et le construisent d'une manière vicieuse avec son régime. Mais cet ostiner ne vient point d'obstiner (b), il vient du vieux substantif français astinCy colère (goth haits), d*où le'verbe ostiner, que sa ressemblance avec obstiner a fait confondre avec lui, et dont elle a modifié la prononciation en ostiner, mettant ainsi, dans l'usage vulgaire, Taltération d*un mot d'origine latine à la place de la reproduction exacte d'un mot d'origine germanique, et substituant ainsi une faute à un archaïsme.
Quelquefois un mot français qui a deux sens a lire Tun des langues germaniques, et l'autre du latin. Quand frais exprime ridée de fraîcheur^ il vient de frigidus; quand il veut dire qui nest pas fatigué, qui nest pas usé, etc., des chevaux frais, des troupes fraîches, il vient de ralleinand frisch, qui a fourni aussi le nom d'une terre non labourée, friche, et l'adjectif f risque, alerte (c).
Ce n'est pas tout d'avoir reconnu qu'un mot français a une origine germanique, il faut encore examiner le mode de se provenance, les règles générales selon lesquelles elle s'est opérée e( les particularités qu'elle peut offrir.
[a) [Cor, masc, répond à cornu; corne, fém., à cornua.]
[b) [Il^en vlein ; au dix-septième siècle on prononçait, comme de nos jours dans le vulgaire, ostiner pour obstiner; voy. le Dictionnaire àe Littré.J
[c) {Ce sont là des nuances de signiûcation qui n'empochent pas ce mot de n'avoir qu'une origine : l'allemand frisch. Le latin frigidus ne rend pas compte de Ys qui est constant dans le français frais, \e prov. fre9C et l'italien fresco].
§ 1. — Permutation des lettres dans les mots d*origine
germanique (a).
En ce qui touche la permuUtion des lettres, et principalement des consonnes, les dialectes germaniques se partagent en deux groupes. D*un côté est le haut-allemand seul ; de Tautre sont le gothique, les dialectes bas-allemand et les dialectes Scandinaves ^ Pour les voyelles, la distinction n*est pas aussi tranchée, mais cependant elle existe.
Si Ton se demande auquel des deux groupes se rapporte la langue française, quelles voyelles et quelles consonnes de même organe prévalent dans les mois français formés de radicaux germaniques, voici ce que présente Texamen attentif des faits.
Va haut-allemand, auquel correspond ê en gothique et ir en anglais-saxon, ne se trouve dans presque aucun rnot français. Il est remplacé paré, ai ou oi; bàra fait bièrt^ hàr. Iiaire, rdf, est la racine de con-roi, a-roi (d'oii désaroi). Yague. du haui-allemand wâk, est du petit nombre des exceptions qw subit cette règle.
Va bref gothique, qui est remplacé en haut-allemand par e, subsiste en générât dans l'ancien français : vadi, gage, a. fr. gat-ge; varjan, guarir, primilivement dans le sens <ie garantir.
Mais le passage de la à Ve sVst fait, avec le temps, en frao* çais comme dans les langues germaniques. Après avoir éi guarir^ on a dit guérir. Dans quelques mots, Ve s*est substilu^ dés le principe à l'a, lest pour last^.
Vô est la voyelle dominante dans les dialectes bas alK-
* Grimm, Deutsche Grammatik, t. I. p. 578 el 581.
* El encore ici, il faut remarquer que lest est la forme scandioa^ que, le mot étant un terme de navigation, il peut avoir été apporte p ' les ptrales normands.
{«) [Voir sur ce sujet Diez, Grammatik, I, 2SM06 J
mand (gothique, a. sax., a. frison, a. Scandinave). Le hautallemand la remplace par uo; cet uo ne se retrouve jamais dans les mots français, où paraît toujours Vô bas-alleraand, soit pur, croc, de krokr (a. scand.), soit changé en ou, fourreau j de fodr (goth.).
Pour ces deux \oyeIles, le français suit donc, dans la formation de ses mots, le bas-allemand de préférence au haut allemand.
Quant aux trois autres voyelle^ e, t, u, on ne saurait dire que Tune d'elles soit caractéristique des dialectes haut-allemand ou bas^llemand ; par conséquent, elles ne peuvent jeter aucun jour sur la question qui nous occupe, et nous apprendn^ quels sont ceux de ces dialectes auxquels le français a emprunté des éléments de son vocabulaire. Je passe aux -consonnes.
Le français suit en général le bas-allemand pour les consonnes, comme nous venons de le remarquer pour les voyelles ê eiô.
Bas-allemand, p; haut-allemand,/'oup/'. Le français prend le p.
Wairpan, goth., guerrir, a. h.-all. werran. Skîp, goth., équiper, a. h.-alLskir^
Bas-allemand, b, haut-allemand, p|; le français prend en général le b.
On voit la différence des deux familles germaniques dans Jet que prennent, au lieu du </, les mots lombards : RtUpert^ Erchempert, Autpert, Gauspert. Dans le palcotie italien (a. Scandinave, b.ilkr), ce p est là par une iiiHuonce du hautallemand apporté par les Lombards. Les Français le remplacent toujours par le b, et disent : Robert, Erambert, Aubert^ (iobertj balcon.
Bas-allemand, /*, haut-allemand, fr, v, le français prend eu
* D'autre part «^w/* vient du haut-a'Iemaad.
général 1/. Exemples : fauteuil, faldistorium, de falda; a. h.-aliem., vurban^ fourbir.
Bas-allemand, v, iiaul-allemand,ii;. Ici le français remplace en général la labiale germanique par gu,
A. h. all.-wastan, gaster (dévaster).
— weictijan, s'avachir.
— wenkjan, guenchir.
Quelquefois par ou. Exemple:
AU. west, fr. ouest, ail. tDoite^ ouatte»
Dans ce cas, le français semble, contre son ordinaire, se rapprocher plus du haut-allemand que du bas-allemand, car le gu de guérir^ et surtout lou d'ouate (a), sont plus près âtv que de v. On peut donc considérer ceci comme une exception à la régie de préférence énoncée ci-dessus ; mais encore, les labiales germaniques disparaissant dans le français, Texcep* tion n*est pas complète.
Bas-allemand, A*, liaut-allemand,c&. Il en est, pour le k e\ le ch, comme pour le i; et le w. Dans quelques mots, le^ subsiste en français, soit pur, soit affaibli en g. Cependant il faut reconnaître que, dans un plus grand nombre, le ch do haut-allemand a prévalu.- g
A. se. ricfte (a. h.-all. richi), Marka, marche [ — mearcha).
Bas-allemand, g, haut-allemand, k. Le plus grand nombre des mots qui ont ^ dans les dialectes bas-allemands, l'ont, e^ français, soit pur, soit affaibli en j.
A. se. gaba, fr. gabber.
Goth. vêgs, fr. vague , h. -ail. wàk.
A. se. tiarga, a. fr. targe, bouclier.
(a) [L'origine germanique de ouate n*esl pas absolument certain voy. Diez, Eltjm. Wôri,, H, 290.)
ÉLÉMENTS ETYMOF.O^.iQUES. S30
Bas-allemand, t, haut-allemand, z. Un grand nombre de mots français suivent le bas-allemand.
Bas-all. schol, flamand, scot^ Tr. e-scoi, h.-aU. zeche.
Bas-allemand, ef, haut-allemand t. Le t du haut-allemand se retrouve dans les mots lombards: Marqwari, Baltwin, Eariwin; en français, Marquarty Baudouin^ Ardouin.
Le d bas-allemand se montre constamment dans les mots français, et n'y estjamais remplacé par le t haut-allemand.
II suit de ce relevé qu'en ce qui regarde le choix entre des lettres de même organe, le français hésite quelquefois, mais prend en général les lettres que prennent les dialectes basallemands. C'est donc à ces dialectes qu'il se rattache étymologiquement d'une manière plus spéciale.
Cela est si vrai que certains mois français reproduisent exactement la forme gothique, et diffèrent de la forme hautallemand, quoique celle-ci soit plus moderne. Meurtre est tout à fait semblable au gothique maùrthr, et ressemble beaucoup moins à l'allemand ancien, mordar, et à l'allemand moderne, mœrder.
Du reste, la plus grande ressemblance du français avec les dialectes qui s'éloignent du haut-allemand s'explique par l'histoire. Parmi les trois peuples principaux qui conquirent la Gaule, le groupe bas-allemand réclame la langue des Goths, qui subit constamment les mêmes permutations qt)e les idiomes saxons et Scandinaves. A quel rameau de la race germanique appartenait la langue des Burgundes? M. Diez la range sans hésiter avec le haut-allemand. Cependant les Burgundes étaient originaires de rextrémité septentrionale de rAileinagne ; on retrouve même leurnom dans celui de l'île de Born-Hulm, qui s'est appelée Burgundar-holm^ file des Burgundes, entre la côte allemande et la Suède.
Dans les noms propres de leurnalion, on trouve, ce me semble, la prédominance des lettres affectées au groupe bas-allemand. Le é{, au lieu de t, dans Gundichar, Gundebaud^eX dans
3i0 FORMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE.
Sigismund ; dans le mol Burgund luî-même, où on remarque aussi le b pour le p, et le g pour le k, Burgund, en haut-ailemand, serait PurkunL.
Quant aux Francs, qui formaient, comme on sait, plulùl une association qu'une race, le dialecte qu'ils parlaient devait être un ppu indécis et mêlé comme la composition de leur peuple. Mais ils sont entrés en Gaule par le pays où l'un parle aujourd'hui les dialectes qui se rattachent au bas-allemand; et, dans les monuments qui leur sont attribués, on remarque, dans une plus grande proportion, les caractères des idiomes bas-allemands.
Aucune des trois nations qui ont conquis la Gaule ne parlait donc un dialecte purement haul-allemand, et c'est à lautre groupe des langues germaniques qu'il faut s adresser dans la recherche des élymologies françaises. D'où il résulte qu on doit moins considérer l'allemand littéraire actuel, dérivé en grande partie du haut-allemand, que le gothique, l'anglosaxon, Tancien Scandinave, et subsidiairemenl les dialecte> nés de ces deux dernières langues.
§ 2. — Quels mots germaniques ont passé en français.
Il est curieux d'étudier quel ordre d'idées et quelle classa d'objets ont été désignés de préférence dans la langue française par des mots germaniques.
Je trouve d'abord, comme on l'a remarqué, et comme es devait s'y attendre, les armes et ce qui se rapporte à U guerre *.
A. fr. heaume, casque, golh. hilm, ail. helm. A. fr. esUngue, fronde, angl. sliug. A. fr. braiid, glaive, a. se. brand*.
Hache, ail. hacke, houe, hacken, hacher.
Dague, ail. degetiy épée.
* Voy. le Cftant sur la victoire du roi Louis, la Piière deCoioçnr. ■ Brand esl perdu, mais nous avons conservé brandir.
Espieu, espics, ail. spiess.
haWeàarde, I , ^ . »
n s • / \ l varia, hache.
Javelot, a. se. gaffelok.
Guerre, angl. war *.
Champion, goth. chcnipo.
Escrimer, a. h. -a. scirman.
Fourbir, a. h. -a. vurban.
A. fr. navrer, blesser, a. se. nafat; perceur.
Bannière \ ^
Gunfanon (
Fanion »"• A^*"^-
Pennon ]
Garde, vardja.
A. fr. gaite', ail. wac/Ucr.
Des termes de marine :
E quif, a. h.-all. 9cif.
Cingler (pour singler], a. se. $iglaK
Flotte, a. se. ftotL
Ces derniers mots doivent avoir été apportés surtout, en français, par les Normands.
Puis des mots qui expriment des idées tristes, des qualités déplaisantes, des défaufs, des injures.
Vome. goth. mauman, être affligé.
Bizarre de bizza^ colère *.
Gredin de greedy, angl., afTamé.
I>aid, c!un. leted^ odieux, difforme.
Gringalet, geringel^ liomme de peu [b).
> Dans Tallemand du moyen ftge, werre^ scandale, n'avait pas le sens de guerre^ qui, en allemandt s*est toujours dit krieg,
' D'où le guet, guetter, aguets.
' Vn a été appelé ici par son attraction naturelle pour Vi. Yoy. plus haut.
^ Bizzarro, biê-betico en italien dérivent de ce radical, et ont le sens de fanteuque eide cotértque. De la même racine vient notre mot populaire bisquer. — [Êtymologies très-contestables; voir le Dict. de H. Litlré aux mots biÂorre et bUguer.]
(a) [H. Diez, Etym. Wôrl,, I, 508, remarque que cette étymologie laisse inexpliqué le suffixe ane. On ignore l'origine de ce mot dont la forme italienne, probablement plus rapprochée de la source, est y^Ar/i^ana.]
{b) [Êtymdlogie douteuse; voir le Die/, de Littré à ce mot.]
Ro^e, a. se hroki, insolent.
Honnir, golh. haunjan.
Honte, hotida (hon^e est le substantif de honnir).
A.fr. gabber, a. se. gabhai
Loque, a. se. lokty pendulum quid, haillon
S'avacliir, golli. weichjan.
Grimace, grimo^ ride.
Se grimer, a. se grùna, masque.
Affreux, a. h,^ii\.eiver , horreur.
Souiller, goth. sauljan.
La prédominance de l'élément germanique dans les mots qui expriment des idées terribles, ficheuses , repoussantes, a sa raison dans les habitudes des peuples qui les ont apportés, dans leur caractère plus sombre que le caractère des vaincus, et dans le mauvais vouloir de ceux-ci pour leurs conquérants. Hais il faut restreindre ce que cette induction pourrait avoir d'excessif, en rappelant que les langues, et par conséquent les peuples germaniques ont fourni au français un certain nombre de mots qui expriment des idées gracieuses et gaies.
Mignon vient de minèony aimer. 11 a fait mignard^ mignarder, mignardise, mots qui n ont rien de la férocité germanique. De geilj joyeux^ venait le verbe galler, se divertir; d'où, une galloise y une femme réjouie; il en est resté gala y grand festin.
Un autre contraste de môme genre est celui que forment avec les termes guerriers énumérés plus haut, les expressions suivantes, qui se rapportent toutes aux habitudes de la vie rustique :
Gerbe de garba, a. ail.
Jardin de gario [cas oll. gartin).
Gazon de wazo^ glèLe.
Hutte, de hutla.
Berger de bergen, conserver (/»).
Crèche, de chripfa.
(fl) [Berger vient de berbicarius.]
ËLÈVENTS ETYMOLOGIQUES. 343
A. ir. herde, de hente, troupeau.
A. fr. fuie, de folck, angK, flock.
Celle opposition est une fidèle image de celle que présentait Tancienne vie germanique, à la lois agricole et aventureuse, à la fois pastorale et guerrière.
Les noms des dignités féodales, surtout de celles qui tenaient aux vieilles mœurs germaniques, mareschal, de mariskalkj le préposé au.x chevaux; séneschal, de siniskalk; échanson, de schenco; marquis , de mark, frontière; eschevin (lat. scabinus) de scepeno. Pour comte et duCy la féodalité française garda les noms latins.
Quant à baron, son nominatif, dans Tancienne langue, bers, vient-il du gothique vair, homme, identique à vir en latin et à vira en sanscrit, ou bien du celtique ver, qui est encore le même mot * ? Ce qui ferait croire à cotle dernière origine, c*est de voir le scholiaste de Perse dire : Lingua Gallorumbaronesvel varones dicuntur servi militum*. Ce root eût été déjà bien dégradé de sa signification primitive au temps du scholiaste; ayant voulu dire primitivement un guerrier, il serait tombé au sens de soudard et de goujat. Puis, ce mot ainsi avili se serait relevé, et serait devenu le titre aristocratique des fiers barons dé France et d'Angleterre. Cette destinée serait curieuse ; elle est probable, mais n'est point certaine.
La chevalerie, germanique par son origine, a emprunté peu de mots aux langues germaniques. Behourd venait de l'allemand hurien, d'où lieurter, heurt. C'est le mot qu'emploient de préférence les poètes chevaleresques allemands. II exprime, dans sa rudesse et sa simplicité primitives, le choc, le heurt de deux guerriers armés de fer. Mais la plupart des termes chevaleresques sont d'origine latine. Il faut se souvenir que, si elle avait son principe dans les anciennes mœurs
* En if iHudais.
* Ménage, Dict. éiym., t. I, p. 151.
germaniques, la chevalerie a été cttltivée et raffinée surtout en Provence. Là fut créé le vocabulaire de la science amoureuse^ et ce vocabulaire, comme ou doit 8*y attendre, est presque tout néo4alin. Cependant on y trouve drud^ qui est germanique. Quant à galîantj gallanterie^ qui le sont également, ils n'avaient pas au moyen âge le sens qu'ils ont aujourd'hui. Le mot qui exprimait à peu près Tidée que nous exprimons par les mots galanterie^ chevaleresque^ c'était domneiy de damna (domina). Ce qui est plus singulier, c'est que le mot trobar. trouver, d'où trobador^ trouvère^ parait venir du verbe ancien allemand treffan (a).
Les idées germaniques se peignent dans les mots que les langues germaniques ont donnés à la langue française. Dans l'origine, rtco voulait dire puissant ; il a pris le sens actuel de riche, quand la richesse a commencé à être une puissance. Aujourd'hui gagner se rapporte surtout à des idées de commerce et d'industrie; il n'en était pas ainsi à l'origine : weidanon voulait dire à la fois chasser et paître *. A une époque où la chasse et le pâturage étaient les deux principaux moyens d'existence, ce mot weidanon, qui s'appliquait à tous deux, a été le signe du profit, du gain.
Bardes vient de herde{b) , troupeau^ la première richesse des peuples germaniques à leur état ancien ; bardes s'est dit ensuite de toute sorte de propriété, et en particulier de celles que quelqu'un porte avec soi, ce que nous rendons par se» effets.
Bague dérive de l'ancien Scandinave baugr, a. sax. beagh.
^ Diez, t. I, p. 282. Goagner^ en ancien français, veut dire cultire,. tahourei\ et gaagnage, terre labourée, ensemencée.
(a) [De turhare selon Diez (Etym. W&rt., I, 428), étymologie confiroiée par la publication récente d'un texte du douzième siècle où on litlcrrrrrent, trouvèrent; voy. le Jahrbuch f&r romanische und engiiteke LUtratur, VI, 36*.]
{b) [Ètymologie Inadmissible, parce que Ve germanique ne se permute pas en a. Du reste on ignore l'origine de ce mot]
ÉLEVENTS ÉTYMOLOGIQUES. 345
parce que les anneaux que les anciens peuples germaniques portaient aux bras leur servaient de monnaie; ils les brisaient^ et en donnaient un morceau en échange de ce qu*ils voulaient acquérir. C'est ainsi que bague a voulu dire, comme hardes, ce qu*on possède. Se retirer les bagues sauves, c'est se retirer en emportant ses effets (a).
Le vrai sens des dérivés français s'explique souvent par celui du mot germanique, type et source de ces dérivés. Joli se rapporte aujourd'hui aux agréments du visage; au moyen âge, il avait évidemment un autre sens, il voulait dire gai, alerte, joyeux. Tel est le sens qu'il a dans les poésies des trouvères, et qu'avait au dix-septième siècle l'expression un joli garçon (b) . Le moijoli doit ce sens primitif à son origine germanique ; jôl, dans l'ancienne langue Scandinave, voulait dire fête, réjouissance, et pourrait bien dériver lui-même d*iul, nom du jour dans lequel on célébrait, dès les temps les plus reculés, en Scandinavie, l'époque du solstice d'hiver par de bizarres divertissements, dont a hérité la fête de Noël, qui s'appelle encore aujourd'hui en danois Iule dag. Telle parait être l'origine reculée et mythologique d'un adjectif qui, venu de si loin, a fini par être tellement français, qu'il exprime aujourd'hui une nuance à peu près intraduisible dans les autres langues.
II faut remarquer que.plusieurs mots d'origine germanique, qui existaient dans l'ancienne langue, ont disparu du français moderne.
« De là est venue Texpression suédoise sAt7/iVi^, en anglûs shelling, de skilla, dvriMer \ Les habitants de la côte d'Afrique se servent d'anneaux en guise de monnaie.
• Le mot français eiqnille (terme de chirurgie), fragment d'os, doit avoir la même origine. — [Il vieni de ickidix, grec vx»^«*^- !>»" «* Littré.l
{a) [Bague au sens d'anneau et bagues (toujours au plur.) au sens de bagages sont deux moU différents. Yoy. sur le premier Diez, II, 208, et Littré; sur le second Diez, I, 44, baça, et Liitré, bagage.]
{b) [Ce sens est, comme on sait, celui de l'anglais ;0%.]
34e FORMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE.
Germanique. Vieoz ftvnçaif . DérÎTés.
BattA« (goth.) bardi, bauds, Iiaus, balde- s'ébaudir.
ment, les Roi», p. 46.
Mark (angL], but, merc, les Hois, 79, marquer, remarquer, —
ab!e.
Wallen, errer, waller, ib, 90 (a).
Fold, enceinte, falde. ib. 95.
Sciuran, escurer (enlever), ib. d'où etcur».
Skaiman, railler, escharnir, ib. 118. ,
BruHJafCn'insse, brunie, Ch, de HoL,
Hil, a. sax. poignée enlieldie , en pariant
d'une i^péc, d'une épée, Ck. de Roi.,
Grant, angl., accorder, graanter(c;.
Zerian, tarier, tourmenter.
Golh. gaurs, gore, triste.
lefien, dire, geliir, confesser.
A. ail. merran^ empêcher, marri.
Snel, rapide, isnel.
§ 3. — Gomment 8*est opérée la transformation des mots germaniques en mots français.
Beaucoup de mots germaniques ont passé par le latin pour arriver au français, et, dans ce pnssage, ont subi une modification qui subsiste dans leur dérivé français. Hamm, en ialin barbarca fait camûta, d'où chemise (camisolle^ camisard) (d), Guivre vient du mot latin vipera, mais a pris ^e iv germanique.
[a] [le texte porte, « e alerent walcrant ca et la ». L'infinitif est donc walcrer et non waller c*est l'anglais toalk.]
[b] [Le texte porte, à l'infinitir, es curre^ et un peu plus haut (p. 116) on lit : « David el jur escust la prcie » (eruU ergo David omnia, etc. ); le veft< est donc bien escurre et non escurer; il vient d*excuiere et n'a rien de commun avec sciuran ni avec écurie.]
[c] [C'est l'anglais grani qui vient de graanter^ et non pas grmaderài grarU.]
{d) (L'étymologic de cheimse est très^uteuse; voy. UlUé à ce mot]
Quelquefois un radical germanique n'a pas passé au français à l'état simple, mais il a formé des composés qui euxmêmes n'existent point dans les langues germaniques. Rât, qui voulait dire conseil, secours, et aussi provision(a^\\,geratky supellex), a formé l'ancien mot français conroi (conredium et corredum. Du Gange, Gloss.), arroi (it. arredo).
Le vieux mot esmayer^ d'où émoi, est formé du verbe gothique magan, pouvoir, qui à l'état sim[ile ne se retrouve pas en français '.
Il n'y a rien d'extraordinaire à ce qu'un mot germanique ait conservé en français la terminaison caractéristique du diminutif ^en, comme mannequin, dans son double sens, soit qu'il veuille dire une poupée destinée à servir de modèle aux peintres, de man, homme^ ou une hotte, de manne, a. fr. panier.
Quelquefois la forme du diminutif latin ou italien s'est ajoutée à un mot germaniqlio. De raus on a fait roseau, rosel; ^e chauch, chouette '; de ham, hameau, hamel.
Un mot germanique a pris aussi la terminaison du participe passé des verbes dérivés du latin. Hardus, dur, gotli., a fait hardit, comme qui dirait endurci au péril ^ gehœrtet, a. fr. nduré.
Quelquefois un substantif français a pour radical, non un substantif, mais un verbe germanique, qui lui-même n'a point passé au français, comme brèche de brechan.
L'associaiiond'un radical gt^rmaniqueet d'un radical latin a produit en français des mots hybrides. L'un des plus remar« quables est guerdon, widerdonum (it. guider done^). Mauvais ^
* Emnayer quelqu'un^ c'est le priver de nés facultés.
* Rien de plus établi que rétymologie de chat-huant, chat qui hue, qui crie; mais quand on trouve cliauana en provençal, on est porté à croire que de là est venu en français chauan, qui a pu pi*endre le t du cas régime et faire chauani, mot qui, par une confusion de son, serait devenu that'huani.
* Faute d'avoir fait la décomposition de ce mot bilingue et d'avoir discerné ses éléments constitutif, âseneuve y a vu le don de la guerre;
malvais de malus et de vesan, nature. Souhaiter^ de sub et de haila, promettre^ qui se prend pour ce qu'on désire» ce qui est heureux, d'où Tancien français haitier, plaire; dehait, affliction.
Une autre classe plus nombreuse de mots hybrides est formée de ceux qui se composent d'un mot germanique et d'une préposition latine placée avant ce mot. Agrafer de ad et de krampfOf crampon ; attraper de ad et de trappa, piège.
Il est curieux de suivre les diverses altérations et transformations qu'a subies un mot germanique en passant au français, par exemple, de sturm, qui voulait dire assaut; en ajoutant une syllabe au commencement et une syllabe à la fin, on a fait estourmie. Puis, en retranchant Vm de la fin, on a fait estour (Th. fr. au moyen âge^ p. 224). Puis, par l'addition de Vs du nominatif roman et la suppression de la dernière consonne radicale que 1'^ entraîne souvent, en changeant la diphthongue ou en eu, on a eu en esteus:
Et le déûa à Vesteus.
Fables inédites, 1. 1, p. 125.
Et le dé6a au combat.
Esteus^ au cas régime, a fait esteufj comme Pontkieu, Pontif et, sous cette forme, il a été encore employé par la Fontaine (a).
Le même mot germanique s'est souvent altéré par la pn)nonciation de deux manières différentes, et a produit ainsi deux mots qui ne se ressemblent point, quoiqu'ils aient U même radical. Le mot gothique hlanca fait flanc, et la forme h. -allemand hlancha a fait éclanche (b) par l'apposition de IV^
Ménage, rallemand verdung, estimation; d'autres, le grec xtple^, ^cofi
Mén., DicL étym., l I, p. 713.
(a) [Exleitf ^maintenant éteuf) n'a rien de •commun avec esiour.] {b) [On n'est pas d*accord sur l'étymologie des mots flanc et é^rlandtf.
mais il est sûr qu'ils ont une origine dffféi-ente.J
OU e^ ordinaire devant les mois latins ou germaniques qui commencent par cl : esclair^ éclair, éclisse.
Le français met un e devant les mots germaniques aussi bien que devant les mots latins qui commencent par la syllabe st : estoffe de stoff, comme estât de status.
Le français met aussi un e devant les nombreux mots germaniques en se, comme devant les mots latins : scala^ eschelle, escalier, de même :
Esquiper, spika^ Escalirf^ skillmg.
Eschevin, scepeno.
La prononciation et l'orthographe moderne, dans presque tous les cas, ont fait disparaître de ces mots Vs, qui était la première et la principale lettre du radical.
Il y a aussi des exemples d*un e devant un k : écrevisse de krepit*.
L'ancienne langue peut éclairer sur le mode de formation d'un mot français d*origine germanique. Pasquier *■ décompose ainsi le mot abandonner, à ban donner, mettre au ban. Hais Pasquier se trompe évidemment ; donner n'est pour rien dans abandonner, car abandon doit se décomposer ainsi, à bandon, comme le prouvent ces vers :
Or est Renars en mal randon.
Se ren le volt mettre à bandon.
Bom, du Ren., ▼. H75.
Maintenant Renard est dans une mauvaise situation, car on veut le mettre nu ban (le proscrire, le condamner).
Tous mes trésors vous soient à bandon mis.
Car. le Ijoh., t. II, p, 250.
Que tous mes trésors soient mis à votre disposition, à vos ordres [germ. bann edit).
< Rtcheiches de la Fr.f p. 870.
Ménage a reconnu Terreur de Pasquier, mais il tombe dans une autre, en supposant que a dans abandonner a le sens d'ûè; c'est le sens d'od qu'il aurait fallu dire, comme le prouvent les exemples allégués plus haut, et ceux môme que Ménage a
cités.
L'invincible penchant de la langue française pour les contractions se montre d'une manière bien frappante dans les noms propres empruntés aux idiomes germaniques ; ces noms, en général expressifs par les radicaux qui entrent dans leur composilion,j^ont été presque tous tellement déformés qu'on a parfois quelque peine à retrouver leurs éléments. Un illusli-e historien a étonné bon nombre de lecteurs en leur apprenant que Louis était une contraction de Hlodvig, et que le nom qu'il porte était le môme que celui dn roi Théodoric.
En récrivant ces noms dans leur élat primitif, antérieur aux contractions que le temps leur a fait subir, M. Âugusiia Thierry a achevé de restituer à l'histoire des temps barbare» la rudesse et la vivacité de sa physionomie native. Il a averti brusquement Toreille et les yeux qu'on n'avait pas affaire aux gentilshommes de la cour de Clovis, mais aux sauvages enfants de la Germanie.
La mutilation des noms germaniques a é!é grande eu français! ifcwiu//' est devenu Raoul; Hrdfr, Rou; Thebaliy Thibaut ; Gercdd, Giraut ou Girou ; Markulfr^ Marcou; Uadalric, Oury.
Quelle différence du français à l'italien, où tous ces noms, au lieu de se contracter, acquièrent encore un nouveau développement par l'addition des mélodieuses voyelles que 11talien répand sur les mots qu'il emprunte, et au moyen desquelles il sait tous les embellir : Ridolfo , Thebaldo^ Adahrico.
Les mots qui proviennent d'une source germanique sont soumis aux lois de la déclinaison romane, aussi bien que ceux qui proviennent d'une source latine. Les substantifs «*
les adjectifs prennent un s au nominatif ^ De gram dérive graine :
Grains et marriz et trespanssz.
^ Rom. du Ren., y. 169i.
Triste, marri et pensif.
De même de fel dérive /e/^, au cas régime félon.
Cet s du nominatif disparait au cas régime.
La terminaison du cas régime en in se voit dans l'ancien français roncin, cheval, de l'ancien allemand hros ou ros (a), d'où est venu aussi rosse.
Dans plusieurs mots de provenance germanique, le t a été le signe du cas régime, et quelquefois par suite et par abus a fonné la terminaison du nominatif. Au lieu de Luxembourg, Sircisbourg, on écrivit au cas régime Lucembort^ Esirasbort :
De ÎAicembort Girars et Harduins, De Estrabort Foucars li fils Odin.
Gar. /eLoA.,t.I,p.202.
De Luxemboarg, Girard et Hardouin; de Strasbourg, Foucar le fils d'Odes.
Gerfaut est le cas régime du nominatif gerfaîcs ou gerfaux; gavelot (d* où javelot) de gafeloc-s^gafelos (a. se. gaflok); on trouve dans les poèmes allemands la forme française scheneschalt, cas régime de senechals-aux ; enfin, haubert, pour hauberCy est le cas régime de haubercs ou haubers. C'est ainsi que maint s'est formé du gothique manags.
Une question qui a été résolue pour les mots provenant du
* Il est à remarquer que plusieurs substantifs et adjectifs gothiques avaient an 9 au nominatif, Mims, heaume; manags. mainl. Celte circonstance a pu fournir un motil; de plus pour faire de Vs, emprunté surtout au latin, la caractéristique du nominatif. — [La présence de Vs au nominatif de la déclinaison latine qui contient le plus de mois est un motif suffisant.]
(a) [In n'est pas une terminaison de cas régime; d'ailleurs il y a en moy.-h.-allemand rumU qui répond exactement à rencin. Yoy. Diez, Etym. Wôrt., 1, 358, rozza.]
latiti, se présente pour les mots de provenance gemniiique. Les mois français, dérivés de mots germaniques, sont-ils lires du nominatif ou des cas obliques?
Bacon (a. fr. jambon) a. ail. batcho. Héron — hagerot
Crampon — krampfo,
viennent-ils du nominatif allemand, {hanô) ^, o se changeant en on, comme dans Cupidon de Cupido{a). Ou bien viennentils de l'accusatif en un ou on [hanuny hanoti)'i
On peut hésiter entre ces deux provenances ; mais jardin, autrefois gardin, vient évidemment de gartin^ forme de deux cas obliques, le génitif et le datif, du h.-allcmand, gartû. Fange vient évidemment des c^s obliques de fam, goth., qui sont/anj-ts, fanj-Cy fanj-i^ (6).
Même dans les noms de lieu hybrides, composés d*un substantif germanique et d'un substantif latin, on reconnaît parfois la flexion qui indique à quel cas se trouve le premier. Francville ou Francheville, c'est franco villa ; mais Franconville y c'est Francônô (Francorum) villa (c).
On peut donc déterminer dans les mots français à origine germanique, non-seulement la raciney^mais e-ncore la /lexion grammaticale de cette racine.
§ 4. — Influences indirectes des idiomes germaniques
sur le français.
A ces influences évidentes des langues germaniques sur la langue française, on peut en ajouter de moins certaines,
* Hanâ repr^sçnte les masculins de la première d^linaison faiLle à: h.-allemand ancien Voy. Zieman. Grundriss sur buchtUihen und /UxiiiH' lehre des AUdeulschen nach Grimtn bearbeitet, p. 32.
' Se déclinant sur Auitt. kunjis, neutre de la seconde déclinaison fortt J de Grimm.f (^., p. 51 .
fa) [Les mote français en m se sont formés sur l'accusatU onem] {b) [U est bien plus probable que fange vient du latin /bmia:. Voj. Utî^' (c) [Ou Franconu vUla,]
qu'ont indiquées H. Raynouard, H. Diez ^, et surtout M. Hourain de Sourdeval * (a).
Les principales sont l'emploi de on dérivé d*Aomo, pour remplacer le man des langues germaniques. J'en ai parlé dans cet ouvrage. Voy. p. 131 .
Le Terbe auxiliaire avoir : mais nous avons \u que l'usage de cet auxiliaire s'était introduit peu à peu dans la languelatine; on le retrouve dans le valaqueamu. Je crois doncqu'on n'a pas besoin, pour expliquer son emploi, d*avoir recours aux langues germaniques.
L'article : mais l'article néo-latin, né du pronom démonstratif latin, n*a aucun rapport avec l'article des langues germaniques ; par conséquent, il n'est point vraisemblable qu'il ait été introduit par elles. C'est la même difficulté que pour dériver on de man.
L'emploi de Tarlicle indéfini : mais on le trouve en germe dans Térence'.
Quant à certaines locutions françaises dont l'équivalent n'existe pas en latin, et qui semblent traduites des langues germaniques, comme pardonner, vergeben; environ de, umbirinc ; avertir, wamen, isl. vama, déUmmer; je vaii lire, a. sax..û? ga rœdan; ces associations d'idées sont trop naturelles pour forcer à chercher une commune origine à des manières de s'exprimer qui ont pu se produire indépendamment les unes des autres dans des langues différentes.
< Oramm, der Rom, Spr.^ 1. 1, p. 57.
* Éiude$ gothiqueê, p. 42 et suiv.
s Ad unumaliquem confugiebant. Andria, acte I, se. v.
(a) [On peut ajouter l'ingénieux mémoire de M. Max Mûller sur les « nuances germaniques » de certains mots romans [Vcber deiUsche Sckaltirung rontanischer Wôrte, dans la Zeiischrifi de Kuhn , \M 1 , W . Les con clusions en ont d*abord été combattues par M. Littié, Journal des Sav,, avril 1S56 (Gf. HUt. de la langue fr., I, 00 et suiv.), puis, d'une façon plus radicale, par H. P. Heyer, Bibl. de V Ecole des Ch , 5, lY, 355-61. |